Inprecor 1974–2004

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BRESIL

L'arroseur arrosé

· Inprecor n° 358, 11 septembre 1992 · p. 26-27 · 1 965 mots

Brésil Économie mondiale

de sa campagne électorale, l'influent homme d'affaires Paulo Cesar Farias, et

L'arroseur arrosé

Après la publication des résultats de la commis: on d'enquête parlementaire

(CPI), établissant clairement que le président br silien, Fernando Collor bénéificait directement du réseau de corruption monté par l'ancien trésorier après le début du procès, le départ de Collor paraît imminent.

Alfonso MORO

QUAND le président Collor est intervenu à la télévision, au début du mois de juin 1992, pour tenter de convaincre la population de son innocence, il avait à ses côtés la Bible, cherchant ainsi à exorciser ce qui était déjà évident pour tous : sa responsabilité dans les actes de corruption, de malversation de fonds et autres délits pour lesquels il est maintenant jugé. Il a depuis eu l'occasion de s'expliquer de nouveau à la télévision, devenant, à chaque fois, un peu plus impopulaire auprès de la population qui exige majoritairement son départ.

Collor a remporté les élections présidentielles de 1989, après avoir été gouverneur du petit et pauvre Etat du Nord-Est, l'Alagoas, avec un discours moralisateur de la société ; il prétendait en finir avec les mordomias (privilèges) que reçoivent les marajas [nom donné aux fonctionnaires publics qui profitent de nombreux avantages matériels et économiques, ndlr], tout en prenant comme cible de sa campagne les partis politiques, présentés comme responsables de la crise du pays; ce discours correspond bien aux vents néolibéraux qui soufflent dans tout le monde et qui cherchent à éloigner la population de la politique, présentée comme une activité "sale", à la portée des seuls initiés.

Au second tour de l'élection présidentielle, lorsqu'il ne restait plus que deux candidats en lice, Collor et Luis Ignacio da

Silva, Lula, le président du Parti des travailleurs (PT), soutenu par le Front Brésil populaire (FBP), presque tous les médias, et une bonne partie de la bourgeoisie, n'ont pas hésité à apporter leur soutien au premier, déployant une campagne ouvertement anticommuniste et cachant les manœuvres et la

BRESIL corruption qui apparaissent aujourd'hui au grand jour.

Bien entendu, une fois installé au pouvoir, Collor a administré le pays de manière impériale. Il a lancé son programme de politique économique d'austérité contre la population, visant en particulier les syndicats, accusés d'être des privilégiés du système. Avec son cercle d'amis intimes, ceux que l'on appelle populairement la "République d'Alagoas", Collor a mis en place un système de confiscation de toutes les épargnes populaires et des comptes courants déposés dans les banques, tandis qu'il proposait d'en finir d'un coup avec l'inflation, ce qui, selon lui, nécessitait que les gens "se serrent la ceinture".

Un peu moins de deux ans après, et alors que le Brésil traverse une profonde récession économique (1), écrasé par une hyperinflation qui ne cesse de s'accroître, les richesses du pays sont toujours entre les mains d'une poignée de privilégiés : 1 % de la population la plus riche concentre 18 % des richesses nationales — un des plus forts taux de concentration des richesses. En même temps, plus de 18 milliards de dollars on été transférés à l'étranger pour payer le service de la dette du pays.

D'autre part, le chasseur de marajas a immédiatement montré jusqu'où pouvait aller l'infamie de son discours moralisateur. En effet, les accusations de corruption, de trafic d'influences, etc. sur lesquelles il doit aujourd'hui répondre, ne sont pas pas de son seul fait ; depuis le début de son mandat, les cas de corruption, qui ont touché les ministres, les amis et des proches du président n'ont pas cessé : Pedro Pablo Leoni, ancien secrétaire aux Affaires stratégiques est mêlé au scandale de l'entreprise d'Etat de pétrole Petrobras ; Jorge Fuiza, actuel ministre de l'Action sociale aurait reçu 100 000 dollars de la Fédération des banques du Brésil comme donation personnelle pour sa campagne électorale ; Claudio Vieira, ancien secrétaire du président est accusé d'avoir utilisé des informations

Fernando Collor confidentielles pour acheter des titres de la dette extérieure. La propre femme de Collor, ancienne présidente de la Légion brésilienne d'assistance (LBA), a dû abandonner son poste après la constatation de multiples irrégularités enregistrées durant son mandat dans cet organisme. On pourrait ainsi multiplier les exemples.

