Paulo (I) ; elle s'est soldée par la défaite des courants connus comme la droite
Ce débat a permis au PT de développer des positions beaucoup plus claires que lors de sa dernière rencontre nationale (3), concernant son objectif socialiste.
Le PT, le socialisme et la révolution
La discussion sur le socialisme a été une des plus polémiques du ler Congrès du Parti des travailleurs (PT) qui s'est tenu fin novembre 1991 à Sao du PT, qui présentaient les thèses Un projet pour le Brésil (2).
Jose Correia, membre du courant Démocratie socialiste du PT, résume les termes et les enjeux de cette diseussion.
Jose CORREIA
L'ALTERNATIVE proposée par le PT aux peuples d'Amérique latine face au "nouvel ordre international" était ambiguë dans la rédaction initiale des thèses. Un amendement présenté par les courants de gauche (thèses 9 et 10) précisait que l'« émancipation de l'Amérique latine et la construction d'une société nouvelle passent nécessairement par le dépassement de l'ordre mondial (...) qui assure la domination de ces secteurs qui, dans et hors les pays du continent, en profitent ».
Le congrès a été traversé par une longue polémique sur Cuba ; la majorité des délégués a rejeté aussi bien les arguments de ceux qui revendiquaient un engagement abstrait dans la lutte pour la démocratie à Cuba, en ignorant le contexte concret, que les amendements sectaires qui appelaient les masses cubaines à la révolution politique pour détruire le régime de Fidel Castro. Le texte adopté souligne que l'approfondissement de la démocratie est la meilleure façon de défendre la révolution ; il rappelle la nécessité d'un large mouvement de lutte contre le blocus impérialiste et de soutien aux acquis de la révolution cubaine.
L'identification faite par la droite du PT entre le stalinisme et le "socialisme réel"
avec les sources théoriques du marxisme et le véritable mouvement qui a été aux origines de la Révolution russe a été balayée.
Un premier texte adopté précise que les processus de bureaucratisation constituent une
BRESIL négation des sources théoriques et des pratiques qui ont inspiré Octobre 1917.
La révolution d'Octobre
Un autre amendement, qui a été intégré, explique que : « La Révolution russe a été au cœur de la montée révolutionnaire qui a eu lieu en Europe et en Asie à la fin de la Première Guerre mondiale. Cependant, malgré la résistance opposée à la pression militaire de ses adversaires extérieurs, [la révolution] a souffert une série de défaites croissantes — l'isolement international, survenu à cause des déroutes des révolutions dans des pays comme l'Allemagne, l'Italie, la Hongrie et à cause de son encerclement par la bourgeoisie internationale ; la destruction massive du pays et ses conséquences sociales; la suppression des acquis de 1917 dans le domaine de la démocratie politique ; le pouvoir grandissant dans le nouvel Etat et dans le Parti, qui y était imbriqué, d'une bureaucratie qui s'est autonomisée de tout
» Ce processus, issu de circonstances "objectives" qui ne peuvent être sous-estimées, est aussi le produit des erreurs commises par les révolutionnaires qui étaient à la tête du nouveau pouvoir — tout cela a provoqué une véritable contre-révolution, qui a dépossédé les travailleurs de l'exercice du pouvoir et qui a concentré [celui-ci] dans les mains d'une bureaucratie transformée en nouvelle couche dominante de la société soviétique.
A partir de là, des conceptions comme celle de la construction du socialisme dans un seul pays, fondée sur l'étatisation des moyens de production sous contrôle bureaucratique, deviennent prédominantes. Ce modèle, ainsi que la pression matérielle, politique et idéologique qu'il exerçait, ont pesé de façon décisive sur le cours des processus révolutionnaires postérieurs, comme les révolutions chinoise, yougoslave, vietnamienne, ou même, à un moindre degré, cubaine. »
La démocratie socialiste
La discussion sur le socialisme a été lancée à travers un grand journal, la Folha de Sao Paulo, par les députés et dirigeants du PT Jose Genoino et Eduardo Jorge. Ils ont pris violemment parti contre certains amendements proposés par des courants de gauche et adoptés lors du congrès local de Sao Paulo, qui désavouaient les positions des secteurs "sociaux-démocratisants" du parti sur le socialisme, en réaffirmant que « les idéaux qui étaient à la racine des mouvements sociaux et révolutionnaires tout au long de ce siècle persistent ; ils sont une source d'inspiration pour notre parti, qui s'engage dans la lutte pour le dépassement du capitalisme » ; ils expriment le projet de société pour lequel nous nous battons — « Un gouvernement des individus librement associés » ; la fin de toute forme d'exploitation et d'oppression ; la fin de l'utilisation de la « force de travail comme une marchandise », etc. Cet amendement a été finalement adopté au congrès national.
Une autre modification, présentée par les courants de gauche, a été approuvée ; elle traite de l'importance de la démocratie directe dans l'objectif de l'extinction des classes sociales et de l'Etat : « Le problème des liens entre la forme directe et représentative de la démocratie doit prendre en compte les objectifs de désétatisation de la politique. La démocratie socialiste est basée sur le dépassement croissant de l'aliénation et de l'apathie politique de la majorité de la population, sur un niveau bien supérieur d'activité, de participation, de conscience et d'organisation du peuple. Elle nécessite aussi des conditions socio-économiques différentes de celles actuellement en vigueur, dont une réduction importante du temps de travail.
