L' ARTICLE 27 de la Constitution synthétisait la nature de la révolution mexicaine et le régime qui s'était instauré sur ses fondements. D'un côté, cette loi reflétait la destruction de l'appareil d'Etat de l'ancien dictateur Porfirio Diaz et la force des luttes paysannes pour la terre ; de l'autre, elle avait été élaborée après la défaite militaire et politique des armées paysannes de Villa et Zapata (voir encadré en p. 16). Les généraux vainqueurs comprenaient qu'il leur fallait établir un pacte social pour mettre un terme à la révolution. Ce pacte s'est cristallisé dans l'article 27 du Congrès constituant qui montre le caractère contradictoire du résultat final de la révolution mexicaine : si les armées paysannes avaient écrasé l'armée bourgeoise de Porfirio Diaz, elles n'avaient pas été capables pour autant de construire un nouvel Etat sur ses cendres. Voilà pourquoi un groupe de militaires petits-bourgeois avait pu reconstituer l'appareil d'Etat bourgeois. Cependant, ceux-ci avaient été contraints de reconnaître certaines revendications paysannes et, dans la pratique, de sceller un pacte social qui reconnaissait certaines demandes de la paysannerie. Voilà pourquoi l'article 27, et, dans une moindre mesure, les articles 3 et 123 de la Constitution, reflètent le caractère interrompu de la révolution de 1910-1917 (3).
La fin d'un pacte social
Les réformes proposées par le président Salinas essayent d'en finir avec ce pacte social. Elles constituent un règlement de comptes avec la révolution mexicaine et avec son idéologie.
En mettant en cause la propriété ejidal et en encourageant la reconcentration foncière, le gouvernement met en place un projet de restructuration capitaliste de la campagne. Du point de vue des intérêts du capital et du projet économique en cours au Mexique, cette réforme était une nécessité, étroitement liée à l'Accord de libre échange (4).
Quels sont les principaux aspects de la réforme ? D'un côté, la propriété ejidal devient constitutionnelle. De l'autre, l'interdiction faite aux ejidarios, de louer ou de vendre leurs terres est remise en question. Le gouvernement annonce en même temps la révision et la résolution des conflits agraires (sous la présidence de De La Madrid, les grands propriétaires fonciers avaient été favorisés par la promulgation de la loi de "protection agraire", qui laissait sans effet de nombreuses attributions de terre à des paysans) — il y aurait actuellement 42 000 dossiers de demandes de terres. Le gouvernement dit que la distribution de terres est finie et qu'il n'y en a plus à distribuer. Ainsi, la prétendue petite propriété (elle peut aller jusqu'à 100 hectares — depuis des décennies les paysans demandent qu'elle soit limitée à 30 hectares) et le système du latifundio, eux, ne seront pas touchés. En revanche, la possibilité de former des sociétés commerciales agraires, qui peuvent atteindre 2 500 hectares, se concrétise. Enfin, selon ce projet "modernisateur", le capital international privé pourra participer à ces sociétés agraires. Dans les faits, c'est le concept même selon lequel « toute la propriété du sol et du sous-sol appartient à la nation » qui est liquidé ; la discussion s'ouvrira aussi, tôt ou tard, sur la dénationalisation de l'industrie du pétrole (5).
Charité et grosses affaires
Le gouvernement a aussi annoncé dix mesures pour relancer le secteur agricole, qui reprennent certaines vieilles revendications paysannes, ainsi qu'un investissement très important dans les campagnes. La plus importante concerne l'annulation des dettes des paysans arrivées à échéance. En réalité, cette décision est indispensable pour parvenir à une pénétration du capital dans les campagnes — la dette paysanne empêchait toute augmentation de la productivité du travail agricole.
Par là, le gouvernement n'a pas fait une œuvre de charité ; il a même transformé l'annulation de ces dettes en une opération politicienne. Il a transféré la dette paysanne au Programme national de solidarité (PRONASOL) (6), son outil essentiel de contrôle social de la population, qui lui permet d'engranger des voix pour le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, au pouvoir). En dernière instance, les économies budgétaires que le gouvernement a faites en réduisant les programmes sociaux, n'ont été que très peu transférées vers PRONASOL — qui est avant tout un mécanisme visant à miner toute représentation sociale et, en même temps, à renforcer le caractère "présidentialiste" et dictatorial du régime.
