Le conflit qui avait paralysé presque entièrement l'usine de
Puebla de Volkswagen, en août 1992, a duré plus d'un mois. Il aura des conséquences terribles pour les travailleurs : la modification de la convention collective, pour appliquer de nouvelles méthodes répondant aux besoins du patronat, et le licenciement de la frange la plus combative des salariés, forgée à travers des décennies de luttes.
Ulises MARTINEZ FLORES
IL FAUT situer ce conflit dans un contexte plus général : la restructuration de l'industrie automobile, le reflux du mouvement ouvrier et syndical, les succès remportés par le gouvernement Salinas dans ses tentatives de créer un nouveau type de syndicalisme, et, enfin, le projet d'Accord de libre échange (ALE)
d'Amérique du Nord (1).
Le conflit de la VW présage du type de rapports ouvriers-patronat rêvés par le gouvernement et les entrepreneurs nationaux pour permettre aux entreprises de réorganiser la production à leur guise, en réduisant la participation des syndicats et, donc, en les affaiblissant d'un point de vue politique, économique et social.
Le conflit de la VW a éclaté le 21 juillet
1992, mais il couvait depuis la réforme salariale et contractuelle signée par l'entreprise et le syndicat, un mois auparavant. La direction syndicale, par la voix de son secrétaire général, Gaspar Bueno, a annoncé une augmentation du salaire direct de 20 % et de
3 % par le biais de la réévaluation des prestations sociales. Cette hausse était considérablement plus importante que celle obtenue en 1992 par les ouvriers de l'industrie, mais elle cachait un revers, la signature d'un accord d'augmentation de la productivité.
Cette information, donnée de façon sommaire dans le syndicat, a semé le doute et le mécontentement quant au contenu réel de l'accord.
Trois semaines plus tard, faute d'informations supplémentaires, une assemblée générale organisée par le courant syndical
Qu'est-ce que vous préférez : qu'on vous mutile le contrat de travail ou une jambe ? oppositionnel, dirigé par Jésus Valencia, a rassemblé plus de 3 000 travailleurs. Il a été décidé de ne pas reconnaître le comité exécutif présidé par Bueno, qui avait « trahi les intérêts des travailleurs » lors de la révision de la convention. Le groupe dissident est parvenu à faire débrayer pratiquement toute
Le 27 juillet, l'entreprise a présenté devant la Commission fédérale de conciliation et d'arbitrage - structure gouvernementale chargée de régler les litiges entre ouvriers et patronat — l'avis de la fin du contrat collectif de travail signé avec le syndicat, concernant les 14 289 travailleurs syndiqués.
Contre la direction syndicale Le licenciement massif de tout le personnel, curieusement, n'entamait aucunement les rapports et les accords avec le comité exécutif du syndicat, et n'a pas empêché l'entreprise d'annoncer le lendemain le licenciement de 14 travailleurs en particulier (licenciés ainsi deux fois ?), appartenant au courant de Jesus Valencia.
Par la suite, la direction syndicale et l'opposition ont tenté de mobiliser leurs forces respectives, à Puebla et dans la capitale, afin de peser sur la décision de la Commission fédérale de conciliation et d'arbitrage, concernant le contrat collectif de travail. Ces mobilisations ont renforcé la sympathie de la majorité des travailleurs pour le courant de Valencia. Une assemblée générale réunissant 9 500 travailleurs, a ratifié la destitution de Gaspar Bueno, par le vote direct
La décision de la Commission fédérale de conciliation et d'arbitrage a été rendue publique le 17 août. Elle a déclaré la grève illégale et a laissé à l'entreprise le soin de procéder aux licenciements. En outre, 94 % des membres du personnel se sont vu proposer un nouveau contrat (on peut supposer que les 6 % restants correspondent aux 800 ouvriers du secteur le plus combatif), sur la base d'un nouvelle convention collective, et à condition qu'ils adhèrent à un autre syndicat.
