Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

Les émeutes de Shenzen

· Inprecor n° 363, 20 novembre 1992 · p. 24-25 · 1 334 mots

Chine

Le congrès du Parti communiste chinois (PCC), d'octobre 1992, s'est conelu par un appel à la "révolution" économique sur la voie du marché. Les réformes économiques vont se poursuivre, tout comme le contrôle politique fort et le rôle prépondérant de Deng Xiaoping (1). Les récents événements de Shenzen, où il existe une Bourse - tout comme à Shangaï ou à Canton — dans le Sud de la Chine montrent les contradictions à l'œuvre. Zhang KAI *

PRES d'un million de personnes ont afflué à Shenzen, au mois d'août 1992, pour tenter d'obtenir une part du gâteau des réformes — l'achat d'actions à la Bourse. Le prix des actions, à Shenzen, a augmenté de façon vertigineuse ces dernières années jusqu'à 40 fois pour certaines, durant les

Lorsque les autorités de Shenzen ont augmenté les prix des formulaires pour acheter des actions de un yuan à 100 yuan, les gens ont cru qu'ils obtiendraient des profits considérables avec des actions.

Des détenteurs potentiels d'actions sont venus de tout le pays et ont fait la queue pendant deux jours et deux nuits ; certains ont été battus par la police — le journal Min Pao raconte que, le 9 août, environ 200 personnes avaient été admises dans les hôpitaux.

Peu après le début de la vente, les banques ont annoncé que tous les formulaires avaient été achetés. Les gens qui en avaient obtenu en sous-main s'empressaient de les revendre plusieurs fois leur prix initial. On pense que la plupart n'ont pas été vendus au marché officiel, et qu'il y a eu une "énorme escroquerie" et "une corruption collective généralisée".

La semi-officielle Agence Chine-Nouvelles affirmait, le 10

CHINE septembre, depuis Hong-Kong, que « le personnel des banques, des compagnies d'assurance, les officiers de la police et de la sécurité et les équipes des bureaux industriels, commerciaux et monétaires s'étaient approprié plus de 50 % des formulaires de demande par des moyens divers ».

Cette corruption a transformé la frustration en fureur. Le soir du 10 août 1992, des banderoles ont été déployées qui disaient « Contre la corruption, pour la justice », ou « Protestez contre la fraude des officiels ». La manifestation pacifique, qui a rassemblé des dizaines de milliers de personnes, s'est heurtée aux canons à eau et aux gaz lacrymogènes ; une émeute s'en est suivie. La foule a brûlé des voitures et des cars de police, brisé des vitrines de banques, d'institutions financières et de magasins. Lorsque le gouvernement a annoncé qu'un demi-million de coupons seraient mis en vente le lendemain, au prix de 1 000 yuan chacun, et qu'ils seraient toujours cotés à dix contre un, les incidents ont continué.

La version officielle parle d'émeutes attisées par quelques criminels ; il s'agit, en fait, d'une protestation de masse contre la corruption des milieux officiels. Ces événements prouvent que le gouvernement a pris la tête de la course au profit — il a gagné un milliard de yuan par la simple vente des formulaires.

Avec l'expérimentation du système des actions, un grand nombre de parvenus font des profits énormes sans travailler, ce qui accroît les contradictions sociales. L'émeute de Shenzen a été la plus importante manifestation contre la corruption depuis le mouvement pour la démocratie de 1989.

CHINE COMPIER UU "HE! TANT QUE LEUR ARGENT EST VERT!"

Enfin, il faut noter que la corruption et l'incompétence du Parti communiste s'aggravent avec les réformes économiques.

Le marché boursier est partie intégrante de l'économie de marché. Après une courte période d'essai, la réalité s'avère différente des espoirs nourris dans les ordonnances de l'Etat.

Ces ordonnances affirmaient que le premier objectif de l'émission d'actions était de « modifier les mécanismes d'opération des entreprises, en facilitant la séparation des secteurs politiques et de direction des entreprises et en réalisant l'autonomie des entreprises et leur propre rationalisation ». Or, le gouvernement intervient encore et profite de la délivrance des formulaires ; les porteurs d'actions, au lieu de brider les activités des entreprises, sont uniquement intéressés par la spéculation, contrairement au second objectif qui consistait à « ouvrir de nouveaux canaux pour rassembler des capitaux, en accumulant des fonds destinés à la construction et en canalisant des capitaux destinés à la consommation courante vers la construction productive ».

