progressistes au pouvoir (1) avait éclaté à cause des dépositions contradictoires grands scandales financiers de ces dernières années, concernant les activités de
(AIBP). Cette société est placée sous tutelle de l'Etat — il s'agit d'un dispositif
Sur fond d'austérité et d'avortement
Des élections générales et trois référendums simultanés sur l'avortement ont eu lieu, le 25 novembre 1992, dans 26 comtés de l'Irlande — la partie formellement indépendante. La coalition du Fianna Fail et des Démocrates faites par les deux leaders de ces partis, Des O'Malley et Albert Reynolds, devant un tribunal.
La justice, qui continue son cours, est en train d'enquêter sur un des plus
Larry Goodman, propriétaire de la Boucherie industrielle anglo-irlandaise légal visant à empêcher sa liquidation, car elle aurait des dettes d'environ un demi-milliard de livres irlandaises (l'équivalent de 5 % du produit national brut).
John MEEHAN
LES RECENTES élections ont été marquées, majeure des partis de droite traditionnels — le Fianna Fail (FF) et le Fine Gael
(FG) - et, de l'autre, par une victoire sans précédent du Parti travailliste.
Le Fianna Fail a atteint son score le plus bas depuis 1927 et le plus petit nombre de sièges au Parlement, le Dail, depuis la même année. Le Fine Gael a réalisé sa pire performance depuis 1948.
Le Parti travailliste, lui, a arraché le meilleur score de son histoire. Il s'est bien remis de sa chute de 1987, lorsqu'il n'avait obtenu que 6,4 % des voix, avec un nombre de suffrages qu'il n'avait pas eu depuis 50
Le Parti travailliste a sérieusement sousestimé la poussée de son soutien et n'avait pas présenté assez de candidats. A Dublin, il est passé de 10 à 33% — les travaillistes avaient seulement présenté un candidat dans
9 des 11 circonscriptions de cette ville. C'est leur attitude timorée qui a finalement permis à leurs rivaux de la Gauche démocratique d'obtenir deux sièges — dont celui du leader de cette organisation, Proinsias De Rossa.
La poussée du Parti travailliste s'explique par sa ligne actuelle d'opposition
IRLANDE aux deux partis bourgeois ; mais cette attitude correspond à une décision strictement tactique de sa direction.
En 1987, le Parti travailliste a quitté la coalition dont il faisait partie depuis 17 ans avec le Fine Gael ; ses avancées électorales actuelles sont le fruit de cette prise de distance politique.
Le grand bond des travaillistes
Mais ces choix tacticiens constituent aussi le talon d'Achille du succès des travaillistes. Des rumeurs circulent selon lesquelles le leader de ce parti, Dick Spring, pourrait tenter d'utiliser la multiplication des scandales financiers comme prétexte pour mettre sur pied une sorte de "coalition d'urgence". Malheureusement, les signes se multiplient dans ce sens. La Gauche démocratique, humiliée par sa déconfiture aux élections, est plus que désireuse de participer aux pourparlers pour une éventuelle coalition avec l'aile droite du Fine Gael. Le tableau devrait peut-être s'éclaircir le 14 décembre, lorsque le Dail reprendra ses travaux - plusieurs combinaisons restent cependant toujours possibles.
La cause de l'instabilité électorale extrême qui secoue l'Irlande réside dans la crise sociale et économique majeure qui frappe ce pays. Le chômage touche environ 300 000 personnes — 20 % de la population active, selon des statistiques officielles, mais, en réalité, plutôt 30 %.
Des périls majeurs guettent, par exemple, la compagnie nationale aérienne Aer Lingus, qui pourrait supprimer des milliers d'emplois. Une catastrophe similaire menacerait la cristallerie Waterford [usine très prestigieuse de cristal de luxe, ndlr].
