Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EUROPE

Pour les droits des appelés

· Inprecor n° 363, 20 novembre 1992 · p. 25-26 · 1 059 mots

Europe de l'Est URSS et Russie

Du 24 au 27 septembre 1992, des appelés venus de toute l'Europe se sont rassemblés à Mjerzin, près de la capitale tchèque, Prague, pour la

Conférence européenne des organisations d'appelés (ECCO) (voir

Inprecor n° 341 du 22 novembre

1991).

Ron BLOM

LA DISCUSSION centrale de cette réunion a porté sur la transformation d'ECCO en une véritable organisation. Cette proposition a été acceptée par la grosse majorité des organisations présentes, venues de Finlande, Suède, France, l'Etat espagnol, Portugal, Autriche et de Tchécoslovaquie. Après cette discussion, un débat important a eu lieu sur la situation des appelés en Europe centrale et orientale, suivi d'une discussion relative aux différences entre le modèle d'organisation syndicale et le système de représentants directs.

Les nouveaux régimes d'Europe de l'Est cherchent à établir un système de représentants pour canaliser les revendications et les opinions des conscrits. Ils s'opposent à l'organisation de syndicats indépendants comme ceux, fondés aux Pays-

Bas, en Autriche ou en

Finlande et sur lesquels, il n'y avait aucun contrôle.

Voilà pourquoi les appelés suédois étudient la possibilité de mettre en place un syndicat indépendant.

Des représentants et des appelés des pays d'Europe de l'Est et du nouvel Etat issu de l'ancienne Union soviétique étaient invités à la rencontre. Or, seuls trois de ces pays étaient représentés — le pays qui accueillait la Conférence, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Bulgarie.

En Tchécoslovaquie, il existe, depuis 1990, une organisation indépendante appelée SVM. Les appelés ont aussi un système de représentation. La SVM affirme que l'Etat avait promis beaucoup de chose, mais a très peu fait. La timide loi sur les appelés qui existe, ne leur donne pas le droit de réagir face aux abus de pouvoir des officiers. Hormis la remise en place de la SVM, qui avait été fondée durant le Printemps de Prague, en 1968, et interdite après l'invasion soviétique et la "normalisation", le véritable changement intervenu dans la vie quotidienne des conscrits a été la suppression des leçons de "marxisme-léninisme". La participation de la SVM à l'ECCO inaugure les contacts avec les appelés d'autres pays d'Europe centrale et orientale. La SVM a mis en place un service spécial ECCO d'information pour fournir des informations sur des pays non représentés à Prague.

Etre soldat à l'Est

En Hongrie, il n'y a pas d'organisation nationale d'appelés. Le gouvernement n'y est pas favorable et la population semble y être peu sensible. Un système de représentation vient d'être mis en place par le ministre de la Défense. Après 1989, la situation des appelés s'est quelque peu améliorée en Hongrie. Il existe une nouvelle loi qui leur offre maintenant trois possibilités : soit faire

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douze mois de service national ; soit quinze mois de service militaire, sans toucher une arme ; ou bien 22 mois de service civil.

En Bulgarie, l'introduction d'un système de multipartisme et d'élections libres n'a pas apporté de gros changements pour les appelés. Il leur est toujours interdit de fonder des organisations à l'intérieur de l'armée et il n'y a aucun système de représentation. Un conscrit ne peut pas non plus être membre d'une organisation politique à l'extérieur de l'armée — la question de savoir si une organisation est politique ou non, bien sûr, est uniquement tranchée par les autorités bulgares. La délégation à la conférence de l'ECCO n'était pas constituée par des appelés mais par deux capitaines du ministère de la Défense.

La misère des appelés dans la CEI

En Pologne, le service militaire dure 18 mois. L'armée polonaise manque de moyens financiers et donc les appelés ne sont pas bien équipés - certaines garnisons ont même libéré des conscrits avant terme. Exception faite de ce facteur, l'autorité de l'armée est toujours très forte parmi la population. Il n'y a pas d'organisation sociale dans l'armée ni de structures garantissant la protection des droits des conscrits. Cependant, un "homme de confiance", qui se trouve sous la protection de la loi, est élu dans chaque garnison pour défendre les intérêts des appelés. Dans quelques garnisons, des réunions militaires se sont tenues pour discuter de leurs problèmes courants avec les commandants.

Dans la Communauté des Etats indépendants (CEI), la situation est compliquée. Les appelés sont une des catégories qui ont le plus souffert de l'éclatement de l'ancienne Union soviétique et de la crise ouverte depuis. Hormis l'utilisation de matériel obsolète, les appelés peuvent être envoyés sur le terrain des nombreux conflits en cours dans la CEI (Nagorny-Karabagh, Géorgie, Moldavie, Tadjikistan, etc.). Certaines garnisons souffrent en plus du manque de nourriture. Les conflits entre des conscrits de différentes nationalités deviennent, par ailleurs, aigus. Certains jeunes ont refusé d'entrer dans l'armée (le plan d'appel sous les drapeaux n'a été réalisé qu'à 70 %).

Selon des informations récentes, des structures militaires visant à garantir les droits aux conscrits ont été créées, tel le Conseil des jeunes soldats. Depuis la seconde moitié des années 80, l'organisation Bouclier fonctionne dans l'armée. Le leader de Bouclier est membre du Parlement de Russie au nom du Parti démocratique de Russie. On ne sait pas si ce groupe fonctionne toujours et, tel est le cas, le type d'activités qu'il mène.

Le Conseil des mères de conscrits, qui apporte son soutien aux mères des appelés morts sous les drapeaux, jouit aussi d'une grande autorité (1). Il a réclamé, entres autres choses, une amnistie pour les appelés qui ont déserté le service militaire.

En Roumanie, la durée du service militaire a été abaissée de seize à douze mois, en janvier 1990, mais devrait à nouveau augmenter à quatorze mois, sous prétexte de préserver la "stabilité de l'armée"

En Europe du Sud, les appelés n'ont pas de droits. Par exemple, l'organisation française Information pour les droits du soldat (IDS) doit se contenter d'organiser des réunions d'information, les dimanches soir, dans les trains ou les stations de métro. Dans l'Etat espagnol et au Portugal, des organisations civiles qui s'occupent des droits des appelés ont récemment été constituées. En Italie, en Grèce et en Turquie il n'y a pas non plus d'organisations d'appelés. L'Union démocratique autrichienne des soldats (VDSÖ), par exemple, n'a pas pas le droit de distribuer des publications dans les casernes. *

Octobre 1992

1) D'après des chiffres officiels, il y aurait eu durant les huit premiers mois de l'année 1992, 354 suicides, 922 dossiers ouverts en raison de mauvais traitements, 108 soldats et officiers tués. Libération, 18 novembre 1992.

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