Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

JAPON

Création de la Ligue socialiste des femmes

· Inprecor n° 36, 19 octobre 1978 · p. 28-30 · 1 676 mots

Femmes Japon et Corée Syndicalisme

Nous publions ci-dessous un article qui nous est parvenu du Japon, après la réunion de la conférence de fondation de la Ligue socialisl'entrée massive d'une main-d'œuvre féminine dans la production durant et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pendant longtemps, les principales organisations féminines furent constituées par l'Association nationale des mères animée par le Parti communiste japonais et organisée essentiellement sur une base locale; et par les commissions syndicales du Sohyo, le principal syndicat japonais, fort surtout dans le secteur public, dirigé par le

Parti socialiste et dans lequel le PCJ n'intervient que comme force été frappée par le ralentissement de la croissance économique japonaise. Le Premier ministre Fukuda a même présenté un plan gouvernemental qui vise essentiellement à rationaliser et institutionaliser cet état de fait en poussant les femmes à quitter la production au moment de la naissance de leur premier enfant pour n'y revenir qu'après que le dernier rejeton ait suffisamment grandi pour aller à l'école. Il ne resterait plus alors à ces femmes qu'à accepter des femmes au Japon - marqué aussi par des luttes locales ou des travailleuses ont joué des rôles importants - que la Ligue socialiste des

Femmes

JAPON:

Création de la Ligue

socialiste des femmes

Kawasaki MUTSUGORO te des femmes, en août 1978. minoritaire. emplois sous-payés et déqualifiés. femmes a été constituée.

Le 26 août 1978, plus de 70 déléguées et observatrices assistaient à la Conférence de fondation de la Ligue des femmes socialistes. Les femmes présentes, qui venaient de tout le Japon, ont élu un Comité national et elles ont discuté de la situation des femmes au Japon et en Asie, ainsi que de leurs futures activités.

Cette conférence était le point culminant d'un travail de préparation de sept années de la part de l'équipe de Fujin

Le mouvement femme japonais a été profondément marqué par

La main-d'œuvre féminine est évidemment la première à avoir

C'est dans ce contexte d'attaque frontale contre les droits des

Tsushin (La correspondance des femmes) et de toutes celles qui soutiennent ce journal mensuel.

Ce dernier est publié par les femmes de la JCRL (Section japonaise de la IVe Internationale) et la plupart de ses lectrices sont des militantes actives du mouvement des femmes, dont beaucoup ont été membres de la JCY (Jeunesse communiste japonaise - organisation de jeunesse de la JCRL).

Le jour suivant, le 27 août,

330 femmes ont assité à un assité à un meeting de commémoration.

Parmi les oratrices, outre les dirigeantes nouvellement élues de la Ligue, se trouvaient des membres de la JCRL, de la JCY, de la Ligue de libération Buraku (1) et des paysannes de la communauté agricole de Sanrizuka, communauté menacée de destruction du fait de la volonté du gouvernement japonais d'achever la construction de l'aéroport de Narita (2).

Des messages de salutation étaient parvenus à la Conférence d'Australie, de Nouvelle Zélande et du Secrétariat unifié de la IVe Interationale. De

June camarade du SWP américain, Jean Tussey, intervint sur la lutte pour le droit des femmes aux Etats-Unis, et en particulier sur la lutte pour amendement tionn l sur les droits égaux).

Bien que beaucoup de membres de la Ligue socialiste des femmes soient des sympathisantes de la IVe Internationale, il a été souligné que l'organisation est un groupe autonome et indépendant, qui cherche à gagner à ses activités des femmes progressistes appartenant à des courants politiques divers. La Ligue fonctionnera selon les principes du centralisme démocratique, garantissant ainsi à tous ses membres le plein exer cice de leurs droits démocratiques, tout en s'assurant que les décisions majoritaires soient appliquées par l'organisation tout entière.

La Ligue reprendra à son compte la publication de Fujin Tsushin, utilisant ce journal conférences sur la libération des femmes

Alexandra Kollontai

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pour impulser un mouvement indépendant de masse, axé sur les luttes actuelles des femmes. Une représentante de la Ligue a affirmé que pour elles, l'oppression des femmes était enracinée dans la société de classe et dans le système de la propriété privée, et qu'elle ne pourrait être éliminée qu'avec le renversement du capitalisme. Etant donné que cette oppression existe depuis des milliers d'années, il faut qu'il existe un mouvement de femmes réellement indépendant pour prendre en charge et imposer victorieusement les exigences actuelles des femmes.

Cette position se démarque totalement de celle du groupe de femmes qui reste encore le plus important au Japon: la «Conférence nationale des mères », controlee par le parti communiste et qui a tenu récemment sa vingt-quatrième rencontre annuelle. Lorsque cette organisation a été formée, il s'agissait d'une force relativement progressiste, mobilisant les femmes sur le mot d'odre : «Contre la guerre, pour la démocratie». Aujourd'hui, cependant, ce groupe a dégénéré au point d'être complètement inactif sur les problèmes des femmes; il consacre le plus clair de son temps à chercher des moyens pour que les mères soient assurées de voir leurs enfants reçus dans les écoles et les universités les plus prestigieuses.