Il est évident que ce gouvernement se caractérise par une longue liste de corruption en tout genre dont Collor se trouve à la tête Voilà pourquoi il ne suffit pas que Collor s'en aille, il faut que toute son équipe soit condamnée, ce que veulent éviter ces mêmes groupes d'intérêts, chargés auparavant de propager son image de redresseur de torts.

Guerre de mouvements

Sous ces accusations de corruption, la crise politique et sociale du régime de domination et de l'Etat brésilien, qui s'est ouverte à la fin de la dictature militaire, en 1984, s'approfondit chaque jour davantage. Dans les faits, on assiste à un processus de remise en place des différentes forces sociales dont le dénouement est encore loin. Le gouvernement a perdu toute légitimité sociale et, bien que la bataille contre Collor soit une revendication démocratique juste d'un point de vue éthique, c'est le type de modèle société qu'on cherche à construire dans ce pays qui est aussi en jeu et au cœur de la bataille actuelle.

Si une "transition négociée" était instaurée, comme le demandent les médias officiels, les partis de droite, l'armée et les patrons, dans laquelle Collor serait remplacé par son Vice-président Itamar Franco (ancien membre du Parti du mouvement démocratique brésilien, PMDB), cela aboutirait à la poursuite de la politique économique et du programme social néolibéral qui a déjà provoqué de nombreux dégâts pour la population depuis 1990. Une telle issue, s'il est certain qu'elle ne résoudrait pas le pro-

1) Voir Inprecor n° 349 du 27 mars 1992.

Inprecor n° 358 du 11 au 24 septembre 1992

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blème du manque de légitimité ni la crise du régime et de l'Etat, reviendrait, de fait, à un gouvernement Collor, sans Collor.

Ce n'est pas un hasard si, face à l'explosion du scandale, des gens comme l'actuel ministre de l'Economie, Marcilio Marques Moreira, s'efforcent de rappeler, à l'intérieur et à l'extérieur du pays, que, même sans Collor, la politique économique du gouvernement ne changera pas, cherchant ainsi à apaiser la nervosité croissante des créditeurs internationaux, du Fonds monétaire international (FMI) et du patronat brésilien. Comment sortir de la erise ?

La partie étant mal engagée, tout le monde cherche à sauver sa peau. Leonel Brizola, principal dirigeant du Parti démocratique des travailleurs (PDT) et actuel gouverneur de l'Etat de Rio de Janeiro, qui a toujours eu un discours populiste, s'était embarqué, depuis un certain temps, dans un soutien ouvert à Collor - ce qui l'avait amené à dire, au début du mois de juillet, quand les preuves contre le président étaient déjà connues, que celui-ci était victime d'une conspiration visant à le renverser. A la mi-août, après la manifestation de plus de 150 000 personnes à Rio de Janeiro, sous le mot d'ordre, entres autres, de « Le gouverneur de Rio soutient un voleur », Brizola a pris la décision de changer de camp, cherchant à apparaître comme un défenseur

On a assisté au même comportement de la part du Parti du front libéral (PFL), organisation qui, avec ses 14 % de députés au Parlement, était le principal soutien du gouvernement, sur laquelle Collor comptait pour empêcher l'ouverture d'un procès politique contre lui, et qui, maintenant, cherche à prendre ses distances.