Le marché par ordonnance

En fait, beaucoup d'argent a afflué à Shenzen et Shangaï, en provenance de l'arrière-pays, à des fins de pure spéculation.

Liu Hongyu, Vice-directeur du Comité d'Etat pour la réforme économique remarquait que « la délivrance des actions pose un problème évident — comment accroître la transparence et empêcher les allocations internes et les ventes en coulisse qui vont créer de nouvelles injustices dans la distribution et donc augmenter l'instabilité sociale. Le second problème est celui du transfert des actions — des procédures réalisables devraient être stipulées ; avant que cela ne soit fait, nous ne devrions pas commencer d'autres émissions d'actions » (3).

Dans son article, Liu Hongyu insiste sur le fait que le système d'actionnariat est guidé par des considérants politiques visant à défendre la propriété publique et qu'il ne constitue pas un pas vers la privatisation. Pourtant, l'ordonnance stipulait qu'à part deux catégories d'entreprises d'Etat, le reste des actions pouvait être soit distribué par le personnel des entreprises, soit vendu sur le marché et donc être acquis par des individus ou par le capital étranger. * Cet article est extrait du numéro du 31 octobre 1992 d'October Review, un journal marxiste révolutionnaire publié à Hong-Kong. 1) voir Inprecor n° 353 du 22 mai 1992 2) Sur la croissance du secteur privé, voir Inprecor n° 349 du 27 mars 1992. 3) Quotidien du Peuple, 23 juin 1992.

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Les entreprises de la première catégorie ne peuvent émettre des actions, car elles sont liées à la sécurité de l'Etat, à la technologie de la défense ou à des minerais stratégiques. Les entreprises de la seconde catégorie (énergie, transport et communication) peuvent faire des expériences boursières mais les actions détenues par l'Etat doivent rester dans ses mains.

Marx appelé au secours

Liu Hongyu affirmait que le maintien de l'orientation socialiste du pays était lié à la domination de la propriété d'Etat, mais, les statistiques révèlent que la part des entreprises publiques dans la production industrielle a décru dans les années 80 et continuait de décroître de 2 à 3 % par an dans les années 90. En l'an 2 000, cette part serait au dessous de 25 % — comme celle des entreprises privées, les 50 % restant étant assurés par les coopératives (qui pouvent être privées).

En même temps, les autorités ont publié des règles internes pour l'encadrement et la politique salariale dans les entreprises expérimentant le système des actions, qui stipulent que l'augmentation de la masse salariale ne peut excéder l'augmentation de l'efficacité économique de l'entreprise ; l'accroissement du salaire annuel moyen des travailleurs ne peut dépasser celui de la productivité du travail des entreprises.

Dans ces limites, les entreprises ont toute latitude pour décider de l'investissement dans du matériel neuf, des conditions d'embauche, des termes des contrats de travail et du système interne de redistribution (ce qui implique que la différenciation salariale peut s'accroître).

Comme d'habitude, les "Saintes Ecritures" ont été utilisées pour justifier un tournant empirique — Liu Hongyu cite Marx pour se justifier.

En fait le système d'actionnariat n'a pas de fondement théorique. Cette année, lors de sa tournée dans le Sud, Deng Xiaoping, s'est borné à dire : « observez-la [la Bourse, ndlr] tout en l'expérimentant fermement. Si vous pensez que cela marche, laissez-la se développer. Si c'est incorrect, il n'y a qu'à rectifier et tout annuler ». Il était opposé à toute controverse sur la nature capitaliste ou socialiste de l'actionnariat. Il a affirmé « Mon intention première est d'arrêter les controverses. Ne pas discuter nous fera gagner du temps. Lorsque la discussion commence, les choses deviennent compliquées et rien ne peut-être fait. »

L'empirisme est aujourd'hui le principe directeur (ou l'absence de principe directeur) de la domination du Parti communiste sur la Chine. *

Hong-Kong, 31 octobre 1992

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