La révolution mexicaine a éclaté le 20 novembre 1910. Deux faits essentiels furent à la source de la première révolution sociale du XXe siècle : les prétentions du dictateur Porfirio Diaz à prolonger ses 34 ans de gouvernement, malgré le triomphe électoral de Francisco Madero ; et l'opposition de la paysannerie aux mesures gouvernementales visant à "moderniser" la campagne et à en finir avec la propriété communautaire de la terre — il s'agissait d'une des rares caractéristiques de la société aztèque que les Espagnols avaient respectée lors de la Conquête.
Finalement, Porfirio Diaz fut obligé de partir en exil et, lors de nouvelles élections, Francisco Madero fut élu président. Contrairement aux espoirs de la population, Madero poursuivit le "projet libéral" de transformation des campagnes : c'est ainsi que commencèrent onze ans de luttes paysannes pour la terre. Dirigées par Emiliano Zapata qui a élaboré le Plan dit d'Ayala, et par Francisco Villa, ces luttes connurent leur apogée en décembre 1914, lorsque les armées paysannes prirent la ville de Mexico.
N'ayant pas de projet social global, au-delà des revendications paysannes, Zapata et Villa furent incapables d'offrir une alternative crédible et viable aux différents secteurs de la société mexicaine - notamment aux ouvriers, fortement influencés par l'anarchisme - et ils finirent par se retirer dans leurs Etats d'origine, le Morelos et le Chihuahua, favorisant ainsi la réorganisation de l'armée fédérale en déroute et son triomphe postérieur.
Profitant de cette situation, Venustiano Carranza, nouveau dirigeant de la bourgeoisie, convoqua, à Queretaro, le Congrès qui promulgua la Constitution de 1917, une des plus progressistes de l'époque, reconnaissant le droit des travailleurs à s'organiser, réduisant le poids de l'Eglise et, surtout, ouvrant des espaces aux demandes paysannes pour la terre, ce qui arracha à Zapata et à Villa leur étendard.
Après la liquidation physique de Zapata et de Villa, une longue période de luttes intestines s'ouvrit (de 1920 à 1934) entre les différentes factions gouvernantes (Carranza fut écrasé par Alvaro Obregon ; celui-ci fut remplacé par Plutarco Elias Calles ; Obregon gagna de nouvelles élections sans parvenir à accéder au pouvoir car il fut assassiné, etc) ; une espèce de pacte politique mit un point final à la révolution et le Parti national révolutionnaire (PRN, prédécesseur de l'actuel Parti révolutionnaire institutionnel, PRI) fut constitué.
Le PRN parvint, pour ainsi dire, à "canaliser" les différentes politiques bourgeoises tout en permettant la "paix" et la "stabilité" qui ont été la caractéristique principale de plus de 60 ans de « dictature parfaite » du « gouvernement issu de la révolution mexicaine », selon les mots de l'écrivain Vargas Llosa. *
Agustin de La Peña