Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Les syndicats sous le règne du PSOE

· Inprecor n° 364, 4 décembre 1992 · p. 3-6 · 3 699 mots

État espagnol Syndicalisme Euskadi

En octobre 1992, le gouvernement espagnol a fêté, en grande pompe, les lix ans de pouvoir "socialiste", « les dix années du changement . Cette lécennie a été marquée par l'enrichissement des plus riches, mais les conditions de vie de la majorité de la population sont toujours difficiles - malgré les espoirs des premières années. Les problèmes hérités de la dictature, pour beaucoup, continuent — la distribution des richesses, les inégalités et les injustices, la dépendance économique, le déficit démocratique, ete. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), comme ses homologues européens, est de plus en plus éclaboussé par les "affaires". Son usure risque de s'accélérer avec la mise en œuvre d'un plan d'austérité brutal, sous prétexte d'intégration européenne, qui vient aggraver les effets de la première vague de "reconversion" industrielle). Mais, les socialistes espagnols ont réussi le lifting du pays sur la scène internationale. Le triomphe électoral du PSOE, en 1982, et ses promesses de "changement" avaient suscité de grands espoirs dans le mouvement syndical — surtout dans l'Union générale des travailleurs (UCT) dont la direction était proche du PSOE. Les Commissions ouvrières (CCOO) ont quant à elles survécu à l'interminable crise du Parti communiste espagnol (PCE) et connu une évolution importante. De son côté, PUGT a amorcé un changement l'attitude vis-à-vis du gouvernement. Le paysage syndical espagnol a done été profondément bouleversé par les lix années de règne de Felipe Gonzalez. J. NIETO - P. RODRIGUEZ

ETAT ESPAGNOL

EN 1982, les syndicats espéraient

obtenir une amélioration de la situation des travailleurs, de leur propre rôle dans la société et un renforcement de leur capacité à peser sur les décisions des administrations publiques.

Ces espoirs se sont rapidement traduits par la signature d'un accord interconfédéral entre l'Union générale des travailleurs (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO), d'une part, et le patronat, de l'autre, en 1983, sans la participation directe du gouvernement. Cette rapidité s'expliquait par la longue pratique accumulée par les syndicats en matière de pactes sociaux, mais aussi par le fait que, pour la première fois depuis des années, le gouvernement en place avait décidé de prendre en compte les augmentations salariales de 1983 dans son budget général, tout en promettant de réduire la durée légale du temps de travail à 40 heures.

L'orientation syndicale prépondérante de l'époque était guidée par une idée force : si, jusqu'alors, les syndicats avaient participé aux différentes négociations dans une situation d'infériorité évidente — à cause des intérêts communs du patronat et des gouvernements de droite —, cela ne pouvait plus être le cas. Cette illusion s'expliquait par les liens étroits existant entre les syndicats majoritaires et leurs "partis frères" — le Parti communiste espagnol (PCE) pour les CCOO, et le PSOE pour l'UGT - qui constituaient en fait une véritable dépendance, comme cela était clairement apparu lors de la signature du Pacte de la Moncloa, en 1978 (1).

Jusqu'en 1982, ces rapports de dépendance avaient eu des conséquences différentes pour chacun des syndicats.

Entre 1976 et 1982, les CCOO ont payé au prix fort leur soumission aux tactiques politiques du Parti communiste espagnol et aux pactes sociaux successifs signés par celui-ci au nom de la « consolidation de la démocratie » ; ce syndicat avait vu ses effectifs s'effriter et avait perdu la place sociale prépondérante qu'il occupait aux débuts de la transition.

Par contre, l'UGT, grâce à ses liens étroits avec le PSOE, était passée d'une influence syndicale limitée, en 1976, à la première place en nombre de délégués aux élections syndicales de 1982, peu après la victoire du PSOE.

