TCHECOSLOVAQUIE La chasse aux sorcières est ouverte ! L'Assemblée fédérale de Tchécoslovaquie, sous la pression du ministre des Finances, Vaclav Klaus, et du Parti civique démocratique, a voté une loi, le 20 décembre 1991, qui menace de un à cinq ans de prison « toute personne soutenant ou impulsant (...) le fascisme ou le communisme ». Un premier texte avait décrété l'expropriation des biens de l'ancien Parti communiste, en mai 1990. La loi de la lustration — terme alambiqué pour dire "épuration" — en octobre 1991, visait les personnes ayant collaboré avec l'ancien régime, les membres des anciennes milices, et les petits et grands "dignitaires" du Parti communiste qui se voyaient exclus de la fonction publique pour cinq ans (voir Inprecor n° 339 du 25 octobre 1991). Enfin, aujourd'hui c'est une véritable chasse aux sorcières qui s'ouvre en Tchécoslovaquie.
Des réactions ont déjà eu lieu dans ce pays même (notamment de la part d'anciens militants du Printemps de Prague) et au niveau international, dont cette Lettre ouverte à Vaclav Havel que nous reproduisons.
« L'amendement au Code pénal adopté par une majorité de députés au Parlement de Prague criminalise ceux qui propagent les "idées communistes" et la "haine de classe" assimilées au fascisme et à la haine raciale. Ce déni de démocratie autoriserait à brûler Le Capital, à condamner des individus non pour des actes avérés, mais pour leurs idées...
» Nous, qui sommes solidaires des victimes de la répression stalinienne, et qui, pour cette raison, avons soutenu la lutte de Vaclav Havel pour la démocratie, et partagé les espoirs de la "révolution de velours", nous pensons avoir le droit, aujourd'hui, de demander au président de la République fédérative tchèque et slovaque d'user de toute son autorité pour obtenir l'abolition de cet amendement liberticide. »
Madeleine Rébérioux, présidente de la Ligue des droits de l'homme, France ; Gilles Martinet, ambassadeur de France ; Mgr Jacques Gaillot, évêque d'Evreux, France ; Petr Uhl, député de Prague ; Yves Jouffa, président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, France ; Michel Vovelle, direction de l'Institut d'histoire de la Révolution, France ; Marc Terwagne, coordinateur de la commission "relations internationales" du Parti Ecolo de Belgique ; Peter Von Oertzen, membre de la direction du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) ; Daniel Bensaïd, universitaire, France ; Gilles Perrault, écrivain, France ; Hugo Van Dienderen, député AGALEV, Belgique ; José Luis Lopez Aranguren, écrivain, Etat espagnol ; Carlos Saura, cinéaste, Etat espagnol ; José Antonio Gimbernat, président de l'Association des droits de l'homme, Etat espagnol ; Antonia Garcia Santesmases, membre du comité fédéral du PSOE, Etat espagnol ; Jacques Bourgaux, vice-président de l'Association belge des juristes démocrates ; Wolfgang Thierse, vice-président du SPD d'Allemagne. *
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