Vladimir Klebanov est le plus connu de ces travailleurs soviétiques qui, en janvier 1978, constituèrent un syndicat indépendant (voir
Il tut deste pou alcat, a l'appel de ce syndicat dans Inprecor, numéro 27, du 28 avril 1978).
Il fut arrêté peu après, ainsi que G.T. lankov et E. Nikolaiev.
Labour Focus, publication londonienne, a reproduit récemment le récit que l'on va lire, à partir du numéro 10 du Bulletin de la Commission de travail pour l'étude de l'utilisation de la psychiatrie à des fins politiques dont le principal animateur a été Alexandre
Podrabinek.
«Le 12 septembre 1968, je fus arrêté arbitrairement et inculpé en vertu de l'article 187 du Code criminel d'Ukraine.
Les fondements de l'accusation étaient les suivants: 'L'accusé a délibérément et systématiquement diffusé des calomnies contre l'Etat et le système social soviétiques, sous forme écrite et orale...'».
En réalité, depuis 1958, je n'ai cessé de dénoncer les violations grossières du Code du notamment du décret de 1956 qui instaure la journée de six heures et la semaine de six jours de travail; j'ai exigé des salaires décents; j'ai exigé tout particulièrement que l'on cesse de dissimuler les accidents du travail dans les rapports officiels; j'ai exigé que soit rectifiée la définition des catégories d'invalides, que l'on attribue des indemnités convenables aux mineurs qui sont victimes d'accidents par la faute de la direction; j'ai exigé la poursuite des criminels qui volent des matériaux de valeur et occupent des positions importantes dans l'industrie et l'appareil soviétique;
j'ai exigé que l'on mette fin à la corruption, à l'attribution arbitraire des allocations immobilières, etc.
URSS
Klebanov : être
« Le boulot des psychiatres était de me sortir de la tête ce qui était radicalement dangereux.»
A partir de 1958, l'administration de la mine Makeyevka et du combinat «Makeyeucharbon» m'ont systématiquement persécuté. Ils ont, à plusieurs reprises, tenté de me licencier sans raison. Ils ont adressé des rapports remplis de calomnies sur mon compte au KGB, et ceci au nom de tous les travailleurs.
En 1959, J'ai ete blesse au ursage. La direction a pretendu que c'était un « malheureux acne lui incombait pas. Six mois plus tard, mon état ne s'était pas amélioré et j'avais dû renoncer à tout espoir de traitement médical. Je décidai donc de m'adresser à la Justice pour obtenir réparation. COMMENT S'EN DEBARASSER ?
Aussitôt, à la demande de la direction de la mine et sur instructions personnelles du premier secrétaire de l'organisation régionale du Parti dans le Donetsk, B. Degtyanou, la troisième catégorie de mutilés (à laquelle Klebanov appartenait -NDRL) fut exclue de la catégorie des invalides.
mineur et militant
oppositionnel en URSS
En dépit du fait que ma vue avait considérablement baissé, je fus contraint de travailler dans la mine, sous terre, comme contremaître. J'étais à cette époque également étudiant en quatrième année à l'Ecole polytechnique du Donetsk et j'aurais dû, pour cette raison, me voir attribuer un travail hors de la mine. Mais la direction refusa en invoquant mon accident. »...
En janvier 1965, la direction fit une seconde tentative pour se débarasser de Klebanov (prétendant qu'il était responsable de son accident). Elle échoua.
Klebanov poursuit : «On me donna dix jours pour quitter mon appartement. La police essaya de me jeter dehors avec ma famille, mais la solidarité des mineurs qui travaillaient avec moi l'empêcha de perpétrer cet acte arbitraire.»
Le 15 février 1966, le tribunal régional décida qu'il n'était pas compétent pour prendre une décision concernant le licenciement d'un travailleur de la catégorie à laquelle appartenait Klebanov. Ce qui, selon Klebanov, était complètement faux.
Le 23 décembre, Klebanov parvint finalement à obtenir une décision favorable après avoir fait appel auprès du ministère des mines de la République socialiste soviétique d'Ukraine et du Bureau du Procureur d'URSS.
«Blessés dans leur orgueil, Degtyanou et le ministre Khudosoutseu obligèrent le psychiatre Sherbin à établir concernant l'histoire de ma folie. Tout ce qu'il consentit à dire, c'est que Klebanou était un 'esprit chagrin, une personne chicaneuse, un cancaneur malveillant'. C'était à l'évidence des motifs insuffisants pour me priver de mon travail. Du coup, ils se précipitèrent à Moscou et y trouvèrent un autre psychiatre, un professeur, cette fois, qui diagnostiqua que je souffrais d'un 'développement pathologique de la personnalité' - sans m'avoir jamais vu ! A la suite de quoi, les mineurs parvinrent à empêcher internement forcé - en mobilisant un détachement entier de police - dans un hôpital psychiatrique.»