La presse et les médias qui, dans leur majorité, avaient agi comme des entreprises de propagande du gouvernement, cherchent aussi à s'écarter, se présentant comme les défenseurs de la morale sociale et de l'ordre établi. Des journaux comme Folha de Sao Paulo et O Jornal do Brasil, ainsi que le monopole de télévision O Globo, n'ont pas cessé d'implorer que cesse au plus vite cette affaire et que, surtout, la politique économique appliquée jusqu'à présent ne change

La portée des conclusions auxquelles est parvenue la Commission d'enquête ne peuvent s'expliquer sans connaître le rôle joué dans cette affaire par le Parti des travailleurs. Depuis la fin du moins de mai 1992, l'exécutif national du PT était résolu à appeler à la mobilisation nationale pour la constitution de cette commission d'enquête, tout en déployant une politique d'alliances avec d'autres partis, aussi bien au Parlement que dans la rue. Une fois la CPI nommée, le PT a engagé le combat pour éviter que l'enquête ne soit tronquée, comme le voulaient ceux qui désiraient sauver l'image du principal accusé, le président.

Au début du mois de juillet, la direction nationale du PT a confirmé son engagement dans la lutte pour la démission de Collor.

A l'intérieur du PT, un débat a eu lieu entre, d'une part, ceux qui prétendaient limiter l'action politique de ce parti au cadre étroit du Parlement, c'est-à-dire en défendant la perspective de la lutte électorale et en préservant l'alliance avec d'autres partis, et ceux qui, de l'autre, voulaient donner la priorité à la mobilisation populaire sans abandonner le terrain institutionnel, signalant que, devant la probable démission du président, l'arrivée au gouvernement d'Itamar Franco devrait être provisoire pour que des élections anticipées soit convoquées. Même s'il est difficile de garantir une véritable mobilisation de masse de la population, c'est cette seconde option qui est la plus correcte — même s'il n'y a pas, jusqu'à présent, de véritable mouvement organisé. C'est le grand défi que doit affronter le PT, qui est la seule force sociale et politique capable d'offrir une véritable issue à la crise que vit le pays.

contribuera à fidéliser de nouveaux lecteurs à la revue.

pour ce premier numéro de rentrée.

\ poursuivre. Inprecor a toujours besoin de vous ! LISEZ CAPIE COR

Rita S. (Etats-Unis) ; Ray D. (Etats-Unis).

BRESIL

Il faut rappeler que l'affaire Collor atteint à son point culminant un mois avant les élections municipales, prévues pour octobre 1992, et alors qu'un référendum sur la forme de gouvernement dont les Brésiliens veulent se doter devrait être organisé en 1993. Ces deux éléments justifient aussi la tenue d'élections anticipées, surtout lorsque l'on sait que le gouvernement en tant que tel n'existe déjà plus, compte tenu de sa totale perte de légitimité.

Dans un tel contexte, le PT est aujourd'hui face à une épreuve décisive — la perspective de son arrivée au gouvernement est de nouveau à l'ordre du jour. Cette possibilité, si elle ouvre une situation qualitativement différente tant pour le Brésil que pour le reste de l'Amérique latine, ne pourra se concrétiser que si ce parti reste clairement dans le camp de l'opposition démocratique et radicale au gouvernement Collor et, surtout, si la majorité de la population, dans un mouvement organisé et conscient, parvient à trouver une certaine cohérence, si elle est capable et prête à défendre un gouvernement démocratique et populaire.

4 septembre 1992

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Pn juillet dernier, Inprecor lancait un appel à ses lecteurs pour faire face

Jà une situation financière difficile. Malgré les vacances, peu propices aux souscriptions, vous avez été un certain nombre à répondre à notre appel..

e même, vous avez été nombreux à participer à la campagne d'abonnements promotionnels à 60 FF pour six mois, ce qui, nous l'espérons.

Tomme nous l'annoncions dans le dernier numéro de juillet, un réajuste-

-ment du prix au numéro — 25 FF au lieu de 20 FF — et de celui des abonnements — 360 FF pour un an et 190 FF pour six mois — a été décidé

Nous publions une première liste de souscripteurs. La campagne doit se

La rédaction

Stuart R. (Grande-Bretagne) ; William McQ. (Grande-Bretagne) ; Berta L. (Etats-Unis) ; Alan

J. (Etats-Unis) ; Edmond K. (Etats-Unis); Ingo S. (Allemagne) ; Martin B. (Autriche) ; Peter

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