DU 27 AVRIL au 3 mai
1992, des centaines de milliers de salariés ont participé à la grève. Dans de nombreuses grandes villes, en particulier en Rhénanie-Westphalie, la plupart des transports urbains sont paralysés depuis fin avril.
Le mouvement touche les postes de la majorité des grandes villes ; un cinquième des trains grandes lignes ont été bloqués
— le plus beau fleuron de la Bundesbahn (la compagnie allemande des chemins de fer), le train à grande vitesse Intercity Express (ICE) a été presque complètement bloqué.
Au huitième jour de grève, le 4 mai, comme prévu, le mouvement s'est étendu au transport ferroviaire de marchandises et aux aéroports. Ce jour-là, la grève était totale à l'aéroport de Berlin, et partielle dans ceux de Cologne et de Düsseldorf ; l'aéroport central de Francfort a été totalement paralysé le 5 mai.
La grève est organisée à un tel point que, même le Premier Mai, les transports urbains sont restés paralysés dans de nombreux endroits, et qu'il n'y avait donc pas de bus pour se rendre manifestations... Ce qui a eu des effets dommageables sur
Le climat est par ailleurs curieux : une grande partie de la population soutient la grève bien qu'elle provoque des préjudices importants.
Les médias, dans leur majorité, n'y sont pas vraiment hos-
Lors des négociations salariales, le principal syndicat du secteur public, l'OTV, avait réclamé une augmentation d'environ
10 %, mais les employeurs ne proposaient que 4,8 %, avant l'échec officiel des négociations. Il a donc fallu s'en remettre à un arbitrage : les médiateurs "indépendants"
ont proposé 5,4 %. L'OTV s'y est déclaré favorable malgré, sans doute, une sérieuse résistance dans ses propres rangs. Mais, les employeurs, soutenus massivement par le
— Inprecor n° 352 du 8 au 21 mai 1992 massives de son histoire. Le mouvement s'est limité à l'ancienne
République d'Allemagne fédérale (RFA), et les directions syndicales transports urbains et du ramassage des ordures ont participé à ce mouvement, qui s'est étendu au transport aérien et à la télévision.
l'industrie métallurgique. Le 7 mai 1992, les dirigeants du secteur publie ont finalement accepté la hausse salariale de 5,4 % initialement prévue par la commission d'arbitrage, ce qui a motivé la décision du syndicat du secteur public (OTV)
de mettre fin à son mouvement.
L'article ci-dessous a été rédigé quelques jours avant
Winfried WOLF chancelier Kohl, ont refusé ce compromis.
Auparavant, d'autres secteurs de l'économie, en particulier les banques, avaient conclu de nouveaux accords qui, dans l'ensemble (toutes primes confondues), conduisaient à une hausse salariale de 6 %.
L'état d'esprit général, après le rejet de l'arbitrage par les employeurs, était donc particulièrement favorable aux syndicats du secteur public.
sent que les salaires réels ont chuté en 1991.
Il y a eu une diminution réelle des salaires
« Wir streiken »*
L'Allemagne de l'Ouest vient de connaître une des grèves les plus n'avaient prévu aucune extension à l'Allemagne de l'Est. Une partie des employés du secteur public, de la poste, des chemins de fer, des l'Ouest sont de 6 à 8 % infé-
Simultanément, des grèves d'avertissement ont eu lieu dans cet accord.
Même les chiffres officiels reconnaisde 1982 à 1984, de légers gains de 1985 à 1989, et une stagnation en 1990 et 1991.
Dans l'ensemble, les salaires réels en Allemagne de rieurs à ceux du début des
La menace est sérieuse sur 1992, car le taux d'inflation avoisine 4,8 % (1) et de nouvelles augmentations des cotisations sociales, qui réduisent les salaires nets, sont prévues. Une contribution plus importante des malades aux frais médicaux, liée à la privatisation de la santé, est aussi en
Les contrecoups de la réunification
Evidemment, ces facteurs n'expliquent pas à eux seuls la grève ainsi que sa force et sa durée, inhabituelles en
Allemagne (la dernière grève organisée par l'OTV avait duré trois jours... en 1974).
