Les putschistes ont fait une première concession en acceptant le principe du déploiement d'une mission internationale d'observateurs. S'il se concrétisait, l'espoir de voir Aristide revenir en Haiti amènerait un regain de mobilisations. L'armée en est consciente et n'entend pas lâcher le pouvoir facilement. Dans la situation qui s'ouvre aujourd'hui, le mouvement populaire a un grand rôle à jouer. Mais ses capacités d'action sont-elles encore les mêmes qu'il y a quelques années? Arthur MAHON
One gauche "radicale", qui
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Use fixait pour objectif l'établissement d'un pouvoir populaire, a pris son essor durant les mobilisations qui ont précédé et suivi la chute de Duvalier. En 1986 et 1987, les duvaliéristes étaient rejetés sur la défensive. Le mouvement populaire pouvait avoir l'impression qu'on était à la veille de grands bouleversements. Mais à la fin de l'année 1987, le gouvernement militaire infligea de graves défaites aux courants aspirant à une transition démocratique. Le rapport de forces fut modifié de manière durable.
De la fin de l'année 1987 à l'élection d'Aristide, trois ans plus tard, la vie politique fut dominée par les coups d'Etat, les contre-coups d'Etat, et les luttes internes aux classes dominantes, qui se montraient incapables de trouver une issue à la crise haitienne conforme à leurs intérêts. Tirant les lecons des échecs de l'année 1987, de nombreux militants se sont radicalisés et la gauche s'est renforcée. Cependant, l'implantation acquise à travers la construction d'organisations populaires ne tarda pas à révéler sa fragilité. Certaines de ces organisations ont eu, à certains moments, une capacité de mobilisation importante. Elles se sont faites les porte-parole des revendications populaires et ont joué un grand rôle dans la politisation de
HAM larges couches de la société. Mais rares sont celles qui ont réussi à organiser en profondeur un secteur de la population.
Sur le terrain politique, beaucoup d'organisations populaires se sont identifiées avec la gauche anti-impérialiste et anti-électoraliste, ou ont au moins servi de caisse de résonnance à ses idées. C'était notamment le cas d'organisations telles que l'Assemblée populaire nationale, l'Alliance nationale des organisations populaires, Têt Kole pou yon Mouvman Ti Peyizan, la Centrale autonome des travailleurs haitiens (CATH), et certains mouvements liés à l'aile progressiste de l'Eglise catholique.
Effervescence
Il est certain que les organisations populaires devaient s'impliquer dans les luttes anti-gouvernementales et anti-impérialistes. Mais la plupart ont eu tendance à concentrer leurs efforts sur le terrain politique au détriment d'un travail d'organisation de la population autour de ses problèmes quotidiens. Certaines ont cependant su, à certains moments, mener un travail important autour de thèmes tels que la lutte contre la vie chère ou pour le repeuplement en porcs créoles (qui avaient été tous exterminés au début des années 80). Parmi les organisations qui ont le plus cherché à jouer le rôle d'un parti politique, le cas de la CATH est particulièrement manifeste. Le petit noyau qui dirigeait cette organisation syndicale définissait son orientation sans aucun contrôle de la base. A partir du moment où il éclata sous l'effet des désaccords, des intrigues politiques et de la corruption, l'organisation ne tarda pas à se scinder, et ceci dans les pires conditions.
L'action des organisations populaires ne pouvait remplacer celle d'un parti qui aurait exprimé les intérêts des opprimés sur le devant de la scène politique. La construction d'un tel parti était-elle possible dans les années qui ont suivi la chute de Duvalier ? La répression, le sectarisme et le manque de cadres au sein du mouvement populaire laissent penser qu'un tel projet aurait été très difficile à mener à bien. Quelques expériences allant dans ce sens se sont heurtées à des obstacles supplémentaires : manque de traditions démocratiques, infiltrations policières, militants voyant dans leur engagement politique une source possible de revenus...
L'absence d'un parti à même de défendre publiquement et de manière intransigeante les intérêts des secteurs populaires s'est faite cruellement sentir à plusieurs reprises. Lors des mobilisations de l'été 1987, les partis traditionnels ont ainsi pu monopoliser la scène politique au détriment du secteur populaire. En mars 1990, le général Avril fut contraint de
lâcher les rênes du pouvoir. Et malgré l'effervescence populaire, le terrain politique fut occupé par une coalition, formée par des partis traditionnels et le groupe "Honneur, Respect" du Père Adrien. En accord avec l'ambassade américaine, elle transmit le pouvoir à Ertha PascalTrouillot dont elle connaissait pourtant les liens avec le secteur duvaliériste.
