Envoyés par l'ONU et l'Organisation des Etats américains (OEA), quelques dizaines, puis plusieurs centaines d'observateurs devraient arriver en Haiti dans les prochaines semaines pour une mission qui pourrait bien être de longue durée. En brandissant la menace d'une intervention militaire, en dépêchant des navires de guerre dans les eaux haitiennes (sous le prétexte d'intercepter les boat people), Washington a obtenu un accord de principe de Marc Bazin et du général Cédras. Dans une lettre "à ceux et celles qui luttent pour la démocratie", datée du 25 janvier 1993, le Président Aristide définit ainsi la mission de cette force civile internationale : « Mettre fin aux souffrances et aux violences dont est victime le peuple d'Haïti, voilà la première étape d'un objectif unique : la restauration intégrale de la démocratie. Ce qui signifie : respect des vies, de la Constitution, des conventions internationales dont nous sommes signataires, bref, de tous les droits de l'Homme et du citoyen. Pour y veiller, une importante présence internationale est indispensable ». Après « la restauration complète des libertés démocratiques en Haïti » viendrait « très vite, la réhabilitation des institutions, à commencer par la réforme du système judiciaire, la professionnalisation des forces armées et la séparation armée-police. Parallèlement, les organisations internationales devront apporter leur aide technique à la reconstruction institutionnelle et garantir le respect des engagements pris. Et dès que possible, c'est-à-dire le plus tôt possible, je serai à nouveau au milieu de l'ensemble des Haïtiens ».
La réalisation de ce scénario est très aléatoire. Le 27 janvier, Marc Bazin a déjà expliqué à la radio qu'aucun Haïtien ne pourrait accepter une mission internationale telle que la conçoit l'ONU, et qu'il allait faire une contre-proposition. Si le plan qui a été élaboré est appliqué jusqu'au bout, la date du retour d'Aristide, que Washington voudra différer au maximum, ainsi que ses pouvoirs réels dépendront beaucoup de la mobilisation populaire et de la solidarité internationale. Depuis plusieurs semaines, les Etats-Unis exercent de fortes pressions sur Jean-Bertrand Aristide pour obtenir de nouvelles concessions. Sur le sort à réserver au général Cédras, Aristide écrit : « Alors, imagine-t-on que celui qui a couvert tous les crimes de sang puisse garder son poste ? ». Mais il ne se prononce pas sur une éventuelle amnistie générale, affirmant seulement :
Nouvelles du Monde « Pas plus qu'il n'y aura vengeance, il n'y aura oubli ». Dans une interview publiée le 23 janvier par le journal français Témoignage chrétien, il affirmait qu'il y aurait une amnistie mais précisait au sujet de Cédras : « L'amnistie ne le concerne pas. Même si son sort risque de retarder l'application de l'accord, je compte sur les démocraties occidentales pour exiger la mise à l'écart d'un