Nous reproduisons le projet de résolution présenté par la tendance minoritaire de la Confédération générale italienne du travail (CGIL)
Essere sindacato (Etre un syndicat), au comité directeur de ce syndicat, le 2, 3 et 4 septembre 1992, qui l'a rejeté. *
DOCUMENT
LE COMITE directeur de la CGIL, réuni à Ariccia, les 2, 3 et 4 septembre, évalue négativement l'accord du 31 juillet (1). La décision annoncée ce matin d'augmenter ultérieurement le taux d'escompte éclaire encore plus la non-utilité du protocole d'accord pour les buts qu'il s'était lui-même donnés.
1. L'échelle mobile a été supprimée, portant un coup dur à la défense des salaires et des retraites et au pouvoir de négociation des travailleurs. On passe, dans les faits, d'un système d'ajustement automatique des salaires et des pensions, qui a préservé l'unité des travailleurs, la défense des catégories les plus faibles et l'articulation même du système de négociation, à une gestion dirigiste des salariés par la Banque d'Italie et le gouvernement.
2. La négociation articulée est gelée et on réduit fortement le rôle [de négociation] du syndicat, en privant, dans les faits, les structures syndicales de leur autorité dans les entreprises et les lieux de travail. Le patronat contrôle ainsi entièrement le salaire et l'organisation du travail, il acquiert un pouvoir absolu et unilatéral sur le processus de restructuration en cours ; cela relègue le syndicat à une gestion subalterne du seul processus de réduction de l'emploi.
3. C'est une politique qui ne s'attaque qu'aux revenus des salariés, renforçant la manœuvre globale du gouvernement qui va à l'encontre d'un véritable assainissement et qui perpétue une situation de privilèges des revenus et de spéculation financière, au détriment des investissements productifs et de la sécurité sociale conquise par les travailleurs et les retraités durant ces dernières décennies. La qualité de l'économie italienne est ainsi déclassée, ce qui accentue, contrairement à la rhétorique dominante, le caractère de classe de l'intégration européenne.
Voilà la méthode avec laquelle on est arrivé à la signature de l'accord — violation du mandat, absence de consultation des travailleurs, non-définition d'une plate-forme précise, conclusion de l'accord alors que les usines étaient fermées, violation de droits intangibles comme celui de négociation sur les lieux de travail — tout cela a approfondi la crise entre l'organisation, ses adhérents et les travailleurs ; ensuite, cela a miné la capacité de représentation, de crédibilité et l'autonomie de la CGIL. Cela entraîne des risques graves de rupture avec la base sociale, accélérant ainsi le processus d'institutionnalisation du syndicat. Voilà pourquoi il faut repartir de zéro, en affirmant que les seuls et légitimes accords syndicaux sont ceux formellement approuvés par les travailleuses et les travailleurs concernés.
Négocier et mobiliser
Le comité directeur juge donc qu'il faut retirer la signature [de la CGIL] du protocole du 31 juillet, pour renégocier sur les points qui font l'objet d'une vaste mobilisation et après consultation.
• Rétablissement d'un mécanisme automatique et universel d'indexation des rétributions et des pensions, qui réaffirme une structure de négociation fondée sur l'articulation du pouvoir de négociation à partir des lieux de travail
*Les intertitres sont de la rédaction.
1) Il s'agit de l'accord syndicats/gouvernement entrainant la suppression de l'échelle mobile, le blocage des salaires et la révision de la pratique des négociations salariales par entreprise, signé aussi par la CGIL. Voir Inprecor n° 359 du 25 septembre 1992
NEGOCIATIONS
• Reconfirmation et application immédiate de la négociation articulée sur les lieux de travail et à l'échelle nationale ; organisation et relance des luttes pour le renouvellement des contrats dans le service public, périmés depuis des années.
Face à la manœuvre annoncée du gouvernement, aux choix très préoccupants et très durs de la prochaine loi sur le budget et aux lois qui en découlent en matière de délégation, il faut reconstruire la mobilisation, jusqu'à l'organisation de la grève générale, sur les points suivants.
• Pour une politique de défense et de développement de l'emploi, une négociation territoriale accrue qui empêche les effets dévastateurs des processus de restructuration en cours, en réformant les lois normatives actuelles qui régissent la mobilité, et en tendant vers une réduction du temps de travail. Une véritable politique de l'emploi doit, de toute façon, être soutenue par des choix de politique économique et industrielle cherchant, dans un mécanisme de développement, une extension qualifiée et nouvelle de la base productive du pays, pour corriger les choix des privatisations d'importants secteurs publics qui réduisent les derniers outils de gestion de l'économie.
L'objectif prioritaire et fondamental d'un telle politique doit être le développement du Mezzogiorno (...).
• Pour une politique fiscale fondée sur l'équité et qui, à partir de la confirmation de la réinstauration du contrôle fiscal, serait en mesure de frapper l'évasion fiscale jusqu'à présent jamais pénalisée, à partir d'un système d'imposition qui empêche les entrepreneurs de se payer moins que les salariés. Dans ce cadre, il faut supprimer les augmentations fiscales à la charge des travailleurs et le système d'imposition sur l'habitation doit être radicalement revu — première habitation, taxe à charge des locataires, autonomie d'imposition additionnelle, limites selon le revenu dans la loi qui fixe le montant des loyers.
• Pour une politique de défense et de développement de l'Etat-providence. Les priorités, à ce niveau, concernent les domaines de la santé et de la prévention. Il faut reconfirmer le caractère public du systè-
Reprenons. Reprenons. Pour des questions techniques.. les ouvriers dehors ! 000: me national de santé, en luttant contre les gaspillages et l'inefficacité, en s'opposant ainsi à la privatisation, à la détérioration des prestations publiques et à l'augmentation du coût de l'assistance médicale (...). Il faut maintenir un système d'indexation des retraites pour éviter leur dégradation (...). II faut rejeter le contenu des lois de délégation, qui, sans réaliser l'harmonisation des différents systèmes d'assistance, augmentent l'âge de la retraite et le nombre d'années de contribution (de quinze à vingt ans), ce qui frappe particulièrement les femmes et les travailleurs à statut précaire et réduit la valeur réelle des pensions désormais calculées sur l'intégralité de la vie de travail et par un système
Mais non ! Mais non !
visant à décou-
Ce n'est pas comme ça rager les salaqu'on s'y prend....
Bla... Bla... Bla..
riés de prendre leur retraite. Il est tout aussi inacceptable que le droit au minimum
[l'équivalent du revenu minimum d'insertion - RMI, ndlr] soit conditionné au montant du salaire du conjoint.
C'est à partir de ces points prioritaires que, dans un véritable et profond débat avec les travailleurs, les travailleuses et les retraités - sans nier les difficultés objectives de la situation économique actuelle et dans une confrontation unitaire avec la Confédération italienne des syndicats libres (CISL) et l'Union italienne du travail (UIL) — que la
CGIL peut reconstruire une véritable autonomie sur laquelle refonder, de façon démocratique, ses liens avec sa vraie base sociale,
* en redonnant confiance aux militants.
Notiziario Comunista
11 septembre 1992