Pour en finir, le verdict du président du tribunal de la ville • de Makeyevka, B. Sitenko, fut que « Klebanov souffrait d'une maladie mentale qui prend la forme de la paranoïa... C'est la raison pour laquelle Klebanov, travailleur des mines, n'avait cessé de se plaindre depuis 1958, affirmant que la direction de la mine trompait les travailleurs sur leurs salaires. » ! APPREHENDE, PUIS ARRETE
Cet arrêt fut rendu en dépit du fait que le Procureur de la région du Donetsk, I. Bashkanov, et le chef adjoint du département de l'industrie lourde d'Ukraine, I. Nikolaiev, aient reconnu le bien-fondé de la plainte déposée par Klebanov contre la direction. Le ler mars 1965, Nikolaiev écrivait : ~.
« Le camarade Klebanov nous informe qu'il s'est adressé aux organes du Parti et des Soviets il y a de nombreuses années, leur demandant d'enquêter sur les malversations dans les mines -vol de charbon et de bois, dissimulation des accidents du travail dans les rapports officiels, violation du code du travail, détournement de fonds de l'entreprise, leur demandant d'obliger les coupables à rendre des comptes. Les preuves que fournissent les lettres de Klebanov ont été complètement vérifiées... L'ancienne direction de la mine et d'autres ont été amenés à rendre des comptes serrés par le Parti et T'administration, concernant leurs malversations dans le champ de la production».
En fait, aucune sanction ne fut prise. La plupart des individus concernés furent au contraire promus, par exemple Leshko, premier secrétaire de l'organisation régionale du Parti, devint second secrétaire - mais du Comité central d'Ukraine. Il est maintenant président du Con seil des ministres d'Ukraine.
Entre temps, Klebanov continua a lutter et, le 4 mars 1967, obtint que le professeur N. Tatarenko prononce un diagnostic invalidant celui de la paranoïa et le rétablisse dans la troisième catégorie des invalides; il évoquait les traces d'un accident cérébral et cranien, une atrophie partielle du nerf optique gauche. Il recommandait que Klebanov travaille comme dessinateur, ou anime un club. Mais on ne lui donna du travail comme ingénieur-dessinateur qu'en septembre 1967. VENGEANCE
Mais les autorités de Makeyevka et du Donesk n'étaient pas prêtes à se satisfaire de cet épilogue. Elles montèrent de toute pièces contre les travailleurs qui soutenaient Klebanov, en vertu de l'article 187 du Code criminel d'Ukraine. Des centaines de travailleurs furent transférés vers d'autres puits, quelques-uns furent astreints à des conditions de travail tellement abominables qu'ils durent l'aban-
Klebanov fut arrêté le 12 septembre 1968 et jeté dans la prison no 1 du Donetsk. En octobre, le premier Enquêteur du bureau du Procureur de Make yevka, Sergeyev, lui rendit visite et lui demanda de signer son acte d'inculpation. Klebanov refusa et Sergeyev lui déclara alors qu'il s'agissait d'une simple formalité. Son sort était déjà décidé. On le transférerait à la ville d'Igren pour lui faire subir un examen psychiatrique en règle et on le déclarerait atteint de maladie mentale. On l'incarcérerait ensuite dans un hôpital spécial du MVD, afin qu'il cesse, à l'avenir, d'être un mauvais exemple.
« Ma famille se trouvait dans une situation terrible. Cela faisait à peu près trois ans que je me trouvais sans travail. Ma femme, des suites d'un accouchement, était fréquemment malade. Elle ne travaillait pas. Il fallait nourrir et vêtir nos deux enfants. Quand je me suis trouvé sans travail, nous avons vendu littéralement tout. Toutes nos économies s'étaient envolées.
En signe de protestation, je commençai une grève de la faim dès le premier jour de ma détention. Le 27, on me transféra dans une cellule isolée au sous-sol. On enleva ma couverture et l'enveloppe de mon matelas. Il n'y avait pas de vitre à la fenêtre. Il faisait humide. J'étais transi. Le vent froid de fin septembre entrait dans la cellule.
Le second jour, je fus battu par un lieutenant du MVD qui commença par m'enchaîner les mains et les pieds, me jeta à terre ensuite et commença à me
Le lieutenant colonel Tsventukh essaya de me persuader de manger en installant dans ma cellule un voleur qui faisait la grève de la faim depuis cinq ans; son aspect était terrifiant. Un squelette. Des hommes comme celui-là, nous n'en voyons que dans les films sur les camps de concentration.»
