situé dans le Nord de l'Inde, des dizaines de milliers d'extrémistes hindous ont
Jusqu'à ce jour, les violences provoquées par ces événements à travers le pays dirigeants de cette organisation. Rao a aussi promis de reconstruire la mosquée et interdit certaines organisations communalistes hindoues, mais ses mains sont, çait à peine à se déployer sur les lieux : seul le contingent pakistanais de 500 hommes était arrivé au moment où Bush a décidé d'intervenir. Les Etats africains ont demandé, en vain bien sûr, que les troupes nord-américaines — dont ils savaient ne pouvoir empêcher l'intervention (seules les cinq grandes puissances, membres permanents du Conseil de sécurité, y disposent d'un droit de véto) - soient mises sous commandement de l'ONU. Les Etats-Unis font la quête
Signalons enfin que la quête pour les frais du gendarme a commencé. Comme pour la guerre du Golfe, le Japon et l'Arabie saoudite ont été les premiers appelés à passer à la caisse. A l'heure du bilan, on s'apercevra que les frais de l'intervention nord-américaine auront excédé le montant de l'aide alimentaire apportée aux Somaliens par tous les gouvernements de la planète.
Outre ces dernières considérations économiques, qui font que l'intervention sous commandement de l'ONU de troupes de pays du tiers monde non impliqués dans le conflit somalien aurait été beaucoup moins onéreuse, sinon plus "désintéressée" ; outre le fait que la force des 3 500 hommes déjà prévue par l'ONU aurait peut-être suffi à assurer la distribution des vivres ; il reste la question de savoir si cette intervention ne fera pas plus de victimes qu'elle ne sauvera de vies !
En effet, contrairement à la disposition des forces dans le Golfe qui permettait de massacrer les troupes irakiennes et de détruire l'infrastructure du pays sans massacre direct de civils, les miliciens somaliens agissent au milieu de la population et dans des concentrations urbaines. Dans de telles conditions, les engins de mort manipulés par les soldats nord-américains risquent de faire de gros dégâts et de lourdes "bavures" à en juger par le bilan de leur intervention au Panama. Les nombreuses voix qui, au sein des organisations humanitaires, ont exprimé cette inquiètude sont étouffées ou réprimées, à l'instar de la Somalienne, Rakiya Omaar, congédiée pour cette raison par l'organisation nord-américaine Africa Watch, dont elle avait été la directrice.
En ces temps de grande mystification, il est à nouveau nécessaire de rappeler que l'armée des Etats-Unis n'est pas l'Armée du salut. *
9 décembre 1992
INDE
La tragédie d'Ayodhya
Le 6 décembre 1992, dans la ville d'Ayodhya dans l'Etat d'Uttar Pradesh, détruit la mosquée datant du XVIe siècle — ils prétendent qu'elle serait construite sur les ruines d'un temple commémorant le "lieu de naissance" du mythique seigneur Rama.
ont entraîné la mort de 500 personnes, pour la plupart des musulmans.
Le gouvernement du Parti du congrès-l et du Premier ministre, Narasimba
Rao, a limogé le gouvernement de l'Etat d'Uttar Pradesh, issu du parti d'extrême droite hindoue Bharatiya Janata Party (BJP), et a arrêté des en l'occurrence, loin d'être propres.
Raghu KRISHNAN
UNE FOIS arrivé au pouvoir dans l'Uttar Pradesh et dans trois autres Etats du
Nord, lors des élections de
1991, où il était devenu la principale force d'opposition au Lok Sabha (le Parlement national), la direction du BJP avait mis un bémol à son profil intégriste hindou, pour paraître un candidat
"respectable" au pouvoir central.
Mais, confronté à une popularité déclinante dans ses gouvernements d'Etats, à des divisions internes et au danger que les très extrémistes hindous Vishwa Hindu Parishad
(VHP) et Rashtriya Swayam Sevak Sangh
(RSS) ne poussent sa propre base plus à droite, le BJP a rejoint ses alliés extrémistes hindous et a adopté leur posture belliqueuse à Ayodhya.
Fin octobre 1992 — lors du troisième round des négociations prolongées sur la question, sous les auspices du gouvernement — le VHP a déclaré que le 6 décembre 1992 serait un kar seva, c'est-àdire un rassemblement de milliers de ses cadres sur le site de la mosquée.
Une semaine plus tard, les négociations ont été rompues, et on a conseillé à ceux qui espéraient un dénouement pacifique du conflit de s'en remettre aux tentatives du
Congrès pour apaiser les extrémistes hindous et à la Cour suprême.
Pendant ce temps, le VHP et le RSS fascisant menaient campagne pour assurer une participation importante au kar seva d'Ayodhya — ils attendaient la participation d'un million de leurs partisans.
Ce conflit a eu un rôle éminemment politique et social dans la période récente, pour le BJP comme pour le Parti du congrès et leurs bases sociales majoritairement riches et issues des hautes castes.
A l'automne 1990, le BJP avait fait une entrée triomphale sur la scène politique avec une mobilisation nationale pour collecter des briques pour la construction d'un nouveau temple à Ayodhya. Plusieurs centaines de musulmans avaient déjà été tués lors des violences qui ont accompagné cette cam-
• .1
= INDE
AFGH.
