Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

Entre sionisme et féminisme

· Inprecor n° 365, 18 décembre 1992 · p. 24-27 · 3 907 mots

Palestine et Israël Femmes

Dans l'Etat d'Israël, on a assisté à une convergence entre les mouvements intégristes et extrémistes et les courants laïques et nationalistes. Ce rapprochement entre des courants apparemment contradictoires s'est réalisé sur le dos des femmes, qui sont parmi les premières victimes de l'amalgame fait entre la religion et un Etat en quête de légitimité.

Tikva HONIG-PARVAS *

LES MOUVEMENTS intégristes qui se sont développés durant ces deux dernières décennies ont un dénominateur commun : ce sont des mouvements politiques qui s'efforcent d'imposer, par des moyens politiques, leur version de la religion à l'Etat et à la société et, par ce biais, aux mouvements politiques. Ils prétendent que leur interprétation de la religion est la seule valable, et ils font la guerre non seulement aux autres interprétations, mais aussi à tous les systèmes pluralistes de pensée, surtout à l'idéologie laïque qui prône la séparation de la religion et de l'Etat — ennemi juré de l'intégrisme. Cet intégrisme nie aussi la légitimité de tous les autres courants, surtout les nationalistes. En outre, l'intégrisme s'efforce d'enlever toute légitimité à l'Etat en tant qu'entité souveraine et qu'institution hiérarchique séparée de la religion organisée (1).

Mais dans l'Etat d'Israël, depuis l'occupation de 1967, on a assisté au processus inverse ; il y a eu convergence entre les mouvements intégristes et les mouvements extrémistes, laïcisants et nationalistes.

Cette rencontre a été rendue possible par des événements bien antérieurs, datant de la reddition du sionisme à la religion — et, plus tard, de celle de l'Etat d'Israël à la religion.

Cette situation a eu des conséquences particulièrement importantes sur les droits des femmes dans le domaine de la procréation - beaucoup plus en Israël que dans d'autres Etats-nations modernes occidenlaux.

En réalité, l'intégrisme en tant que religion politique s'efforçant de revenir sur le devant de la scène et de prendre la direction de la sphère politique, a connu un développement tardif au sein des courants orthodoxes du judaïsme, ne devenant une force sociale et politique significative que dans la foulée de l'occupation israélienne de 1967.

Une étrange convergence

Avant 1967, l'intégrisme était un courant faible qui s'opposait au mouvement sioniste et qui voyait l'Etat d'Israël comme une entrave à l'instauration du "troisième temple". Lors de l'occupation de 1967, ce ne sont pas les partisans de ce courant qui ont été à l'initiative du renouveau de l'intégrisme en Israël.

L'intégrisme a fleuri justement parmi les orthodoxes qui collaboraient avec le sionisme : le B'nai Akiva, un mouvement de jeunesse, et le Rav Kook Yeshiva — héritiers de la tradition religieuse sioniste, élevés dans le mythe de la colonisation, et qui s'étaient alliés au mouvement ouvrier sioniste durant trois générations avaient fondé un mouvement de colonisation des territoires occupés, le Goush Emounim. Ils sont alors devenus plus extrémistes que leurs aînés en matière de religion et ils se sont battus pour le pouvoir politique. Le Goush Emounim combinait intégrisme religieux et sionisme laïque, et il a créé une force politique disposant de beaucoup de ressources (2).

De l'autre côté, un parti extrémiste, nationaliste et jadis laïcisant, le T'hiya, a

Trol commencé à mettre en avant les symboles religieux et l'orientation religieuse, parvenant à harmoniser ce qui, de toute apparence, semblait contradictoire : le nationalisme politique extrême et l'intégrisme.

La convergence de l'intégrisme juif et du nationalisme extrémiste israélien laïque au sein du mouvement Goush Emounim et du parti T'hiya — qui avait donné aussi naissance au terrorisme juif clandestin — s'est mélangée en plus à des valeurs religieuses et nationalistes, comme celle de Jérusalem, de la Terre d'Israël — au lieu de l'Etat d'Israël — et de la "rédemption de la terre" en tant que "rédemption de la nation". Ces valeurs et ces symboles sont propres au sionisme laïcisant depuis ses débuts.

