La conférence de Paris, après celle de Copenhague, ouvre un champ important de réflexion et de débats (1). Voilà en effet plusieurs années que la question des solidarités européennes était posée au plus haut niveau par l'évolution même des politiques gouvernementales et la réorganisation du capital. L'Acte unique date de 1986 et le traité de Maastricht est au cœur de ces problèmes depuis près de trois années. C'est donc avec un grand retard que se concrétisent ces premières tentatives de confontation et de débats entre forces qui se situent à la gauche de la sociale-démocratie "maastrichtienne". Claude GABRIEL
La liste des participants à la Conférence de Paris montre que la plupart des organisations présentes sont issues de la crise des partis réformistes traditionnels. Soit elles en sont des scissions, soit elles en constituent des courants radicalement oppositionnels. Il y a aussi — présents à Paris ou bien nouveaux signataires de l'appel — quelques partis communistes que leur évolution autorise dorénavant à l'unité d'action avec d'autres courants du mouvement ouvrier.
C'est donc la crise du mouvement ouvrier, et singulièrement de la socialdémocratie et du stalinisme, qui a permis de poser dans des termes nouveaux la question de la solidarité et de l'unité face aux attaques du patronat et des gouvernements européens. Ce délai coûte cher en termes de rapport de forces social et de moyens militants. Et la Conférence de Paris s'est ainsi déroulée dans un contexte politique et social qui limite, pour le moment, les possibilités d'expérimentation.
La réunion du 12 juin présente d'ailleurs une réalité contradictoire. Toutes les organisations et courants participants
EUROPE s'efforcent de s'opposer aux désastres de la crise capitaliste, aux politiques d'austérité et au projet d'unification communautaire. Mais une grande disparité existe au niveau des perspectives politiques, des moyens de lutte et quant à l'appréhension du capitalisme lui-même.
Il y a d'un côté une volonté affichée de débattre et de réagir, mais de l'autre une très forte hétérogénéité politique.
Volonté de débat et hétérogénéité politique
L'essentiel est cependant ailleurs. Il a été possible de lancer cette initiative internationale et publique avec des courants écologistes, réformistes de gauche et marxistes-révolutionnaires. Or elle peut être un levier important pour l'avenir si elle se traduit dans les mouvements sociaux comme, par exemple, l'anti-racisme ou les luttes syndicales.
Une simple préoccupation "politique", voire électorale (à l'approche des élections européennes de juin 1994) ne permettrait pas de reproduire cette expérience du 12 juin. Par contre, le bon usage du pluralisme et de l'unité qui a présidé aux débats de Paris devrait être une clef importante pour les luttes sociales à venir. Certains des courants représentés ont, en effet, un poids réel dans leur pays respectif et ont des responsabilités reconnues dans les mouvements sociaux.
L'enjeu est donc là : exercer une pression positive sur les initiatives militantes, parler concret et favoriser les perspectives d'action unitaire en Europe. Le vrai défi sera dans ce lien possible entre les débats, de Copenhague et Paris, et un investissement, militant et pluraliste, dans les mouvements de masse.
C'est de cette articulation que dépendra un éventuel progrès dans la définition d'une Europe alternative à celle de Maastricht. La liste est d'ailleurs très longue, de toutes ces luttes et de tous ces mouvements où les engagements pris à Paris pourraient avoir d'importantes conséquences : dans des campagnes anti-racistes européennes, contre le chômage et pour la réduction du temps de travail, dans le mouvement féministe (notamment en défense du droit à l'avortement), dans la
1) Voir Inprecor n° 369 de mai 1993.
constitution d'un mouvement anti-militariste et anti-impérialiste, etc.
Beaucoup de ceux qui étaient là ont des forces à engager dans de telles batailles. Et si le débat idéologique et stratégique doit avoir toute sa place, l'essentiel se jouera d'abord sur les revendications immédiates. Voilà l'enjeu et l'intérêt de la
C'est la raison pour laquelle la IVème Internationale et ses sections ont joué, à cette occasion, un rôle moteur. Beaucoup de démonstrations restent sans doute à faire après ce premier essai.
Mais c'est à tort que d'autres organisations qui se réclament, elles aussi, du socialisme et d'un projet révolutionnaire, préfèrent rester à l'écart de telles initiatives. Il s'agit ni de brûler les étapes ni de rêver. La Conférence de Paris indiquait bel et bien ce qui est, aujourd'hui, possible et
25 juin 1993 Les nouveaux signataires
A la liste des premiers signataires, publiée dans Inprecor n° 369 de mai, se sont joints :
Joseph ZISYADIS, député et président du Parti suisse du travail (Suisse)
Charis GOLEMIS, membre du secrétariat de l'AKOA (Grèce)
Per GAHRTON, porte parole des Verts (Suède)
Gudrun SCHYMAN député, présidente du Parti de la gauche (Suède)
Johan LONROTH, député, vice-président du Parti de la gauche (Suède)
Eva NIKELL et Kjell PETTERSON, porte-paroles du PS, (section suédoise de la quatrième interntionale)
François HOUTART, CETRI, (Belgique)
Pierre GALAND, président d'OXFAM (Belgique)
Ken LIVINGSTONE, député travailliste (Grande-Bretagne)
Jeremy CORBYN, député travailliste (Grande-Bretagne)
Gilles PERRAULT, écrivain (France)