La révolte ouvrière contre la suppression de l'échelle mobile des salaires et l'augmentation de l'âge
(voir Inprecor n° 359 du 25 septembre 1992), les grandes centrales syndicales
LA participation le du 12 septembre 1992, appelée par le gouvernement et pour le retrait de l'accord national du 31 juillet supprimant l'échelle mobile des salaires, a été importante et combative ; elle a tiré la sonnette d'alarme pour les directions syndicales. La coupe est désormais pleine ; les syndicats risquent aujourd'hui des débordements s'ils n'essayent pas de reprendre rapidement l'initiative.
Lorsque, le soir du 17 septembre, le gouvernement a adopté, peut-être plus rapidement que prévu, de nouveaux décrets encore plus virulents, réduisant le montant des retraites et entamant de manière radicale le système de remboursement des soins de santé, et alors que la lire était dévaluée — ce qui entraînera une hausse des prix —, la plupart des dirigeants syndicaux se sont limités à bafouiller et quelques leaders de la Confédération générale du travail (CGIL) ont commencé à parler de la nécessité d'organiser une riposte.
Par contre, cela a été suffisant pour que, le matin du 18 septembre, la grève soit déclenchée dans une centaine d'usines, surtout dans le Nord, à Brescia et à Milan : le blocage des rues et des chemins de fer a constitué une forme de protestation, permettant de populariser la lutte, face au manque de volonté évident de la CGIL, de la Confédération des syndicats libres (CISL) et de l'Union italienne du travail (UIL).
L'initiative prise par les conseils d'usine de Sesto S. Giovanni, dans la ceinture industrielle de Milan, est significative ; ils ont téléphoné à tous les travailleurs en grève pour leur donner rendez-vous devant le siège régional du syndicat. Après une heure de fortes pressions des salariés à l'entrée du local, exigeant la grève générale, les secrétaires régionaux sont apparus
Gigi MALABARBA Ansaldo — un des organismes d'auto-orgatelle initiative au niveau national. Chevaucher la grogne ont essayé de reprendre le contrôle du mouvement en proclamant des grèves générales régionales dans tout le pays, échelonnées sur deux semaines ; en appelant à une manifes1992, et à une grève nationale de la Fonction publique, le 2 octobre. Mais les directions syndicales sous-estiment toujours la portée l'ensemble du pays — plus d'un million de travailleurs participent aux différentes manifestations et, chaque jour, imposent une révolte qui est partout identique, la "révolte ouvrière". GREVE GENERALE
En dix jours, plus d'un million de personnes sont descendues dans la rue, de la retraite. En même temps, lors d'une élection partielle, 40 % des électeurs de Mantoue ont porté leur voix sur les Ligues.
Après avoir signé l'accord qui a mis le feu aux poudres avee le gouvernement essayent de contenir le mécontentement et ont annoncé qu'elle appelaient à une grève générale de quatre heures (sauf dans les services publics), le 13 octobre 1992.
devant la foule et ont proclamé la grève générale de la Lombardie dans le mégaphone du Comité de base syndical (COBAS)
nisation nés en opposition à la CGIL, à la par la police.
CISL et à l'UIL —, tout en faisant leurs excuses aux travailleurs parce qu'ils n'avaient pas l'autorité pour convoquer une
C'est alors que les centrales syndicales tation nationale de retraités, le 26 septembre du mécontentement populaire dans
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Des Alpes jusqu'en Sicile, les cortèges de manifestants réclament la grève générale nationale, le retrait de l'accord du 31 juillet et des autres décrets gouvernementaux ;
ils contestent violemment les dirigeants syndicaux.
Après des années de silence forcé, imposé par une bureaucratie syndicale qui les a empêchés de se prononcer sur leurs choix, les travailleurs ont "utilisé la rue", en débordant la CGIL, la CISL et l'UIL.
Les meetings de fin de manifestation sont de plus en plus brefs, ne dépassant pas quatre ou cinq minutes, et les dirigeants syndicaux parlent désormais protégés par des boucliers de plastique transparent fournis
A Rome, comme ailleurs, l'estrade où se trouvaient les leaders, à la fin de la manifestation, placée à 300 mètres de la foule, était protégée par 2 500 membres du service d'ordre venus en renfort d'autres villes, par
1 000 agents de police en civil et par une escadre de carabiniers qui ont chargé préventivement les réfractaires qui ne voulaient pas se disperser, provoquant la panique et faisant des blessés. Les responsables syndicaux évoquent désormais le spectre du terrorisme pour freiner la poussée du mouvement, pour le diviser et pour gagner du temps avant d'appeler à la grève nationale, qui, selon eux, se réalisera si possible sans quitter les lieux de travail et seulement dans le but d'arracher de très petites modifications aux mesures économiques, dont, au fond, ils approuvent le contenu.
Deux événements significatifs ont eu lieu. Après douze ans de défaite ouvrière, à l'usine de Mirafiori de la FIAT, les grèves
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BLA sont totales — la direc-
BLABL tion demande ex-
BLA BIA BLA plicitement aujourd'hui l'entrée du Parti démocratique de gauche
(PDS, ancien Parti communiste italien -
PCI) au gouvernement.
