est évident que la défaite électorale du Likoud et la victoire des travaillistes, le
23 juin 1992, n'ont pas produit des changements exceptionnels dans le rapport de forces politique en Israël (voir Inprecor n° 348 du 13 mars 1992). La seule
L'étrange coalition
Malgré l'euphorie d'une partie de la population israélienne et des médias, il nouveauté importante de ces élections travaillistes sont parvenus à écraser le Marcelo MEIR
MEME si les travaillistes disposent actuellement d'une majorité de sièges à la Knesset - avec la coalition de la gauche libérale Meretz, le Parti communiste et la Liste arabe démocratique —, son dirigeant, Itzhak Rabin, a d'ores et déjà déclaré que constituer une coalition avec les seules forces de gauche représenterait une grave erreur. Voilà pourquoi il essaye de convaincre des forces politiques de droite — spécialement Tsomet (Carrefour), dirigé par l'ancien commandant de l'armée israélienne Rafael Eytan (1) et le Mafdal, parti nationaliste religieux —, ainsi que les partis religieux orthodoxes de participer au gouvernement. Les résultats de Tsomet aux élections du 23 juin ont constitué une véritable surprise : en effet, ce parti est passé de 8 députés à 24.
Les électeurs israéliens ont voté pour Rabin essentiellement dans le but de sancest constituée par le fait que les Likoud, après quinze ans d'opposition. tionner le Likoud. Ce parti a gouverné pendant les quinze dernières années en s'appuyant sur les couches pauvres de la population, avec une idéologie populiste. Cependant, au cours de la dernière décennie, et notamment sous les gouvernements dirigés par Shamir, le Likoud a retrouvé son idéologie originelle, en mettant surtout en avant la nécessité de préserver le GrandIsraël face aux intérêts des Arabes — même si cela le mettait en contradiction avec ses patrons nord-américains.
Sur le terrain social, le Likoud a appliqué des mesures d'austérité qui se sont renforcées avec l'arrivée des immigrés juifs en provenance de l'ancienne Union soviétique. La population juive orientale, les habitants des quartiers pauvres et les chômeurs — le chômage touche aujourd'hui 15 % de la population active et 40 % des nouveaux immigrés — ont vu le Likoud porter l'essentiel de l'effort de sa gestion gouvernementale sur les aspects diplomatiques et économiques de l'avenir des Territoires occupés, en délaissant ses électeurs naturels. Face à cela, et alors qu'éclataient au grand jour les débats internes du Likoud sur cette question, il devenait évident qu'une partie importante des électeurs allait porter ses voix sur Izthaz Rabin.
L'appui qu'a gagné Rabin ne signifie pas un appui au programme de son parti. Les travaillistes sont, aux yeux des classes populaires, les responsables historiques des maux qui les frappent. En d'autres termes, le vote du 23 juin ne traduit pas un soutien programmatique aux travaillistes, mais un soutien à Rabin lui-même, au dirigeant qui dispose d'assez de charisme et de force pour parvenir à « résoudre les problèmes les plus brûlants ». Le Parti travailliste lui-même a compris les caractéristiques de ce soutien électoral ; il a centré sa campagne sur Rabin, tout en développant une ligne dure par rapport à l'Intifada. Le
L'électorat arabe es resultats des recens
_tions parmi la population arabe -les Palestiniens qui ont la nationalité israélienne - ont malheureusement confirmé les analyses qui font état d'une crise de la conscience nationale et de l'absence de perspectives politiques.
La majorite de la population arab -a voté pour les partis sionistes e a donné deux députés à la Liste démocratique arabe. Malgré ses déclarations nationalistes, d'un point de vue social, celle-ci représente surtout les privilèges de certaines familles et des intérêts ethniques.
_mique, integriste, a apporte son soutien à cette liste.
L a coalition dirigée par le Parti
_communiste a obtenu un député et la Liste progressiste pour la paix n'a même pas obtenu un siège. *
M. M. Parti travailliste est ainsi apparu, pour une majorité de gens, comme un deuxième Likoud. Cette stratégie est confirmée par le fait que les députés de l'aile gauche de ce parti ont été soigneusement mis à l'écart pendant le mois qui a précédé le scrutin.