Il faut savoir d'où viendront les ressources pour les investissements à la campagne.
La renégociation de la dette extérieure du Mexique a supposé un bol d'air pour le gouvernement ; s'il n'a pas atteint son objectif initial de faire baisser le paiement du service de la dette à 2 % de son produit intérieur brut (PIB) et qu'en 1991 il a payé 10 milliards de dollars, Salinas a pourtant économisé presque 1 milliard 600 millions dollars avec la renégociation et a réduit son
MEX
La contre agri
Le gouvernement de Salinas de Gortari vient d réforme de l'article 27 de la Constitution. Il ou de restructurer les campagnes mexicaines, e terre, les ejidos (1), dans le cadre d'une réfc privatisations d'envergure). Salinas prend si économique avec
Sergio RO principal de 102 à 83 milliards de dollars.
Par ailleurs, la guerre du Golfe a conduit à l'augmentation des prix du pétrole, ce qui a fourni un revenu supplémentaire.
C'est la vente des entreprises para-nationalisées qui a représenté un pactole de plusieurs millions de dollars. Alors que le gouvernement antérieur avait vendu des entreprises para-publiques d'importance relative,
Salinas, lui, vend les plus importantes et celles qui faisaient des profits juteux — dont la Compagnie de téléphone du Mexique
(soldée près de 3 milliards 200 millions de dollars) ; la privatisation de la banque nationale et la vente prochaine de toutes les entreprises sidérurgiques. Tout cela a renfloué les finances publiques de quelques
20 milliards de dollars et constitue une réserve de 16 milliards, chiffre record.
L'argent provenant des privatisations est acheminé vers le
"fonds de contingence", avec lequel le gouvernement prétend répondre à des situations futures difficiles. Le PRONASOL reçoit une part de ce fonds et, à son tour, en extrait des miettes pour payer la dette
-réforme aire réaliser une action des plus spectaculaires: la vre ainsi la voie à des mesures qui permettront i revenant notamment sur la propriété de la me plus globale de l'Etat (qui passe par des s marques en vue de l'accord d'intégration es Etats-Unis (2).
•RIGUEZ * paysanne. En d'autres termes, le gouvernement utilise une partie infime du démantèlement des ressources de la nation pour
"payer" une dette paysanne issue de l'échec d'une politique agricole qui a plongé dans la misère et la faim des millions de Mexicains.
Règlement de comptes avec le passé
La présentation du projet de réforme de la Constitution du gouvernement contient une longue introduction (de l'époque qui a précédé l'invasion de
Tenochtitlan par les
Espagnols, jusqu'à nos jours) qui réinterpréte l'histoire du
Mexique. Il cherche ainsi à éliminer la conscience historique et à supprimer toute référence collective aux grands affrontements sociaux. Mais cette réécriture idéologique vise essentiellement la présidence de Lazaro Cardenas, entre 1936 et 1940 c'est-à-dire l'expropriation du pétrole, la nationalisation des chemins de fer ; le soutien du gouvernement à la
République espagnole, et l'asile donné à Léon Trotsky. C'est aussi sous Cardenas qu'a été dessiné le projet de domination semi-corporatiste sur la population et le parti de l'Etat, instaurant les bases du système antidémocratique et dictatorial du Mexique, que l'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa a défini, à juste titre, comme la "dictature parfaite"
Actuellement, la cible principale de l'équipe au pouvoir est le cardénisme ; on peut facilement comprendre pourquoi. Le cardénisme a représenté le choix d'une partie de la bureaucratie au pouvoir de tirer profit d'une situation internationale donnée pour avancer dans la formation d'une nation indépendante des désirs impérialistes. Le projet cardéniste ne visait pas le socialisme, mais le développement d'un capitalisme d'Etat favorisant la formation d'une bourgeoisie nationale forte. C'est ainsi qu'il s'est lancé dans l'industrialisation du pays (par ce qui a été appelé la politique de substitution des importations), dans la relance du secteur agricole par une grande redistribution agraire (avec des investissements en crédits de l'Etat et des projets d'irrigation importants), ainsi que par la mise sur pied d'une industrie d'infrastructure nationalisée au service de tous ces projets.