Mais il faut rappeler d'autres causes plus profondes.
Dans les syndicats, la rancœur contre le gouvernement Kohl augmente, surtout contre sa politique sociale.
Kohl dirige l'Allemagne depuis plus d'une décennie
(1982), et l'éventualité d'un départ par la voie électorale ne se présentera pas avant fin dat, une forte détérioration s'est produite, en particulier en matière de protection sociale (2). Même si le salaire réel des salariés n'a pas pu être diminué, le chômage, lui, s'est sensiblement accru. Dans les années
70, la RFA comptait environ 1 million de chômeurs, contre 2 millions en moyenne entre 1982 et 1991. Le nombre des bénéficiaires des allocations sociales a plus que
• « Nous sommes en grève !
1) Voir Inprecor n° 346 du 14 février 1992.
2) Voir Inprecor n° 351 du 24 avril 1992.
doublé, ainsi que celui des personnes sans-abri.
L'unité allemande n'a fait qu'aggraver ce bilan négatif pour les "petites gens". Personne n'a oublié les déclarations du chancelier — « Après la réunification, cela n'ira pas plus mal pour personne » —, et ses affirmations constantes prétendant que l'unification allemande s'autofinancerait. En réalité, à l'Ouest, des cotisations exceptionnelles de solidarité et une augmentation des impôts ont déjà été décidées, et d'autres mesures sont prévues pour "payer l'unification". De plus, depuis fin 1991, la production industrielle a reculé en Allemagne de l'Ouest — la plupart des grands trusts ont procédé à des licenciements, 20 000 pour le seul groupe Daimler-Benz.
La déconfiture à l'Est
La situation économique en Allemagne de l'Est est "hors de contrôle". Comme le capitalisme a besoin, pour se développer, d'une certaine anarchie dont il tire profit, il a créé une institution, la Treuhand, qui "coordonne" et "organise" consciemment cette anarchie. Le niveau de production de biens matériels de l'industrie de l'ancienne République démocratique allemande (RDA) représente moins du tiers de celui de 1988. La population active a diminué de moitié entre 1989 et 1992 ; environ 750 000 habitants de l'Est vont travailler à l'Ouest chaque semaine ; le nombre des émigrants intérieurs annuels de l'Est vers l'Ouest atteint un niveau aussi élevé que lors des dernières années Honecker (environ 150 000).
Officiellement, le seuil des 2 millions de chômeurs et de travailleurs à temps partiel a été franchi à l'Est — dans l'ensemble de l'Allemagne, il y a donc quasiment 4 millions de chômeurs (sans compter les 500 000 personnes employées artificiellement dans le cadre des mesures de soutien de l'emploi prises à l'Est). L'Allemagne de l'Est se voit condamnée à une situation de Mezzogiorno à l'allemande ; les autorités en place proviennent de l'Ouest, d'où la plupart des ministres-présidents de l'Est sont originaires.
Le gouvernement Kohl bénéficiait d'une image particulièrement positive à cause de sa prétendue "compétence en matière économique". Lors des élections de 1990, cela a joué un rôle déterminant dans la défaite du Parti social-démocrate (SPD), dont le principal candidat, Oskar Lafontaine, avait choisi comme thème central la dénonciation du coût de la politique d'unification. C'est précisément cette compétence économique de l'Union démocrate-chrétienne (CDU) qui est aujourd'hui clairement remise en cause. Les cercles influents des médias, les instituts économiques et également certains milieux internationaux qualifient aujourd'hui la politique économique du gouvernement Kohl de catastrophique, irresponsable, ou suicidaire.