Le temps des changements

Dès la fin de l'année 1983, il était devenu évident que le "virage à gauche" promis par le PSOE n'aurait pas lieu ; la nouvelle équipe gouvernementale assumait pleinement les postulats orthodoxes du libéralisme économique dominant en Occident. La principale priorité du gouvernement était désormais la reconversion industrielle, reportée d'année en année par les gouvernements de droite qui ne disposaient pas du soutien social nécessaire pour la réaliser. Derrière les discours sur la "modernisation de l'appareil productif", une gigantesque opération de réduction d'effectifs et d'assainissement des profits patronaux allait être mise en œuvre, entraînant un processus important de désindustrialisation de l'économie espagnole.

En même temps, le gouvernement affichait sa volonté de généraliser autant que possible l'emploi précaire ; dès 1984, une série de décrets ont inauguré ce processus et des mesures visant à réduire les prestations sociales ont été adoptées.

1) Le Pacte de la Moncloa était un accord entre les différents partis parlementaires, le PCE ét le PSOE se portant garants des CCOO et de l'UGT, visant à porter un coup d'arrêt au mouvement gréviste qui se développait dans l'Etat espagnol. Les deux centrales syndicales, en effet, firent de leur mieux pour stopper le mouvement social.

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OTAN NO

erre erendum orain

bases -uera

Graffiti sur les murs de Bilbao contre l'entrée de l'Etat espagnol dans l'OTAN, en

1988, et contre les bases nord-américaines (DR).

La première prise de distance importante vis-à-vis de la politique gouvernementale et les premières critiques sont alors venues des CCOO.

L'écroulement électoral du PCE, en 1982, et la décomposition qui s'en est suivie ont encouragé une autonomisation croissante des CCOO vis-à-vis d'un parti qui était en perte de vitesse et qui menaçait d'entraîner le syndicat dans sa chute.

Les effets de l'interminable erise du PCE

Les différentes scissions intervenues dans le PCE — notamment celle qui, en 1982, a donné naissance au Parti communiste des peuples d'Espagne (PCPE) - ont aussi poussé à l'introduction d'un plus grand pluralisme au sein des CCOO ; le poids des positions radicales s'y est vu renforcé — auparavant, les critiques ne venaient que de la gauche syndicale.

En même temps, les CCOO ont commencé à affirmer une opposition de plus en plus forte à la politique gouvernementale. Mais, leur attitude face à la reconversion industrielle était ambiguë : d'une part, elle manifestait une réelle opposition à cette politique ; mais, de l'autre, les CCOO acceptaient de fait le processus de reconversion, comme le montrait leur tendance à négocier pour atténuer les conséquences traumatisantes des démantèlements industriels.

Le refus opposé par les CCOO à l'Accord économique et social (AES), entre le gouvernement, la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE) et l'UGT était aussi significatif, tout comme leur opposition aux décrets visant à développer l'emploi précaire que le gouvernement allait adopter avec l'accord de l'UGT.

L'appel à la grève générale contre la réforme du système des retraites, lancé par les CCOO, le 20 juin 1985, était encore plus śloquent. Malgré cela, la politique d'opposition des CCOO est toujours restée limitée. De son côté, l'UGT a manifesté, mier quinquennat socialiste, un soutien sans faille au gousemblait être le principal point d'appui social. Elle a appuyé politique de reconversion industrielle. Enfin, par la cord économique et social, l'UGT a essayé d'instaurer la paix sociale dont avait besoin la gestion socialiste pour préparer des attaques d'envergure contre les travail-

Le soutien de la direction de l'UGT à la gestion du gouvernement correspond aussi à un autre facteur : cette centrale voulait accélérer le déclin des CCOO et s'assurer une hégémonie sans partage sur le mouvement syndical. Cette ambition prétentieuse reposait cependant sur plusieurs hypothèses plausibles : d'une part, l'UGT escomptait pouvoir éventuellement récupérer le soutien électoral du PSOE — une bonne partie des affiliés aux CCOO avaient voté pour Felipe Gonzalez en 1982 ; de l'autre, la direction ugétiste était convaincue que la débâcle du PCE pourrait entraîner les CCOO dans sa

Enfin, l'UGT espérait que sa collaboration avec le gouvernement lui assurerait une supériorité importante — notamment grâce au traitement de faveur que lui avaient donné les autorités dans la répartition du patrimoine syndical.