Au bout de vingt jours, Klebanov fut enchaîné et nourri de force par un tube de caoutchouc qui lui blessait le nez sans cesse. Il finit par abandonner sa grève de la faim parce que personne ne savait qu'il la faisait. Il demanda pourquoi on ne le soignait pas; on lui répondit alors que sa «folie» n'était qu'un prétexte et que les vraies. raisons, c'était les intérêts de l'ordre social
Comme il continuait à admettre qu'il était fou, on le transtera à l'hopital spécial du
MVD de Dniepopetrovsk le 18 février 1969. « Par les conversations des infirmiers des services de nuit, j'avais déjà entendu parler de cet hôpital comme d'un endroit que l'on ne quittait que les pieds devant". Selon eux, on n'y envoyait que ceux qui avaient commis les meurtres les plus terribles, les plus brutaux. En chemin, commencèrent par me dépouiller. Puis on me remit entre les mains de l'infirmier-chef Bondarenko. Je n'avais pas trouvé mes affaires en quittant la maison de fous... Bondarenko portait mon maillot de sport. Un autre de ces apaches avait ma chemise. Ils se disputaient mes pantoufles. Bondarenko me dit que je n'en aurais plus besoin : 'tu ne sortiras pas vivant d'ici. CE QUE «GUERIR» VEUT DIRE
Le boulot des psychiatres était de me sortir de la tête ce qui était socialement dangereux"; en effet, il y a plusieurs années, - et en particulier en 1960, j'avais été l'instigateur d'une plainte collective et avais rassemblé les signatures des travailleurs. J'avais transmis leurs griefs aux organes des soviets et du Parti. En tant que responsable syndical, je me faisais le porteur des critiques à l'égard de la direction. C'est ce qu'ils appelaient 'miner leur l'autorité' C'est de cela qu'ils essaient de guérir les gens ici...»
A l'hôpital, Klebanov ne cessa, de lutter un instant : «Je commençai à revendiquer que l'on me réintègre dans ma catégorie d'invalides et à exiger que l'on attribue une pension à ma famille. Le Procureur de Makeyeuka, I. Gaiko, le président du Tribunal Sitenko et Kobzisky, le chef des mines et du combinat, dirent à mon épouse: 'Nous vous accorderons cette pension à une condition : reconnaissez que votre mari est un malade mental... Si vous ne •le faites pas, vous serez réduits à la misère, vous crèverez de faim'.»
Pour finir, au début du mois de septembre 1970, le tribunal régional du Donetsk ordonna qu'on le place dans la section d'isolement du Donetsk no 1. Le directeur de l'hôpital spécial du MVD, Katkov, dit : «C"est la première fois que je vois ça depuis des années que je travaille au MVD ». Après que Klebanov ait refusé au tribunal de reconnaître qu'il était fou, il fut transféré de prison en hôpital psychiatrique et d'hôpital psychiatrique en prison : il fit différents séjours dans les institutions suivantes: hôpital psychiatrique no 1 de Makeyev, Institut Serbsky, prisons du Donetsk, de Kharkov et Butynsk. Plus personne n'eut de ses nouvelles : « Ma femme et mes enfants se firent à l'idée que j'etais mort.».
En juin 1972, Klebanov obtint que soit prise une décision en sa faveur concernant le paiement d'une indemnité couvrant la période du 2 septembre 1968 au moment présent. Le 7 juin 1973, la Cour-suprême d'Ukraine-ordonna qu'il soit remis en liberté. Mais ce n'était pas la fin de ses ennuis. Le 26 septem-
Vladimir Klebanov bre 1973, le tribunal local, plein de rancune, déclara Klebanov «non responsable de ses actes» et le priva de ses droits civiques. «Le refus de permettre à ma famille de participer aux suprême d'URSS et de la République socialiste soviétique d'Ukraine eut un retentissement important dans le voisinnage à Makeyeuka et amena le premier adjoint du Bureau du Procureur de la République socialiste soviétique d'Ukraine, M.T. Slivayeu, à élever une protestation personnelle.»
Le tribunal régional cassa la décision du tribunal local le 19 avril 1974, mais il fallut encore six mois pour que les autorités locales appliquent cette décision. La direction de la mine, elle, refusa et de donner du travail à Klebanov, et de lui payer une indemnité : « On dressa une discrimination contre moi Lorsque je demandai du travail à mes soi-disants "camarades, ils dirent que j'étais fou. Lprs-
que j'ai demandé que l'on me paie mon salaire, conformément à la décision du Conseil des ministres de la RSS d'Ukraine et du Conseil ukrainien des syndicats. du 28 octobre 1966 (no 1203), ils me dirent : 'mais vous êtes en bonne santé'.
