Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

YOUGOSLAVIE

"Cantonisation" et libanisation

· Inprecor n° 348, 13 mars 1992 · p. 9 · 506 mots

Europe de l'Est Ex-Yougoslavie

Début mars 1992, la Bosnie-Herzégovine a vécu une des périodes les plus dramatiques de son histoire récente, pourtant mouvementée.

Le référendum d'autodétermination, réalisé sur les conseils de la Communauté économique européenne

(CEE), a vu une participation de 63 % des inscrits, qui ont opté à 99 % pour une Bosnie-Herzégovine souveraine et séparée de la Serbie, qui continue à terroriser tous ses voisins.

De quoi provoquer immédiatement une riposte violente des dirigeants serbes de Bosnie.

Slavko MIHALJCEK

LES LEADERS serbes de Bosnie avaient appelé au boycott de cette consultation dans toutes les communes qu'ils contrôlent militairement. Ensuite, au vu des résultats, ils ont tenté, durant 24 heures, de dresser des barricades dans les rues de la capitale. Alors, fait inédit en

Yougoslavie, les habitants de Sarajevo, toutes nationalités confondues, ont manifesté toute la nuit durant, désarmés, devant des barricades tenues par des miliciens serbes jusqu'à leur retrait de la ville.

La constatation de l'émergence d'une force sociale importante, indépendante des trois partis nationaux au pouvoir, a obligé les dirigeants nationalistes du gouvernement

- Musulmans, Serbes et Croates — à se rencontrer à Lisbonne, puis à Bruxelles, du 7 au 9 mars.

Aucun texte n'a été rendu public mais des "indiscrétions" diplomatiques indiquent, cependant, que la CEE a proposé un plan de transformation de la Bosnie-Herzégovine en confédération sur le modèle helvétique. Les frontières actuelles seraient internationalement reconnues, mais la Constitution et les rapports de pouvoir entre les diverses communautés restent encore à définir.

Après deux mois d'interruption, la

Conférence pour la paix en Yougoslavie a également repris à Bruxelles. L'activité débordante de l'émissaire des Nations-

Unies, Cyrus Vance — qui est, de fait, l'œil de Washington — en Italie et en Allemagne, atteste une recherche de consensus américano-européen sur l'avenir des Balkans.

Alors que les dirigeants nationaux des principales ethnies bosniaques discutent à Bruxelles de la future Confédération, dans le pays, des explosions, des tirs et des affrontements sporadiques ont pour fonction de délimiter des zones d'influence respectives. Les zones d'affrontement entre, notamment, des milices serbes et croates coïncident avec les frontières possibles entre les futurs cantons ethniques.

Des manifestations pacifistes (1), nombreuses dans les grands centres urbains, restent cependant le fait politique dominant de ce début du mois de mars, organisées le plus souvent par des femmes ou par des jeunes. C'est cette activité des masses, indépendante des partis nationaux ou des groupes ethniques, qui empêche la propagation de la guerre civile.

Ce haut degré de mobilisation sur des mots d'ordre pacifistes et opposés à la division nationale s'explique par la conscience largement partagée que, si une division territoriale en cantons "à la suisse" intervenait, près de la moitié des Bosniaques se trouveraient minoritaires dans leur futur canton. Or, la perspective de se retrouver minoritaire est un véritable cauchemar aujourd'hui dans les Balkans. *

11 mars 1992

1) Selon le correspondant de Radio France internationale (émission du 10 mars 1992), la manifestation pour la paix organisée par la Radio des jeunes fut le rassemblement politique le plus massif jamais organisé à Sarajevo.

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