» Dans ce cadre, le dépassement des institutions actuelles, responsables de
1) Voir Inprecor n° 343 du 20 décembre 1991
2) Divers projets de thèses étaient proposés aux militants du PT : la thèse 5 présentée par la Convergence socialiste, courant trotskyste lié au morénisme (6 à 7 % des délégués) ; la thèse 7 du courant O Trabalho, lambertiste (4 %) ; la thèse 8, Un projet pour le Brésil regroupait différents courants de la droite du PT (12 %) ; la thèse 9, Une voie révolutionnaire pour le PT, présentée par Démocratie socialiste (section brésilienne de la IVe Internationale et d'autres secteurs (12 %) ; la thèse 10 regroupait différents secteurs de gauche (10 à 12 %). Enfin la thèse 11, présentée par l'Articulation, la tendance majoritaire, réunissait 47 % des délégués. Son projet a finalement été adopté comme texte de base pour la discussion sur le socialisme et la stratégie, et amendé
3) Des extraits importants du document adopté par la Vile rencontre nationale du PT, Le socialisme pétiste, avaient été reproduits dans Inprecor n° 325 du 1er mars 1991.
l'autonomie importante prise par les gouvernants par rapport au peuple (c'est le cas des mécanismes classiques de la démocratie représentative libérale) est un objectif à poursuivre. Il s'agit d'abolir la distinction entre gouvernants et gouvernés et d'entamer l'extinction des inégalités de classe et celle de l'Etat comme appareil de domination. »
Le PT effectue là une clarification importante par rapport à ses précédents textes ; cela représente une véritable défaite des positions sociales-démocrates dans le parti. Cependant, la discussion sur l'économie et le socialisme a été courte et doit se poursuivre.
La dictature du prolétariat
La seule victoire remportée par la droite du PT a été arrachée lors du débat sur la dictature du prolétariat, et grâce à un accord passé avec le courant majoritaire de Lula, en faisant adopter un amendement contre ce concept.
Selon ce texte, « Pour nous, la démocratie est à la fois un moyen et une fin. Dire cela implique de récuser tout genre de dictature, même la dictature du prolétariat, qui ne peut être autre chose que la dictature du parti unique sur la société, et même sur les travailleurs (...). Nous luttons pour une société réellement pluraliste ; c'est une raison de plus pour être anticapitaliste, car le capitalisme, en opprimant et en aliénant les individus, n'admet de fait qu'un pluralisme restreint par l'inégalité des conditions et des chances. C'est aussi une raison pour refuser ce qu'on appelle le "pluralisme pour les partis ouvriers" — c'est-à-dire "pour ceux qui pensent comme nous" — historiquement, il ne peut se concrétiser que comme une expression transitoire de la dictature du prolétariat. »
Cet amendement tire un trait d'égalité entre le stalinisme et la dictature du prolétariat — cette assimilation est aujourd'hui présente dans l'esprit d'une partie importante des militants du PT et des mouvements sociaux. Il introduit une confusion théorique sur la question, en réduisant ce concept à son interprétation stalinienne et en affirmant que la dictature du prolétariat ne peut exister que comme dictature du parti unique.
Les courants révolutionnaires non dogmatiques du PT ont voté contre cet amendement, car ce concept fait partie du système théorique marxiste classique d'analyse de l'Etat (même si le terme de "dictature du prolétariat" est malheureux et correspond surtout à l'horizon historique et intellectuel du XIXe siècle). Mais, dans la mesure où le texte adopté n'entame pas la discussion sur la théorie de l'Etat, son caractère de classe, la nécessité de détruire l'Etat bourgeois et de mettre sur pied un nouveau pouvoir de clas-
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se, le rejet par le PT de la dictature du prolétariat ne constitue pas un préjudice majeur pour les positions révolutionnaires qui existent en son sein. Pour les marxistes révolutionnaires, la dictature du prolétariat a toujours été comprise comme la démocratie socialiste organisée dans un cadre pluraliste, capable d'intégrer tous les courants qui acceptent la légalité établie par le pouvoir des travailleurs, né de l'écrasement de l'appareil de domination bourgeois.
Le nouveau pouvoir
Un amendement proposé par les courants de droite défendant la non-violence a été rejeté par le congrès.
En outre, une autre modification présentée par les courants de gauche qui soutenaient les thèses 9 et 10 a été adoptée ; elle explique que « le pouvoir politique se construit au quotidien dans les luttes, dans le syndicat, dans l'organisation à l'usine, dans le comité d'entreprise, dans l'association de quartier, à l'école ou à la campagne. (...) Ce pouvoir populaire, entre temps, a un caractère limité par les institutions dominantes dans la société capitaliste et par le rapport des forces sociales — dans des situations politiques particulières, il peut prendre un caractère nouveau, s'étendre et se généraliser. »
Enfin, des amendements présentés par les commissions du PT chargées de l'intervention dans le mouvement de masse ont été adoptées concernant les femmes, la question raciale, etc. (4).
La discussion sur le socialisme est donc positive. Le PT réalise, à ce niveau, des progrès clairs dans les positions socialistes et révolutionnaires. *
Em Tempo, décembre 1991
4) Une proposition issue de la commission de femmes déléguées au congrès, visant à instaurer un quota minimum de 30% de femmes dans les instances de direction du P,T a été adoptée.