Les réformes actuelles de Salinas sont aux antipodes de tout cela. Mais Cardenas avait fait ses réformes en s'apuyant sur la même structure politique que Salinas ; ces deux projets se veulent les héritiers légitimes de la révolution mexicaine. C'est pourquoi Salinas s'est efforcé de présenter ses projets comme "anticardénistes" et comme "prozapatistes"
En effet, la réforme agraire de Cardenas a été une énorme toile d'araignée bureaucratique, qui a mis les organisations paysannes à la merci des aléas des différents gouvernements. C'est ainsi qu'un formidable cycle de luttes paysannes a été frustré, hypothéquant l'indépendance politique des organisations paysannes vis-à-vis des forces gouvernementales et engendrant un système agraire profondément improductif. Dans les faits, le gouvernement mexicain a privilégié le contrôle par rapport à la productivité.
Aujourd'hui, Salinas essaye de faire porter au régime de Cardenas la responsabilité de tous les échecs du pays, et évidemment, il s'efforce d'imputer cela à ceux qui se réclament du socialisme.
Malheureusement, le discours démagogique de Salinas commence à avoir certains résultats. Le président se présente comme l'ennemi le plus acharné du corporativisme populiste improductif, l'avocat de la liberté de la paysannerie, l'ennemi du collectivisme, et le défenseur de la paysannerie individuelle, tout en traquant les organisations corporatistes qui contrôlent les paysans. Il prétend encourager l'émergence d'une nou-
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3. Rivera velle couche de dirigeants paysans, qui ne seraient plus déterminés par leur appartenance ou pas au PRI, mais par leur capacité à diriger des organisations productives et à y être liés.
La capitalisation de la campagne Quels sont les facteurs clés de cette réforme et ses perspectives ?
Tout récemment, les ministres des Finances et de l'Agriculture, Pedro Haspe et Carlos Hank (un des plus grands propriétaires du pays), ont envoyé une lettre à la Banque mondiale (BM). Ils rendaient des comptes à cette institution, ainsi qu'au Fonds monétaire internationale (FMI), sur les suggestions de la BM en 1987 concernant la liquidation des ejidos, condition sine qua non pour développer une politique de crédit à la campagne. Dans cette lettre, les deux hommes annonçaient la fin du paternalisme d'Etat et, surtout, que l'agriculture mexicaine fonctionnerait désormais sans aucune subvention. Cela prouve que les
* Sergio Rodriguez est un des dirigeants du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT, section mexicaine de la IVe Internationale).
1) Les ejidos sont des parcelles de l'Etat confiées en usufruit - légalement individuel ou collectif - - aux paysans depuis 1920. L'Etat a évidemment tout fait pour que ces derniers les travaillent de façon individuelle. Les ejidos s'étendent sur presque la moitié du territoire mexicain.
2) Voir Inprecor n° 336 du 13 septembre 1991.
3) L'article 3 de la Constitution établit que l'éducation primaire doit être laique, gratuite et obligatoire. L'article 123 établit le cadre général des relations de travail dans le pays.
4) Voir Inprecor n° 339 du 25 octobre 1991.
5) Le président Lazaro Cardenas nationalisa le pétrole en 1938.
6) Ces "programmes sociaux", inaugurés au Pérou, se sont répandus en Amérique latine. Suite à la réduction des budgets sociaux, l'Etat a mis en place des "programmes d'aide sociale". Des fonds sont proposés aux communautés pour l'installation d'eau potable, par exemple ; mais les gens doivent fournir la main-d'œuvre. Il s'agit de dissimuler le désengagement de l'Etat, tout en essayant d'éviter des explosions dans un contexte d'appauvrissement généralisé et en tissant des liens "paternalistes" avec le mouvement de masse.
réformes à l'article 27 de la Constitution sont étroitement liées à l'Accord de libre échange — d'ailleurs, Salinas avait besoin de faire adopter ses propositions de privatisation avant d'entamer sa tournée aux EtatsUnis, en décembre 1991.