En effet, le nouveau contrat supposait l'acceptation de la nouvelle convention et de cinq conventions additionnelles, ainsi que la modification des statuts syndicaux, sur la base des propositions faites par la direction, pour « garantir la stabilité et la productivité de l'entreprise, en finir avec la "réunionite" et l'esprit grégaire, et créer un syndicalisme mûr, doté d'une organisation adaptée aux besoins d'expansion de l'entreprise » (2).
En tout, 40 % des articles statutaires du syndicat ont été modifiés. En ce qui concerne la convention collective, 53 de ses 97 clauses ont été changées, et 15 autres supprimées, y compris tout le chapitre sur la grille d'avancement ; cinq nouveaux chapitres ont été ajoutés. Tout ceci a été négocié par le syndicat avec l'entreprise, sans que la base ne soit informée du contenu des nouveaux documents, ni avant, ni après.
Au nom de l'Accord de libre échange
Que contenait l'accord sur la productivité ? Il constituait, de toute évidence, un mécanisme par lequel le patronat s'assurait l'aboutissement du processus de restructuration que l'industrie automobile mexicaine avait inauguré dans la décennie passée. C'était aussi un moyen de garantir la production, face à l'Accord de libre échange, en
1) Voir Inprecor n° 346 du 27 février 1992
2) Déclarations de Gaspar Bueno après la rédaction des nouveaux statuts. La Jomada, 19 août 1992.
faisant fi du contenu de la convention collective en vigueur. A la fin du conflit, cet accord sur la productivité a été remplacé par d'autres, encore plus favorables à la direction, et signés par le comité exécutif.
Pendant les années 80, l'industrie automobile a subi de profondes mutations : « La création d'un secteur d'exportation (...), la segmentation de la production (...), le redéploiement géographique des unités de production (...), l'introduction de nouvelles technologies, tant au sens "dur" de systèmes de machines automatisées, qu'au sens "doux" de réorganisation du travail, inspirées du modèle japonais des cercles de production ; la redéfinition globale des rapports entre l'entreprise et les syndicats et la transformation des conditions du contrat de travail et de l'utilisation de la force de travail (...), et, enfin, l'évolution notoire de la politique de l'Etat face à l'industrie automobile » (3).
A l'instar de l'ensemble du secteur automobile, VW avait avancé dans la restructuration, tout en maintenant sa croissance et une expansion cons- IN A WORD tante. Les journalistes
" SAYONARA. Andrea Becerril et Susana Rappo ont livré des données explicites sur la question : « VWMexique est une des principales firmes automobiles du pays, qui emploie 18 234 personnes (...). En 1991, elle était au premier 154 234 véhicules, et se plaçait au quatrième avec 54 667 véhicules (...). En ce qui concerne la production globale (...),VW occupe la se901 véhicules achevés et 352 944 moteurs destinés à l'exportation » (4). Le bilan de la firme allemande, tout en étant stable, n'est pas pour autant encourageant, si l'on tient compte des conséquences négatives de l'ALE ; la compétition avec les filiales mexicaines des puissantes "trois sœurs" américaines (General Motors, Chrysler, et Ford) tourne au désavantage de VW, qui n'aura pas les mêmes tarifs doua-
Le document final de l'ALE stipule que le Mexique devra réduire immédiatement ses droits de douane sur les voitures et les camions légers de 50 %, et, pour le reste de l'industrie automobile, dans un délai de dix ans. Le pays devra également lever toutes les restrictions douanières sur les importations dans ce secteur et les Etats-Unis changeront leurs normes pour considérer comme nationales les composantes mexicaines. Le Canada respectera un calendrier identique et les Etats-Unis supprimeront immédiatement les taxes sur les véhicules mexicains.
La réorganisation à la japonaise
Tous ces accords sont basés sur le critère de la provenance, qui détermine le pourcentage régional requis pour les produits bénéficiant de l'échange, porcentage fixé, finalement, à 62,5 % pour les voitures, les camions légers, les moteurs et les transmissions, et à 60 % pour le reste des véhicules et des pièces (contre 50 % proposés par les entreprises automobiles européennes et japonaises qui ont des intérêts au Mexique).