Feu contre les CCOO

La période allant de 1984 à 1986 a été celle du plus fort niveau d'affrontement entre les deux syndicats depuis le début de la transition politique. Les attaques et les campagnes de calomnies de l'UGT visant les CCOO se succédaient.

2) L'objectif de l'Accord économique et social apparaissait clairement dans les déclarations de Felipe Gonzalez, avant le début des négociations : Je demande pour mon gouvernement les mêmes sacrifices que (vous avez faits] pour les gouvernements de droite antérieurs. »

3) L'Accord économique et social concerne les négociations collectives de 1985 et 1986 qui ont été, pour la plupart, en vigueur pendant deux ans, avec des clauses de révisions salariales pour celles de 1986. Une bonne partie de ces conventions, par ailleurs, sont d'une "efficacité limitée" ; elles n'ont été signées que par les patrons et l'UGT, mais, dans la pratique, elles sont appliquées presque partout.

4) Ces données mettent en évidence, la concentration croissante de délégués dans les mains de TUGT et des CCOO — qui

Les CCOO étaient constamment présentées comme le "syndicat communiste", elles étaient accusées de faire preuve d'une « belligérance contre le gouvernement socialiste qu'elles n'avaient jamais déployé contre aucun des gouvernements de droite » ; l'UGT prétendait aussi que la centrale syndicale de Marcelino Camacho « manquait de disposition à la négociation » et « délaissait les intérêts des travailleurs à cause de [son/ sectarisme antisocialiste ».

L'Accord économique et social était ainsi une pièce-maîtresse de la stratégie de l'UGT : l'exclusion de facto des CCOO des négociations collectives devait l'y aider (3). Mais deux événements allaient contrecarrer

D'abord, le succès considérable, dans les circonstances de l'époque, de la grève générale appelée par les CCOO, le 20 juin 1985. Il faut rappeler que cette grève a eu lieu au plus fort de l'activité du mouvement contre l'intégration de l'Etat espagnol dans le Traité de l'Atlantique-Nord (OTAN). Le 20 juin s'inscrivait donc dans un climat social bien particulier — les illusions dans les changements promis par le PSOE étaient en train de s'estomper ; le desencanto (le désenchantement) et l'opposition à différents aspects de la politique du gouvernement allaient croissant.

Les raisons d'un divoree

Le résultat des élections syndicales de 1986 a constitué un autre événement important. Si l'UGT gardait sa position dominante, avec trois points de plus que les CCOO, l'écroulement tant annoncé de ces dernières n'avait pas lieu. De plus, le succès remporté par l'UGT était entaché, d'une part, par les nombreuses fraudes signalées dans les petites entreprises — d'autres irrégularités avaient été dénoncées sans preuves —, et, de l'autre, par le fait que, dans les moyennes et grandes entreprises, les CCOO restaient en

En 1982, l'UGT avait obtenu 37,74 % des délégués du personnel et les CCOO 33,3 %. En 1986, les pourcentages respectifs étaient de 40,92 % et de 34,49 %. En 1990, enfin, ils étaient de 41,62 % et 36,98 % (4).

A partir de 1987, le changement majeur avaient 70 % des délégués en 1982 et plus de 78 % en 1990. Cela se fait au détriment d'autres syndicats ou "groupes de travailleurs". Ces derniers ont eu un poids relativement important en 1982 et dans les années qui ont suivi.

L'hégémonie de l'UGT et des CCOO dans l'ensemble de l'Etat espagnol, se fissure en Euskadi et en Galice.