Aristide en mauvaise compagnie Lorsque Jean-Bertrand Aristide déposa sa candidature à l'élection présidentielle, il ne put le faire sous l'étiquette d'un parti fidèle aux intérêts des masses populaires. Il se présenta sous l'égide du FNCD (Front national pour le changement et la démocratie), une coalition aux positions opportunistes, qui s'était formée en vue des élections. La Convergence démocratique, qui joua un grand rôle pour impulser la candidature d' Aristide n'était elle-même qu'un regroupement constitué dans le but d'impulser une alternative unique lors des élections. Elle ne prétendait pas constituer un parti, même si plusieurs de ses animateurs tels que l'ancien dirigeant communiste Gérard Pierre-Charles et le Père Antoine Adrien, allaient par la suite participer à la fondation de l'Organisation Lavalas. Celle-ci, qui a pris après le coup d'Etat le nom d'Organisation politique Lavalas, n'a jamais regroupé qu'une petite fraction des militants qui se reconnaissaient dans l'idée de "lavalas" (l'inonda-
Contrairement à ce qui a souvent été écrit hors d'Haiti, il n'a jamais existé de "mouvement Lavalas" dont Aristide aurait été le leader. Cette lavalas n'aurait d'ailleurs pas pu se réduire aux contours d'une ou plusieurs organisations. Ce terme exprimait plusieurs choses à la fois.
D'une part la volonté de faire converger tous les secteurs de la société qui rejetaient l'ancien régime D'autre part, et avant tout, un phénomène à portée historique : pour la première fois, les opprimés d'Haïti entraient sur la scène politique derrière l'un des leurs qui, au nom de la lutte pour la démocratie et pour leurs intérêts fondamentaux, défiait les adversaires de toujours et traçait une alternative politique.
La gauche était au plus bas lorsqu' Aristide se présenta. Ces dernières années, la gauche haïtienne a rencontré de nombreuses difficultés. Beaucoup recoupent celles de la gauche latino-américaine, confrontée à des échecs, à une situation internationale complexe et difficile et au manque de perspectives. La gauche haitienne a rencontré des difficultés supplémentaires. Elle a émergé après une longue période de dictature, et n'était dotée que de peu de cadres expérimentés ou à même d'établir un trait d'union avec les luttes des périodes antérieures.
Un autre handicap de la gauche haïtienne a été le manque de réflexion programmatique. Dans les années 60 et 70, elle avait été traversée de débats abstraits portant sur la nature de la société haïtienne et de la révolution à venir. Après la chute de Duvalier, elle a acquis une connaissance bien plus profonde de la société haitienne et de ses mécanismes de mobilisation. Il ne semble pourtant pas que les débats antérieurs aient été repris à la lumière de l'expérience accumulée.
Il aurait fallu pouvoir formuler des éléments de programme reposant sur les intérêts immédiats et à plus long terme des opprimés, et s'inscrivant dans une perspective de révolution permanente. La complexité de la formation sociale haitienne ne rendait pas cette tâche aisée. Il aurait fallu aussi penser les luttes en Haïti comme s'intégrant à un processus qui dépassait de loin ses frontières. Mais, aussi bien avant qu'après le départ de Duvalier, l'importance du contexte international a été sous-estimée. Les circonstances de la naissance de la nation haïtienne et son isolement séculaire vis-à-vis du reste des Caraibes et de l'Amérique latine n'aidaient pas à concevoir la construction d'une nouvelle société d'un point de vue international. L'instauration d'un pouvoir populaire en Haiti permettrait de prendre rapidement quelques mesures apportant un énorme soulagement aux opprimés. Pourtant, ce petit pays de la périphérie, qui porte de graves stigmates, et où la productivité du travail est très faible, ne pourra résoudre seul les problèmes qui sont cruciaux pour son avenir. Un pouvoir populaire ne pourrait se consolider, voire même survivre, s'il restait isolé.
"Lumpenisation" et fragmentation
Une grande partie des difficultés rencontrées par la gauche haitienne dans sa construction et son implantation sont liées aux spécificités de la société haitienne. La faiblesse numérique du prolétariat (aussi bien rural qu'urbain) et son instabilité ainsi que la "lumpenisation" croissante des villes constituent des obstacles considérables. Par ailleurs, une grande partie de la société est structurée par une multitude de réseaux et d'organisations traditionnelles, en partie secrètes, qui tendent à la fragmenter en clans. Elles sont généralement liées à des pratiques religieuses. Les individus sont enserrés dans des relations de pouvoir et de dépendance économiques, familiales et religieuses, imbriquées entre elles. La formulation d'une stratégie conçue sur le long terme, et intégrant ces éléments, n'est pas chose facile. Elle doit notamment prendre en compte la place importante occupée par cette religion populaire qu'est le vaudou dans tous les domaines de la vie haïtienne (1).
