Les événements se précipitent sur le front palestinien. L'arrivée de Rabin aus coup de fouet aux négociations entamées sous patronage américain, depuis un
Dopposition durcit le ton
Salah JABER
DANS le but d'obtenir la garantie américaine pour le prêt des 10 milliards de dollars sollicité par Israël,
Rabin s'est engagé auprès de l'administration Bush à faire les concessions nécessaires pour débloquer le processus entamé à Madrid et poursuivi à
Washington. La balle étant restée dans le camp israélien après le cinquième round des négociations sous Shamir, Rabin a réussi à la renvoyer dans le camp opposé par des
"concessions" plus retentissantes que réelles aux Syriens et aux Palestiniens.
A l'intention des premiers, il a évoqué la possibilité d'un retrait partiel du Golan occupé par
Israël depuis 1967 : cette possibilité était implicite dans le fait même de négocier avec la Syrie,
Israël n'ayant rien d'autre à lui proposer ; elle reste en deçà du minimum acceptable par Damas, c'est-à-dire la restitution totale du Golan.
A l'intention des Palestiniens, Rabin a repeint de couleurs vives le projet d'autonomie prévu depuis treize ans par les accords de Camp David signés par Begin, Carter et Sadate. Il s'agit, en fait, de permettre aux
Palestiniens de Cisjordanie et de
Gaza d'auto-administrer ce qui, dans leur affaires courantes, n'a pas d'incidence sur les intérêts de l'occupant, de sorte à alléger les tâches administratives et répressives de l'occupation maintenue. Cette expérience devrait déboucher, au bout d'une période commandes en Israël, à la suite des élections de juin 1992 (1), a donné un an maintenant, entre le gouvernement sioniste, ses voisins arabes et l'Organisation de libération de la palestine (OLP) représentée d'une façon quasi-officielle (2). La manœuvre de Rabin, d'une haute intelligence tactique, contraste fortement avec l'intransigeance de ses prédécesseurs du Likoud.
jordanienne et d'Israël.
d' être foncièrement pro-israélien.
JE VEUX
NÉGOCIER!
raffermi ses positions au Liban en prévision
PALESTINE peuple. transitoire, dans l'hypothèse sioniste la plus généreuse, sur un bantoustan palestinien placé sous la double tutelle de la monarchie
Dans un cas comme dans l'autre, Rabin a compris que ces "concessions" de pure
Appel signé par : forme, par rapport à la politique de Shamir, pouvaient conduire à de nouvelles concessions tout à fait substantielles de la part de ses interlocuteurs arabes. Ces derniers, en effet, ont le sentiment très net que la défaite annoncée de Bush aux présidentielles américaines de novembre signifiera une forte inflexion de la politique de Washington en faveur de leur ennemi traditionnel — le candidat démocrate Clinton ayant la réputation
Jusqu'ici, le régime de Damas n'a pas marché dans cette manœuvre, ayant plus à perdre qu'à gagner en matière de nouvelles concessions à Israël. Il a, en conséquence, d'un prolongement des tractations (3). La direction de l'OLP, par contre, a foncé tête baissée dans la porte de service entrouverte
Appel à la grève générale palestinienne pour le 23 septembre
« (...) Les organisations réunies proclament leur position au sujet de l'autonomie administrative comme suit :
1- Nous refusons catégoriquement le projet d'autonomie administrative dans tous ses détails et toutes ses implications, ainsi que toutes mesures ou mécanismes qui s'y rapportent, nominations, élections ou autres.
2- Nous affirmons que la délégation palestinienne aux négociations avec l'ennemi sioniste ne représente pas le peuple palestinien, n'est pas autorisée par lui à signer quelques accords que ce soit qui se rapportent à son destin ; aucun accord conclu par cette délégation n'engage notre
3- Nous rejettons sur la direction aux commandes de l'OLP et sur la délégation, la responsabilité de l'acceptation de ce projet liquidateur,
4- (...) Nous appelons à l'organisation d'un référendum général sur tout ce qui touche au destin de notre peuple et à son avenir national.