Dans la communauté basque, le syndicat proche du Parti nationaliste basque (PNV), ELA-STV, s'affime comme le premier syndicat ; avec les élus de LAB (proches de l'organisation nationaliste révolutionnaire Herri Batasuna), il contrôle la majorité des délégués du personnel.

En Galice, 'INT-CIG (proche du Bloc galicien nationaliste) enregistre un progression notable en 1990 — il contrôle 23,9 % des délégués galiciens.

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du paysage syndical a été constitué par la rupture intervenue entre le PSOE et l'UGT — cette dernière adoptant dès lors une ligne d'opposition à la politique gouvernementale et mettant sa tactique d'affrontement syndical en sourdine, au profit de l'unité d'action. Ce changement d'attitude s'explique en grande partie par les résultats des élections syndicales de 1986, mais aussi par le changement de cycle économique qui s'est produit à partir de 1986.

Cette année-là, commençait une période de forte expansion économique qui allait se prolonger jusqu'en 1991. Mais ce changement de conjoncture économique n'allait avoir aucune conséquence sur la politique du gouvernement ; bien au contraire, les penchants monétaristes et néolibéraux des socialistes s'étaient encore plus accentués et leur politique devenait de plus en plus anti-

La pression sur les salariés ne cessait pas ; les travailleurs étaient accusés d'être la principale cause de l'inflation ; la précarisation de l'emploi s'est généralisée et les dépenses sociales de l'Etat se sont réduites. Le chômage, même s'il avait diminué, atteignait des chiffres record.

La récente période de relative prospérité économique, qui avait encouragé des processus scandaleux d'enrichissement rapide, s'accompagnait d'une hausse des inégalités sociales qui étaient encore plus importantes qu'auparavant.

Les pressions en faveur d'un virage social, exercées par les syndicats sur le gouvernement, étaient catégoriquement rejetées.

Voilà essentiellement ce qui explique le parcours historique de l'UGT et sa rupture, après des années d'étroites relations, avec le PSOE.

La rue reprend ses droits

C'est ainsi qu'on est arrivé à la grève générale du 14 décembre 1988 (5), qui, malgré toutes ses limites, a constitué le moment culminant de l'affrontement entre les syndicats et le gouvernement.

Cette société qui n'avait plus l'habitude, depuis le début de la transition, de défier le pouvoir - à l'exception de la parenthèse constituée par le mouvement anti-OTAN — a été profondément ébranlée par la grève générale du 14 décembre. En même temps, les espoirs limités qui subsistaient encore quant à la possibilité d'une transformation sociale, même limitée, de la politique du gouvernement se sont évanouis ; pour la première fois, la perspective de mettre sur pied un mouvement social se battant pour des réformes et exerçant une pression décisive et permanente sur le pouvoir politique était envisagée.

Dans ce contexte, les syndicats apparaissaient comme un instrument incontournable. Ils étaient les seules organisations capables d'impulser un tel mouvement et d'articuler les différentes énergies sociales existantes.

Une telle entreprise nécessitait de préserver le développement d'une culture sociale de contestation du pouvoir en place, et d'une certaine prise de distance vis-à-vis de la délégation de pouvoir dans les institutions représentatives au profit de l'action dans la société civile organisée et de la mobilisation.

Comme on l'a vite constaté, les syndicats, et surtout leurs directions, n'étaient pas préparés à cette tâche.

De la revendication d'un

"virage social" et de la lutte pour y contraindre le gouvernement, les syndicats sont vite passés à l'obsession de la gestion des résultats de la grève générale. Un an et demi s'est écoulé avant qu'ils ne parviennent à arracher certaines concessions qui se sont avérées être des coquilles vides — comme la négociation sur les salaires des fonctionnaires — ou de courte durée (6).

Entre temps, le gouvernement socialiste avait gagné assez de temps pour reprendre l'initiative. En s'appuyant sur les exigences du Traité de Maastricht (7), Felipe Gonzalez a rapidement remis sur le tapis ses objectifs antisociaux précédents, revus et aggravés.

