Non à la stérilisation forcée I Les femmes décident I
La Campagne internationale pour le Droit à l'Avortement vous demande de soutenir la Journée d'Action internationale du 31 mars 1979.
Nous vous demandons de soutenir notre revendication sur le droit des femmes à la contraception et à l'avortement, et contre toute stérilisation forcée. Ces revendications sont internationales.
Nulle part au monde, les femmes n'ont le droit absolu de contrôler leur fertilité, le droit absolu de décider si oui ou non elles veulent des enfants, et dans quelles conditions.
Des millions de femmes encourent des mutilations et la mort parce que leur droit à la contraception, leur droit à l'avortement légal et dans de bonnes conditions est nié par la loi de l'Etat et de l'Eglise. Les femmes subissent les blessures physiques des avortements clandestins, elles sont parfois emprisonnées et toujours humiliées parce qu'elles revendiquent ce droit. Beaucoup de femmes du Portugal, d'Espagne, du Maghreb, d'Italie ou d'Irlande, par exemple, se voient dans l'obligation d'accomplir des voyages très coûteux à l'étranger pour obtenir un avortement dans de meilleures conditions. Un nombre incroyable de femmes meurt chaque année des suites d'avortements clandestins, alors que tout le monde sait que l'avortement est une opération sans danger lorsqu'elle est pratiquée dans de bonnes conditions.
Dans certains pays comme la Suisse, la Hollande, l'Allemagne fédérale ou la Belgique, l'avortement est toujours illégal, mais il est toléré en pratique. Ainsi, on continue à refuser aux femmes le droit de contrôler leur corps, et de telles restrictions formelles permettent de faire monter les prix de cette opération tout en la faisant passer pour une expérience traumatisante et culpabilisante.
Les lois libéralisant l'avortement qui ont été passées dans des pays comme les USA, la France, l'Italie ou la Grande-Bretagne imposent de sévè res restrictions au droit de choisir, telles que des limites dans le temps, le refus de ce droit pour les mineures et les immigrées, ainsi que les «clauses de conscience» qui « légitiment » le refus des médecins de pratiquer des avortements. Selon ces lois, les femmes dowent souvent four nir la preuve qu'elles ont été violées, qu'elles souffrent « d'instabilité mentale», ou qu'elles courent des « risques graves» pour leur santé afin d'obtenir un avortement. Et dans la plupart des pays, c'est au corps médical que revient la décision finale.
Ces lois ne garantissent pas la mise en place des équipements nécessaires. La hiérarchie médicale contrôle les services publics et s'oppose souvent aux soins médicaux gratuits et socialisés pour les femmes, faisant ainsi monter le prix des avortements, et ne laissant aux femmes pauvres que le recours aux avortements clandestins. En Angleterre, où les soins médicaux sont gratuits, les avortements effectués dans les hôpitaux publics restent une exception, et 50% d'entre eux sont pratiqués dans des cliniques privées où il faut payer. Aux USA, où seuls 18% des hôpitaux publics effectuent des avortements, la subuen tion médicale pour la prise en charge de l'avor
tement a maintenant été supprimée, bien qu'elle continue à couvrir 90% des frais relatifs à la stérilisation.
Dans de nombreux pays, il n'existe aucun droit à l'avortement, et les femmes qui décident d'en avoir un risquent des peines sévères. Dans d'autres pays, des droits ont été accordés, puis retirés. Israël, par exemple, est sur le point de restreindre le droit à l'avortement pour les femmes dont la vie est gravement en danger, et en Nouvelle-Zélande, une nouvelle loi n'autorise l'avortement que dans des cas extrêmement limités qui n'incluent même pas le viol. Les femmes prisonnières chiliennes violées par leurs gardiens n'ont pas le droit de se faire avorter en raison d'une loi récente qui accorde des droits humains au fœtus. En Europe de l'Est, on avance maintenant l'argument que le droit des femmes de choisir doit passer après les besoins de l'Etat en matière économique et démographique. La Roumanie et la Hongrie ont rendu plus difficile l'obtention de l'avortement et de la contracep-
Les programmes de contrôle de la population sont utilisés, dans certaines régions d'Amérique latine, d'Afrique et des Indes, ainsi que parmi les femmes des minorités opprimées et les femmes pauures des USA et d'Europe, pour imposer aux femmes la stérilisation et la contraception forcées. A Porto Rico, par exemple, 35% des femmes en âge d'avoir des enfants ont été stérilisées. On ment aux femmes en leur disant que la pauvreté est due à la « surpopulation», et l'aide économique des pays étrangers s'accompagne d'un appel à la limitation de la population. Dans beaucoup de pays, les médecins sont payés, plus pour faire des stérilisations que pour donner des informations sur la contraception. Partout, la stérilisation forcée est l'instrument de politiques racistes. L'information et l'accès à la contraception restent souvent un privilège de riches. La recherche pour des moyens contraceptifs sûrs et sans danger n'est pas menée à cause du contrôle des trusts pharmaceutiques multinationaux qui déterminent leurs priorités, non pas en fonction des besoins des femmes, mais en fonction de ce qui leur rapportera le plus de
Les effets secondaires des méthodes contraceptives sont parfois tenus secrets et provoquent de sérieuses maladies chez certaines femmes. L'usage de contraceptifs par les mineures est activement découragé, et dans beaucoup de pays, il existe une interdiction formelle concernant la publicité à propos de la contraception, à la télévision comme dans l'ensemble de
Les conditions de travail dangereuses, les substances toxiques utilisées dans l'environnement et dont on se sert dans les guerres altèrent les veso en Italie. et la pulvérisation de défoliants par les USA au Vietnam du Nord ont été à l'origine d'innombrables cas de fausse-couches, de stérilité et de malformations monstrueuses chez les fœtus.
Les lois et les attitudes sexistes imprègnent toute l'existence des femmes, sur le plan sexuel comme du point de vue de leurs fonctions reproductives. Dans certains pays, par exemple, les organes sexuels des filles sont mutilés par l'infibulation et par l'excision, de façon à ce qu'elles ne puissent connaître de plaisir sexuel lors qu'elles sont adultes. L'homosexualité est considérée comme anormale, et le meurtre des épouses infidèles n'est pas considéré comme tel, mais comme un « crime d'honneur». Les lois sur le mariage acceptent le viol au sein du mariage comme normal. Dans certains pays, l'avortement n'est légal que si une femme mariée est considérée comme adultère. Les femmes ne peuvent exprimer librement leur sexualité, alors qu'elles vivent dans des sociétés qui condament celle-ci et pénalisent les enfants nés hors du mariage.
Les femmes ne sont pas seules face aux problèmes auxquels elles sont confrontées. Dans le monde entier, des femmes luttent pour le droit de contrôler leur corps dans de bonnes conditions, et pour décider si, et quand elles veulent des enfants.
Le lutte pour le droit à l'avortement légal et sans danger a été impulsée par le Mouvement de Libération des Femmes. Mais cette lutte concerne tous les mouvements et tous les individus qui se battent pour des droits démocratiques et pour la justice sociale. Les thèmes du droit des femmes à contrôler leur corps - contraception, avortement, et refus de la stérilisation forcée - sont devenus des problemes internationaux, qui ont imposé débats et confrontations dans le monde entier. Les forces qui s'opposent au droit des femmes de choisir sont puissantes. Elles incluent les gouvernements, les églises, le corps médical, les partis politiques et les organisations anti-avortement qui obligent les femmes à souffrir et à mourir au nom de la moralité. Le résultat de la lutte pour vaincre ces forces aura un impact sur toutes les batailles pour des droits humains élémentaires.