DES DELEGATIONS de 160 pays sont attendues à Rio, avec des chefs d'Etat et de gouvernement, des parlementaires, des experts et des représentants d'organisations non-gouvernementales (ONG) — soit, au total, environ 30 000 participants.
Cette foule n'aura, en fait, pas grand chose à faire. Les innombrables conférences de préparation ont montré que le sommet débouchera probablement sur peu d'accords concrets ; à la veille de son ouverture, plusieurs documents sont disponibles.:
• L'Agenda 21. Ce dossier de plusieurs centaines de pages prétend montrer les choix écologiques à suivre pour le XXIe siècle. Même le journal conservateur autrichien, Die Presse, a conclu amèrement que « ce dossier peut être accepté, y compris par des Etats peu soucieux de l'environnement. Il n'a aucun poids légal ».
Selon le secrétaire général de l'UNCED, Maurice Strong, la mise en pratique des points les plus importants étudiés par la rencontre nécessiterait 650 milliards de dollars — la part du lion, 500 milliards de dollars, devrait être fournie par les pays en voie de développement.
• La Déclaration de Rio. A l'origine, l'adoption d'une Charte de la terre était envisagée. Finalement, seulement 27 principes ont été retenus qui, dans l'ensemble, ne servent à rien. Les spécialistes de la question évoquent souvent la remarque du président George Bush : « Le mode de vie des Américains ne devra pas être débattu à Rio » ; le président des Etats-Unis peut assister sans crainte au sommet...
• La Convention sur le climat. Ce texte vaut à peine le papier sur lequel il est rédigé. Les limitations fixées pour la réduction des émissions de gaz qui provoquent l'effet de serre ont été supprimées. Les Etats-Unis ont d'ailleurs exprimé leur totale opposition à tout établissement concret de mesures obligatoires.
• La Convention sur les forêts et la défense des espèces. La Convention sur les forêts a déjà été écartée au cours des négociations préparatoires. Pour préserver les apparences, il est possible qu'un document insipide sur les forêts soit adopté pendant le
Les milliers de participants, les tonnes de papier et les beaux discours à l'occasion de la conférence des Nations-Unies sur l'environnement et le développement (UNCED), qui s'ouvre à Rio de Janeiro, le 3 juin 1992, n'auront aucune conséquence positive. On peut prédire, sans risques de se tromper, que les résultats concrets de ce sommet seront dérisoires.
Hermann DWORCZAK sommet. En ce qui concerne les espèces végétales et animales, même si on estime que des millions d'entre elles disparaîtront d'ici l'an 2000, aucune action sérieuse n'est envisagée. Les pays industrialisés veulent que le tiers monde reste une région facile à exploiter librement.
Le Nord riche — 20 % de la population mondiale y consomme 80 % des ressources — veut à tout prix que la discussion de
Saite
Rio reste dans des limites strictes. Les conditions économiques internationales, qui condamnent les trois quarts de la population mondiale à la marginalisation sociale ne seront pas abordées à Rio, sous prétexte qu'elles dépendent d'autres organismes, tel le Traité général sur les tarifs et le commerce (GATT). Il n'y aura pas non plus de discussion sur le fardeau que représente la dette du tiers monde en matière d'environnement.
Selon la représentante d'une ONG autrichienne, Brigid Weinzinger, qui travaille pour le Service d'information sur les politiques de développement, Rio est une « mascarade » : « A Rio, on ne fera qu'analyser les symptômes. Le Sud n'arrachera pas le droit à un réel développement. Le Nord, pour sa part, ne veut discuter que des questions écologiques qui le touchent directement. La conférence internationale des ONG de 1991, à Paris, avait déclaré sans ambiguïté que tout programme qui ne prévoirait pas des réductions drastiques des dépenses militaires, une diminution des émissions de dioxyde de carbone par les nations industrialisées et une solution de la crise de la dette en faveur du tiers monde n'aurait aucun sens. »
Le fossé Nord-Sud
Ce n'est pas uniquement le lien entre les Etats capitalistes du Nord et leurs agents néocolonialistes du Sud qui empêche le sommet de Rio de porter la moindre attention à ceux que Frantz Fanon appelait « les damnés de la terre ». La base théorique même des résolutions et les propositions spécifiques qui en découlent ne sont guère encourageantes. Le Rapport Brundland de l'UNCED intitulé Notre avenir commun ne remet pas en cause la logique du profit, il prévoit une croissance
"équilibrée", pour remplacer l'ancienne croissance "illimitée". Dans les divers modèles de croissance proposés au tiers monde, les exportations - sans aucun changement de la structure injuste et unilatérale actuelle — et la coopération avec les multinationales sont essentielles : « Les multinationales peuvent jouer un rôle clé pour le développement, surtout depuis que les pays en voie de développement reposent de plus en plus sur le capital étranger. » La modération du Rapport Brundland est telle qu'il ne mentionne ni la suppression de l'énergie nucléaire ni l'interdiction de l'exploitation industrielle de l'Antarctique.
Brigid Weinzinger estime que les pays industrialisés sont prêts à verser entre 5 et 15 milliards de dollars d'aide à l'environnement pour contenter les opinions publiques.
Le Groupe des 77, réunissant plus de 120 pays du tiers monde, n'a pas réussi à imposer la création d'un fonds écologique global. A la place, les subventions seront réparties selon les critères du marché libre ; la Banque mondiale jouera un rôle décisif dans la répartition des fonds écologiques de l'enveloppe globale pour l'environnement.
On peut espérer davantage du résultat de
la conférence parallèle des ONG, que ses initiateurs conçoivent comme un échange général d'expériences, mais aussi comme un lieu de décision et de propositions concrètes. Les résultats de ce contre-sommet doivent déboucher sur une proposition alternative à l'Agenda 21 officiel. La formation d'un réseau mondial devrait se concrétiser par des accords entre ONG et une Alliance sur le climat entre les Etats du Nord et les habitants de l'Amazone — surtout les population indigènes. Cette rencontre sera avant tout l'occasion de lancer des campagnes dans les pays du Nord pour faire pression sur les dirigeants. Car, sans luttes et sans mobilisations à la base, les décisions de la conférence alternative n'auront aucun poids. *
Vienne, 22 mai 1992