Paradoxalement, la candidature et la présidence d'Aristide n'ont fait qu'aggraver la crise de la gauche haïtenne. Elle n'était pas du tout préparée à cette situation et a dû très rapidement réviser sa stra-
La candidature d'Aristide se voulait l'instrument d'une transition démocratique qui, jusqu'à présent, se trouvait bloquée. Cela passait aux yeux du candidat par une alliance entre le secteur populaire et certaines fractions, ou plutôt certains fragments, de la bourgeoisie. Un des axes de cette alliance était constitué des notables et des personnalités anti-duvaliéristes se réclamant de la lutte pour un "Etat de droit" et la défense de la constitution de 1987. La candidature d'Aristide récelait plusieurs dangers. On risquait de voir ces démocrates, dont les positions politiques n'avaient pas toujours été très fermes, effectuer un hold up sur le mouvement
"Lavalas" Au sein de la gauche, certains pensaient d'ailleurs que c'est ce qu'Aristide était lui-même en train de faire. Le futur président et ceux qui l'entouraient faisaient croire qu'il serait possible de gérer le pays sans programme cohérent et sans avoir la capacité d'effectuer des changements rapides et profonds au sein de l'appareil d'Etat. Beaucoup étaient choqués qu' Aristide présente sa candidature du jour au lendemain, sans discussion réelle avec le mouvement populaire. On redoutait que l'armée ne provoque un bain de sang, comme lors des élections de 1987. La gauche haïtienne s'est trouvée déchirée entre ceux qui insistaient sur ces aspects de la candidature et ceux qui mettaient en avant l'enthousiasme que suscitait la campagne électorale d'Aristide. Les seconds en déduisaient la nécessité d'être partie prenante de l'expérience qui s'annonçait ou, au moins, d'y accompagner les
La semi-insurrection qui répondit à la tentative de coup d'Etat, en janvier 1991, du duvaliériste Roger Lafontant, amena à surestimer le rapport de forces et le niveau d'organisation de la population. En fait, aussi bien ceux qui axèrent leur politique
1) Sur la situation en Haïti, voir Inprecor n° 365 du 19 juin 1992.
MER DES CARAVERS sur une dénonciation et un débordement d' Aristide que ceux qui prônaient un soutien critique furent confrontés à un problème majeur : dans les villes, le développement du mouvement populaire resta faible. Pire encore, l'avènement d'un nouveau régime exerça un effet pervers sur une partie des militants qui avaient contribué à la victoire électorale. A Port-au-Prince surgirent en grand nombre de prétendues organisations populaires. Or elles se réduisaient bien souvent à quelques individus soucieux d'avoir un moyen de pression pour obtenir un emploi de la part de l'Etat. Le manque de "culture démocratique" et la misère induisaient une lutte pour la survie et le "job", une course pour investir des places au sein de l'Etat.
Sous cet aspect des choses, les mécanismes à l'œuvre sous les régimes antérieurs tendaient à se reproduire, et cela jusque dans l'entourage du président. Le moins que l'on puisse dire est qu'il a négligé ce grave problème. Il n'a pas non plus pris sérieusement en compte la nécessité vitale de l'organisation autonome de la population. L'un ne pouvait aller sans l'autre.
Dans un texte intitulé "Pour convertir nos revers en victoires" , l'Organisation politique Lavalas tirait, en juin 1992, un premier bilan de l'action gouvernementale. On y lit au sujet des efforts mis en œuvre par le gouvernement pour mobiliser la population que « dans tous les cas régna l'informalité dans la détermination des responsabilités. Cela alimenta la tendance au "voye monte" (la promotion) de quelques personnalités ou de quelques activistes. Ces derniers s'appliquèrent à accaparer des portions de pouvoir, dans tous les domaines, aux dépens de la concertation, du partage d'expériences et de la mise en commun des efforts. De конів telles pratiques, vues avec réserve par de nombreux cadres et militants, compromirent le succès d'initiatives créatrices qui pourraient être efficaces si elles étaient concertées et planifiées ». Aristide avait lancé, le 4 février 1991, l'idée de la construction d'une Organisation Lavalas. « Cependant, lit-on dans le même texte, la nécessité de la mise sur pied d'une telle formation, partagée à des degrés divers par certains, était méconnue par d'autres, quand elle n'était pas tout simplement combattue, en fonction de ce culte de la spontanéité (...). De février à septembre 1991, l'Organisation Lavalas n'arriva à se concrétiser que de façon embryonnaire et partielle ».
