Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AUSTRALIE

Tremblement de terre électoral

· Inprecor n° 369, mai 1993 · p. 9-10 · 1 432 mots

Syndicalisme Grande-Bretagne

Contre toute attente, le Labor Party a battu la coalition nationale-libérale lors des élections du 13 mars. A l'issue d'une décennie qui a vu se succéder les gouvernements du Labor Party, et qui culmine sur un taux de chômage dépassant les 10%, le Premier ministre Paul Keating ne peut guère prétendre que ses électeurs soutiennent sa politique pro-capitaliste. Même si cette dernière est encore fondée sur un accord avec les directions syndicales, elle apparaît de plus en plus proche des milieux d'affaires, ce qui tétanise la base du Parti. Incapables d'organiser une résistance à cette dérive droitière, les fractions de gauche au sein du parti ont disparu. Ken DAVIS

Yes électeurs ont rejeté les stratégies réactionnaires et le rationnalisme économique des Libéraux, le parti traditionnel de la bourgeoisie australienne, qui avait pourtant le soutien unanime des médias bourgeois. S'ils engrangent un gain marginal, c'est surtout au détriment des Nationaux, un parti conservateur des fermiers avec lequel ils sont engagés dans une coaliton permanente.

Hewson, le dirigeant de cette coalition libérale-nationale, a mené une campagne démagogique et populiste, autour d'un plan de rationalisation économique, appelé Fightback (riposte) qui tentait de capitaliser l'énorme frustration qui affecte la société.

Ces dernières années, des gouvernements régionaux dirigés par le Labor, ont été sanctionnés lors d'élections dans les "Etats" de Tasmanie, New South Wales, Victoria et Australie occidentale. Seul le gouvernement d'Etat du Queesland, dirigé par le Labor, a conservé un certain soutien populaire.

La coalition libérale-nationale a fait campagne pour restaurer la prospérité et

AUSTRALIE l'emploi en abolissant certaines taxes sur le Capital, suppression compensée par la création d'une taxe de 15 % sur les marchandises et les services.

D'autre part, les libéraux entendaient attaquer frontalement le mouvement syndical. Ils prévoyaient de faire passer une loi qui interdirait des grèves et supprimerait les conventions collectives. Les syndicats ne pourraient plus défendre les acquis en cas de travail de nuit ou de week-end, d'heures supplémentaires, de congé parental, congé de formation, pauses-repas et augmentations salariales nationales.

Guerre sociale ouverte

Des travailleurs pourraient être incarcérés s'ils brisent les accords dictés par les patrons. Les libéraux proposaient également de réduire de 3 $ les salaires horaires des jeunes travailleurs et de couper les allocations-chômage au bout de neuf mois. Les syndicats ont averti leurs membres que sous le régime du "Fightback !", ils risquaient une perte de salaire moyenne de 10 000 dollars par an.

Alors que le gouvernement du Labor avait déjà privatisé les banques et les compagnies aériennes, les Libéraux escomptaient accélérer la vente des entreprises publiques, Telecom (la société des communications nationalisées), la Australian National Line (transport naval) et les aéroports étant en première ligne. Ils programmaient de réduire les dépenses du secteur public de 10 milliards de dollars et dont 50 millions de dollars pour le secteur national audiovisuel (Australian Broadcasting Commission).

Le Labor Party au pouvoir avait déjà rendu l'inscription à l'université payante, augmenté les subventions en faveur des écoles privées et religieuses, et fait assumer par le budget de l'Etat la formation professionnelle organisée dans l'entreprise. En accélérant la privatisation du système scolaire, les Libéraux auraient encore renforcé l'inégalité du système éducatif.

Le Labor avait réduit les dépenses de santé, mais les Libéraux voulaient obliger 13 millions de personnes à souscrire une assurance personnelle, consulter dans le privé et s'adresser aux hopitaux rentables.

Sous les gouvernements du Labor Party, l'immigration était passée de 140 000 à 80 000 personnes par an. Des centaines de réfugiés asiatiques avaient été emprisonnés et déportés. Les libéraux voulaient à leur tour ramener l'immigration à 50 000, en accordant la priorité à l'immigration indispensable aux entreprises, en réduisant les programmes humanitaires et en limitant le regroupement familial. Ils avaient également l'intention de remettre en cause le droit à la terre et aux ressources naturelles des communautés d'Aborigènes, ainsi que les acquis imposés

Inprecor n° 366 février 1992

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par les mouvements écologiques, des femmes, et des homosexuel(le)s (1).

