Inprecor 1974–2004

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CUBA

Elections sur fond de crise

Inprecor n° 367, mars 1993 · p. 36 · 369 mots

Cuba

C'est dans un contexte marqué par une crise économique très grave que les élections législatives viennent de se dérouler. Cela explique sans doute que la stratégie électorale initiale ait été modifiée : l'éventualité de candidatures pluralistes avait été discutée, et l'on avait envisagé que des candidats députés soient choisis après des débats dans la population. En fait, les candidats ont été présélectionnés par des commissions composées des dirigeants des organisations de masse. Le débat politique en a été limité et la possibilité de choix pour la population inexistante. Le vote blanc ou nul, évalué à 10 ou 20%, est plus important à La Havane qu'en province.

Pour comprendre les enjeux de ce processus électoral en partie factice, il faut se rappeler que Washington a mis trois conditions à la levée de l'embargo : la fin de la présence militaire soviétique, l'arrêt de l'aide aux révolutionnaires latino-américains et la tenues d'élections libres (c'est-à-dire incluant la participation des partis financés par l'exil). Seule la troisième n'a pas été réalisée. L'étendard de la démocratie n'est brandi par les Américains que pour étrangler le dernier vestige de décennies de luttes contre l'empire, le symbole d'une résistance inacceptable. Accepter ces exigences serait un suicide mais Fidel Castro, s'il a bien compris ce défi ne peut y répondre, car pour contrecarrer l'efficacité de la propagande américaine, il faudrait élargir les libertés politiques et les droits civiques, ce qui va bien au-delà du parlementarisme et de plebiscite présidentiel.

Pour la première fois depuis 34 ans, la population a pu élire au suffrage direct ses représentants à l'Assemblée nationale, mais le renouvellement réel du personnel politique (seuls 98 députés sur les 510 de la précédente législature ont été réélus) ne peut faire oublier qu'il ne s'agit pas d'une réactivation d'un véritable pouvoir populaire.

Dans les circonstances actuelles, l'alternative ne peut être élections parlementaires dans le cadre du parti unique ou pluripartisme sans rivages. Un troisième choix était envisageable : revitaliser les structures politiques nécrosées, les Organes de pouvoir populaire, en acceptant le pluralisme des opinions et des candidatures dans le cadre des institutions existantes de la révolution. Mais cette option remettrait en cause l'hégémonie et le monolithisme du parti unique.

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