«Qui est juif ? »

En réalité, les prémisses de cette convergence sont apparues dès les débuts du mouvement sioniste, et dans la façon dont celuici justifiait ses objectifs, incorporés à l'idéologie de l'Etat juif, qui était le produit de ce mouvement.

Depuis le début, le processus de laïcisation n'a affecté ni les fondations de l'Etat d'Israël ni celles de la société ; le concept de

• Cet article ne traite pas des implications de la nature sioniste de l'Etat d'Israël sur les femmes palestiniennes, ni des divisions fondamentales existant dans la société israélienne - entre ses habitants d'origine européenne et les Orientaux, par exemple.

1) Dan Zax, "Fundamentalism : The new totalitarism", Politica, 1991.

2) Azmi Bishara, Thoughts on the Tension between Religion and Politics in the Middle East Context", Theory and Criticism, 1991.

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nation n'a pas été défini de façon séparée par rapport à la religion juive. Ainsi, la collectivité que l'Etat d'Israël est supposé servir et dont il doit défendre les intérêts n'est pas du tout celle des citoyens d'un Etat, mais plutôt celle de la nation juive, définie d'un point de vue religieux, et de ses membres partout dans le monde.

A la question : « Qui est juif? », les religieux orthodoxes avaient répondu en déclarant qu'il s'agissait autant du fils d'une mère juive que de celui qui se serait convenablement converti au judaïsme — c'est-à-dire selon la loi orthodoxe juive.

Ainsi, les juifs, grâce à la Loi du retour, obtiennent automatiquement la nationalité israélienne avec tous les droits et les privilèges refusés aux non-juifs, notamment aux citoyens palestiniens - dont les épouses étrangères, par exemple, n'ont ni le droit automatique à la résidence permanente ni à la citoyenneté (3).

La "terre sacrée"

A ses débuts, le sionisme — qui n'était qu'une des options en présence en réponse aux déplacements et aux persécutions subies par les juifs depuis le début du capitalisme et du nationalisme en Europe, et qui n'était pas alors majoritaire — constituait, en réalité, la tentative d'un movement "laicisant" pour redéfinir le judaïsme dans des termes plus nationaux que religieux.

Son objectif était d'amener les juifs en Palestine — qui était, selon leur religion, l'endroit d'où ils avaient été exilés et qui leur avait été "promis par Dieu" — et, lorsque les conditions politiques le permettraient, d'y établir un Etat-nation juif, où, dans l'idéal, tous les juifs pourraient finalement se fixer.

C'est ainsi qu'a commencé le mouvement d'immigration coloniale des juifs immigrant en Palestine, où vivait déjà un autre peuple — les Arabes palestiniens, chassés de leur terre par différents moyens et soumis à la loi du peuple colonisateur.

Le sionisme représentait sans doute une tentative pour établir une nation laïque dans un Etat laïque ou, comme on pouvait l'entendre à l'époque, « un Etat où les juifs seraient une "nation normale" ». Les dirigeants du movement sioniste — et, ensuite, les dirigeants de l'Etat, surtout les sionistessocialistes - qui étaient laïques à tous les niveaux, croyaient sans doute profondément qu'une personne pouvait être juive de nationalité sans adhérer à la religion juive. Cette position était en contradiction avec la conception religieuse juive selon laquelle, dans le judaïsme, la religion et la nationalité sont inséparables.

Ainsi, selon l'interprétation religieuse, Sion était en réalité la terre de Canaa, promise au peuple juif. Mais Canaa avait été donnée au "peuple élu" pour qu'il mène sur cette "terre sacrée" une vie personnelle et communautaire exclusivement consacrée à Dieu. Voilà pourquoi Dieu ne rendrait la "terre sacrée" à la loi juive et ne rebâtirait le temple que lorsque tout le peuple juif y serait retourné pour y vivre de façon

En fait, au début, le projet sioniste de fonder un Etat indépendant et laique s'est heurté à une forte opposition de la direction religieuse qui était à la tête de la plupart des communautés juives. Cette opposition a continué presque jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'a commencé la coopération entre les organisations politiques que les orthodoxes avaient fondées pour disputer la direction aux sionistes, et le sionisme. Dès lors, l'instauration de l'Etat d'Israël était considérée comme une tentative de sauver les juifs, et, selon la loi religieuse, « sauver des vies remplace même le Sabbat ».