Par ailleurs, lors de luttes récentes, les militantes regroupées autour de Fujin Tsushin ont réussi à engager de nombreuses femmes, antérieurement inacti combat conscient pour leurs droits, en tant que femmes et en tant que travailleuses. En plus de leur soutien à la lutte de Sanrizka contre le nouvel aéroport international de Tokyo, elles se sont illustrées Une séance de la conférence de fondation de la Ligue socialiste des femmes par leur participation à l'occude « Petri Camera» où une bataille est engagée contre usine, qui emploie quelque deux cents travailleurs et travailleuses, a été délibérément mise banqueroute par propriétaires après une longue lutte, finalement victorieuse, pour la reconnaissance d'un travaillent à temps partiel à la Petri sont syndiquées. Elles représentent un tiers de la main-d'œuvre et elles ont joué un rôle important dans la lutte.

Fujin Tsushin s'est aussi engagé dans le soutien aux luttes d'habitants contre les centrales nucléaires, particulièrement à ONAGAWA, où des pêcheurs et des habitants combatifs posent frontalement à la construction d'installations et où ils ont mené une lutte sévère contre le gouvernement, avec l'aide de plusieurs autres groupes; ainsi que dans la lutte contre la construction d'une nouvelle ligne de chemin de fer traversant la ville de Yokohama, au sud-est de Tokyo, qui menace d'expulsion de nombreuses personnes et qui provoquerait d'importannuisances (bruits,

Une autre campagne porte sur le soutien aux ouvrières de l'usine de filatures de coton Tong II, en Corée du Sud.

Après une lutte héroïque, ces femmes sont parvenues à transformer le syndicat de l'entreprise contrôlé par les bureaucrates, en une organisation indépendante représentant leurs intérêts. Elles doivent faire face non seulement à la colère des

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patrons et du gouvernement, mais aussi à celle des bureaucrates syndicaux qui avaient engagé toutes leurs forces pour anéantir ce nouveau syndicat. Un soutien interational s'impose, pour venir en aide à ces femmes dans leur lutte.

Les revendications de la Ligue des femmes socialistes sont en quelque sorte une synthèse des exigences mises en avant dans ces diverses luttes. Les attaques les plus brutales portées actuellement contre les femmes japonaises sont celles qui touchent les travailleuses ayant des enfants. Etant donné qu'il est très difficile d'avoir accès à une forme quelconque de garde des enfants - sans même parler de crèches gratuites - beaucoup de femmes qui voudraient travailler ne peuvent pas le faire. Et comme la crise capitaliste diminue les profits, les femmes sont les premières à être expulsées de leur travail. On estime que près de 20 millions de femmes étaient salariées durant le boom des années 60 et du début des années 70, mais aujourd'hui, beaucoup d'entre elles ont perdu leur travail. Il est ditficile d'arriver à savoir exactement combien étant donné que le chômage des femmes est plus facile à masquer dans les statistiques. C'est pourquoi l'une des revendications essentielles de la Ligue, c'est le droit pour les femmes de continuer à travailler, et, parallèlement, le refus des discriminations qui confinent les femmes dans les travaux les plus ennuyeux, les plus dégradants et les plus mal payés. Pour lutter contre ces mesures de discrimination, il est notamment indispensable d'obtenir des services adéquats pour l'éducation et la garde des enfants : ces deux combats sont quasiment inséparables.

Aujourd'hui, au Japon, les femmes sont également confrontées à une attaque idéologique directe en ce qui concerne leur statut dans la société. Le dernier champion en date dans la lutte contre la prise de conscience des femmes, c'est le Parti libéral démocratique. Ce demier a élaboré un « programme de participation sociale » visant à « donner aux femmes une place plus juste dans la société et à les encourager à prendre part aux activités sociales». Ce programme, qui est soutenu avec enthousiasme par les partis communiste et socialiste, n'est cependant rien d'autre, sous couvert de «volontariat», qu'une tentative d'imposer aux femmes le « travail communautaire», charge des vieux et des malades ainsi que d'autres tâches que les autorités locales refusent de continuer à subventionner.

La Ligue des femmes socialistes propose une alternative aux femmes qui veulent prendre une part plus active dans la société. En organisant les femmes dans des actions de solidarité avec les luttes, en particulier les luttes de femmes qui se dévoloppent dans tout le Japon et l'Asie pour des conditions de vie décentes, elles montreront la voie et feront un pas en avant vers le jour où les femmes jouiront d'une égalité totale dans la société.

12 septembre 1978 Notes 1) Les « Burakumin» forment une minorité opprimée dans la société japonaise. Elle ne se distingue pourtant du reste de la société ni par l'ethnie, ni par la langue, ni par la religion.

Cette communauté est formée des descendants de ceux qui, dans le Japon précapitaliste, faisaient les travaux «impurs» du point de vue boudhiste: abattage des animaux, tanage du cuir, etc. Ils continuent aujourd'hui à être discriminés dans le domaine de l'emploi, de l'éducation, des mariages, etc. 2) C'est à Narita que le gouvernement japonais a décidé de construire nouvel aéroport international de Tokyo malgré la profonde résistance des villageois locaux, résistance qui ne s'est pas démentie depuis 12 ans; voir «Inprecor», numéro 30 du 8 juin 1978.

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