Par ailleurs, le 28 septembre, les élec-
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tions provinciales de Mantoue, en Lombardie, ont enregistré un écroulement des partis au gouvernement déjà fort malmenés par les scandales, un maintien de l'opposition de gauche, mais aussi une énorme poussée de la Ligue lombarde qui, alliée avec une autre liste, atteint 40 % des voix. Les sondages pronostiquent désormais l'adhésion d'un tiers de l'électorat du Nord aux Ligues (1). Le gouvernement, par un décret qualifié d'"algérien" et, avec l'accord du PDS, a décidé de renvoyer au printemps 1993 les élections prévues dans deux autres provinces lombardes. La démagogie sur la "sécession fiscale" du Nord, que développent les Ligues, cache le soutien qu'elles apportent à la suppression de l'échelle mobile des salaires et rencontre un écho de masse. Toutes les couches sociales accueillent favorablement l'appel des Ligues à ne pas payer dès maintenant la taxe d'habitation dont le délai de paiement a été fixé au 30 septembre.
Dans le Nord, la protestation sociale trouve donc, pour le moment, un débouché politique de droite, le seul paraissant capable de faire tomber le vieux régime. Il est extrêmement significatif que, dans les meetings ouvriers, aucune revendication précise d'alternative politique ne prend forme ; les travailleurs se limitent à proclamer la nécessité d'arrêter à tout prix l'offensive gouvernementale.
La grève générale construite d'en bas et l'affirmation d'une direction syndicale alternative ont aujourd'hui une importance sans précédent pour l'avenir même du mouvement ouvrier.
Qui dirige le mouvement ?
La première grève a éclaté le 4 septembre, chez Alfa-Romeo, à Arese, à l'initiative du COBAS et des délégués de base — dans cette usine, l'auto-organisation des travailleurs est la plus avancée d'Italie. Ce mouvement a constitué un signal important, malgré la censure quasi-totale de la presse, contre l'accord du 31 juillet signé par la CGIL, la CISL et l'UIL qui a pavé la voie au plan d'austérité du gouvernement.
La situation chez Alfa-Romeo a encouragé l'émergence d'une coordination syndicale avec une dizaine d'autres usines de Milan, Rome et Naples pour « refonder d'en bas un syndicat des travailleurs », s'appuyant sur des délégués unitaires, élus et révocables et sans syndicalistes professionnels.
Mais le phénomène actuel le plus important concerne l'existence de quelques milliers de délégués, présents surtout dans l'industrie métallurgique-mécanique, qui se reconnaissent dans la minorité de la CGIL, la tendance Essere Sindacato (Etre un syndicat) (voir l'article en p. 5), qui est majoritaire dans des provinces comme celle de Brescia — la troisième ville industrielle du pays — et dans quelques secteurs régionaux. Ces derniers, qui gardent une forte capacité de mobilisation et qui bénéficient toujours des droits de contrôle syndical dont devraient normalement disposer les COBAS, agissent encore surtout dans une logique de pression des directions syndicales. Cependant, ils commencent à être traversés par une discussion concernant la nécessité d'imposer des règles de démocratie d'en bas à la bureaucratie, et de contraindre les directions de la CGIL, de la CISL et de l'UIL à consulter les travailleurs et à être tenues par des mandats précis pour les négociations.
"Essere Sindacato"
Des secteurs minoritaires de l'industrie, en partie issus d'une scission de la gauche de la CISL et en liaison avec de petits syndicats indépendants de la Fonction publique et des services, ont fondé la Confédération unitaire de base (CUB), qu'il ne faut pas confondre avec les COBAS de l'industrie qui, n'y adhèrent pas. Ces derniers, dans une optique propagandiste, parviennent à capitaliser le mécontentement de secteurs traditionnels, mais ils risquent, dans la phase actuelle, de fragmenter le mouvement en cours, auquel ils sont demeurés extérieurs, en organisant leurs propres initiatives autonomes.
Le débat politique le plus significatif a a obtenu, en 1991, 15 % des mandats au congrès de la CGIL, ce qui représente 200 000 inscrits ; ses propositions bénéficient aujourd'hui d'un écho probablement majoritaire parmi les travailleurs. Ses cadres, qui appartiennent à des secteurs de la gauche du PDS et au PRC, constituent la seule direction syndicale potentielle de rechange à l'échelle nationale, mais les conditions requises pour un renversement des rapports de force dans la CGIL n'existent pas en l'absence totale de critères démocratiques. Cette tendance a encore du mal à faire avancer la réflexion sur la nécessité d'une rupture à gauche de la CGIL. En effet, Essere sindacato ne parvient toujours pas à formuler ses propositions de "refondation à la base" d'un syndicat nouveau et démocratique de façon conséquente, alors que cela trouverait des correspondances, par exemple, dans les propositions des COBAS d'Alfa-Romeo.
Dans un contexte certes différent, cette situation a quelques similitudes avec la dialectique de la bataille qui a été menée dans le Parti communiste italien, avant la scission de janvier 1991 — "refonder dedans", "refonder dehors".