La dimension psychologique de cette bataille ne doit pas être sous-estimée. L'argument des patrons — « une grève pour 30 ou 60 marks par mois est irresponsable » — leur revient comme un boomerang. La présidente de l'OTV, Wulf-Mathies, a dénoncé de façon convainquante un tel cynisme en expliquant que, dans de nombreux secteurs des services publics, une différence salariale de 30 à 60 marks était significative. Le refus par les employeurs de la proposition de compromis a été ressenti comme une provocation par l'opinion qui, dans sa grande majorité, est attachée au "respect de l'ordre établi". En tout état de cause, cette proposition dépassait à peine la moitié de ce que l'OTV avait proposé initialement — d'ailleurs, celui-ci aurait eu beaucoup de mal à imposer un accord en deçà de ce compromis dans ses propres rangs. Finalement, l'approche du prochain congrès de l'OTV a aussi pesé : un nouveau président doit être élu. Wulf-Mathies étant à nouveau candidate, si elle s'était mise à genoux après le refus de la proposition de compromis, sa réélection aurait été pour le moins compromise.
Le gouvernement Kohl est sur la défensive. Lors des élections d'avril 1992, il a perdu parfois jusqu'à dix points et l'extrême droite a obtenu de 7 à 10 % des suffrages (3). L'endettement de l'Etat, du fait des coûts de l'unification et des tendances à la récession, est de plus en plus incontrôlable.
Fin de l'état de grâce
La démission du ministre des Affaires étrangères, Genscher, au premier jour de la grève, a été, à plusieurs égards, vécue comme un tremblement de terre politique La manière dont les suites de cette démission ont été traitées a provoqué des fissures supplémentaires dans la coalition. Le petit Parti chrétien-démocrate (CSU) se sent dépassé et le Parti libéral (FDP) craint qu'il ne s'agisse d'une manœuvre pour déboucher sur une grande coalition.
Selon le Süddeutsche Zeitung (4) du 4 mai : « Le gouvernement Kohl est au bout du rouleau. Les crises qui le secouent se suivent à intervalles rapprochés et produisent des éruptions de plus en plus violentes. Cette coalition [au pouvoir] est dépassée. »
Le Spiegel du même jour titrait, à côté d'une caricature du chancelier Kohl cloué sur une planche, "Pour combien de temps encore ?". L'article central du journal compare la situation actuelle avec celle de 1982, lorsque la coalition SPD-FDP a éclaté, après treize années de pouvoir ; il souligne que, comme à cette époque-là, de nombreux "problèmes" doivent être résolus rapidement : « Comme au début des années 80, les problèmes s'accumulent, mais c'est plus grave : le coût exorbitant de l'unification, la stagnation de l'économie, l'inflation, les licenciements et le manque de logements, les conflits et les grèves. (...) Le gouvernement court le risque de perdre toute capacité à résoudre les problèmes. »
Dans cette situation, Kohl sait qu'il ne restera pas chancelier si la grève est victorieuse. Le parallèle avec 1974, lorsque Willy Brandt fut acculé à la démission par une grève de l'OTV et remplacé par Helmut Schmidt, s'impose de lui-même.
Le décor ne doit tromper personne : le rapport de forces politique en Allemagne de l'Ouest s'est infléchi à droite avec l'unification. Les patrons ont été renforcés, la gauche radicale est dramatiquement marginalisée. Le SPD devient de plus en plus tiède et, sur de nombreuses questions (dont le droit d'asile), développe la même ligne que la CDU ; sur certains points, il est même à droite de la CDU et du FDP — le SPD a ainsi refusé la réconciliation proposée par les "terroristes" de la Fraction Armée rouge
3) Ibid.
4) Le quotidien interrégional au plus grand tirage (650 000 exemplaires).
Inprecor n° 352 du 8 au 21 mai 1992
(RAF), à laquelle des politiciens du FDP avaient réagi positivement. Le Parti communiste allemand (DKP) de l'Ouest n'est qu'un petit groupe, avec quelques milliers de membres.
Le Parti démocratique socialiste (PDS, ancien PC est-allemand) se rétrécit comme une peau de chagrin — déjà plus de la moitié des maires élus en 1990 sur ses listes l'ont quitté. Il n'existe pratiquement plus à l'Ouest, mais il reste néanmoins la force militante la plus forte à l'Est, avec environ 140 000 membres — des sondages le créditent d'environ 8 % des voix en Allemagne de l'Est.
