BIEN AVANT que les partis
les plus à droite de la coalition gouvernementale — l' Union démocratique chrétienne (CDU) et l'Union sociale chrétienne (CSU) - aient commencé à faire du droit d'asile un sujet de leurs propagande, les nazis avaient obtenu, il y a précisément un an, la fermeture du foyer d'immigrés à Hoyerwerda (en Saxe). Ainsi, les idées répandues par ces partis ont échappé à leur contrôle. Pour la première fois depuis la chute du régime nazi, les militants néofascistes ont été capables d'influencer la politique allemande par la terreur.
Les politiciens bourgeois et le gouvernement régional du Mecklenburg-Vorpommern - contrôlé par la CDU, et responsable de Rostock et de sa police — ont d'abord refusé de prendre les violences au sérieux ; le 25 août, il n'y avait que six policiers pour s'opposer à plus de 200 nazis armés ; des membres de la police des frontières observant passivement, l'ordre d'intervenir ne leur ayant pas été donné. Environ 60 % des interpellés étaient des antifascistes qui ont tenté de venir en aide aux réfugiés.
L"impuissance" de la CDU
La presse et les politiciens ont parlé de l'impuissance" de la police. En fait, il s'agissait clairement d'un manque de volonté. Comme par magie, les mêmes gradés de la police et autres politiciens ont pu surmonter leur impuissance, le 29 août, pour contrôler la contre-manifestation antifasciste — 3 000 policiers d'élite étaient disponibles, faisant plus de 90 arrestations.
Mis à part le profil raciste des politiciens bourgeois et de la hiérarchie de la police, la passivité initiale avait aussi une motivation politique bien précise ; en l'occurrence, la campagne pour une modification des dispositions de la Constitution sur le droit d'asile. De plus, la marée raciste est bien utile au gouvernement pour faire diversion sur son absence de projet.
Il n'était donc pas surprenant de voir les récriminations des médias officiels et des politiciens contre les « violences de gauche et de droite » se combiner à leur "compré-
IN preCOR
ALLEMAGNE
Le 25 août 1992, est une date qui restera dans l'histoire de l'Allemagne moderne. Ce jour-là, 2 500 fascistes et une foule de milliers de spectateurs réjouis ont réussi à contraindre des réfugiés à quitter leur foyer,
Le même jour, les dirigeants du Parti social-démocrate
(SPD) d'opposition, malgré les protestations de leur base, ont fait savoir qu'ils soutiendraient les amendements à la Constitution, proposés par le gouvernement, visant à restreindre le droit d'asile, aidant ainsi à constituer la majorité des deux tiers requise pour un changement de la Constitution.
David MULLER hension" pour les nazis et ceux qui les ont applaudis. Le front uni de l'establishment a surtout parlé du « problème de stopper le flot des demandeurs d'asile ». Pendant ce temps, les experts en sécurité d'Etat de la
CDU et du SPD en ont profité pour demander la création d'une unité de police de choc, composée de 1 000 à 2 000 membres. Il n'est pas difficile de deviner qui sera la vraie cible de cette unité. La terreur nazie a donc directement conduit à un renforcement de l'appareil d'Etat contre la gauche.
Toutes les mesures que l'Etat prétend destiner à la lutte contre la menace nazie représentent des concessions à l'extrême droite : le foyer d'immigrés de Rostock va être fermé, l'article de la Constitution sur le droit d'asile modifié et l'Etat renforcé. Les nazis peuvent fêter la victoire et ne s'en sont pas privés : de cinq à dix attaques de foyers d'immigrés ont eu lieu depuis, chaque jour, en Allemagne.
L'aplatissement des dirigeants du SPD est accablant ; non seulement sur le droit d'asile mais, également, en ce qui concerne la possibilité pour les troupes allemandes d'intervenir à l'étranger au sein des forces de l'Organisation des Nations-Unies (ONU). En résumé, le SPD fera ce qu'il peut pour contribuer à attiser les causes de l'immigration des réfugiés tout en leur interdisant l'entrée en Allemagne. Quelques dirigeants du SPD caressent déjà l'espoir d'une grande coalition gouvernementale avec la CDU, mais les raisons profondes de cette soumission sont l'intégration de la bureaucratie du
SPD dans l'appareil d'Etat bourgeois et son manque d'imagination.
Le SPD n'a plus d'alternative à proposer à la politique conservatrice comme c'était le cas au début de l'ère Brandt, dans les années 60. Pourtant, la chute du stalinisme et la dynamique à droite qui a suivi n'a pas eu autant de conséquences pour le SPD qu'elle n'en a eu pour les staliniens ou la gauche qu'ils influencent. Cependant, les sociaux-démocrates ont progressivement battu en retraite avant même l'offensive de la droite. Il y a eu des démissions et des signes d'opposition, surtout au sein des Jeunesses Socialistes (Juso), mais ces contestataires sont trop dispersés et ne semblent pas assez forts pour imposer un congrès extraordinaire.
La responsabilité des antiracistes
La contre-manifestation de Rostock a reçu un soutien très large, allant de la branche locale de la Fédération des syndicats allemands (DGB) aux autonomes anarchisants. La participation de 20 000 personnes a montré que la gauche radicale demeure capable de mobiliser plus que l'extrême droite. Toutefois, la manifestation a aussi révélé un danger de rupture. Certains réformistes considèrent que les masses sont racistes par nature et sont prêts à accepter des propositions visant au renforcement du contrôle de l'immigration.
En outre, au sein de l'aile radicale, beaucoup de ceux qui sont prêts (à juste titre) à s'affronter directement à l'idéologie raciste et à organiser la riposte militante ne veulent pas avancer de réponses sociales. Il ne s'agit pas de prétendre que les militants racistes vont changer d'opinion si on leur oppose des revendications sociales. Mais, il s'agit pour le mouvement antiraciste de construire une alternative de gauche autour d'un combat antiraciste conséquent pour l'égalité des droits et la justice sociale et de soutenir l'émergence d'un mouvement des immigrés et des réfugiés qui mette en avant des revendications pour l'ensemble des travailleurs. Si une telle alternative n'existe pas, le mot-d'ordre « Les étrangers dehors ! » recevra le soutien politique d'un nombre croissant de gens.
Hambourg, le 3 septembre 1992