La grève générale d'une demi-journée organisée le 28 mai 1992 (8), contre les nouvelles mesures gouvernementales, avait peu de continuité avec celle de 1988 ; par contre, elle était révélatrice de l'attitude des syndicats. Après l'affrontement et le défi, les confédérations ont vite rendu les armes, se limitant à atténuer les aspects les plus brutaux des mesures gouvernementales, mais en acceptant la logique qui les guidait. Aujourd'hui, les allusions à l'ouverture d'un possible processus de concertation sociale se multiplient.

Grandeur et misère de l'action syndicale

Un coup d'œil rapide sur la décennie de gestion socialiste, sans prétendre faire un bilan exhaustif, peut contribuer à préciser les avancées et les reculs des syndicats, leur rôle dans la société, ainsi que leurs liens avec le pouvoir politique.

Dans le domaine des avancées de cette

Felipe Gonzalez lors de sa campagne électorale de 1982 :

le temps des promesses (DR). période, il faut rappeler qu'on est passé d'une situation de confrontation entre les deux syndicats majoritaires à une attitude différente, bien plus positive, de collaboration et d'unité d'action. Cette nouvelle situation s'accompagne cependant d'une plus grande concentration du pouvoir de décision entre les mains des directions confédérales, au détriment de la participation de la base — cela n'est pas le fruit de l'unité, mais du penchant autoritaire de ces directions.

Il faut aussi souligner que les rapports de dépendance des confédérations par rapport aux "partis frères" ont été dépassés, et que le cadre autonome de l'action syndicale est désormais un acquis — même si cet acquis n'est pas forcément définitif, le changement intervenu dans ce domaine est substantiel.

Par ailleurs, la décennie écoulée ne s'est pas soldée par une véritable perte du pouvoir

5) Voir Inprecor n° 279 du 9 janvier 1989.

6) 2 000 représentants syndicaux des CCOO, proches de la gauche syndicale, avaient alors signé un manifeste qui signalait les risques d'une érosion du potentiel né du 14 décembre 1988, à cause de la façon dont étaient menées les négociationss, qui faisait systématiquement fi du processus de mobilisation sociale.

7) Voir Inprecor n° 348 et 352 des 13 mars et 8 mai 1992.

8) Voir Inprecor n° 354 du 5 juin 1992.

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= ETAT ESPAGNOL

Résultats des élections syndicales (en nombre de délégués) 1982

UGT 51 672

CCOO 47 016

ELA-STV ( 4 642

INTG-CIG 1 651

AUTRES 18 765

GROUPES TRAVAILLEURS 17 024

TOTAL 140 760 d'achat des travailleurs — les salaires sont négociés lors de conventions collectives — grâce à l'amélioration des salaires réels enregistrée depuis 1987. Mais les emplois précaires ne profitent pas de cette amélioration, comme le montre la réduction de plus de 5 % du salaire minimum réel - les chômeurs connaissent une situation bien plus grave.

En ce qui concerne leurs rapports avec les mouvements et les questions sociales en général, les syndicats, et surtout les CCOO, ont commencé à intervenir sur des problèmes comme celui de la défense des droits des femmes ou de l'environnement.

Pertes et profits

L'affirmation de l'espace syndical et le relatif renforcement des confédérations, au moins en nombre d'adhérents, constituent un autre acquis de ces dix années, surtout si l'on prend en compte la pression qui a existé, notamment en 1988 et en 1989, contre le syndicalisme et les attaques lancées contre les centrales ouvrières.

En effet, si on analyse le nombre d'adhérents des CCOO, on note une augmentation de 34 % entre 1982 et 1990. Mais

1986 1990 66 411 99 737 56 065 87 730 5 372 7 488 1 062 3 527 22 393 16 903 10 833 8 407 162 298 237 261 cette croissance intervient essentiellement dans la période allant de 1988 à 1990 -l'influence de la grève générale de 1988 est, à ce niveau-là, évidente. En même temps, l'analyse sectorielle de l'implantation syndicale des CCOO met en évidence une série de problèmes importants.