Pour aborder la concurrence sur le marché des Etats-Unis, VW et sa filiale au Mexique ont déjà projeté la construction d'un couloir industriel, près de l'usine de
« En un mot, sayonara (au revoir). » Puebla, qui regrouperait les fournisseurs et les maquiladoras (5) adaptées aux besoins de production, sur le modèle de systèmes just in time.
Cette restructuration obligeait l'entreprise à rendre l'organisation du travail plus flexible. Avant le conflit, VW faisait partie des usines qui avaient le plus introduit de systèmes d'automatisation et de méthodes japonaises d'organisation du travail (la voie "dure" et la voie "douce", selon Fernando Herrera). En ce qui concerne le volet social, VW a franchi un premier pas en 1990, en concluant avec le syndicat un accord autorisant l'adoption « d'un schéma de sous-traitance et de zone franche » qui permettait à « des entreprises étrangères employant leur propre personnel, d'assumer des travaux qui relevaient auparavant des syndiqués » et qui
« privait le syndicat d'environ 2 500 travailleurs » (6). L'accord prévoyait l'organisation du travail sur la base de groupes constitués d'une ou deux cellules dotées d'un leader appelé "conciliateur", le reste étant composé de "techniciens VW" de différents niveaux, selon leurs capacités, leur expérience, et leurs connaissances.
Les parties se mettraient d'accord au cas par cas sur l'échelle des salaires correspondant au niveau de connaissances et d'aptitude des travailleurs.
La course à la productivité
Les travailleurs seraient jugés sur leurs niveaux de connaissance et d'aptitude ; ce système supprime des critères tels que l'ancienneté, et, plus grave encore, les nouvelles normes sont fixées sans tenir compte de la convention collective. Celle-ci sera modifiée pour tenir compte de la mise en place des groupes. Parmi les clauses susceptibles d'être modifiées en fonction de l'accord, toutes celles qui font référence aux postes de confiance, la promotion, les capacités, l'expérience, l'accès à des nouvelles places selon le tableau d'avancement.
De même, le texte de la nouvelle convention signalait : « Bien que les clauses de la convention collective de travail de façon formelle, et même si certaines vont à l'encontre du développement du système de groupes de travail, celui-ci sera appliqué avec l'accord des parties, sans que convention collective ».
Qu'est-ce qui a poussé le comité éxécutif du syndicat à accepter cette entorse évidente à la convention collective et à la doubler d'une procédure d'information, de consultation et de décision totalement irré-
Dans l'ambiance surchauffée de la confrontation intersyndicale, la direction a été qualifiée de traître, et on en est venu à parler de corruption. C'est la difficile
3) Fernando Francisco Herrera Lima, "Restructuracion de la industria automotriz en México y respuesta sindical", El Cotidiano, n° 46. mars-avril 1992.
4) La Jornada, 11 août 1992.
5) Usines d'assemblage et zones franches au Mexique.
6) Andrea Becerril et Susana Rappo. La Jornada, 11 août
1992.
construction d'un syndicat démocratique, entreprise dans les années 60, qui constitue la toile de fond des décisions prises par le comité exécutif de Gaspar Bueno.
Le Syndicat indépendant des travailleurs de l'industrie automobile Volkswagen (SITIA VW) ne s'est pas créé sur le modèle d'organisation corporatiste traditionnel au Mexique — le rattachement de force aux grandes centrales officielles (en l'occurrence la Confédération des travailleurs du Mexique, CTM) — et l'absence de vie inter-
L'apprentissage de la démocratie syndicale
Créé en 1964, et intégré à la Fédération des travailleurs de Puebla, donc rattaché à la CTM, le SITIA VW rompt en 1972 avec la centrale et adhère à l'Union ouvrière indépendante (UOI). En 1972, on a assisté à une vague d'insurrection syndicale, qui s'est traduite par la construction de syndicats indépendants des centrales officielles, courroies de transmission du gouvernement.
Pour le SITIA VW, cela a constitué le début d'une expérience de 20 ans d'apprentissage de la démocratie interne et de l'efficacité dans la défense de la base ouvrière. Comme beaucoup de syndicats de l'époque, la phobie de la bureaucratisation a conduit le SITIA VW à intégrer dans ses statuts le principe de la rotation des dirigeants syndicaux. Cette mesure, combinée avec d'autres dispositions, a empêché toute maturation des équipes de direction. Pendant la période où le syndicat faisait partie de l'UOI, les tâches de direction incombaient en fait au dirigeant de l'UOI, Juan Ortega Arenas, qui a porté un coup à la démocratie interne.