Les patrons veulent serrer la vis
Les entrepreneurs considèrent aujourd'hui qu'ils peuvent se permettre une politique provocatrice, en tout cas dans certains domaines. Les banques ont conclu un accord salarial prévoyant environ 6 % de hausse et les patrons de ce secteur ne se sont pas engagés dans un affrontement dur. Dans le secteur de l'alimentation, un accord a été conclu pour 8 % d'augmentation, alors que les patrons réclament maintenant du gouvernement une politique ferme.
Le Bild am Sonntag a demandé au patron des patrons, Hans Peter Stihl, si les dirigeants du secteur public devaient chercher à mettre fin à la grève en faisant rapidement de meilleures propositions. Ce dernier a répondu : « Non, si l'Etat et les länder signent des accords trop favorables [aux salariés], les impôts et les taxes augmenteront, ce dont personne ne veut, parce que cela menacerait notre compétitivité à l'échelle internationale. Nous demandons au chancelier d'être dur car quelques semaines de grève valent mieux que des accords salariaux trop élevés, qui mettraient l'emploi en danger. » Il a ajouté, à propos de l'avenir : « Nous soutiendrons le gouvernement fédéral, s'il réduit drastiquement de plusieurs milliards les subventions pour Berlinn et pour l'industrie minière. »
Ce soutien est pour le moins à double tranchant. Selon une rumeur qui circule, Kohl serait tombé dans un piège, tendu en partie par des secteurs dirigeants du patronat. En effet, les principaux éléments de programme que le patronat veut mettre en œuvre seront difficiles à réaliser avec le gouvernement actuel. Beaucoup de facteurs pèsent en faveur d'un nouveau gouvernement, qui pourrait être une sorte de "grande coalition" formée par la CDU, le CSU et le SPD.
Voici le programme du patronat :
• réduction de la colossale dette publique, principalement par une diminution massive du niveau de vie ; — Inprecor n° 352 du 8 au 21 mai 1992
• modifications législatives pour développer les privatisations (chemins de fer et poste) ;
• "règlement" de la question du droit d'asile, principalement à travers des modifications constitutionnelles et des mesures encore plus restrictives contre les réfugiés ;
• déploiement de l'armée allemande sur tous les points du globe — ce qui exige également une modification constitutionnelle.
Pour toute modification constitutionnelle, il faut une majorité des deux-tiers au Parlement, et donc l'accord du SPD. Sur chacun de ces points, le SPD a fait savoir, durant les dernières semaines, que les syndicats respectivement concernés, dont la direction est proche du SPD, étaient prêts à des compromis.
• Selon une étude publiée par l'Institut IFO, début mai 1992, la dette publique allemande, passée de 925 milliards de DM en 1989 à 1 170 milliards de DM en 1991, atteindrait 2 500 milliards de DM en l'an 2000. Les intérêts atteindraient 180 milliards de DM en huit ans, ce qui représente le triple des dépenses d'équipement actuelles, ou deux fois et demi les dépenses sociales — ce qui représenterait, de loin, le plus important poste du budget de l'Etat.
Le SPD s'est souvent déclaré prêt à « des négociations d'ensemble pour résoudre la crise des finances publiques ».
• En matière de privatisations, le SPD et les syndicats concernés (le DPG pour la poste, et le GDED pour les chemins de fer) ont donné leur accord aux plans gouvernementaux. L'éclatement en trois morceaux de la poste (télécommunications, courrier et service bancaire) met déjà à l'ordre du jour la privatisation de la banque et des télécom-
• La semaine précédent le début de la grève, le GDED a proclamé son total accord avec les plans de privatisation de la Bundesbank : création d'une compagnie des chemins de fer allemande, DEAG, en 1992 ; début de la privatisation partielle, cette même année, sans que l'Etat soit obligatoirement majoritaire dans la nouvelle société. Il est peu probable que cela soulève des pro-
• Lors de la première semaine de grève, un débat décisif sur le droit d'asile a eu lieu au Parlement. Le président du groupe parlementaire du SPD, Klose, a notifié l'accord de son parti pour une modification substantielle de la Constitution, ce qui traduit un net changement de la politique du SPD en la matière. Cela lui a valu des louanges appuyées de Schäuble, président du groupe de la CDU.