Le manque de cadres compétents et honnêtes à même de gérer l'Etat, les difficultés de la gauche et du mouvement populaire, et la faiblesse des traditions démocratiques sont des facteurs qui ont pesé très lourd de février à septembre 1991. Quelles que soient les circonstances politiques, ils continueront à peser encore longtemps.
Quadrillage
La dictature qui a suivi le coup d'Etat du 30 septembre 1991 a porté des coups très durs à la gauche et aux organisations populaires. Voici le témoignage, qui n'est pas du tout exceptionnel, de "Yves, un militant politique de Limbé" publié en novembre 1992 par le mensuel Haïti Information Libre : « Je dors tous les soirs avec deux chemises, deux pantalons et mes chaussures. Je dois être toujours prêt à me sauver au cas où l'on viendrait m'arrêter la nuit. Parfois je passe deux jours ici et cing là chez des amis (...) Depuis le 8 décembre 1991, je dors dans trois localités différentes. Je suis bien obligé de faire des kilomètres à pieds, traverser des montagnes la nuit (...) Aujourd hui, j'ai de graves problèmes économiques, je ne peux pas cultiver mon lopin de terre depuis que le chef de section et ses adjoints ont lâché des boeufs qui ont tout détruit ».
De nombreux groupements paysans ont été détruits. Un des objectifs du coup d'Etat était de briser les secteurs organisés des quartiers populaires et de remettre au pas les paysans, qui s'étaient beaucoup politisés depuis quelques années. Les réseaux d'organisations populaires n'ont cependant pas été démantelés, même s'il est très difficile d'organiser des réunions, particulièrement à la campagne. Le quadrillage des campagnes et des bidonvilles par l'armée et les para-militaires est bien plus serré que sous Duvalier, encore que la répression varie sensiblement d'un endroit à l'autre. Certains responsables locaux sont en effet prudents : ils savent que la situation politique peut changer. Mais, même en cas de retour d' Aristide au Palais national, il est peu probable que le climat de peur disparaisse rapidement si l'armée n'est pas fortement ébranlée. Depuis un an, les courageuses mobilisations de la jeunesse scolarisée n'ont pas entraîné dans leur sillage d'autres couches de la population, soumises à une répression bien plus féroce encore que les étudiants.
Faible espoir
Au début du mois de janvier 1993, Bush, puis Clinton, ont donné l'impression qu'ils voulaient exercer de fortes pressions sur les hommes au pouvoir à Port-au-Prince : envoi du général des marines à Port-au-Prince, déploiement de navires de guerre dans les eaux haitiennes sous le prétexte d'intercepter les boat-people haitiens. Il y a une bonne part de comédie dans tout cela, comme dans tout ce que les EtatsUnis ont entrepris depuis le coup d'Etat. Mais dans quel objectif?
Selon une partie de la presse nord-américaine, Bush et Clinton ont promis qu'Aristide allait bientôt revenir à Port-au-Prince afin de retenir en Haïti les deux cent mille boat-people qui, écrivait-on, allaient submerger les plages de Floride dès l'entrée en fonction de Clinton. Ce dernier avait en effet promis que les Haïtiens ne seraient plus interceptés en mer et refoulés vers Port-au-Prince. Mais avant même son entrée en fonction, il revenait sur cette promesse. Ce que, sous la présidence de Bush, il avait qualifié de mesure "cruelle" était devenu une nécessité "humanitaire"
La raison fondamentale de ces grandes
2) Marc Bazin, désigné le 2 juin 1992 au poste de Premier ministre.
manœuvres de Washington doit cependant être recherchée ailleurs que dans le problème posé par les boat-people. Maintenant que la répression a atteint une grande partie de ses objectifs, l'administration nord-américaine s'inquiète de plus en plus de l'échec du coup d'Etat sur le plan politique. Le gouvernement de Marc Bazin qui, depuis le printemps dernier sert de couverture à la dictature, est isolé (2). Il semble qu'à la fin de l'année 1992, les Etats-Unis avaient acquis la conviction qu'il n'y avait pas beaucoup d'issues possibles à cette crise politique : l'organisation par les putschistes de prétendues élections générales (ce dont Bush aurait menacé Aristide s'il n'acceptait pas les conditions qui lui étaient posées) ou bien, à plus ou moins brève échéance, le retour du président constitutionnel à Port-au-Prince, bien encadré, voire mis sous tutelle. Mais, à Washington et à l'ambassade des EtatsUnis en Haïti, Aristide ne manque pas d'adversaires ayant les moyens de retarder au maximum son retour.