En novembre 1981, le SITIA VW a quitté l'UOI sans pour autant rejoindre une autre centrale. Il avait préservé une structure interne participative et démocratique, basée sur un réseau de délégués de sections ou de départements et sur l'assemblée générale pour la prise de décisions. De même, le niveau de combativité s'était maintenu, comme en témoignent les huit grèves qui ont éclaté entre 1974 et 1987.
Ainsi la décision de désavouer le comité exécutif et celle de débrayer pour régler des questions syndicales ne sont pas nouvelles pour ce syndicat. Ce qui est nouveau, c'est l'attitude de l'entreprise face a ce genre de
Evolution : le travailleur japonais. mesures syndicales. En d'autres temps, la direction en aurait profité pour soutenir un secteur syndical contre l'autre, y compris en laissant faire une grève, qui permettait d'atténuer les effets de la surproduction en 1987.
Les luttes syndicales ont fléchi ces dernières années et les syndicats ont eu tendance à accepter les "accords concertés" avec le patronat, face au risque d'être battus en cas d'affrontement direct.
Les années 1989 et 1990 ont vu un renouveau du mouvement ouvrier marqué par des luttes revendicatives et économiques, ou démocratiques internes, chez les travailleurs du pétrole et de l'automobile (Ford), ceux des brasseries, du caoutchouc, les enseignants et les musiciens, entre autres. Ces luttes se sont soldées pour la plupart par des défaites ou des résultats très inégaux.
Salinas marque des points contre les syndicats
Pendant ce temps, le régime saliniste se renforçait (après avoir gagné les élections les plus contestables de l'histoire récente du Mexique) (7) et pouvait appliquer sa ligne politique, y compris vis-à-vis du mouvement ouvrier : l'ALE, l'Accord national de productivité, le nouveau fonds de retraite, la modernisation de l'éducation et la révision du contrôle syndical dans les secteurs-clés.
Depuis deux ans, les réformes salariales et contractuelles sont le fruit de ce que les chercheurs Luis Méndez et José Othon Quiroz nomment les "accords concertés" (8).
Méndez et Othon signalent : « Par accord concerté, nous entendons une politique gouvernementale visant à imposer une nouvelle flexibilité dans le monde du travail, au moyen d'un "accord" entre les secteurs sociaux concernés par le développement et le contrôle des espaces de travail (...). Nous pourrions dire que l'accord concerté est l'aboutissement de l'action entreprise par le patronat contre les droits des travailleurs depuis 1983, qui s'est traduit notamment par le caractère risqué du recours à la grève lors des conflits » (9).
Ces "accords concertés" ont servi au gouvernement et au patronat pour limiter les augmentations de salaires, imposer aux patrons une réforme des prestations sociales, et introduire des systèmes de travail basés sur les cercles de qualité ; à la différence du
Japon, où ces cercles ont vu le jour suite à de réels accords, au Mexique, ils sont le fruit de "concertations" imposées.
Ce climat a poussé le comité exécutif à accepter l'"'accord concerté", présenté par la direction comme le complément de la réforme salariale et contractuelle, en assumant d'avance ses retombées sur la convention collective et la place du syndicat. Personne ne s'attendait à une riposte du syndicat. Mais, face au refus de l'"accord concerté" (ou, au moins du fait que son contenu ne soit pas connu), la direction a fini par l'imposer brutalement.
Il est difficile de dire si le dénouement du conflit syndical était calculé, et prévu d'un commun accord. Mais l'élection de Gaspar Bueno et de son groupe a permis de couler le syndicat de la VW dans le modèle de syndicalisme mexicain prôné par le gouvernement.
