LES FORCES anticapitalistes radicales se préparaient depuis des mois à protester contre le sommet des "sept grands", contre l'exploitation des pays dominés, contre la dette, contre la colonisation et la "tiers-mondisation" des pays de l'Est et contre l'ordre capitaliste en général — avec son cortège d'injustices, de guerres et de destructions.
L'unité avec les forces les plus modérées ne franchit pas le cap de la préparation. Le contre-sommet avait été au départ appelé par l'Association des étudiants de Munich; les manifestations furent finalement soutenues par une cinquantaine d'organisations dont de nombreux groupes d'extrême gauche, des associations catholiques et protestantes, certaines sections des Jeunesses socialistes, des groupes locaux des Verts et le Parti démocratique socialiste (PDS, ancien Parti communiste est-allemand).
Il y eut finalement deux "contre-sommets" à Munich, l'un organisé par la gauche révolutionnaire et radicale — qui était aussi à l'initiative des manifestations de rue —, et l'autre, par certaines organisations non-gouvernementales (ONG) et la direction officielle des Verts — qui ne demandaient, par exemple, que l'annulation d'une partie de la dette et faisaient appel à la "bonne volonté" des gouvernements impérialistes.
Le contre-sommet de la gauche anticapitaliste aurait dû se tenir à l'université de Munich. A la dernière minute, sous la pression du gouvernement bavarois, le recteur interdit la tenue du congrès. Près de 2 000 personnes se trouvèrent donc devant les portes fermées du bâtiment universitaire, le vendredi 3 juillet, pour discuter de la suite — occuper les lieux par la force, au moins de façon symbolique ? Mais la police était partout... sauf devant la porte. Pour ne pas tomber dans un piège, il fut décidé d'organiser une manifestation spontanée et le cortège se dirigea vers l'église prévue comme solution de rechange pour l'ouverture du contre-sommet.
Malgré les provocations policières, la manifestation arriva à destination. Les 4 et 5 juillet, différents groupes de travail se sont réunis dans divers locaux mis à disposition
ALLEMAGNE
Le sommet des flics
Peu de jours avant l'inauguration du sommet du
Groupe des sept (G-7), à Munich, le 6 juillet 1992, la presse dénonçait les dépenses de ce gigantesque cirque — « 8 000 deutchmarks (DM) [soit 24 000
FF, ndlr] par minute » — qui ne régla évidemment rien. Eltsine est revenu à Moscou avec des promesses d'aide dérisoires (voir l'article en p. 3).
Mais, surtout, ce sommet donna lieu, entre le 3 et le 5 juillet 1992, à des contre-manifestations importantes et à une répression violente des forces de l'ordre.
Manuel KELLNER par l'Eglise. Les réunions de préparation qui avaient précédé le contre-sommet s'étaient déjà souvent tenues dans des églises — à cause des interventions policières. Cela n'était pas sans rappeler les derniers mois d'Honecker !
Le délire sécuritaire
La grande marche du samedi 4 juillet,
"Contre l'ordre mondial au pouvoir", fut un succès. Plus de 20 000 personnes manifestè rent leur colère et leur refus du système. Les forces spéciales de police (les Commandos de soutien — US — et les Commandos spéciaux d'intervention - SEK) sont intervenues tout au long du parcours, détruisant brutalement la camionnette des manifestants, essayant de diviser le cortège et d'intimider les manifestants avec des charges brutales.
Une cinquantaine de personnes furent arrêtées sous des prétextes grotesques — port de foulards qui cachaient une partie de leur visage : port de banderoles aux flancs de la manifestation, etc.
La presse locale critiqua vivement le comportement des forces de l'ordre : « Si la manifestation n'a pas dégénéré en bagarre, écrivait le Journal du Soir, ce n'est certainement pas à la police que nous le devons, mais au calme et à la raison des manifestants.»
Dès le 6 juillet, début du sommet officiel, le public apprit qu'Edmund Stoiber, le ministre de l'Intérieur de Bavière, et le gouvernement social-démocrate bavarois qualifiaient ces manifestations de « plus grand défi sécuritaire depuis 1945 ». Munich, transformé en forteresse par 9 000 policiers depuis plusieurs jours, ressemblait à Berlin-Est lors des dernières secousses du régime stalinien — les nombreux jeunes venus de l'ancienne République démocratique allemande (RDA) étaient ahuris face aux méthodes de la police. Un millier de manifestants, la plupart âgés de moins de 20 ans, qui voulaient accueillir les chefs d'Etat avec des sifflements et des cris de protestation se firent attaquer sauvagement par les Commandos spéciaux. Plus de 500 furent interpellés; les 200 derniers furent encerclés. Un bon nombre fut traité brutalement et blessé. Après des heures de garde-à-vue, les interpellés furent relâchés par le juge d'instruction — la police ne trouva d'autre accusation que la "violence" dont auraient usé les manifestants en criant trop fort contre les invités!
La presse locale condamna les actions policières de façon unanime — en effet, la police n'a reculé ni devant les journalistes ni devant les passants ni même devant les enfants. Le chef de la police de Munich et le ministre-président de la Bavière, Streibl, ont aggravé leur cas en déclarant : « Quiconque veut s'attaquer aux Bavarois sera traité en conséquence ; cela fait aussi partie de la mentalité bavaroise. » Les Verts, les sociaux-démocrates et même les libéraux du Parlement bavarois ont condamné la répression policière et défendu le droit des manifestants à exprimer librement leur opinion. Des représentants de ces partis, ainsi que certains maires de Munich, portèrent plainte contre des policiers.
Le lundi 6 juillet, un meeting était organisé par la IVe Internationale et le Parti socialiste unifié (VSP, au lequel participent les militants de la IVe Internationale en Allemagne), avec Alain Krivine (dirigeant de la Ligue communiste révolutionnaire française), une camarade du Parti révolutionnaire des travailleurs mexicain (PRT), un militant anarchiste russe, etc.
La répression se poursuivit jusqu'à la fin du sommet officiel. Mais, cette affaire pourrait se retourner contre le gouvernement bavarois et même contre Kohl lui-même, qui a défendu ces brutalités. Il faut maintenant dénoncer de telles pratiques et exiger la dissolution immédiate des forces spéciales de police. *
Cologne, 11 juillet 1992