Cependant, les efforts du movement sioniste pour construire une nouvelle collectivité laïque nationale ne rompaient pas complètement avec 'orthodoxie juive ; au contraire, les mythes et symboles religieux faisaient partie des symboles centraux du

— dont le "commandement" cardinal du sionisme, 'immigration vers Israël. L'accent était mis sur le lien entre la terre de la Bible et la vie quotidienne dans la "vieille-nouvelle terre".

Malgré les efforts visant à conférer un sens historique, philosophique et mythique à la Bible, celle-ci est surtout restée un document religieux et, en tant que tel, elle a eu un impact sur la nature des aspirations politiques — même sur celles de la génération laïque majoritaire d'avant 1948 et sur l'Etat d'Israël (les principaux jours fériés de l'Etat d'Israël étaient et sont d'origine religieuse).

Un processus bien plus spécifique s'est développé dans l'Etat juif, contrairement à ce qui prévaut dans les sociétés modernes : « Tous les symboles civiques, et essentiellement l'identité de toute la collectivité, ont été mis au service de la religion; le sionisme lui-même est devenu une sorte de variante de la religion juive tout en incorporant des éléments civiques » (4).

La Bible au secours de Poccupation

Pourquoi le sionisme avait-il besoin d'une religion ? La seule terre vers laquelle on pouvait mobiliser une immigration collective importante de juifs pour l'établissement éventuel d'une nation-Etat était la terre biblique de "Sion" — c'est-à-dire, la Palestine. Mais, contrairement aux discours du mythe sioniste, cette terre n'était pas "vide".

Le sionisme avait donc besoin de la tradition juive pour justifier sa revendication de la Palestine en tant que foyer du peuple juif, malgré la présence de la population indigène palestinienne. Il en allait de même pour les juifs qui se prétendaient laïques, comme le movement ouvrier sioniste, même si, évidemment, ceux-ci ne parlaient pas de "terre

La légitimation religieuse était assumée par les groupes religieux-nationalistes — même à ses débuts, le sionisme avait eu besoin d'intégrer ces groupes pour en faire les médiateurs de l'entreprise de légitima-

Le movement sioniste avait aussi besoin de la reconnaissance et du soutien de larges franges des communautés juives orthodoxes, puisqu'il prétendait représenter tous les juifs du monde. De plus, à la suite de la grande vague d'immigration vers Israël en provenance du monde arabe, dans les années 50, la religion a constitué le seul dénominateur commun d'immigrés issus de différentes cultures et même de races différentes.

L'occupation de 1967, qui a soumis la majeure partie du peuple palestinien à l'ordre israélien, a rendu encore plus difficile la définition de l'identité collective d'Israël et aiguisé le problème de l'existence d'un Etat sioniste dans la région. Le recours à la religion, comme légitimation, s'est fait d'avantage sentir.

Les groupes de religieux sionistes naguère marginaux ont occupé une place centrale dans l'avant-garde des pionniers

3) The Right to Family Unity, Alternative Information Center, juin 1992.

4) B. Kimerling, "The suffocating connection of Zionism", Ha'aretz, 24 avril 1990.

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colonisateurs et combattants. Comme le souligne Baruch Kimerling : « Le colon coiffé de la kippah, une mitraillette à la main, est la représentation la plus fidèle du noyau dur de [leur] identité collective, que les Israéliens le veuillent ou non. On ne peut même pas dire que ce soit une distorsion du sionisme, c'est plutôt son expression logique poussée jusqu'à l'absurde » (5).

Ainsi, la place croissante prise par les sujets religieux dans le système éducatif et dans les médias d'Etat depuis que le Likoud a pris le pouvoir, en 1977, n'a suscité aucune opposition significative.