La restructuration de la bureaucratie syndicale
Ce nouveau style est incarné par la Fédération des syndicats d'entreprises de biens et de services (FESEBES), et Francisco Hernandez Juarez, secrétaire général de la fédération et du Syndicat des employés du téléphone de la République mexicaine. La FESEBES et son dirigeant ont couvert, depuis le début, le groupe de Gaspar Bueno et, au moment de rédiger la nouvelle convention collective et les nouveaux status syndicaux, Hernandez Juarez était le "conseiller" de Bueno.
Issu des luttes contre la bureaucratie des années 60, Hernandez Juarez est devenu dirigeant des travailleurs du téléphone, il y a 17 ans, et, au moment où le gouvernement affinait ses structures de contrôle sur les travailleurs en fonction de ses projets néo-libéraux, il s'est avéré être le type de dirigeant syndical rêvé par le régime.
Dans un pays où la reconnaissance des syndicats ou des fédérations est très difficile, voire impossible, celle de la FESEBES s'est faite en quelques semaines après qu'Hernandez Juarez ait joué le rôle qu'on sait dans le conflit de la VW.
Hernandez Juarez ou des dirigeants du même genre vont succéder à Fidel Velasquez à la tête de l'appareil syndical progouvernemental, et la FESEBES remplacera la principale centrale qu'était la CTM. Le 30 septembre 1992, Salinas a été invité à
7) L'accord du Parti de l'action nationale (PAN, droite) avec la politique saliniste, et l'impuissance du Parti de la révolution démocratique (PRD, nationaliste) et de la gauche socialiste pour concrétiser au plan organisationnel et politique le mécontentement populaire contre la fraude de 1988, ont aidé à ce que le discrédit de Salinas, lorsqu'il est arrivé au gouvernement, s'est pratiquement dissipé.
8) Luis Méndez et José Othon Quiroz, "Respuesta obrera y acuerdos concertados*", El Cotidiano n° 49, juillet-août 1992.
9) Ibidem.
prendre la parole devant le nouveau comité exécutif du syndicat du téléphone et il en a profité pour présenter Hernandez Juarez comme le "rénovateur du syndicalisme".
Le SITIA VW pourrait bien, sous la direction de Bueno, accomplir une trajectoire identique à celle d'Hernandez Juarez :
après avoir rompu, en 1972, avec les courroies de transmission du syndicalisme pro- gouvernemental, 20 ans plus tard, il renoue avec les nouvelles structures du syndicalisme légaliste.
Les messages du gouvernement
Dans le conflit de la VW, le gouvernement a joué un rôle central, non seulement parce que les nouvelles règles du jeu entre patrons et ouvriers se sont imposées un peu partout, mais parce qu'il a traité le conflit de la Volkswagen, dans le but d'en faciliter le dénouement.
Lorsque le conflit interne au syndicat a éclaté, qu'un
MONOLO secteur a exigé que le comité
ME EX exécutif soit désavoué, et que
WITH l'assemblée générale qui le destituait soit reconnue, l'agressivité habituelle des autorités a repris le dessus, et l'exigence patronale visant à se débarrasser des travailleurs n'a pas rencontré d'obstacles.
Mais, surtout, c'était le pouvoir qui, à travers la Commission fédérale de conciliation et d'arbitrage, a donné le coup de grâce au contrat collectif de travail des ouvriers de Volkswagen, en se prononçant, pour la énième fois, en faveur des exigences patronales, sans fondement légal, dans ce cas comme dans tous les autres.
Mettre un terme à un contrat de travail n'est justifiable, aux yeux de la loi fédérale du travail, qu'en cas de fermeture totale et définitive de l'entreprise. De même, les "cas de force majeure" invoqués par le patronat, n'étaient pas plus justifiés.
Ce qui est sûr, c'est que, comme en d'autres occasions, la direction a joué avec la grève lancée par les travailleurs, mais cette fois-ci, il ne s'agissait ni de contrebalancer une surproduction, ni de jouer des syndicalistes contre d'autres, mais de frapper durablement tout le syndicat, la convention collective et de se débarrasser des éléments les plus combatifs.
Dans le contexte de l'ALE, les mesures légales prises par le gouvernement dans le conflit de la VW constituent un message clair adressé à de futurs partenaires des pays développés, et aux investisseurs étrangers en général, pour qu'ils acceptent le paradis qui leur est proposé (10).
