Inprecor 1974–2004

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ISRAEL

Au bonheur de Bush

· Inprecor n° 356, 3 juillet 1992 · p. 7-8 · 750 mots

Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).

États-Unis Palestine et Israël

Au bonheur de Bush Le triomphe du Parti travailliste sioniste, mené par Itzhak Rabin, aux élections israéliennes du 23 juin 1992, est la première victoire politique de George Bush depuis bien longtemps. Il en avait grand besoin, aussi bien pour des raisons de politique intérieure que de politique étrangère. Salah JABER

SuR le plan intérieur, on sait quels sont les déboires du président américain depuis plusieurs mois, en vue de l'élection présidentielle de novembre 1992. Incapable de se prévaloir d'arguments électoraux convainquants en matière de politique sociale ou économique, l'administration Bush — depuis la guerre du Golfe — comptait surtout sur son palmarès en politique mondiale.

Or, celui-ci s'est réduit comme une peau de chagrin depuis le début de cette année, avec la démonstration de plus en plus évidente des limites bien étroites du pouvoir réel de l'empire américain.

Le Moyen-Orient est l'un des domaines où ces limites se sont manifestées avec le plus d'éclat. D'une part, autour du Golfe même, avec un Saddam Hussein toujours fanfaron et une politique américaine sans solutions de rechange à promouvoir.

D'autre part, et surtout, face au conflit israélo-arabe : l'administration Bush avait cru pouvoir tirer les marrons du brasier irakien, encore incandescent, en convoquant la "conférence de paix" à partir du 30 octobre 1991. Elle prenait le pari de pouvoir avancer à grands pas vers une Pax Americana régionale, en venant à bout de l'intransigeance du Likoud d'Itzhak Shamir au moyen d'une forte pression financière. Elle savait que l'Etat d'Israël avait désespérément besoin du prêt de dix milliards de dollars, qu'il demandait au gouvernement américain de garantir. Sans cet argent, le projet sioniste d'absorption d'un million d'immigrants juifs en provenance de l'ancienne Union soviétique

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entraînés quasiment malgré eux en Israël, faute de pouvoir aller en Amérique du Nord — se trouverait largement compromis. C'est pour ces dollars, et pour eux uniquement, que le gouvernement Shamir avait accepté de se rendre à Madrid ; et c'est pour la même raison que la fameuse conférence ne pouvait que s'enliser (1).

Etant donné l'importance des enjeux, il fallait s'attendre à ce que l'administration Bush fasse usage de son arme financière (2). C'est bien ce qui s'est passé : n'étant pas dupes, les hommes de Washington ont refusé d'accorder la garantie qui leur était demandée, sans contrepartie tangible du côté israélien. Shamir, qui croyait empocher la mise et puis agir à sa guise, se retrouvait bredouille. Le bras de fer était engagé, avec de lourdes interventions réciproques, cousues de fil blanc, dans les campagnes électorales des deux pays.

L'administration Bush prenait l'initiative d'une détérioration sans précédent dans les relations israélo-américaines : le message, relayé par ses bons alliés travaillistes sionistes, était que l'intransigeance du Likoud menait Israël sinon à sa perte, du moins à la

CEI banqueroute. En contrepartie, de connivence avec des amis américains, du Parti démocrate notamment, le Likoud alimentait l'opinion américaine en révélations fracassantes sur la politique irakienne de l'administration répu-

L'urne américaine

Dans ce bras de fer, c'est Washington qui l'a emporté. Certes, plusieurs facteurs d'ordre intérieur, politiques et socio-économiques, peuvent expliquer la victoire de Rabin (voir l'article en p. 6). Mais ils sont tous liés d'une façon ou d'une autre au facteur américain. Il n'est d'ailleurs nullement surprenant de voir Rabin, dès le 24 juin, souhaiter publiquement que l'administration Bush revienne sur son refus de garantir l'emprunt israélien des dix milliards de dollars. Il obtiendra, très probablement, gain de cause.

C'est là qu'apparaît, de la manière la plus nette, la myopie, sinon la sottise, de la droite palestinienne, Arafat en tête, qui s'est réjoui de la victoire de Rabin : celui-ci pratiquera en fait une politique peu différente de celle de Shamir dans le fond (y compris sur 1 '"autonomie" concédée aux Palestiniens), comme il a déjà eu plus d'une fois l'occasion de le démontrer, mais plus souple et plus subtile dans la forme — de sorte à bénéficier des largesses de Washington et à reconquérir la sympathie des Etats européens. Encore une fois, le bon sens populaire s'avèrera plus perspicace que certaines directions prenant leurs désirs pour des réalités : beaucoup de Palestiniens, interrogés par les reporters dans les rues de Jérusalem, ont répondu soit que Rabin et Shamir, c'était du pareil au même par rapport à leur peuple, soit que le premier est plus dangereux que le second, car plus sournois et soutenu, de surcroît, par les Etats-Unis. *

25 juin 1992

1) Voir Inprecor, n° 340 du 8 novembre 1991.

2) Voir Inprecor, n° 330 du 1er mai 1991.

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