Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SRI LANKA

La tragédie du peuple tamoul

· Inprecor n° 363, 20 novembre 1992 · p. 22-23 · 1 337 mots

Inde et Asie du Sud

La tragédi peuple tan

Les médias présentent souvent les

Tamouls du Sri Lanka comme des réfugiés ou comme des "terroristes"

du mouvement des Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul (LTTE). Leur histoire passée et présente, ainsi que l'oppression dont ils sont victimes, est, en revanche, rarement connue

(voir Inprecor n° 313 du 13 juillet

1992).

V. THIRUNA VUKKARASU e du noul vé à la situation actuelle de guerre dans le Nord et l'Est du pays, et à la plus grande offensive militaire sur Jaffna, appelée "opération tremblement de terre" - précédée, dans le passé, par de nombreux autres raids : les opérations "Vadamaradchy", "Jayasak"Balavegayas I et II", etc. Lorsqu'elle occupait le Nord et l'Est — entre 1987 et 1990 (IPKF) avait aussi organisé, entre autres, l'"opération Pavan".

IL FAUT rappeler comment on est arri-

"Valampuri", "tempête de tonnerre",

—, la Force indienne de maintien de la paix

Cette guerre, qui dure depuis dix ans, a coûté la vie à environ 50 000 personnes et fait des milliers de blessés. Les dépenses annuelles militaires du Sri Lanka sont passées de 1,37 milliards de roupies, en 1983, à 12,7 milliards en 1992 — entre 1987 et 1992, l'Etat a gaspillé 86 milliards dans ce domaine. Les destructions de biens se comptent aussi en milliards de roupies, sans parler des pillages réalisés par les forces armées ou d'autres éléments sans scrupule.

Il y a désormais 700 000 réfugiés ; ils ont été consignés dans des camps sordides, ils vivent d'aides misérables, souffrent de malnutrition, dans des conditions d'hygiène et de santé infra-humaines.

Les allocations qu'ils perçoivent sont passées de 315 roupies par semaine, pour une famille de quatre personnes ou plus (moins de 8 dollars), à la moitié — sous prétexte que le gouvernement n'a plus de fonds, alors que des sommes faramineuses sont englouties par la guerre.

Les dépenses militaires, qui représentaient 0,7 % du produit national brut (PNB) en 1977, sont montées à 5 % en 1988 — les

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subventions alimentaires, elles, sont passées de 5 % du PNB en 1977 à 0,7 % en 1988. Evidemment, les programmes de santé ont subi aussi des coupes claires pour contrebalancer les dépenses militaires.

Peu après 1948, lors de l'Indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne, deux émeutes d'envergure eurent lieu, entre autres soubresauts sanglants, dans le Sud du Sri Lanka. La première, en 1958, sous le régime du Parti srilankais de la liberté (SLFP), lorsque son président, S. W. R. D. Bandaranaike, en 1956, décréta que le cingalais était la seule langue officielle, ignorant le tamoul.

Le Premier ministre du Parti national uni (UNP), D. S. Senenayake, priva les ouvriers agricoles tamouls des plantations de la citoyenneté et du droit de vote. Il s'agissait, en fait, de porter un coup mortel à ces travailleurs et à leur puissant mouvement de

L'Etat encouragea et finança ensuite la colonisation de parties importantes du Nord et de l'Est, où les Tamouls étaient majoritaires, par des gens parlant cingalais. La composition démographique de ces zones en a été profondément transformée, comme le prouvent les recensements officiels.

Les émeutes de 1958 suivirent la révocation du pacte Bandaranaike-Chelvanaygam qui visait à redresser quelque peu la situation et à résoudre les griefs et les problèmes ressentis par les populations tamoules. Cette révocation fut lancée par une campagne dont le fer de lance était l'ancien président J. R. Jayewardene (appelé "JR"), doublée par les exhortations du journal de l'UNP, Siya Rata qui lançait des appels meurtriers : « Réveillez-vous, levez-vous et tuez les Tamouls. »

La répression fut sauvage — des femmes enceintes furent poignardées au ventre - ; nombreux étaient ceux qui se demandaient alors si ce n'était pas la fin de toute coexistence entre Cingalais et Tamouls. Pogroms contre les Tamouls

Le deuxième événement de cette escalade anti-tamoul eut lieu en 1977, peu après que l'UNP, dirigée par J. R. Jayewardene soit revenue au pouvoir. L'année 1977 fut encore pire que 1958. Lorsque Jayewardene, reprit ses fonctions, au début 1977, il promit de réparer les injustices faites aux Tamouls dans les domaines de l'éducation, de l'emploi et de la terre. Une fois installé au pouvoir grâce à un appui tamoul important, "JR" jeta ses promesses aux oubliettes, en déclarant, lors d'un discours à Colombo, que si les Tamouls voulaient la guerre, ils auraient la guerre, et que s'ils voulaient la paix, ils auraient la paix.