S- Nous appelons la délégation et la direction aux commandes de l'OLP à se retirer immédiatement des négociations et à interrompre la série des concessions. » *
16 septembre 1992
FPLP : Front populaire pour la libération de la
Palestine ; Hamas : Mouvement de la résistance islamique ; FLPP : Front de la lutte populaire palestinienne ; Mouvement du Djihad islamique
Palestine ;
PCRP : Parti communiste révolutionnaire palestinie :
FDLP : Front démocratique pour la libération de la
Palestine : FP — CG : Front populaire —
Commandement général ; FPL : Front palestinien de libération ;
Saika ; Fatah (dissidence).
par Rabin. Prenant ainsi le risque d'une forte aggravation des dissensions inter-palestiniennes, à la veille d'un changement d'administration à Washington qui risque de détériorer encore plus les conditions de la négociation, la direction Arafat a avalé de nouvelles couleuvres de plus en plus difficiles à digérer de la part de l'opposition nationaliste palestinienne.
Exploitant une certaine hâte chez ses propres supporters à exercer les prérogatives factices d'une administration sous tutelle, hâte qui s'est traduite par un engouement tout à fait lamentable pour s'enrôler dans la future police palestinienne, la droite hégémonique dans la direction de l'OLP a misé sur un accord à court terme
— c'est-à-dire avant même les élections américaines. Un tel calcul impliquait forcément une série de nouvelles capitulations, dont la direction est plus que coutumière.
La droite palestinienne a trahi l'engage-
1) Voir Inprecor n° 356 du 3 juillet 1992.
2) Voir Inprecor n° 340 du 8 novembre 1991.
3) Voir Inprecor n° 359 du 25 septembre 1992.
- PALESTINE ment pris unanimement dans les instances de l'OLP, le 22 juillet 1992, de refuser de prendre part au sixième round des négociations de Washington si les Etats-Unis accordaient à Israël le prêt des 10 milliards de dollars. Les négociateurs palestiniens, agissant sur les directives de la direction Arafat, se sont rendus à Washington et se sont situés dans la perspective d'un accord-cadre avec Israël sur l'"autonomie administrative", se montrant très conciliants à cette fin.
Offensive de la droite palestinienne
Encore une fois, ils sont rentrés bredouilles. La défaite de Bush aux présidentielles étant devenue une quasi-certitude, le gouvernement israélien a jugé qu'il n'était plus tenu de faire du zèle. Il a tout bonnement interrompu le sixième round des négociations et renvoyé l'échéance d'un accord à l'année prochaine.
Les nouvelles capitulations de la direction Arafat ont été dénoncées avec véhémence par l'opposition palestinienne. Les deux fractions de gauche de l'OLP, le Front populaire de Georges Habache et le Front démocratique de Nayef Hawatmeh, ont accentué leur collaboration, déjà renforcée depuis le début des négociations israélo-arabes dont ils ont dénoncé d'emblée les conditions infamantes (4). S'exprimant de nouveau en commun avec l'opposition intégriste islamique représentée par le mouvement Hamas et le Djihad islamique (5), mais aussi cette fois-ci avec l'ensemble des fractions de l'opposition palestinienne, y compris la dissidence du Fatah de 1983 dirigée par Abou Moussa et la Saika inféodée à Damas - ils ont stigmatisé en termes très durs la politique de la direction Arafat, se revendiquant à cette fin de la position de principe énoncée par la Direction patriotique unifiée de l'Intifada dans son communiqué du ler septembre 1992 (6).
Le cartel de l'opposition a appelé à une grève générale de protestation le 23 septembre 1992, qui a été largement suivie, selon ses propres sources. A la veille de cette grève, le 22 septembre, les deux Fronts de la gauche palestinienne ont annoncé la formation d'une direction commune (voir encadré ci-contre).
15 octobre 1992
4) Voir Inprecor n° 340 du 8 novembre 1991.
5) Nous avons exprimé nos réserves sur ce type d'alliances dans le même Inprecor n° 340 du 8 novembre 1991.
6) Dans son communiqué n° 86, la DPU « réaffirme son refus de toute solution non fondée sur les résolutions de la légalité palestinienne, arabe et internationale, qui ont toutes souligné la nécessité de réaliser les droits nationaux imprescriptibles du peuple palestinien, y compris les droits au retour, à l'autodétermination et à l'établissement de /'Etat palestinien indépendant ayant pour capitale Jérusalem ».