Le nombre des adhérents des CCOO augmente de 100 % dans le secteur des services — en valeur absolue, le nombre de ses membres a été multiplié par trois dans les services et par sept dans le secteur public. Il faut rappeler la faiblesse initiale des CCOO dans ces secteurs. Mais, ce qui est plus significatif, dans le secteur secondaire (industrie et construction) le nombre des adhérents des CCOO est presque stagnant.

Même si l'évolution de la population salariée enregistre une croissance relative du secteur des services et une chute, tout aussi relative, du secteur secondaire, celui-ci s'accroît de plus de 10 % en valeur absolue. L'harmonisation progressive de l'affiliation aux CCOO et des rythmes de la distribution sectorielle de la population salariée est autant le produit de progrès réels réalisés par ce syndicat dans les services, que de l'affaiblissement relatif du secteur de l'industrie et de la construction.

Le premier fait s'explique sûrement par la croissance de l'emploi fixe de gens relativement jeunes dans certains services, par les nouvelles pratiques de représentation syndicale et par le recul des négociations dans la fonction publique. La stagnation dans l'industrie et la construction est attribuable, au moins partiellement, à la disparition d'une partie de la grande industrie en faveur de la petite et moyenne industrie, et surtout à la prolifération de l'emploi précaire — les syndicats ont de graves problèmes pour intervenir et recruter dans ces milieux.

Il faut ajouter — au moins dans le cas des CCOO — que, tout au long de cette décennie, l'affiliation syndicale est devenue de plus en plus passive, et le fonctionnement du syndicat plus bureaucratique.

De la même manière, il faut savoir que les syndicats, et notamment l'UGT et les CCOO, ont subi une évolution qui a renforcé leur dépendance financière par rapport aux revenus dérivés des administrations publiques — de nombreux observateurs soulignent que ce facteur va à l'encontre d'un affrontement soutenu avec le pouvoir poli-

Quant aux reculs enregistrés durant cette décennie, il faut souligner l'incapacité actuelle des syndicats à freiner la tendance au poids de plus en plus important des profits patronaux dans le produit intérieur but (PIB) au détriment des salaires — en 1982, les salaires constituaient 51,3 % du PIB et les profits 44,4 % ; en 1991, ces pourcentages sont respectivement passés à 45,9 % et à 46,1 %. Les syndicats ont aussi été incapables de stopper la généralisation vertigineuse de la précarisation de l'emploi (9) -l'UGT ayant accepté à l'époque la législation de la précarisation.

Mais l'échec le plus cuisant des centrales syndicales et qui, d'une certaine façon, résume tous les autres, réside précisément dans leur incapacité à contraindre le gouvernement à infléchir réellement sa politique. Cela s'explique surtout par le fait que les syndicats ne font preuve d'aucune persévérance dans leur objectif proclamé de vouloir faire céder les autorités.

On peut craindre que cette attitude ne présage, dans les années à venir, du rôle des syndicats dans la société. *

Madrid, octobre 1992

9) Selon les statistiques de l'emploi du ministère du Travail, 94,6 % des contrats enregistrés en 1991 répondaient à diverses modalités d'emploi précaire. On enregistre des pourcentages similaires tous les ans depuis 1988.

Eurostat, en 1989, plaçait l'Etat espagnol en tête de la précarité de l'emploi parmi les pays de la CE — 30 % d'emplois temporaires et 70 % d'emplois fixes. Le Portugal arrivait tout de suite après, avec 13% et 81 % — dans les autres pays le pourcentage d'emplosi précaires ne dépassait pas 10% (sauf l'Irlande avec 12 % : l'Italie avec 11 % et la Grèce avec 10 %).

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