Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EUROPE / ETATS-UNIS

L'impasse de Munich

· Inprecor n° 357, 17 juillet 1992 · p. 3 · 973 mots

URSS et Russie

LE TEXTE de la résolution finale permet de rappeler les problèmes qui ont été, ou auraient dû être, abordés au sommet de Munich.

• Concernant les pays d'Europe orientale et, notamment la Russie, des déclarations de bonnes intentions et des "encouragements" à progresser sur les chemins radieux de la "liberté politique et économique" ont été faits. Eltsine a obtenu la promesse d'un moratoire de deux ans (qui reste à définir), la reconfirmation des 24 milliards de dollars prévus (sans précision de date) et une "aide" d'un milliard de dollars par le Fonds monétaire international (FMI), au mois d'août 1992. Aucun engagement n'a été pris sur la question des centrales nucléaires de l'ancienne Union soviétique, qui, selon les experts, posent des problèmes de plus en plus sérieux.

• Ensuite, des généralités ont été énoncées sur les rôles respectifs de l'Organisation des Nations-Unies (ONU), de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), de l'Union de l'Europe occidentale (UEO), de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE). La divergence fondamentale s'est exprimée à propos de l'utilisation prioritaire de tel ou tel orga-

Pour les Etats-Unis, le rôle prioritaire revient à l'ONU, tandis que les Européens sont plutôt partisans de l'intervention de l'UEO. Dans la résolution finale, les dirigeants ont affirmé accueillir « favorablement les décisions prises récemment par les ministres des Affaires étrangères de l'OTAN et de l'UEO, quant au soutien des opérations de maintien de la paix menées sous la responsabilité de la CSCE ». Dans la pratique, les choses ne sont pas aussi simples. La lutte qui a commencé depuis un an, à propos de la Yougoslavie, continue de plus belle, chacun essayant de tirer la couverture

• Enfin, rien n'a été fait pour surmonter les divergences sur la réglementation du commerce international à redéfinir dans le cadre de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), ce qui n'aidera pas le G-7 à sortir d'une situation économique morose.

A Helsinki, où il se sont réunis immé— Inprecor n° 357 du 17 au 30 juillet 1992

EUROPE / ETATS-UNIS

Rarement, il y aura eu chez les commentateurs les plus sérieux de la presse internationale une telle unanimité : le sommet des sept pays les plus riches (G-7), du 6 au 8 juillet

1992, à Munich, n'a donné aucun résultat. D'un point de vue médiatique, l'effet est tout aussi douteux : le spectacle d'une parade inutile, chèrement payée par les contribuables, n'aura fait qu'augmenter le discrédit des dirigeants les plus influents du monde auprès de leurs populations.

Livio MAITAN diatement après, les pays plus riches de la planète ont confirmé le choix de l'ONU concernant l'ancienne Yougoslavie, qui consiste à faire de la Serbie la cible exclusive, en oubliant les responsabilités non moins graves des dirigeants croates dans le drame qui ravage la Bosnie-Herzégovine. Aux dires de certains des participants, dont le ministre des Affaires étrangères néerlandais, les décisions ont, pour l'instant, une portée beaucoup plus politique que militaire et ne permettent pas un blocus réel de la Serbie.

Par ailleurs, les divergences persistent entre ceux qui, comme François Mitterrand, sont partisans d'une intervention armée et ceux qui, comme George Bush, ont peur de s'engager dans un engrenage qu'ils n'ont aucune certitude de pouvoir maîtriser.

La toile de fond de la erise

Les maigres résultats du sommet de

Munich ont été attribués par de nombreux observateurs au fait que la plupart des dirigeants présents sont en position de faiblesse dans leurs pays respectifs. Ainsi, Bush doit mener une campagne électorale plus difficile que prévu et le Premier ministre japonais, dont le prestige est fort discutable, a lui aussi des préoccupations électorales à court terme. Le chef du gouvernement français n'est pas en meilleure position, tout comme le nouveau Premier ministre italien, soutenu par une majorité parlementaire très étroite.

Le chancelier Kohl n'est pas non plus en bonne santé : l'ivresse de la réunification s'est désormais évaporée.

Mais, la faiblesse des "grands" a aussi

RIS des racines plus profondes. Les grandes puissances hésitent toujours à s'engager à fond dans une action systématique de longue haleine vis-à-vis de l'Europe orientale et de la Russie, qui correspondrait pourtant à leurs intérêts. Certes, la situation financière de la plupart des pays n'est pas florissante et la disponibilité de capitaux est loin d'être illimitée. Toutefois, les 24 milliards de dollars ne représentent pas une somme astronomique pour des pays qui ont dépensé trois fois plus lors de la guerre du Golfe. Le milliard finalement octroyé à Eltsine ressemble plus à une aumône qu'à une "aide". En fait, les impérialistes doutent que la restauration du capitalisme va donner les résultats escomptés et les investisseurs s'interrogent sur la possibilité de réaliser des profits à moyen et même à long terme.

Du G-7 au G-8 ?

L'incertitude existe aussi sur le terrain politique. Ce n'est pas un hasard si Bush n'a pas voulu retenir l'idée d'inclure la Russie dans le cercle étroit des "grands" de ce monde, en transformant dès maintenant le G-7 en G-8. Pour sa part, Henry Kissinger a parlé explicitement des « limites de la coopération entre les Etats-Unis et la Russie » (1). Selon lui, un cadre de paix, garanti par la « démocratie libérale et l'économie de marché », ne pourra être réalisé avant « des décennies » ; le danger existe, par ailleurs, que la Russie cherche à retrouver son rôle hégémonique vis-à-vis des autres pays de l'ancienne Union soviétique.

D'autre part, les difficultés économiques des principaux pays capitalistes constituent la véritable toile de fond du sommet de Munich. Non seulement ceux-ci ne peuvent pas envisager le dépassement de l'onde longue dépressive, qui dure depuis la moitié des années 70, mais ils ne peuvent pas non plus miser sur une relance conjoncturelle comparable à celle d'après 1982. *

13 juillet 1992

1) International Herald Tribune, 6 juillet 1992.

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