Le Labor avait repositionné l'impérialisme australien en Asie Orientale. Les gouvernements du Labor ont soutenu les interventions militaires américaines, envoyé des troupes dans le Golfe et en Somalie, et dans les conflits régionaux menés par l'Indonésie et la Nouvelle-Guinée. Les Libéraux voulaient décupler les effectifs et les moyens de l'armée australienne, en diminuant notamment les dépenses "trop généreuses" allouées à l'aide au développement du Tiers-monde. A la faveur de l'euphorie dûe à cette victoire pour le moins inespérée, Keating a promis un retour aux "valeurs traditionnelles du Labor", et rendu hommage aux "fidèles" du Labor : travailleurs de l'industrie, femmes, communautés immigrées, et ceux qui se battent pour la justice sociale. Son gouvernement, une fois réélu, a annoncé la fin de la récession, et que la restructuration du capitalisme australien, alors que le chômage n'est pas résorbé.

Renouveau républicain

Le septième accord passé entre le gouvernement et les directions syndicales annoncé comme un ballon d'essai, avant les dernières élections, était une nouvelle tentative de garantir la paix sociale, alors que le salaire réel continue de diminuer.

Le sentiment républicain, plus lié au nationalisme bourgeois qu'à la résistance de la classe ouvrière, a été ravivé par Keating. Après les élections, même certains dirigeants libéraux ont admis que l'actuel drapeau de l'Australie qui comporte l'enseigne traditionnelle de l'Union Jack, devrait être remplacé, et que la reine d'Angleterre devrait être remplacée en tant que chef de l'Etat par un président élu (2).

Les petits partis et les candidatures indépendantes ont proliféré lors de cette élection. Le système électoral qui permet des votes préférentiels pour les deux Chambres du Parlement, et comporte par ailleurs la représentation proportionnelle pour le seul Sénat, favorise le vote de conviction, notamment pour les petits partis, car il n'empêche pas d'utiliser son vote pour décider lequel des grands partis constituera le gouvernement.

Cependant, aucune des alternatives, qu'elles soient progressistes ou réactionnaires, n'a capté la frustration et le mécontentement des électeurs, ni présenté de défi cohérent aux deux partis dominants. Les Verts ont progressé sur le plan national, mais reculé dans plusieurs endroits. Les Démocrates, un parti petit-bourgeois, libéral de gauche, et officiellement le troisième parti du système, ont perdu les deux-

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W tiers de leur électorat, mais pèsent encore dans les rapports de forces politiques, au moins au Sénat.

Dans une circonscription populaire et ouvrière de Melbourne, un candidat indépendant, Phil Cleary, a été réélu, en battant le candidat du Labor avec des "votes préférentiels" des Libéraux. Il avait dû démissionner, il y a quelques mois, sur la base d'un prétexte technico-légal.

Manque d'alternative

Il jouit d'un soutien important en tant que porte-parole d'une campagne exemplaire dirigée contre le gouvernement réactionnaire de l'Etat de Victoria et la politique anti-ouvrière du gouvernement fédéral, dirigé par le Labor Party. Le Parti socialiste démocratique (DSP) a mené la seule campagne clairement socialiste en présentant 15 candidats, presque toutes des femmes (3). Certaines membres du DSP se présentaient en tant que candidates indépendantes, d'autres sous l'étiquette de l'Alliance Verte, ou encore comme candidates vertes indépendantes.

Le DSP a appelé à porter les "votes préférentiels" sur le courant vert majoritaire, sauf dans les cas locaux où les Verts avaient soutenu des lois anti-immigrés. Dans la plupart des cas, le DSP a appelé au vote préférentiel envers les Démocrates petit-bourgeois au détriment du Labor.

Malgré la présence de socialistes ou de progressistes dans certaines circonscriptions, il manquait une alternative politique de classe cohérente. Aucun secteur du Labor Party, des syndicats, des Verts ou des Democrates n'a mene de campagne prônant des solutions anti-capitalistes au chômage et à la pauvreté

Beaucoup de formations réactionnaires ont tenté de drainer les électeurs qui abandonnent les partis traditionnels, mais leur score est resté marginal. Le vivier disponible pour les campagnes fasciste, cléricale, ou xénophobe a été récupéré par le populisme des Libéraux, cela n'exclue pas que toutes ces cliques réactionnaires puissent se retrouver dans une force plus cohérente face au nouveau gouvernement de Keating.

Melbourne, 15 avril 1993.

1) Le peuple aborigène, malgré les acquis issus de ses luttes pour le droit à la terre et à une certaine justice sociale, vit encore dans des conditions voisines de celles des pays du tiers-monde.

2) Union Jack : nom du drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Le fait que le chef d'Etat australien soit encore la reine d'Angleterre, représentée par un gouverneur général, est une survivance de l'Australie en tant que colonie britannique.

3) DSP : il s'agit de l'ex-Socialist Workers Party, qui a quitté en 1985 la IV ème Internationale, dont il avait été la section, et qui entretient depuis lors des liens fraternels avec elle

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