SUEDE Grève contre la violence raciste
Depuis trois mois, la Suède — et surtout Stockholm — est secouée par une vague de violence raciste sans précédent. En novembre 1991, cinq immigrés ont été blessés par balles et un étudiant iranien a été tué. Fin décembre 1991 et début janvier 1992, il y a eu une série d'attentats à la bombe lors du jugement de deux membres du groupuscule fasciste Résistance blanche et aryenne.
Fin janvier 1992, cinq attaques ont eu lieu à Uppsala et à Stockholm en cinq jours ; deux Turcs et un Palestinien ont été grièvement blessés et trois autres immigrés se sont aussi fait tirer dessus. Au même moment, dans tout le pays, des épiciers étrangers ont subi des attaques physiques.
Cette flambée de violence raciste domine aujourd'hui le débat politique suédois. Stockholm est en état de choc et les immigrés craignent pour leur vie. Des manifestations de solidarité avec les immigrés ont été organisées dans tout le pays. A l'initiative de la Ligue nationale kurde, 15 organisations immigrées ont appelé à une heure de débrayage, entre 10 et 11 heures du matin, le 21 février 1992. Un comité a été formé pour organiser la grève, avec le soutien de la Ligue nationale pour en finir avec le racisme.
Un des objectifs déclarés de cette grève était de montrer ce qu'il adviendrait de l'économie suédoise si tous les immigrés ne travaillaient plus. Le premier appel du comité de grève laissait cependant la porte ouverte à toutes les organisations suédoises ou aux individus qui désiraient « apporter leur soutien de la manière qu'ils jugent la plus utile ».
Même le ministre des Affaires sociales (membre du Parti du peuple libéral, l'une des quatre composantes de la coalition bourgeoise au pouvoir — voir Inprecor n° 337 du 27 septembre 1991) a publiquement apporté son soutien à cette grève. Le roi Karl-Gustav XIV a aussi condamné la violence, en déclarant : « Il est nécessaire que nous nous regroupions et que nous chassions l'injustice de notre société. » Les dirigeants syndicaux se sont divisés quant à l'attitude à adopter vis-à-vis de cette grève. La Fédération des employés suédois (SAF) a présenté la grève comme "archaïque" mais ne l'a pas ouvertement condamnée. Le Premier ministre conservateur, Carl Bildt, doit faire face à de multiples pressions. Il ne s'est pas opposé à la grève, mais il a dit qu'il ne s'agissait « peut-être pas d'une bonne idée ». Pour condamner les attaques, il s'est borné à déclarer : « Nous sommes, bien sûr, contre toute espèce de criminalité. » Il a ajouté que le racisme était un « problème périphérique » de la société, et il a suggéré que les attentats étaient peut-être le fruit de règlements de comptes
La grève a eu un immense succès, tant au niveau de la participation des immigrés que de la solidarité de la population suédoise — plus de 1 million de personnes ont participé à des débrayages, rassemblements et manifestations dans tout le pays. A l'usine de camions Scania, au sud de Stockholm, la production s'est interrompue pendant une heure ; les deux principales chaînes de montage de l'usine Volvo de Göteborg ont été arrêtées pendant dix minutes — dans les deux cas, une minute de silence à la mémoire des victimes des crimes racistes a été observée et les travailleurs suédois se sont solidarisés avec leurs collègues immigrés. 8 000 personnes ont manifesté dans les rues de Göteborg — soit plus qu'habituellement au Premier Mai. Le personnel immigré des hôpitaux a débrayé pendant une heure, retardant l'horaire des repas. Tous les transports collectifs des grandes villes se sont interrompus pendant au moins cinq minutes. Les chauffeurs de taxi immigrés de Stockholm ont organisé une caravane entre l'aéroport et le centre-ville, provoquant un énorme embouteillage.
Plus de 300 000 collégiens et lycéens ont interrompu les cours pour participer à des manifestations. Enfin, un grand meeting a réuni plusieurs milliers d'étudiants sur le campus de l'Université de Stockholm. *
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