Le capitalisme nous avait habitués à l'utilisation des femmes comme main-d'œuvre d"appoint", que l'on renvoie au foyer dès que la crise économique rend leur présence "superflue" - c'est toujours à elles que l'on propose le travail à temps partiel ou la flexibilité. Aujourd'hui, dans les pays d'Europe de l'Est, où l'immense majorité des femmes sont salariées, l'introduction du marché engendre les mêmes maux : les licenciements se conjuguent surtout au féminin (voir les articles en p. 14 et p. 17, et l'encadré en p. 15).
Dans la Communauté européenne, l'heure est à la "modernité" : sous le prétexte, fallacieux, de l'égalité des sexes ces messieurs de Bruxelles ont décidé de dépénaliser le travail de nuit des femmes, conquête ouvrière du siècle dernier (voir l'article en p. 19). Paradoxalement, dans l'ancienne Allemagne de l'Est, les femmes refusent l'abrogation du travail de nuit car elles ont peur de perdre la course à l'emploi.
Les mêmes paradoxes se retrouvent quant au droit de choisir des femmes. A l'Ouest, on assiste à une généralisation de la remise en cause de l'avortement (voir Inprecor n° 341 du 22 novembre 1991) ; la pression de l'Eglise catholique et des groupes réactionnaires ou fascisants s'avère payante, austérité oblige. L'exemple récent de l'adolescente irlandaise que la justice voulait empêcher d'avorter n'est que la pointe émergée de l'iceberg européen (voir les articles en p. 10 et 11) ; dans l'Etat espagnol, les strictes restrictions du droit à l'avortement contraignent des milliers de femmes à enfreindre la loi (voir l'article en p. 12).
En Union soviétique, en l'absence de planification familiale et de politique de contraception, il ne reste aux femmes que le recours à l'avortement, dans des conditions souvent très mauvaises. Là, il s'agirait plutôt de se battre pour un système d'éducation et de planification sexuelle efficace, tout en ne délaissant pas le terrain de la défense de l'avortement ; le marché et les vieux démons risquent de le remettre en cause bientôt, comme c'est le cas en Pologne et dans l'ancienne Allemagne de l'Est.
Les femmes doivent se battre pour une harmonisation par le haut des législations des deux parties de l'Europe, qui préserve les acquis des unes et des autres (non au travail de nuit, mais oui à l'avortement, par exemple). C'est cette lutte que mènent les femmes yéménites pour que l'unification de leur pays n'ait pas lieu au profit de la Sharia (voir les articles en p. 21 et 23). *
Paquita Gomez