s'arrangent plutôt du "divorce" et font feu de tout bois pour en faire porter la
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Comme dans l'ancienne Yougoslavie, les nouvelles élites des républiques tehèque et slovaque espèrent tirer profit de la séparation en douceur, prévue pour le 31 décembre 1992. Les dirigeants de la riche République tchèque responsabilité aux Slovaques. Adam NOVAK
DEPUIS les élections de juin 1992, Lidove Noviny, qui était autrefois un journal dissident et qui est toujours considéré comme proche de l'ancien président de la Tchécoslovaquie, Vaclav Havel, a lancé une campagne présentant les Slovaques comme des gens primitifs, balkaniques, "bigots", communistes et paresseux.
L'économie slovaque avait été orientée par les staliniens vers la production de biens primaires et semi-finis pour les usines tchèques. Les commandes passées par l'Allemagne ou l'Autriche dépendent des livraisons bon marché de produits pétro-chimiques, d'acier, et d'aluminium de Slovaquie, ainsi que de la main-d'œuvre slovaque.
Les réformes économiques (1) ont provoqué un taux de chômage de 6 % dans la République tchèque, et de plus de 13 % en Slovaquie et les modestes investissements étrangers se concentrent surtout dans la République tchèque.
Voilà pourquoi de nombreux Slovaques ont commencé à penser qu'une décentralisation de la fédération et une politique économique plus interventionniste les favoriseraient (2). Le Mouvement pour une Slovaquie démocratique (HZDS, nationaliste de gauche) de Vladimir Meciar a remporté les élections, en juin 1992, sur un programme de ce genre.
La droite tchèque a restreint le choix sur l'avenir de la Tchécoslovaquie au maintien de l'actuelle fédération ou à la séparation pure et simple. Lorsque le Premier ministre tchèque Vaclav Klaus a compris que les puissances occidentales blâmeraient les Slo-
TCHECOSLOVAQUIE vaques pour toute éventuelle séparation, il a commencé à parler ouvertement d'un Etat tchèque indépendant et à lancer des appels à l'unité nationale tchèque. Il est parvenu à paralyser le Conseil national tchèque (le Parlement) en prétendant que toutes les décisions importantes devaient être négociées entre sa formation, le Parti démocratique civique (ODS), et le HZDS.
Les intérêts nationaux tchèques sont désormais définis par Klaus à travers une série de mesures politiques néolibérales prétendument destinées à contenir le "gauchisme" slovaque.
Toute opposition à Klaus est présentée comme anti-tchèque, communiste et anarchiste. A la mi-novembre 1992, le vote de l'Assemblée fédérale visant à transformer la fédération en une vague union plutôt que de la détruire a été présenté par Klaus comme « une tentative de semer la confusion » — il n'a d'ailleurs aucune intention de respecter le Parlement fédéral qu'il juge incapable.
La droite est convaincue que, sans la Slovaquie, la République tchèque serait plus rapidement intégrée dans l'Europe de l'Ouest. Comme le disait l'hebdomadaire tchèque Respekt après les élections : « Seuls en Europe ou ensemble dans les Balkans ». Klaus répète après chacune de ses visites à l'étranger : « L'Allemagne nous comprend. » Les hommes d'affaires occidentaux espèrent que la République tchèque tirera bénéfice de cette scission, à cause de la petite taille de son économie il leur sera plus facile de
Vrata Votava, député du Parlement tchèque et sympathisant de la la IVe Internationale, a ainsi résumé la situation : « Le nouveau gouvernement de la République tchèque est composé surtout de politiciens qui portent des responsabilités directes dans l'aggravation de la situation économique, politique et sociale, et dans le déclin moral de la société au cours de ces deux dernières années. Selon eux, le lion tchèque doit montrer ses dents menaçantes à l'Est sur le fleuve Morava, tout en faisant le dos rond et des boniments l'Ouest. »
L'intolérance est en train de tourner en violence avec des manifestations fascistes qui ont l'approbation tacite de la foule à cause des mots d'ordre contre les Tziganes, et des pogroms occasionnels.
La chasse aux Tziganes
En laissant entendre que 100 000 "Roms" (Tziganes) slovaques allaient affluer dans la République tchèque, la droite tchèque popularise l'idée d'une séparation des nationalités et de la construction de frontières physiques et gardées.
Alors que la plupart des 300 000 "Roms" tchèques sont recensés comme slovaques (3), la nouvelle législation qui prétend refuser le permis de travail aux Slovaques dans les territoires tchèques constitue, en fait, une mesure de déportation d'une minorité nationale, entraînant la séparation des familles et encourageant le racisme ouvert. Des pétitions circulent déjà dans certains centres industriels, comme Most (à Brücke), demandant l'internement des "Roms" dans des camps spéciaux ou leur assignation à résidence dans certains faubourgs. Il est même question de réintroduire une vieille législation autrichienne qui permettait l'enfermement des petits criminels dans leur district de résidence pour un certain temps, la mise aux travaux forcés, etc.
Le Parlement est incapable de traiter de tels problèmes. La plupart des députés n'ont pas réagi lorsque le député du Parti paysan, Frantisek Kondelik, a menacé un journaliste avec un couteau en novembre 1992 — Kondelik et un groupe d'élus ivres avaient été vus en train de chanter Seig Heil ! dans la cafétéria du Parlement.
Le dirigeant communiste tchèque Jiri Svoboda a été victime d'une tentative d'assassinat, le 5 décembre 1992. Son agresseur a sans doute été encouragé par la campagne de presse menée contre Svoboda.
Jiri Hanak journaliste à Lidove Noviny, a protesté contre ces attaques. Selon l'hebdomadaire gouvernemental Respekt, « Personne n'a le courage de risquer les campagnes de calomnies qui suivent toute activité politique [de gauche] de nos jours. Et cette nouvelle peur d'un conflit avec les "gardiens de l'ordre" est ici plus dangereuse pour la droite que tous les discours d'Ivan Svitak ou de Milos Zeman ensemble [des dirigeants de gauche]. »
Prague, 11 décembre 1992
1) Voir Inprecor n° 349 du 27 mars 1992.
2) Voir Inprecor n° 355 du 19 juin 1992.
3) La population de la République tchèque (10 millions d'habitants) se divise ainsi : 9,5 millions de Tchèques - dont 1,5 millions de Moraves et 45 000 Silésiens ; 300 000 "Roms" : 100 000 Slovaques ; 40 000 Polonais et 60 000 immigrés.