La campagne de Rabin
Tout cela renforce la politique de Rabin qui se vit d'abord comme le leader de la majorité de la population, et seulement ensuite comme le dirigeant du programme travailliste et de toutes les forces qui militent au sein de ce parti. Cette position débouche automatiquement sur la nécessité de former une coalition large, où la gauche et la droite puissent contre-balancer la force du centre, c'est-à-dire de Rabin et des députés qui lui sont proches.
Mais, même dans une telle situation, la gauche libérale de Meretz aurait pu donner un ultimatum à Rabin, en lui faisant comprendre qu'elle ne serait pas prête à prendre part à une coalition avec des forces de droite. Mais cela n'a pas été le cas : les dirigeants de Meretz se sont empressés de confirmer leur décision de soutenir une coalition large, même si des partis de droite y participaient.
1) Après avoir servi sous les ordres de Rabin pendant la guerre d'indépendance, Rafael Eytan fut chef d'état-major de Tsahal lors de l'invasion du Liban, en 1982. En 1981, il déclarait, à propos des citoyens arabes d'Israël, qu'ils étaient - des cafards qui s'agitent dans une bouteille ».
Pourquoi ce tournant de la part de Meretz, qui est pourtant devenu la troisième force électorale du pays et que ses électeurs voient comme le représentant du mouvement de la paix ? La réponse est simple, Meretz appartient toujours, d'un point de vue idéologique, programmatique et historique aux forces du consensus national sioniste.
Les liaisons dangereuses
Meretz fait passer les intérêts de l'Etat central - parmi lesquels, la nécessité de créer un gouvernement large et stable — avant ceux du mouvement de la paix. Les dirigeants de cette coalition ont justifié leur volonté de participer à un même gouvernement que le parti de droite Tsomet en expliquant que ce dernier avait recueilli les voix de ceux qui cherchent une réponse aux pressions des partis orthodoxes.
En ce sens, Meretz voit Rafael Eytan, dirigeant du Tsomet, comme un allié naturel. Mais cela n'est que partiellement vrai ; en fait, en ce qui concerne l'avenir des Territoires occupés, le Tsomet se retrouve sur les mêmes positions que les partis d'extrême droite. La présence de Tsomet au gouvernement risque de reporter la prise de décisions essentielles concernant l'avenir de ces territoires à une date incertaine. En d'autres termes, Meretz serait prêt à revoir ses principes à la baisse pour faire partie de la coalition, même si cela laissait la voie libre aux travaillistes et à Tsomet pour décider librement du programme gouvernemental concernant les négociations de paix.
La politique des dirigeants de Meretz signifie une véritable trahison vis-à-vis de son électorat et du mandat qu'il a reçu de celui-ci. Il faut espérer que les militants de base de cette coalition réagiront face à cette situation, même s'il est évident que cela prendra du temps — l'espoir de voir des ministres du Meretz au gouvernement changer le rapport de forces au sein de celui-ci jouera un rôle important dans la conscience de cet électorat.
Enfin, ces élections ont confirmé le processus de modification de la conscience de la population israélienne sur un seul point : l'avenir des Territoires occupés. Cette évolution de l'électorat s'est traduite par la débâcle du parti d'extrême droite Tehiya. Cette organisation n'a pas franchi le seuil électoral lui permettant d'avoir un élu à la Knesset — dans la précédente législature, il en avait trois. Cela montre une maturation de l'électorat face à des positions extrémistes, qui prônent la priorité des implantations juives dans les Territoires occupés et la répression massive de la population palestinienne.
La population israélienne a montré
BAKER
ving
CR qu'elle n'est plus disposée à croire que les implantations sont la solution magique à tous les problèmes de la société israélienne. Cela constitue un petit changement, certes ambigu, dans la conscience de l'électorat, mais bien réel.
On peut espérer qu'avec la création de la coalition gouvernementale, une nouvelle
Les déboires du Plan Baker.
phase politique importante s'ouvrira en Israël. L'extrême droite et les militants du mouvement de la paix seront contraints de revoir leurs positions stratégiques ainsi que leur attitude face à leurs directions. * Jérusalem, ler juillet 1992