Les modifications qu'il propose essayent de faire pénétrer le capital à la campagne, en transformant l'ejido dans les faits, en avançant vers sa privatisation et donc en perfectionnant des mécanismes de surexploitation de la main-d'œuvre agricole.
En 1990, le Mexique a été contraint d'importer des aliments pour une valeur de 4 milliards 700 millions dollars, malgré une récolte record de maïs. Ce chiffre cache une politique délibérée du gouvernement : laisser tomber la production agricole et créer des conditions de misère permettant l'attaque du capital.
Certaines données sont éclairantes : l'investissement de l'Etat dans le développement agricole a chuté de 70 % entre 1981 et 1989. Les crédits agricoles concédés par la banque de développement se sont réduits de 55,3 %, selon certaines sources. La production par habitant des dix principaux grains de base, en 1988, a été inférieure de 33,5 % par rapport à celle de 1981. La chute des prix du secteur agricole entre 1982 et 1988 a été de 34,6 %, en comparaison avec l'ensemble des prix. En ce qui concerne les engrais, la baisse a été de 48,7 %. Ainsi, le rapport ville-campagne a provoqué une diminution des mécanismes d'échange au détriment des campagnes.
La réforme de Salinas essaye surtout de changer le régime de propriété des terres. Selon l'Institut national de statistiques, géographie et informatique (INEGI), en 1988, il y avait 28 058 ejidos et communautés avec 3 070 058 ejidarios ou paysans des communautés sur 95 108 066 hectares, c'est-à-dire 48,6 % du territoire national. Voilà ce que le gouvernement ne peut pas tolérer. Dans la logique de son modèle, il fallait une réforme de privatisation. L'élément fondamental de celle-ci passe par la possibilité désormais ouverte de louer ou de vendre les lopins individuels dans les ejidos. Il faut souligner que 25 millions 388 413 hectares de terre sont dans cette situation, 26,7 % des terres des ejidos et environ 13 % du territoire national. Ce pourcentage augmente proportionnellement dans le domaine de la production, car, dans la partie collective de l'ejido, sont inclus les terrains où se trouvent les installations de la communauté paysanne (église, salle municipale, clinique, etc.). Les parcelles collectives (ejido collectif) constituent un pourcentage plus petit du point du vue productif et les lopins individuels sont plus importants. Ces derniers seront partagés entre des sociétés commerciales ; les investisseurs étrangers pourront y prendre des parts, ainsi que les nouveaux capitalistes agricoles et certains ejidarios riches qui deviendront des capitalistes agricoles à part entière. On nous dit que personne ne voudra vendre son patrimoine ; c'est faux, lorsque l'on sait que la misère se généralisera pour les ejidarios qui ont moins de ressources.
Il s'agit là d'un projet ultra-réactionnaire qui profite de la situation de l'économie pour proposer des "solutions" à de vieux problèmes (comme la dette paysanne) en échange de l'acceptation de la privatisation des campagnes. En même temps, le gouvernement renforce son nouveau projet corporatiste par le biais du PRONASOL.
Salinas met sur le marché la propriété de la terre, en essayant de la redistribuer et en permettant la reconcentration foncière sous l'égide du capital. Nous sommes bien dans une nouvelle phase de séparation des producteurs et des moyens de production ; ce genre de processus s'accompagne toujours de violences.
Le mouvement paysan
Le mouvement paysan connaît lui aussi une crise. Après plusieurs années de radicalisation, de maturation et d'accumulation d'expériences, il fait face à la pire des offensives lancées par les différents gouvernements du Mexique contre les organisations paysannes indépendantes. C'est une attaque dangereuse, différente de la politique traditionnelle de répression. Celle-ci est toujours utilisée, évidemment, mais la politique de cooptation donne de meilleurs résultats, car elle coïncide avec des besoins productifs : la restructuration agraire capitaliste. Comme tout projet bourgeois, elle cherche à intégrer et à renforcer les secteurs les plus productifs et à plonger le reste des campagnes dans la misère. Cette politique a déjà obtenu des succès partiels, en provoquant la division d'une bonne partie du mouvement paysan, par le biais surtout du Conseil agraire permanent (CAP), créé par le gouvernement, qui avait besoin d'un nouvel interlocuteur lui
permettant d'exercer son contrôle, avec l'aval non seulement des organisations paysannes du PRI, mais aussi des autres.