Les pressions des groupes dirigeants du "centre" de la CGIL et les impératifs de la situation politique — unité contre les risques d'un tournant autoritaire — ont, jusqu'à présent, bloqué des initiatives externes de la minorité qui auraient eu plus d'impact ; celle-ci a raté l'occasion de prendre la tête des luttes de façon décisive, en allant au-delà de la décision, tout à fait juste, de passer dans l'opposition, après la confirmation de la signature de l'accord du 31 juillet par la CGIL.
Le COBAS d'Alfa-Romeo a lancé un débat public avec les tenants d'Essere Sindacato, en particulier avec son porte-parole national, Fausto Bertinotti, et avec les délégués de Brescia qui proposent d'organiser une assemblée nationale auto-convoquée des Conseils d'usine — cette initiative oscille, de toute évidence, entre l'auto-organisation et l'instrumentalisation de la contestation pour exercer des pressions internes sur la direction syndicale. Le COBAS et ce qu'on pourrait définir comme la gauche de base de la minorité cherchent à mettre sur pied un front commun de l'opposition interne et externe à la CGIL, pour donner corps au mot d'ordre de grève générale et demander un référendum pour abroger la législation actuelle, qui laisse dans les mains des appareils de la CGIL, de la CISL et de l'UIL le monopole de toute négociation — cette proposition avait été lancée par Bertinotti lui-même —; ce monopole doit être restitué aux conseils de délégués élus par les travailleurs.
L'évolution de la situation — dans la mesure où la bourgeoisie ne peut pas adoucir ses attaques — laisse encore la porte ouverte à une possible radicalisation des positions en présence. Une nouvelle capitulation de la bureaucratie, un "31 juillet sur l'Etat social", après la suppression de l'échelle mobile et l'extension de la majorité gouvernementale au PDS, pourrait provoquer une dynamique de rupture dans la CGIL. Si elle aboutissait à l'émergence de structures de base auto-organisée, cette rupture pourrait rapidement déboucher sur la construction d'un syndicat de classe et de masse, empêchant le reflux qu'entraînerait une défaite qui, si elle survenait, renverrait chez eux des milliers de militants, forgés dans la lutte depuis des années. Seule une rupture définitive avec les appareils bureaucratiques de la CGIL, de la CISL et de l'UIL permettrait d'espérer une inversion de tendance constituée, sur le terrain social, par la naissance et le développement de cet énorme mouvement et, sur le terrain politique, par l'apparition du PRC.
Pour l'instant, les incertitudes et les contradictions d'Essere Sindacato sont
1) Voir Inprecor nº354 du 6 juin 1992.
apparues au grand jour à l'occasion de son assemblée nationale, qui s'est tenue à Sesto S. Giovanni, le 3 octobre 1992. Mille délégués y ont participé, malgré l'appel du secrétaire général de la CGIL, Bruno Trentin, à ne pas organiser d'initiatives séparées, mais quelques dirigeants significatifs de la minorité ont déserté ce rendez-vous.
Le PRC à l'épreuve de la lutte
Malgré les limites programmatiques et politiques du PRC (2), les travailleurs ont mis leurs espoirs dans ce parti, espérant qu'il devienne un instrument utile et une référence pour la réorganisation des forces de gauche. Cela implique de grandes responsabilités pour le PRC alors que, en dehors de la manifestation du 12 septembre, ce parti n'a pas été, jusqu'à présent, en mesure de répondre de façon adaptée aux tâches de direction propres à un tel mouvement de lutte dont, à la fin de sa première assemblée nationale, il avait souhaité l'apparition. Certains de ses cadres syndicaux les plus représentatifs ont même freiné l'orientation plus radicale de Fausto Bertinotti, qui demeure membre du PDS, contribuant à faire perdre l'occasion de faire un saut qualitatif dans la formation d'une direction alternative du mouvement. Cela est dû à une vision interne des équilibres d'appareil à laquelle tous ces cadres ont été formés, qui cherche à établir des rapports priviligiés avec le "secteur communiste" du parti d'Occhetto, par ailleurs de plus en plus impuissant et discrédité.
Ces cadres syndicaux ont une orientation aujourd'hui plus modérée que celle du secrétaire général du PRC, Sergio Gavarini, qui a été accusé publiquement par ces syndicalistes, après avoir refusé de condamner de manière explicite l'éventualité d'une scission dans la CGIL.
Il ne faut pas exclure de nouvelles recompositions internes qui bouleverseraient les traditionnelles divisions entre les deux courants de l'ancien PCI et celles venant de la nouvelle gauche, en vue d'un congrès qui, cependant, ne se tiendra pas avant le milieu de l'année 1993. Pour citer un exemple, il est même arrivé paradoxalement, que des dirigeants syndicaux membres du PRC et issus de Democrazia Proletaria (DP), présents sur l'estrade des meetings, fussent sifflés avec les bureaucrates syndicaux par les militants de ce même PRC, qui avaient été membres, dans le passé, du PCI. *
Milan, 4 octobre 1992
2) Voir Inprecor n° 344 et 351 des 17 janvier et 24 avril 1992.