Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

INTRODUCTION

Les vitrines de l'Occident

· Inprecor n° 346, 14 février 1992 · p. 3 · 1 043 mots

Claude Gabriel était le pseudonyme de Claude Jacquin, membre de la direction internationale du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, très actif dans sa Commission Afrique.

Les vitrines de POccident

Be numéro "spécial économie"

C

Best en partie le fruit d'un séminaire d'économistes organisé en novembre 1991 par la IVe Internationale. L'un des thèmes de cette rencontre portait sur la mutation capitaliste dans la crise. Nous reproduisons ici deux études qui avaient fait l'objet d'une des principales discussions (voir les articles de M. Durand en p. 7 et de J. Albarracin et P. Montes en p. 13) ; elles traitent de la réorganisation capitaliste et de son impact sur les conditions d'une éventuelle "sortie de crise" Inprecor s'efforcera de continuer à suivre ces questions.

Une longue période récessive a commencé en 1974. Depuis cette date, l'économie mondiale a connu plusieurs phases de relance cyclique. La dernière (entre 1983 et 1989) n'a pas manqué, tout comme comme les précédentes, de relancer le fatras habituel des illusions sur les nouvelles vertus expansionnistes du capitalisme. La "fin du communisme" ne venait-elle pas, à point nommé, confirmer la nouvelle modernité du capital ? Et puis la récession revint (voir les articles en p. 4 et p. 5) ! Le système n'était toujours pas sorti de sa longue période dépressive...

Cependant la reprise de 1983-1989 avait mis en évidence certains effets cumulés des transformations du capitalisme dans la crise. Dès lors, il était important de faire le point sur les changements que ces dix-neuf ans de période dépressive avait occasionnés ou permis. Il était aussi nécessaire d'envisager les conditions politiques, sociales et économiques dont le capitalisme contemporain aurait besoin pour retourner à une onde longue d'expansion.

Les articles de M. Durand et de J. Albarracin et P. Montes amorcent donc un débat à propos du fonctionnement du capitalisme et de la manière dont il pourrait retrouver durablement taux de profit et accumulation. Quelle devrait être la part nécessaire des modifications structurelles cumulées ? Et quelle devrait être l'ampleur des événements extérieurs à la stricte sphère économique — les facteurs dits exogènes — pour que de nouvelles conditions sociales étayent la reprise ? Enfin, le capitalisme tardif pourra-t-il retrouver un jour une croissance équivalente à celle des "trente glorieuses" ou est-il dorénavant condamné, pour ses futures phases non-récessives, à de simples convalescences erratiques ?

INTRODUCTION

Cette discussion est loin d'être académique. Il ne s'agit pas simplement de pronostiquer les conjonctures et les cycles. En effet, parler de crise capitaliste ne signifie pas que le patronat et les classes dirigeantes sont le dos au mur, vivant d'expédients, gérant leurs dettes et leurs taux d'escompte au gré des jours. La crise est aussi porteuse de profondes mutations, dès lors que les travailleurs, principalement ceux qui vivent au cœur du système impérialiste, se montrent incapables d'utiliser la faiblesse de l'adversaire pour le mettre à bas ou, du moins, pour modifier les rapports de forces sociaux.

Plus ou moins protégé, sur le moyen terme, du danger révolutionnaire, le capital accumule alors un certain nombre d'innovations qui finissent par constituer les premiers remèdes à sa crise : réorgal'entreprise, implanta-* tion de nouvelles technologies, noutravail, pénétration de -la "marchandise" dans de nouveaux secteurs de la vie sociale, etc. Rien de tout cela n'est peut-être suffisant., mais tout cela entame à chaque fois un peu plus les acquis sociaux antérieurs.

Ainsi, comment ne pas voir dans la mise en place du traité de libre échange pour les Amériques (voir l'article en p. 33) ou dans celle de l'Union économique européenne cette recherche pragmatique d'une sortie de crise qu'auront à payer, au sens figuré et réel du terme, des centaines de millions de salariés ? Comment ne pas comprendre que, dans les "nouveaux marchés" de l'Est, le capital cherche un second souffle, une nouvelle sphère d'accumulation et de profits ? Mais, au fait, à quel prix social ? Quelles formes prend la transition dans ces pays (voir article en p. 21) ?

Et l'économie nous renvoie à nouveau aux rapports de forces entre les classes et aux combats politiques.

Voilà pourquoi nous publions par ailleurs des articles traitant de la conjoncture et de l'évolution économique dans certains des principaux pays industriels. Car, si l'on veut juger du chemin parcouru depuis près de vingt ans, il faut évidemment faire le point sur ce que devient l'organisation du capital dans ces centres de l'économie mondiale.

En effet, si la majeure partie des échanges internationaux se fait entre les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (voir l'article en p. 18), c'est aussi dans ceux-ci que se concentre l'essentiel de la demande solvable mondiale. C'est là encore que sont produites la majorité des biens durables et les principales innovations technologiques. Bien que, comme leur nom l'indique, les multinationales étendent leur pouvoir un peu partout dans le monde, c'est toujours dans des pays comme le Japon, les Etats-Unis ou l'Europe qu'elles emploient la plus grande part de leurs salariés.

Ce n'est donc pas là où les affrontements de classes semblent, pour le moment, particulièrement opaques, ou du moins fort peu explosifs, que les enjeux Economie socio-économiques pour l'avenir sont les moins décisifs. Les apparences sont mensongères. C'est bien dans ces pays que se croisent les résultantes de toutes les luttes de résistance. C'est donc à partir de ceux-ci que devraient s'organiser les réseaux de solidarité.

Bien sûr, l'image du capitalisme, prédateur et monstrueux, nous est donnée par la misère du tiers-monde ou bien par le risque, à l'Est, d'une "guerre de tous contre tous" pour l'accès aux premiers dividendes du "marché",

Mais c'est précisément parce que le capitalisme veut toujours donner cette impression de n'être vraiment lui-même — vertueux et redistributif ! — que dans les pays du "centre", qu'il faut prendre le plus grand soin à démonter ce mensonge et à faire tomber le masque : l'économie capitaliste, aux Etats-Unis, en Europe, au Japon, est au plus mal ! Elle y génère chaque jour un peu plus de misère et de marginalité. Des dizaines de millions d'hommes et de femmes y sont privés de travail. Les Etats brigandent et redistribuent les fruits de la corruption comme dans de simples républiques bananières. Bref, derrière ces façades cossues de l'impérialisme, la grosse machine du capital tourne toujours à coup de barbarie et d'oppression.

Alors si les vitrines de la société libérale font encore illusion, apportons quelques pavés ... *

Claude GABRIEL 12 février 1992

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