New PAKISTAN Delhi Jaipure Bomba INDIA
Anaowar
Ser pagne. Cette dernière était une réponse claire à la décision, deux mois plus tôt, du gouvernement du Janata Dal, du Premier ministre V.P. Singh, d'appliquer les recommandations du rapport Mandal — qui prescrivait un système de quotas pour certaines zones de locations publiques, réservées à la population de basse caste dans les endroits où une telle législation n'existe pas encore.
Les hautes castes contre-attaquent
Cette loi a provoqué un tollé parmi les castes hindoues de rang élevé et intermédiaire. Le BJP et le Congrès ont déclenché une violente agitation anti-Mandal, menée par des étudiants de haute caste qui craignaient que la loi n'aggrave leurs problèmes d'emploi.
Le BJP avait calculé qu'une campagne autour de la question d'Ayodhya — qui avait jusqu'alors trouvé un soutien limité — prolongerait l'agitation anti-Mandal sur un autre front, galvanisant les hindous contre les musulmans sous la direction des hautes castes, redorant le blason politique du BJP et noyant les espoirs d'auto-organisation des basses castes dans la fondrière du communa-
A la grande satisfaction du Congrès, l'agitation anti-Mandal et Ayodhya ont rapidement fait tomber le gouvernement du Janata Dal, et déféré la loi Mandal devant la Cour suprême (1).
Le Congrès a fait tout son possible pour éviter d'irriter le BJP et ses partisans. D'une part, son état de crise interne prolongée approfondie par l'assassinat de Rajiv Gan-
CHINA NEPAL
BHUTAN Z 15 Congrès Ayodha BANGLADESH SRI LANKA
Congrès a montré qu'il ne répugnait pas trop à jouer aussi cette carte-là (2).
mique voisin, l'assaut d'Ayodhya a accordé un bol d'air inespéré au gouvernement contesté du Premier ministre Nawaz Sharif, qui était confronté à une vague de protestation dirigée par le Parti populaire du Pakistan de l'ancienne Premier ministre Benazir
Bhutto.
« journée de deuil et de protestation », le 8 décembre, qui a été marquée par des attaques violentes dirigées contre la minorité hindoue du pays. Il y a eu des scènes similaires au Bangladesh.
Le spectre de l'Etat d'urgence d'habitude pour les récents événements néolibéral du gouvernement ne soit remis en indien - est pressé de venir à bout de sa crise chronique de domination.
liste hindou comme force politique importante, avec le développement de la cupidité, de la corruption et du gangstérisme qui ont frappé l'Inde pendant la période de "modernisation" de la décennie écoulée — et avec la répression qui a répondu à la multiplication des protestations de la classe ouvrière contre les réformes — il y a une menace réelle d'instauration d'un régime civil autoritaire comme celui de l'état d'urgence des dhi, en mai 1991 - l'a rendu très vulnérable au cours offensif du BJP, et il a déjà perdu trois Etats clefs au profit de ce dernier. D'autre part, alors qu'il se plonge dans les eaux turbulentes de la libéralisation économique, le veut utiliser l'autoritarisme politique du
BJP, son libéralisme économique et social basé sur les nouveaux riches des villes et des campagnes afin d'en tirer le maximum de profit. Tout en prenant ses distances vis-à-vis des tendances les plus fanatiquement anti-musulmanes du BJP — de peur de s'aliéner le soutien des élites musulmanes nationales et de compromettre les relations de l'Inde avec le monde musulman — le
Pendant ce temps, dans le Pakistan isla-
Sharif n'a pas tardé à appeler à une
L'Occident a montré plus d'intérêt que principalement de peur que le programme
Le Parti du congrès — le seul parti pan-
Avec l'émergence d'un parti communaannées 1975-77. A cette époque, le Premier ministre Indira Gandhi — invoquant une prétendue menace de l'extrême droite hindoue — avait décrété les lois d'urgence et appliqué une répression dirigée essentiellement contre les syndicats et la gauche.
Etat d'urgence ou pas, le glissement autoritaire de la politique indienne se poursuit inexorablement. *
8 décembre 1992
1) Le 16 novembre 1992, la Cour suprême a rendu son verdict sur le rapport Mandal, soutenant largement la loi de 1990. Cette décision a été suivie de protestations violentes dans tout le Nord du pays. The Hindu International Edition, 28 novembre 1992.
2) Le BJP a déclenché une campagne agressive pour l'expulsion des travailleurs immigrés du Bangladesh, surtout les musulmans. Pour ne pas être en reste, le gouvernement central du Congrès a envoyé l'armée dans un bas-quartier de New Dheli, en plein milieu de la nuit, où elle a raflé 132 musulmans dans un camions et les a expulsés au Bangladesh. Quand il a été plus tard découvert qu'il s'agissait de résidents légaux en Inde, venus du Pakistan, leur retour a été autorisé. "Operation Pushback", Economic and Political Weekly, 7 novembre 1992
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