L'échec de Bazin a été mis en évidence le 18 janvier 1993, lorsque se sont tenues des élections destinées à remplacer quatre députés et le tiers du Sénat. Elles furent massivement boycottées par la population. Dans le département de l'Artibonite, seul 1% des électeurs potentiels a participé au vote. Les rues de Port-au-Prince furent désertées par la population jusqu'au soir. L'objectif de ces élections était de donner de nouveaux députés et sénateurs à l'alliance qui regroupe essentiellement le MIDH, parti de Bazin, et le PANPRA dirigé par Serge Gilles (3). Ces partis pensaient obtenir ainsi ce que les électeurs du 16 décembre 1990 leur avaient refusé
Quatre membres du PANPRA participent au gouvernement mais, de plus en plus, ses militants et même ses députés l'abandonnent. Le PANPRA était sensé apporter à la dictature la caution de l'Internationale socialiste. En février, en présence d'Aristide. le conseil de l'Internationale socialiste, s'est prononcé en faveur de sanctions "contre le gouvernement militaire de fait" et a "condamné les élections du 18 janvier". Lors de cette réunion, le
KONAKOM, autre formation socialdémocrate haïtienne, se distinguait en demandant que le PANPRA quitte le gouvernement.
Cela n'empêchait pas, quelques jours plus tard, le FNCD, dont fait partie le KONAKOM, d'inviter à une réunion une série de politiciens dont un bon nombre sont hostiles au retour d'Aristide, ou ont même participé au coup d'Etat. Par contre, selon le journal haitien Libète, l'Organisation politique Lavalas ne fut pas invitée. Observateurs internationaux
Une mission civile, constituée par l'OEA et l'ONU a commencé à arriver en Haïti au mois de février. Elle devrait compter dans quelques semaines environ cinq cent personnes. Bazin a finalement accepté le principe son déploiement après avoir obtenu que le texte fixant les mandats de la mission d'observateurs soit revu. Dans la nouvelle version, la mission est chargée "d'aider à garantir le respect en Haïti des droits de l'homme" et de faire des "recommandations". Mais ses pouvoirs ont été réduits, le gouvernement de facto se voit octroyé une certaine reconnaissance, et "les autorités" ne doivent plus s'engager à "appliquer le plus rapidement possible" ses recommandations. Par ailleurs, la manière dont les observateurs sont en train d'être recrutés ne laisse rien présager de bon quant à leur rôle futur.
Il semble bien qu'ils vont servir davantage les intérêts des Etats qui financent la mission que ceux des victimes de la répression. Parallèlement, l'ONU et l'OEA doivent engager de nouvelles négociations avec les putschistes. Certains, comme Robert White, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Salvador, estiment qu'Aristide sera rétabli dans ses fonctions d'ici environ six mois. Mais, depuis le coup d'Etat, la politique des putschistes et de leurs acolytes a toujours été de faire s'éterniser les négociations, de revenir sur les accords signés, de gagner du temps jusqu'à la fin du mandat d'Aristide. Et
Clinton, sur lequel Aristide semble beaucoup compter, a déjà pris l'habitude de revenir sur ses promesses. Au moins n'a-t- il rien promis de précis à Aristide lors de leur entrevue, le 16 mars 1993 ! Une chose est certaine : la mobilisation populaire sera décisive. L'armée et ses partisans en sont eux- mêmes bien conscients.
Le 25 février, Mgr
Romelus, le seul évêque qui soutient Aristide, célébrait à Port-au-Prince une messe à la mémoire des 2000 victimes d'un naufrage. Elle prit un tour contestataire
Lorsque Mgr Romelus sortit de la cathédrale, entourée par l'armée, il fut battu et ses vêtements déchirés en présence de diplomates et des responsables de la mission civile.
Cette agression et la répression sauvage qui s'abattit ensuite sur la ville dont Mgr Romelus est l'évêque laissent penser que les putschistes ne sont pas disposés à laisser le peuple relever la tête et entendent démontrer qu'ils continueront à faire ce qu'ils voudront, avec ou sans la présence d'observateurs internationaux.
Affaibli et morcelé, le mouvement populaire se trouve dans une situation difficile. Mais il ne peut qu'être encouragé par le haut niveau de conscience politique atteint par le peuple haitien. Il lui faut être présent dans les batailles qui s'annoncent tout en prenant le temps de débattre à fond des expériences passées, afin de définir une stratégie pour le long terme.
21 mars 1993
3) Un ancien maoiste qui a mal tourné. Le PANPRA est affilié à l'internationale socialiste et est financé par le Parti socialiste français.