Les femmes dépositaires de (*esprit national"

Le pouvoir politique des partis religieux avant et après la création de l'Etat d'Israël explique pourquoi le contrôle de différents domaines de la vie sociale a été confié à 'establishment religieux et des lois religieuses introduites dans la législation d'Etat. Cette ingérence a des implications importantes sur le contrôle des femmes par les hommes ; il s'agit d'éviter que celles-ci ne franchissent les limites qui leur ont été assignées dans la sphère sexuelle et dans celle de la reproduction — la reproduction de la nature et le cadre de 'identité nationale collective "juive" de génération en génération.

Cette répartition des rôles se reflète dans l'adoption de la loi religieuse par l'Etat, selon laquelle c'est la religion de la mère qui détermine si un enfant peut être considéré comme juif, ainsi que les critères de 'immigration du "droit au retour" et 'attribution de la citoyenneté à

Ainsi, dans leur rôle de dépositaires légales et symboliques de l'identité nationale, les femmes juives, en Israël et ailleurs, sont obligées de participer activement à l'effort sioniste.

L'autre versant du rôle attribué aux femmes juives est lié au fait qu'elles sont les reproductrices biologiques de la collectivité nationale et de son groupe ethnique privilé-

La domination et le contrôle des femmes par 'establishment religieux en Israël sont maintenus par une législation favorisée par un accord appelé Status quo.

Ce compromis avait été proposé au parti religieux Agudat Israël par la direction sioniste, sous Ben Gourion, en 1947, cinq mois avant que les Nations-Unies approuvent la partition de la Palestine en deux Etats juif et palestinien ; elle est toujours en vigueur. Par cet accord, on promettait aux partis religieux que, dans l'Etat juif qui était sur le point d'être établi, le sabbat et les lois du Cashrut

(les lois du régime alimentaire juif) seraient renforcés.

Le mouvement siniste a aussi accepté que 'autorité de 'establishment juif orthodoxe soit prédominant en matière de législation dans le domaine des nissances, des mariages, des divorces et des enterrements.

En contrepartie, les dirigeants religieux ont accepté le leadership politique du mouvement siniste laque et l'ont reconnu en tant que représentant politique du peuple

Il est vrai que cet accord concédait à 'establishment religieux 'autorisation d'imposer, jusqu'à un certain point, l'adhésion à la loi religieuse à tous les juifs vivant en Israël — par exemple, le transport public est pratiquement inexistant pendant le sabbat dans le plupart des régions du pays ; l'acquisition de nourriture non-casher est tout aussi difficile, etc.

Mais, l'accord du Status quo doit être considéré essentiellement comme un marché passé entre les laïques et les ultra-orthodoxes sur le dos des femmes juives — dans le but de maintenir et de renforcer la domination masculine (un marché similaire a aussi été conclu entre les autorités de l'Etat et les dirigeants arabes religieux).

Les lois religieuses juives, comme celles des musulmans, excluent les femmes de la pleine participation à la vie publique, et, en même temps, les subordonnent à 'autorité des hommes dans la sphère privée. En conséquence, la législation religieuse, qui a été incorporée dans les lois d'Etat, se réfère à la sphère privée, notamment au statut de la femme au sein de la famille, son rôle de porteuse de l'identité nationale de la collectivité étant soigneusement préservé.

La loi de 1951 sur le mariage et le divorce donne aux juifs le droit de 'adresser aux tribunaux religieux ou civils concernant la garde des enfants, les pensions alimentaires et la répartition des propriétés communes après le divorce. Cependant, en matière de mariages et de divorces, les tribunaux rabbiniques gardent le monopole.

Ainsi, une femme juive ne peut obtenir le divorce sans le consentement de son mari, même s'il la frappe, s'il est emprisonné ou malade mental - ou encore même s'il est porté disparu sans preuves de décès.