L'entrée de certaines forces indépendantes dans le CAP n'était pas une erreur en soi, elles y avaient leur place dans la mesure où la majorité des paysans organisés se trouvent dans le CAP. Mais le développement récent des forces indépendantes n'a pas été un facteur de radicalisation et de prise de conscience du CAP ; dans la pratique, ces secteurs indépendants se sont posés en interlocuteurs privilégiés de Salinas et, dans une certaine mesure, ils sont assimilés au projet du président.
Une organisation importante comme l'Union générale ouvrière-paysanne et populaire (UGOCP), lancée au départ surtout par le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), aurait pu être le fer de lance d'une réorganisation du mouvement paysan vers la formation d'une organisation majoritaire et indépendante non seulement du PRI, mais aussi de Salinas. Elle a laissé passer une chance historique et son secrétaire général, Margarito Montes, a non seulement assumé la ligne du président, mais est devenu un des principaux propagandistes des bienfaits de sa politique. Aujourd'hui, il est un des pions de Salinas pour la création d'une nouvelle bureaucratie agricole (7).
La division et l'atomisation l'emportent dans les rangs paysans et Salinas en sort renforcé — même si des réactions ont eu lieu, dont une marche de 8 000 paysans sur Mexico, organisée par le Mouvement national de résistance paysanne (MONARCA), issu d'un mouvement paysan de la base contre certains dirigeants.
Le gouvernement, avec ces mesures, avance vers une transformation des liens entre les masses et l'Etat. Il ne faut pas oublier que les rapports précédents étaient nés sous Cardenas et s'étaient avérés très efficaces pour établir un pacte social qui a garanti la stabilité pendant des décennies. L'Etat a ainsi pu préserver l'ordre. La politique de masse de Cardenas et son évolution postérieure ont sacrifié la productivité au nom de la stabilité — cette stabilité a permis des taux de croissance du PIB élevés, malgré la faible productivité du travail, mais aussi une structure salariale basse et la sur-exploitation (dans les faits, les paysans sont devenus des salariés de l'Etat).
Ce schéma s'est épuisé lorsque l'Etat n'a plus eu les moyens de pallier à la faible productivité du travail. Un système comme celui du Mexique ne pouvait pas résoudre ce problème en accroissant les espaces démocratiques pour augmenter la productivité. Il a choisi de laisser la crise frapper de plein fouet les travailleurs pour, ensuite, restructurer la production. Dans ce but, les vieilles structures de la propriété constituaient un obstacle et coûtaient trop cher. Salinas a donc tenté de démanteler les vieilles organisations sociales par en haut, avec un discours
"démocratique" qui a trompé ceux qui, pressés de détruire le vieux corporativisme, jugent les mesures de Salinas positives.
Le gouvernement a essayé de rétablir un nouveau consensus social à long terme. Mais celui-ci ne se fera pas entre les organisations sociales et l'Etat, mais à partir de l'affaiblissement et de l'écrasement des organisations sociales.
Tout ce qui, de loin ou de près, rappelle un mode d'organisation collectif sera attaqué. Nous sommes face à un événement historique : le gouvernement essaye de mettre un point final, dans l'intérêt du capital, à la révolution mexicaine. Il s'agit d'en finir avec les vestiges de Zapata et d'introniser l'agro-business, en mettant sur le marché ce que la révolution de 1910-1917 avait considéré comme la propriété de la nation.
MEXIQUE
ESCUELA EJIDAL
Cette réforme aura non seulement du mal à instaurer la stabilité souhaitée par Salinas, mais elle provoquera sans doute des ripostes paysannes. L'ancien dictateur Porfirio Diaz disait qu'il ne fallait pas titiller le tigre qu'est le paysan mexicain. C'est ce que Salinas fait.
Mexico, février 1992
7) Margarito Montes a démissionné du PRT ; ce départ a été accepté de façon unanime.
*Les illustrations de cet article sont de Diego Rivera. Elles sont tirées du livre Diego Rivera llustrador, éditions SEP, Mexico.