En juillet 1983, des pogroms eurent lieu contre les Tamouls, sous prétexte que treize soldats avaient été assassinés à Jaffna par les Tigres du LTTE. Alors qu'en 1958 ou en 1977, les victimes tamouls pouvaient se réfugier dans leur région d'origine, le Nord et l'Est, pour au moins survivre, en 1983, leur sécurité dans ces zones n'était plus assurée à cause de la progression des forces armées de Sinhala — elles étaient postées à Jaffna, depuis le début de 1960 pour écraser les protestations non violentes provoquées par la campagne du Parti fédéral de S. J. Chelva-

Au début des années 70, la jeunesse tamoul avait déjà perdu toute illusion ; elle était en butte à des difficultés de plus en plus grandes si elle voulait accéder à l'éducation supérieure, et ce à cause de la politique de la coalition gouvernementale SLFP / Parti Lanka Sama Samaja (LSSP) / Parti commu-

En juillet 1983, le massacre et la mutilation des détenus tamouls de la prison de Welikade poussa la jeunesse vers la lutte armée. Le gouvernement riposta en intensifiant la répression.

Chasse à la jeunesse

La guerre qui s'ensuivit, faisant de plus en plus de victimes, a désormais atteint des proportions monstrueuses — les Tamouls et les musulmans du Nord en étant les premières cibles. Comme conséquence de cette guerre meurtrière, il y a une multitude de restrictions, une sorte de blocus économique qui a déjà réduit la taille de la population — la plupart des familles connaissent de sérieux problèmes de malnutrition, des effets

Il y a une grande pénurie de nourriture, de carburant, de médicaments, etc. A Jaffina, les antibiotiques, et des médicaments pour les maladies cardiaques, le cancer et la psychiatrie ne sont pratiquement plus disponibles. On trouve rarement des pansements alors que de nombreux civils sont blessés presque quotidiennement lors des opérations militaires.

Le taux de mortalité a augmenté en conséquence — ainsi que la mortalité infantile. Pendant une période de sept mois, 283 enfants sont morts - 235 étaient des nouveaux-nés ; 90 % des mères souffrent de

SRI LANKA malnutrition. Il y a un nombre important de naissances prématurées, et les nourrissons n'atteignent pas le poids normal. La malnutrition est la première cause de cete situation, ainsi que le fait qu'il n'y a pas de soins prénataux cliniques et les chocs provoqués par la guerre, selon des gynécologues de Jaffna

L'éducation a été sérieusement perturbée dans les zones de guerre. Les étudiants, comme tout le monde, vivent dans la peur constante des bombardements aériens, des attaques à l'artillerie, etc. — les camps de réfugiés et le centres d'examen sont souvent des cibles privilégiées. On peut, par consé quent, imaginer à quel point l'état mental de la population étudiante est affecté et leur éducation compromise.

Les continuelles coupures d'électricité et la pénurie en carburant frappent aussi les étudiants — le niveau scolaire a fortement chuté, comme le montre le taux d'échec à l'examen d'entrée de l'université en 1991.

Même dans cette situation épuisante, le gouvernement continue de poursuivre sa politique de ségrégation ; ainsi, les étudiants du Nord et de l'Est qui réussissent leur examen d'entrée à l'université doivent avoir 30 points de plus que les autres pour être admis — dans les écoles d'ingénieurs et en phy-

La production économique, l'agriculture, l'industrie et la pêche sont presque immobilisées. Le secteur de la construction est quasiment bloqué faute de matériaux. La plupart des sources de revenus des gens se sont taries - beaucoup de gens sont condamnés à une existence qui ressemble de plus en plus à celle des Somaliens, surtout après la récente réduction des maigres allocations que touchaient les réfugiés. *

Colombo, octobre 1992

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