Selon la loi juive, un homme n'est pas obligé de concéder le divorce à sa femme contre son gré

Les tribunaux religieux exercent aussi d'autres discriminations à l'encontre des femmes - il est strictement interdit à une femme mariée d'avoir des relations sexuelles avec tout autre homme que son mari et elle rique de sévères sanctions si elle contrevient à cette règle. Il lui est aussi interdit d'épouser son amant, et tout enfant né d'une union de ce genre est considéré comme un bâtard.

Un bâtard ne peut pas épouser une juive - sauf si elle est aussi bâtarde — ; il ne peut pas non plus épouser une non-juive en Israël, car il n'y a pas de dispositions pour les mariages mixtes ou civils en Israël. Par contre, les hommes ne sont pas concernés par ces interdictions. Un homme peut, tout en étant marié, avoir des relations avec une femme non mariée et reconnaître leurs enfants, qui, eux, ne sont pas considérés comme des bâtards.

Les rabbins font la loi

Dans la sphère publique, sous la loi religieuse (Halacha), les femmes ne pevent être ni rabbins ni juges dans les tribunaux religieux d'Etat — qui ont le monopole des affaires de mariage et de divorce ; elles ne sont pas habilitées à faire des dépositions devant de telles cours.

Les tentatives des tribunaux rabbiniques d'étendre leur contrôle sur la vie des femmes, en général, et sur leur comportement sexuel, en particulier, ne sont pas terminées.

En août 1992, le tribunal des rabbins de Haïfa a décidé qu'un couple qui vit en concubinage notoire ne peut se séparer qu'en accord avec la loi religieuse, même s'il n'y a pas eu de mariage.

Ce décret aura surtout des implications

5) Ibidem

6) Nira Yuval-Davis, "National Reproduction and the Demographic Race in Israël", Khamsin : Women in the Middle East. Zed Books, 1987.

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pour les femmes, à cause de la discrimination qu'elles subissent dans tout ce qui concerne la loi religieuse sur la famille.

L'intégration des lois religieuses dans la législation de l'Etat a renforcé l'oppression des femmes qui a ainsi acquis le statut de valeur sociale suprême faisant fi des droits de l'homme en général.

Droits de P'homme

Get droits des femmes

La déclaration d'Indépendance contient un appel à l'égalité entre les individus, quelle que soit leur race, leur religion ou leur sexe, mais il n'y a pas de Constitution soutenant ce principe, qui n'est pas garanti par les lois fondamentales, qui ont de facto un statut de Constitution — par contre, ces lois prévoient des discriminatoires par rapport aux citoyens arabes-palestiniens d' Israël, comme la "loi du retour", la loi sur la citoyenneté, la loi sur la Fédération sioniste et sur l'Agence juive.

Une proposition de loi fondamentale sur les droits de l'homme a été déposée récemment à la Knesset, mais elle était vidée de tout contenu car un de ses articles la conditionnait au respect des lois juives religieuses (Halacha) ou des lois fondamentales qui refusent l'égalité des droits aux Palestiniens citoyens d'Israël.

Il s'agit bien, au nom de la préservation de la nature juive et sioniste et de la préservation de l'Etat, de ne pas reconnaître les droits de l'homme, universellement reconnus, et donc de nier le droit des femmes à

La loi sur l'égalité des femmes, approuvée en 1951, était une loi ordinaire et, à l'instar de la déclaration d'Indépendance, a été interprétée par la Cour suprême comme n'ayant aucune valeur constitutionnelle. Il s'agit d'une déclaration d'intentions non contraignante. En 1987, elle a été reconnue comme un "principe fondamental" par la Cour suprême, mais elle est restée limitée et ne peut défendre le droit des femmes à l'égalité s'il y a contradiction avec le caractère religieux de l'Etat. Ainsi, elle garantit le droit des femmes à l'égalité devant la loi et donc leur droit à prendre part à des "égalité" exclut question du statut riage, divorce, prême israélienne a très facilement adopté le principe de la suprématie des lois religieuses en ce qui concerne la procréation, et elle a définitivement exclu le mariage et le divorce de la sphère d'application du droit à l'égalité légalement et constitutionnellement défini.