• Ces derniers mois, des dirigeants du SPD ont annoncé qu'ils étaient favorables à une modification de la Constitution, permettant à l'armée allemande de se déployer à nouveau en tous points du globe, ce qui est au plus haut point symptomatique de l'évolution de la direction du SPD : sous Helmut Schmidt, Lafontaine avait assuré son ascension dans le SPD comme représentant du courant de gauche, dont l'un des points forts, à l'époque, portait précisément sur l'exigence de la sortie de la RFA de l'Organisation du traité de l'Atlantique-Nord (OTAN).
Le SPD tourne casaque
Le nouveau candidat à la chancellerie, Björn Engholm, défend une politique particulièrement offensive en faveur de l'économie de marché. Mme Simonis, ministre du gouvernement de Schleswig-Holstein, présidé par Björn Engholm, a participé, du côté du patronat, aux négociations salariales dans le secteur public et donc comme adversaire des syndicats. Elle a défendu pour l'essentiel la politique agressive du patronat. Jusqu'à présent, le SPD, qui détient la majorité des gouvernements des länder d'Allemagne de l'Ouest, ne s'est pas vraiment opposé à l'attitude intransigeante des responsables du secteur public — or, il aurait pu faire éclater le camp des patrons sur cette question. Il s'en est bien gardé, car cela lui aurait fait perdre la possbilité Les débats actuels sur la grande coalition rappellent la situation de décembre 1966, lors de la formation du premier gouvernement de ce type, avec Kiesinger comme chancelier et Brandt comme ministre des Affaires étrangères. A l'époque, les objectifs centraux de la politique bourgeoise étaient l'ouverture politique et économique vers l'Est et une modification de la Constitution pour abroger les articles sur l'état d'urgence. Sur ces deux points, le SPD était indispen-
Depuis début 1992, l'éventualité de la formation d'une grande coalition s'esquisse. Les patrons ont accéléré cette perspective, même avant le début de la grève. En février 1992, les représentants des patrons ont effectué une provocation ouverte à l'égard de Kohl : pour la première fois, la réunion sur le développement dans les nouveaux länder avec le chancelier Kohl s'est tenue en l'absence des représentants des secteurs les plus importants de l'économie. D'autre part, il semble que Kohl ne refuse plus que le prochain président de la république soit le social-démocrate Hans-Jochen Vogel -c'est exactement ainsi qu'avait été préparée la grande coalition de 1966, avec l'élection du candidat du SPD, Heinemann, à la présidence de la RFA, ce qui, à l'époque, constituait également un test sur la possibilité d'un accord entre le SPD et le FDP.
La grève, l'attitude du gouvernement et, surtout, celle du patronat doivent être consi-
jours, qui a complètement paralysé les transports, à l'appel des trois sections syndicales des chemins de fer, le Vervoersbond FNV (social-démocrate et affilié à la principale confédération syndicale du pays), le Vervoersbond CNV (chrétien) et le FSV (organisation autonome). La principale revendication était le rejet de l'introduction des horaires décalés dans le département de maintenance de la Compagnie nationale des chemins début du mouvement, les produits laitiers manquaient dans les commerces. Mais les
= ALEMAGNE dérées dans ce contexte général. Mais, cela ne signifie en aucune façon que les syndicats font le jeu du camp patronal et qu'ils seraient engagés dans une "grève d'appui" à la grande coalition.
Aujourd'hui, au début de la deuxième semaine de grève, les deux camps sont confrontés à une forte pression, résultant de la dynamique propre du mouvement. Les syndicats ne peuvent plus accepter un accord de hausse salariale inférieur à 5,3 %, c'est-àdire la proposition de compromis, voire plus. Un accord inférieur à la proposition de compromis n'apparaît plus envisageable sans une sévère défaite des syndicats.
