L'Eglise catholique polonaise aspire à s'assurer le monopole idéologique et moral dans l'Etat. Les principaux dignitaires de l'Eglise ne s'en cachent pas : « Nous nous trouvons à un stade particulier de l'histoire — celui de la remise des valeurs chrétiennes à la place qui leur est due, tant dans le domaine du fonctionnement de la société que dans toute notre activité publique » (1). Dans ses tentatives, le clergé jouit du soutien actif de parlementaires des partis gouvernementaux, élus grâce à son appui (voir Inprecor n° 362 du 6 novembre 1992).
Jan MALEWSKI
A PRES avoir tenté d'occuper les médias en y plaçant ses hommes, le clergé cherche à avoir un droit de regard sur l'information. Le 15 octobre 1992, il s'en est fallu d'une voix à la Diète, pour que la loi sur l'audiovisuel impose aux rédactions « le respect des valeurs chrétiennes ». Ce vote a indigné les évêques : « Que représentent ces députés du Parlement, qui, dans un pays très majoritairement chrétien, rejettent la proposition de respecter dans les médias le système des valeurs chrétiennes », a répliqué dans un communiqué la Conférence de l'épiscopat. Les évêques ont explicité ce qu'ils entendent par "valeurs" : « On voit apparaître dans la presse polonaise les attaques contre le Saint-Père » (2). Lors de l'examen du projet de loi par le Sénat, les censeurs catholiques sont revenus à la charge : « En tant que catholique, je ne peux accepter une loi qui ne garantit pas le respect des valeurs chrétiennes. Il n'est pas indifférent de savoir quel système de valeurs on impose à la société ; les minorités doivent l'estime aux opinions de la majorité », expliquait l'un d'eux (3). Le vote de cette loi réhabiliterait la censure non plus stalinienne, cette fois-ci, mais catholique !
L'Eglise catholique ne reconnaissant pas le divorce, un autre texte prévoit d'instituer la séparation. La séparation interdirait aux anciens époux de se remarier et pourrait être
POLOGNE annulée sur simple déclaration au tribunal de l'un d'eux. Les députés favorables à ce projet n'ont pas caché leur volonté de « limiter le nombre de divorces » et de « donner aux couples une chance de revenir sur leur décision ». Le projet de loi a été transmis à une commission parlementaire (4). Par ailleurs, la Diète a privé les familles monoparentales des réductions d'impôts accordées aux couples mariés (5), ce qui frappera les femmes qui élèvent seules leurs enfants.
Chasse à l'avortement
L'interdiction de l'avortement est le souci majeur du clergé (6). En 1990, l'Eglise a obtenu une première victoire : la restriction de la loi sur l'avortement par le biais d'une ordonnance ministérielle obligeant les femmes voulant avorter à passer devant deux commissions, et déliant les hôpitaux de l'obligation de pratiquer l'avortement. En décembre 1991, le congrès de l'Ordre des médecins a adopté un code éthique, qui interdit de pratiquer l'avortement. Parallèlement, une loi autorisait l'Ordre des médecins à interdire à certains praticiens d'exercer.
En juillet 1992, la Diète rejetait la demande d'organisation d'un référendum,
1) Appel à la prière pour la • protection juridique de toute vie humaine concue » du primat Jozef Glemp et du secrétaire de l'Episcopat polonais, l'archevêque Bronislaw Dabrowski, diffusé par Radio Varsovie le 15 novembre, cité par Gazeta Wyborcza n° 269 du 16 novembre 1992.
2) Gazeta Wyborcza n° 245, du 17-18 octobre 1992
3) Gazeta Wyborcza n° 268, du 14-15 novembre 1992.
4) Gazeta Wyborcza n° 264, du 9 novembre 1992.
5) Gazeta Wyborcza n° 256 du 30 octobre 1992
6) Voir L'avortement en Pologne : la croix et la bannière, de J. Heinen et A. Matuchniak, L'Harmattan, Paris 1992.
7) Le Premier ministre, Mme Suchocka, dirigeante de l'Union alors que les sondages indiquent que les deux tiers de la population s'opposent à la criminalisation de l'avortement. Enfin, en octobre, la commission parlementaire chargée d'examiner le projet de loi sur la « protection de l'enfant conçu » adoptait la version la plus restrictive.
Ce texte prévoit une peine de deux ans de prison pour l'auteur de l'avortement (le médecin ou la femme en cas d'auto-avortement), assimile à l'avortement les moyens contraceptifs agissant après la fécondation (RU-486, stérilet, certaines pilules de la dernière génération) et interdit les examens prénataux. Pouvant être soumis à tout moment au vote de la Diète sur décision de son président (un dirigeant de l'Union chrétienne nationale —
ZChN), il risque d'être adopté. Au nom de la minorité de la commission, la députée Barbara Labuda présentera cependant de nouveau une demande de référendum sur la
Longtemps paralysés par leur alliance avec les fondamentalistes catholiques et par leurs divergences internes (7), les parlementaires libéraux, ainsi que ceux de la Socialdémocratie (8), ont soutenu l'initiative de l'Union du travail (9) visant à développer un mouvement en faveur du référendum. Créé le 7 novembre, le Comité pour un référendum, soutenu par l'ensemble des organisations féminines (10), se propose de lancer le mouvement dans toutes les villes. Si la loi actuelle prévoit que seule la Diète peut, en se prononçant à une majorité de deux tiers, organiser un référendum, le nouveau projet de Charte des droits et des libertés, présenté par le président Lech Walesa à la Diète, soumet la convocation du référendum à la demande du président ou de 500 000 pétitionnaires. Le Premier ministre, Mme
Suchocka, s'est d'ores et déjà opposée à l'idée d'organiser ce référendum : « C'est une tentative de diviser la société. Je crains qu'elle puisse déstabiliser ce que nous construisons avec tant de peine » (11).
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19 novembre 1992 démocratique (libérale), est un des auteurs du projet de loi, alors que d'autres députés de l'UD, telle B. Labuda, luttent pour préserver ce droit.
8) La Social-démocratie de la République de Pologne fut créée par les militants de l'ex-POUP (PC) en 1990
9) L'Union du travail, qui dispose de trois députés à la Diète se réclame de la tradition de la gauche de Solidarité
10) La Ligue des femmes, l'Association féministe polonaise
Pro-femina, Neutrum et la Fédération des femmes en faveur du planning familial, et certaines commissions régionales femmes de
Solidarité.
11) Gazeta Wyborcza n° 269 du 16 novembre 1992.