La Cour suprême est généralement restée passive et n'a pas utilisé les possibilités qui s' offraient à elle, en l'absence de Constitution écrite, pour contourner la suprématie du caractère religieux de l'Etat sur le droit à l'égalité des sexes.

Ainsi, la primauté du religieux intègre et renforce une conception patriarcale du rôle de la femme dans la famille, et donc de l'exclusion des femmes du domaine public, et leur subordination à l'autorité masculine dans le domaine privé (7).

La préservation de l'identité de la collectivité nationale revêt une telle importance pour les partis sionistes à la Knesset — y compris les partis laïques — que la plupart des tentatives de membres de la Knesset. depuis 1951, pour introduire une Charte des droits, ne s'est jamais doublée d'une insistance sur le droit des femmes à l'égalité en matière de mariage et de divorce.

Les féministes et le "consensus national"

La revendication d'un droit constitutionnel égalitaire entre les sexes n'est malheureusement pas la priorité des batailles féministes en Israël (8). La plupart des féministes israéliennes se sentent partie prenante du "consensus national" lorsqu'il a trait à la suprématie de la nature de l'Etat juif sioniste et à l'acceptation par les femmes du rôle qui leur est assigné dans la reproduction de la collectivité nationale-religieuse, dans un sens biologique et symbolique. Déjà au tout début de la colonisation sioniste de la Palestine, les femmes acceptaient volontiers le rôle central qui leur était dévolu dans la formation de I'"homme juif nouveau" fort, offensif et totalement prêt au sacrifice personnel pour les objectifs du sionisme et

La plupart des femmes laïcisantes acceptent toujours ce rôle — ce qui implique que l'Etat juif devrait codifier le concept de statut de la femme comme un tout, même si elles ne le disent pas explicitement.

Mais cette acceptation invalide leurs revendications d'égalité. Cela s'explique aussi par le fait que le modèle de l''homme juif nouveau" implique une imperméabilité aux valeurs universelles des droits de l'homme. Le modèle est subordonné aux objectifs nationaux sionistes, au régime actuel de l'Etat et à sa politique de "sécuri-

Ces images et ces symboles, prédominants en Israël, non seulement dévalorisent et déconsidèrent le "féminin" en général mais nient aussi le droit des femmes à l'égalité, comme principe universel.

Le consensus qui prévaut sur cette question entre les partis laïcisants sionistes — que beaucoup de féministes soutiennent — ne peut se comprendre si on ignore les liens intrinsèques entre le sionisme et l'Etat d'Israël, d'une part, et la légitimation religieuse indispensable à l'affirmation de son identité nationale, de l'autre.

Le movement féministe en Israël ne s'est pas mobilisé, jusqu'à présent, pour combattre la nature de l'Etat juif sioniste. Le combat féministe a surtout consisté à améliorer le statut de la femme — notamment celui des femmes des classes moyennes ashkénazes — dans le cadre du système existant. Le movement féministe ne peut donc s'attaquer aux causes du problème de l'oppression des femmes et du patriarcat — qui, dans toutes les sociétés, se situent dans le domaine de la procréation — du sexe, de la reproduction, et de l'"économie", dans le

Dans sa version israélienne, le contrôle de la sphère de procréation a pour objectif le maintien de l'Etat juif sioniste — en plus des objectifs du "patriarcat capitaliste". Cela repose sur la définition d'Israël comme Etat juif sioniste, ainsi que du peuple juif comme collectivité, et de la signification des valeurs religieuses et des institutions au service de l'Etat. Si on accepte ces prémisses, il n'y a pas et il ne pourra pas y avoir de lutte féministe en Israël, en l'absence d'une volonté de rompre avec le consensus national et de

News From Within Jérusalem, octobre-novembre 1992

7) Frances Raday, "The Concept of Gender Equality in a Jewish State", in Barbara Swirski et Marilyn P. Safir, eds. Calling The Equality Bluff (1991) ; Diane Polan, "Towards a Theory of Law and Patriarchy*, in Diarys D., eds. The Politics of Law, New York, Pantheon Books, 1982.

8) Frances Raday, op. cit.

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