Sans doute, le message que le gouvernement a voulu faire passer aux travailleurs est encore plus clair : les règles du jeu ont changé ; celui qui les refuse est brutalement congédié. La "concertation" imposée est l'unique forme de rapport acceptable par le gouvernement.
Précisément, en accédant à la direction du Syndicat des travailleurs du téléphone,
Salinas s'est répandu en éloges d'Hernandez
Juarez, mais aussi de son projet syndical :
« Le temps au Mexique ne souffre aucun retard (...), c'est le moment d'impulser la nouvelle démocratie industrielle, qui, à travers un syndicalisme rénové, les entreprises et le gouvernement de la République forment un seul front pour avancer tous ensemble
(...). Cette nouvelle démocratie est l'unique garantie pour atteindre les idéaux d'efficacité et de justice ; les entrepreneurs et les S GOING TO HELP ME EXPLAIN FREE TRADE BLAIN FREE TRADE HASTA MEXICO... LA VISTA.
BABY « Arnold va m'aider à expliquer le libre-échange avec le Mexique » (à un travailleur sud-asiatique de l'automobile licencié à cause des ALE).
travailleurs y gagneront en compétitivité et en équité » (11).
Le Syndicat des travailleurs du téléphone et, comme on peut le supposer celui de
VW, sont les modèles de cette "démocratie industrielle" que veulent les patrons et les investisseurs étrangers.
De petites poches de résistance Malheureusement, tout indique que les poches de résistance à l'offensive patronale et gouvernementale contre les droits des travailleurs sont minuscules.
Dans le cas du secteur automobile, la défaite à Volkswagen fait suite à celles subies à la General Motors, en 1981, à Dina en 1983, 1986 et 1989, et Ford, en 1987, et clôt la période d'insurrection syndicale dans ce secteur. Une structure de coordination subsiste, la Coalition autonome des syndicats de l'industrie automobile (regroupant VW, GM, Dina et Ford), qui, bien qu'affaiblie et peu active ces dernières années, pourrait constituer un nouveau point d'appui.
Le mécontentement va croissant au sein du mouvement ouvrier et syndical qui n'a pas fini d'inventer de nouvelles formes d'expression, unitaires et efficaces pour faire aboutir ses revendications. Ces derniers mois, le débrayage à Volkswagen, a été accompagné du mouvement de 8 000 travailleurs licenciés de la compagnie d'Etat des Pétroles mexicains, et la grève de 22 000 ouvriers du textile. Ces deux groupes sont syndiqués dans les vieilles structures légalistes, les possibilités de transformation de ces luttes en luttes antigouvernementales sont restées infimes.
Cependant, ces mobilisations ont traduit le climat de mécontentement général qui se conjugue à la colère suscitée par les innombrables fraudes électorales dans toutes les élections locales. Il faut s'attendre à ce que de nouvelles mesures antisyndicales, spécialement la modification du Code fédéral du travail, soient prises dans les mois à venir par le gouvernement, ce qui pourrait engendrer de nouveau un climat de protestation et stimuler la réactivation du mouvement ouvrier et synLIENNAD TEUR 128 dical.
Le rattrapage du pouvoir d'achat des travailleurs, l'unité syndicale, la défense des acquis des contrats collectifs de travail, la lutte pour le maintien des droits des travailleurs et des libertés syndicales et la conquête de la démocratie et de l'indépendance syndicales, devraient guider le mouvement.
La mise sur pied de réseaux de communication, de coordination et de solidarité entre les travailleurs du Mexique, du Canada et des Etats-Unis sera essentielle pour faire face aux conséquences de l'ALE. Sur ce plan, on ne part pas de zéro : il existe déjà le Réseau international d'action contre l'ALE qui a organisé ces dernières années des rencontres entre des travailleurs de différentes branches, venant des trois pays. *
Mexico, octobre 1992
10) Voir Inprecorn° 352 du 8 mai 1992.
11) Concepts empruntés à Fidel Samaniego, El Universal, 1er octobre 1992, p. 1.