gouvernement de Frederik de Klerk en 1990, et les négociations actuelles qui
Après le référendum
Lors du référendum du 17 mars 1992, les Blancs d'Afrique du Sud ont approuvé à une large majorité, le "processus de réformes" lancé par le visent à rédiger une nouvelle Constitution. Dans cette interview, les membres du secrétariat de l'Organisation des travailleurs pour l'action socialiste
(WOSA), formation révolutionnaire sud-africaine, analysent le résultat du référendum et le processus de négociation en cours (1).
INPRECOR : Le "'oui" a été largement majoritaire ; il n'y a eu que
15 % d'abstentions. Comment expliquez-vous cette évolution de la population blanche, alors qu'aucun changement gouernemental n'a eu lieu et que la nature de l'Etat n'a pas changé ?
WOSA : Lors du référendum raciste, le "oui" a recueilli une importante majorité :
68 % des voix contre 32 %. La plupart des observateurs politiques avaient prédit un résultat plus serré — l'extrême droite espérait dépasser 40 %
L'électorat blanc avait deux options :
soit la poursuite de la vieille politique d'apartheid — qui semble aujourd'hui impraticable —, soit un règlement négocié de partage du pouvoir — les milieux d'affaires et la majorité de la classe moyen-
AFRIQUE DU SUD ne blanche commencent à croire que cette dernière alternative offre plus de garanties pour leurs intérêts et pour le maintien des nombreux privilèges dont ils bénéficient encore. Le retour rapide de l'Afrique du Sud dans la communauté internationale, la levée des boycotts commerciaux, culturels et sportifs ont aidé à convaincre de nombreux Blancs, qui avaient encore des doutes sur les négociations, qu'un accord de partage du pouvoir représentait, finalement, le meilleur
Même un secteur important de travailleurs blancs afrikaners des régions traditionnellement conservatrices du pays a voté "oui", bien qu'il s'agisse des Blancs les plus touchés par la récession économique et de la couche sociale ayant le plus à perdre de la fin de la ségrégation raciale.
Plusieurs raisons expliquent le soutien de l'électorat blanc aux négociations :
d'abord, il était clair que les politiques avancées par la droite provoqueraient une grande instabilité sociale et politique, se traduisant par le retour de l'état d'urgence, une agitation policière, un isolement international accru, etc. - le souvenir du soulèvement de 1985 est encore frais dans toutes les mémoires.
Ensuite, la façon dont l'apartheid légal a disparu, sans provoquer de changement substantiel de la position sociale et économique des Blancs, indiquait déjà que la démarche entreprise par le gouvernement de Klerk ne supprimerait pas la position privilé giée de la majorité des Blancs. Ceux-ci conservent leurs emplois bien rémunérés et leurs grandes maisons; leurs quartiers restent presque exclusivement blancs, tout comme leurs écoles, leurs clubs, etc.
Enfin, le déroulement du processus de négociations lui-même prouve aux Blancs qu'ils sont en position de force, et que c'est le Congrès national africain (ANC) qui a été obligé de faire la plupart des concessions. Dans les derniers mois surtout, l'ANC est apparu dans les médias comme un mouvement politique très respectable et non comme une organisation de libération avec une aile armée.
Le racisme est devenu un facteur autonome, et de nombreux Blancs se retrouvent aujourd'hui en concurrence avec les travailleurs noirs pour des postes de travail : voilà, sans doute, pourquoi presque 1 million de personnes se sont opposées aux négociations et ne croient pas que leurs intérêts seront protégés dans la "nouvelle Afrique du Sud". Si les négociations ne conduisent pas à la reprise économique et si la violence et le crime continuent à augmenter, beaucoup de ceux qui ont voté "oui" à reculons se retourneront contre le gouvernement.
Ceux qui pensent que ce résultat signifie que l'électorat blanc est maintenant prêt à laisser le pouvoir à la majorité noire se trompent lourdement. Le gouvernement expliquait très bien pendant la campagne qu'il voulait un mandat lui permettant de partager le pouvoir, et que si cela n'était pas accepté lors des négociations, il retournerait si nécessaire auprès des Blancs chercher un nouveau mandat. C'est pourquoi un grand nombre de Blancs qui votent d'habitude pour l'extrême droite ont choisi le "oui".
Depuis le référendum, le gouvernement a utilisé ces résultats pour adopter une ligne très dure dans les négociations du Congrès pour une Afrique du Sud démocratique (CODESA) : il propose un Parlement avec deux chambres, dont l'une représenterait les groupes minoritaires et aurait un droit de veto sur les décisions prises par l'autre. Les propositions gouvernementales comprennent
1) Voir Inprecor n° 347 du 28 février 1992.