J'essayai de trouver du travail. Le directeur de la mine Khoronzhy me dit, le 6 mai 1974 : 'Il est impossible de vous donner du travail dans cette mine parce qu'il n'y a pas de postes vacants. En outre, nous réduisons le nombre d'ingénieurs et de techniciens dans la mine.' Aucune entreprise ne voulait de moi parce que mon livret de travail parlait de la mention : licencie pour cause d'arrestation. Ce qui constitue une infraction flagrante au code du travail. II faut la preuve que l'on a été relâché. On ne m'en a pas donné. Ma demande de réhabilitation ou de suppression de cette mention sur mon livret de travail ne reçut pas de réponse.» trois mois minimum qui permettra de passer les échéances de trésorerie. UNE INCROYABLE ENDURANCE
La biographie de Klebanov s'arrête malheureusement et nous n'avons pas davantage d'informations sur lui jusqu'en 1977. Pendant cette période, il a porté ses pétitions à Moscou. Là-bas, son endurance et sa détermination incroyables firent le leader incontesté du groupe des ouvriers venus déposer des réclamations. Le 10 février, il fut arrêté avec VS Chevegov par des agents du KGB qui essayèrent de l'inculper des attentats par bombes commis dans le métro de Moscou. Au poste de police, un psychiatre aux ordres attendait et Klebanov fut emmené à l'hôpital psychiatrique du Donetsk pour deux mois. Pendant ce temps, des agents du KGB et le bureau du Procureur de Makeyevka mirent à sac son appartement ainsi que celui de T.I. Volkova, de
V.V. Chetverikov et Z.T. Klebanov, sans mandat du Procureur. Au cours de cette fouille, on lui vola 2100 roubles qui représentaient une partie du dédommagement pour son injuste détention dans l'hôpital psychiatrique de Dniepopetrovsk.
L'enquête sur ses plaintes fut interrompue sur instruction du bureau du Procureur de l'URSS.
V.F. Luchkov furent arrêtés par les agents du KGB du Donetsk et du poste de police no 108 (dirigés par le capitaine du KGB V.S. Pakhomov et le capitaine de police Kochetkov)
en dépit des protestations de plus de quarante camarades de
Klebanov, de Chetverikova et
Luchkov et d'une foule de Mos
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LA SPN 2, rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil covites en colère. Tout ceci eut lieu à l'entrée principale de la poste télégraphique principale dans la rue Gorky. Ils furent emmenés au poste de police no 108 et insultés par le chef de la police, le lieutenant-colonel Zubkov.
Klebanov fut transporté de force à l'hôpital psychiatrique no 7. Le 22 décembre 1977, les agents du KGB du Donetsk le tranférèrent à l'hôpital psychiatrique régional no 1. Afin de justifier les actions arbitraires du KGB, on lui diagnostiqua un
«développement paranoïaque de la personnalité» qui le portait à se faire le champion de la
«justice». Chetverikova et Luchkov durent signer un engagement à quitter Moscou dans les
72 heures.
Le 21 décembre 1977, 17 membres de l'Association du Syndicat libre signèrent une protestation collective à ce propos. Ils mettaient l'accent sur le fait que : « le comportement de V.A. Klebanov n'a rien de 'socialement dangereux'» et ils exi- La remise en liberté de V.A.
Klebanov, illégalement et arhospitalisé à
Phôpital psychiatrique no 7. - Que les travailleurs médicaux de l'hôpital psychiatrique no 7 et son directeur le docteur M.S. Rubashov se conprécisément instructions concernant l'hospitalisation immédiate du
Ministère de la Santé. - Que l'on tienne compte de la pétition collective signée le
7 novembre 1977 par 43 personnes et adressée aux autorités pour qu'elles proposent une solution aux problèmes soulignés dans la pétition.
Ils réussirent à obtenir sa libération, mais le 27 janvier 1978, une nouvelle tentative fut faite d'arrêter Klebanov, Chetverikova, et Luchkov. Tandis qu'ils marchaient dans la rue Gorki à Moscou, ils furent emmenés de force au poste de police le plus proche sans mandat du Procureur ni même quelque explication que ce soit. Cette fois-là, l'opération du capitaine du KGB V.S. Pakhomov échoua complètement - le rapport de forces étant tel qu'au cours du combat qui s'ensuivit, leurs camarades aidés par les passants s'arrangèrent pour les protéger de la violence arbitraire des prétendus défenseurs de la loi et l'ordre. Cependant, le 7 février 1978, Klebanov fut à nouveau emprisonné à Moscou et une nouvelle fois emporté à l'hôpital psychiatrique du Donetsk où il fut placé au régime de 'strict isolement'. Aux dernières nouvelles, il a été transféré en mai 1978 d'un hôpital psychiatrique du Donetsk à une prison. Si cela se confirmait, cela pourrait indiquer que Klebanov a été inculpé... Note