Face à cette crise, la seule politique que la classe dominante est prête à mettre en œuvre est celle des suppressions d'emplois et des privatisations. C'est la seule manière que connaisse la bourgeoisie pour se sortir de l'impasse dans laquelle elle s'enfonce avec Maastricht — il lui faut appliquer un plan d'austérité draconien pour pouvoir entrer dans l'Union économique et monétaire (UEM). Cela passe par la réduction de la dette publique, qui atteint 60 % du produit national brut, en l'espace de cinq ans. Les coupes qui ont déjà été faites dans les budgets ont eu des conséquences électorales importantes. Toute éventuelle participation de la Gauche démocratique et du Parti travailliste au gouvernement leur ferait porter la responsabilité d'une telle politique.
La bataille de l'avortement
Trois référendums sur l'avortement se sont déroulés en même temps que les élections (2). Harry Whelehan, le procureur général, avait tiré malgré lui le coup d'envoi de cette campagne, au début de l'année 1992, avec le cas "x", lorsqu'il avait essayé d'interner en Irlande une adolescente de 14 ans, qui pensait même se suicider après avoir été victime d'un viol, et dont les
1) Sur l'Irlande, et notamment sur ses liens avec la Communauté économique, voir Inprecor n° 352 et 356 des 8 mai et 3 juillet 1992.
2) Les trois questions posées dan ces référendums portaient sur le droit à voyager dans d'autres pays pour pratiquer une IVG ; sur le droit à l'information sur la contraception et l'IVG ; et, enfin, sur le droit à l'avortement dans le seul cas où la vie de la mère serait en danger - étant exclus les cas de femmes qui feraient des tentatives de suicide.
IRLANDE de recommencer en interdisant l'information sur l'avortement et les aides légales pour les femmes qui essayeraient de pratiquer une IVG à l'étranger. Ces deux propositions ont été adoptées par une majorité de deux contre un.
Un eamouflet
Le troisième référendum cherchait à modifier la sentence de la Cour suprême concernant le cas "x". Cette proposition a été rejetée. Elle s'est attirée à la fois l'opposition des partisans du droit de choisir et celle de l'extrême droite. L'extrême droite appelait à voter non car elle mène campagne pour un amendement constitutionnel, encore plus draconien que celui qu'elle avait réussi à imposer en 1983.
Les partisans du droit de choisir ont préféré la victoire limitée représentée par le verdict de la Cour suprême [autorisant les voyages à l'étranger, ndlr]. La hiérarchie catholique, elle, ne savait plus sur quel pied danser. Cela l'a amenée à avoir une position ambiguë ; mais, individuellement, les évêques ont appelé à rejeter les trois propositions ; le résultat a été un désaveu cinglant pour ces derniers.
Dublin, 2 décembre 1992 із рір
3) Sur le cas de cette adolescente et les réactions qui ont suivi, voir Inprecor n° 348 du 13 mars 1992
parents voulaient organiser l'avortement en Grande-Bretagne (3). Une puissante vague de protestation populaire avait alors mis en échec Whelehan et l'extrême droite religieuse.
Pour sortir de l'impasse, les hommes politiques avaient alors appelé la Cour suprême de justice au secours ; celle-ci avait déclaré qu'il était légitime de voyager à l'étranger pour pratiquer une interruption volontaire de grossesse. Mais la Cour avait déjà émis plusieurs jugements contre des gens qui demandaient des informations et des conseils en la matière — signifiant, de fait, que le fait de voyager à l'étranger pour un avortement était inconstitutionnel.
Dans le cas de l'adolescente, pour ne pas se couvrir de ridicule, les juges suprêmes du pays ont décidé que, dans les 26 comtés, l'avortement, dans ce cas particulier, était légal ; en d'autres termes, le danger de suicide était une raison valable pour pratiquer une interruption volontaire de grossesse (IVG).
Les résultats du triple référendum ont constitué une véritable victoire pour les forces qui se battent pour le droit de choisir et un désastre absolu à la fois pour le Fianna Fail et pour la hiérarchie catholique
Deux des résultats des trois référendums ont été clairs. A la suite du cas "x", le gouvernement a voulu empêcher qui que ce soit