Qui l'emportera ?
Après les derniers développements de la grève, le gouvernement, quant à lui, ne peut pas non plus accepter maintenant la proposition de compromis, car cela signifierait sa chute ou, incontestablement, le début de la fin. Face à une grève qui se prolonge, le gouvernement ne pourrait l'emporter et mettre les syndicats à genoux, qu'en prenant des mesures drastiques, tel le recourt à l'armée dans les services publics et pour l'enlèvement des ordures ménagères. Dans la mesure où la grève, au moins au début de sa deuxième semaine, bénéficie d'un large soutien, il s'agirait là d'une escalade dangereuse, dont l'issue est hautement imprévisible.
Le puissant syndicat de la métallurgie, IG-Metall, lance, en outre, des grèves d'avertissement. Une dernière négociation salariale dans cette branche aura bientôt lieu. Les patrons ont proposé une augmentation de 3,3 % éminemment provocatrice, puisqu'elle est largement inférieure aux propositions des employeurs du secteur public et en dessous du taux d'inflation. Le syndicat réclame, lui, 9,5 %. Dans ce secteur, la procédure de compromis n'est pas obligatoire, ce qui signifie que IG-Metall peut lancer un référendum auprès de ses adhérents sur l'opportunité de la grève. Les grèves d'avertissement vont presque automatiquement s'étendre. Une jonction de ce secteur décisif — marqué par la fin de l'expansion — avec la grève du secteur public, notamment dans le domaine particulièrement sensible des transports et des moyens de communication, affecterait gravement l'économie allemande.
D'autres secteurs sont aussi confrontés à un échec des négociations salariales, tel celui de la construction, où le patronat a également proposé une augmentation de 3,5 % - là, le médiateur est un socialdémocrate, qui devrait probablement faire une proposition de compromis comparable à celle du secteur public. Si les employeurs du secteur de la construction l'acceptent, ils prendront alors ouvertement le gouvernement à contre-pied.
Plus la grève dure, plus la possibilité de voir d'autres thèmes y intervenir est grande.
Pour le seul secteur Ouest de l'Allemagne, il est fort possible que cette grève fasse tâche
Il est clair qu'à l'Est, la grève devrait se développer aussi pour revendiquer la parité salariale Est-Ouest et pour exiger un programme de l'Etat pour la création d'emplois.
Une telle extension impliquerait une politisation significative du mouvement. Cela ne s'est pas produit pour l'instant.
A l'Ouest, les rassemblements du Premier Mai ont été particulièrement mornes, même si cela a souvent été dû au mauvais temps. Même dans les manifestations centrales, où des dirigeants de l'OTV, d'IG-
Metall ou du DGB ont pris la parole, le nombre de participants n'a pas dépassé
10 000, et ce, malgré les grèves massives.
de fer (NS) - ce fut la première action massive contre la flexibilité aux Pays-Bas.
riales plus importantes que prévu.
sé par des grèves sauvages soutenues par le Vervoersbond FNV.
ditions de travail que NS cherche à introduire.
tière, dont la principale revendication était la défense du droit à la préretraite à 59 ans
Voedingsbond -, et ils en ont déversé des tonnes sur les routes.
obligé de mettre fin au mouvement.
ment de la construction syndicale indépendante et des mobilisations à la base. *
Comme depuis plusieurs années, dans leur grande majorité, les manifestants étaient des travailleurs étrangers. Actuellement, la grève a d'abord été engagée là où elle est à même de porter tort au patronat allemand, à l'Ouest. Si on en venait à une solidarité EstOuest dans la lutte, cela revêtirait une signification hautement politique — surtout quant à la nécessité d'abattre l'énorme mur qui continue à séparer les deux Allemagne, de tous les points de vue, y compris en ce qui concerne la gauche et le mouvement ouvrier. Il faut également rester vigilant sur les conséquences que pourrait avoir la chute de Kohl sur une telle grève : il est évident que l'entrée du SPD au gouvernement tendrait à étouffer, voire à briser, le mouvement. *
Cologne, 4 mai 1992