La récente menace d'interdire légalement à une adolescente de 14 ans, victime d'un viol, d'aller pratiquer une interruption volontaire de grossesse (IVG) en GrandeBretagne est une illustration horrifiante des conséquences barbares de la position des "Pro-Life". Penny DUGGAN
L'AMENDEMENT qui a été introduit dans la Constitution irlandaise, en 1983, engageait l'Etat à protéger « autant que faire se peut » le droit à la vie du fœtus. Des le départ, de nombreuses craintes sont apparues quant à son application. Les défenseurs de l'amendement affirmaient qu'il ne serait pas utilisé contre des cas particuliers ; tout comme ils affirmaient qu'il ne servirait pas à interdire l'information sur l'avortement.
Le poids de l'opinion catholique traditionnelle pesait déjà lourdement sur les femmes irlandaises qui devaient avorter — dans un pays où tous les moyens de contraception ne sont disponibles que sur prescription médicale. Le chiffre officiellement reconnu de 4 000 femmes se rendant en Grande-Bretagne pour y pratiquer une IVG chaque année est certainement en dessous de la réalité, car il ne prend en compte que celles qui donnent une adresse en Irlande. Beaucoup d'autres donnent des coordonées d'amis britanniques, de crainte d'être "retrouvées", ou par peur de leur famille, de leur communauté ou de l'Eglise.
D'ailleurs, aujourd'hui, elles craignent, en plus, à juste titre, des poursuites juridiques. Tant que cet amendement restera en vigueur, la pression de la peur pèsera de plus en plus sur les femmes.
Le droit de choisir comment exprimer sa sexualité et de décider quand et comment on veut être mère est un droit démocratique de base pour les femmes, essentiel pour le contrôle de leur vie et de leur corps.
Le déni de ce droit élémentaire — cela est apparu de manière flagrante avec le cas de l'adolescente violée — conduit inévitablement au déni d'autres droits fondamentaux.
Depuis 1983, cet amendement a déjà permis une série d'attaques contre le droit des femmes à l'information sur les choix possibles en cas de grossesse non désirée. Les milliers de gens qui scandaient le numéro de téléphone d'un service de conseil sur la grossesse, lors des récentes manifestations, commettaient un acte illégal !
La récente ordonnance allait à l'encontre d'un autre droit de l'homme fondamental, celui de voyager. La jeune femme n'avait commis aucun délit contre la loi irlandaise. Elle a été victime d'abus sexuel et de viol. Elle n'aurait commis aucun délit en Grande-Bretagne où l'avortement est légal. L'interdiction de voyager dans un endroit où celui-ci peut être pratiqué dans des conditions sûres et légales vise à imposer une conception qui ne prend pas en compte la situation de la femme — selon cette conception, la vie potentielle d'un fœtus est toujours plus importante que celle d'une femme. Le juge de la Haute cour l'a résumé en déclarant que le risque d'un éventuel suicide de cette jeune femme était « bien moindre et d'ordre différent que la certitude de la disparition de la vie de l'enfant à naître ».
Droits de femmes
Mais, en dépit des interdictions légales ou constitutionnelles, les avortements ont toujours lieu, et dans les pires conditions. Ou bien la femme finit par accoucher, effrayée et en cachette, comme cette adolescente de 15 ans, morte après avoir accouché seule dans une église irlandaise, il y a cinq
Seule la possibilité pour les femmes de décider elles-mêmes quand et dans quelles conditions elles ont un enfant peut faire disparaître de telles barbaries. Cela passe par l'information, l'éducation, et l'indépendance sociale et économique. Toute tentative pour imposer ce choix — venant d'un Etat "communiste" comme la Roumanie de Ceaucescu, d'un mouvement islamique fondamentaliste, ou du poids combiné de l'Etat et de l'Eglise comme en Irlande — a des conséquences désastreuses pour les individus et restreint les droits de la société dans son ensemble. *
5 mars 1992