Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER ETATS-UNIS

Une conférence pas comme les autres

· Inprecor n° 371, juillet 1993 · p. 28-30, 30-31 · 4 088 mots

Syndicalisme Brésil Stalinisme

La Conférence des Labor Notes (1), édition 1993, avait été annoncée comme devant être "très spéciale" ", et ce n'était pas de la publicité mensongère. La conférence, cette année, était différente et bien supérieure aux précédentes, qui avaient toutes été des rassemblements enrichissants de syndicalistes cherchant à échanger leurs expériences et à comprendre le déclin décourageant du mouvement syndical, au cours des deux dernières décennies. Franck LOVELL*

La conférence de cette année a été de loin la plus importante ; avec plus de 1 100 participants. Les débats étaient centrés autour du thème "Solidarité et démocratie" , mais ils ont été plus spécifiquement définis autour de l'idée que « le mouvement ouvrier a besoin de son propre programme politique ». Et, lors de la séance de clôture, Elaine Bernard, la directrice du programme syndical de l'université d'Harvard et Bob Wages, président de Syndicat des travailleurs du pétrole, de la chimie et du nucléaire (OCAW), l'ont répété : les travailleurs des Etats-Unis ont besoin de leur propre parti, basé sur une résurgence du mouvement syndical.

Bernie Sanders, un membre du Congrès indépendant, élu dans l'Etat de Vermont, a ouvert la conférence par une adresse sur la nécessité d'une « charte des droits des travailleurs américains ». Il s'est prononcé pour une réforme fiscale, un système de santé avec centre de remboursement unique (comme au Canada), une réduction des dépenses militaires, des grands travaux publics et une semaine de travail plus courte. Son intervention a été suivie par toute une palette de prises de parole sur la « solidarité au-delà des frontières ».

Baldemar Velazquez, dirigeant du Comité d'organisation des ouvriers agricoles (FLOC), a parlé de la solidarité des ouvriers agricoles des deux côtés de la frontière mexicaine pour des augmentations salariales et de meilleures conditions de travail, et a montré comment dans les deux pays, les politiciens et les agences gouvernementales servaient les intérêts des gros planteurs et n'avaient de cesse d'étouffer les syndicats indépendants.

Cela a été confirmé par plusieurs autres travailleurs du rang canadiens et mexicains, pour la plupart non-syndiqués. Ils ont évoqué les difficultés liées à la syndicalisation à l'époque des compagnies multinationales.

Militer à l'époque des multinationales

La principale commission, intitulée « solidarité dans la diversité » a donné la parole à des représentantes des mères travailleuses, des Travailleurs noirs pour la justice (BWFJ) et à la fraction syndicale gay et lesbienne. Cette commission a surtout été animée par des femmes et était présidée par Mary Hollens de l'équipe des Labor Notes, et s'est achevée sur un message : « Notre diversité peut être notre force si notre mouvement est capable de reconnaître et d'accepter les différences de race, d'ethnie, de sexe et de préférences sexuelles.»

Pas moins de 22 ateliers étaient programmés, donnant la parole à des militants expérimentés et au fait de tous les aspects des luttes ouvrières — des maquiladoras de la frontière mexicaine à la "démocratisation" en Afrique du Sud. L'atelier sur la « solidarité avec l'Afrique du Sud », a vu la participation de Bobbie Marie, dirigeant national du syndicat des travailleurs de la métallurgie, affilié au Congrès des syndicats sud-africains (COSATU). D'autres ateliers travaillaient sur la bureaucratisation de l'Alliance du travail libre-Congrès des organisations de l'industrie (AFL-CIO).

L'atelier chargé de mettre sur pied des conventions internationales a rassemblé des dirigeants de tendances oppositionnelles de plusieurs syndicats, dont Jerry Tucker de la nouvelle direction du Syndicat unifié des travailleurs de l'automobile (UAW). Les travaux de cet atelier ont été dirigés par Susan Jennik, membre de l'Association pour la démocratie syndicale, un organisme spécialisé dans l'assistance juridique et les conseils aux groupes d'opposition au sein des centrales bureaucratisées.

Les 56 forums ont pratiquement tous vu une forte participation. Un cheminot a dit que les rencontres de travailleurs dans sa branche, révélaient un regain d'intérêt

*L'auteur est membre de Solidarity et est un partisan de longue date de la Quatrième internationale. Nous publions ici une version abrégée d'un article paru initialement dans Bulletin in defense of marxism, en juin 1993.

1) Labor Notes est un mensuel de formation des militants syndicaux, qui prone la démocratie ouvrière dans les syndicats et qui ouvre largement ses colonnes aux tendances oppositionnelles démocratiques.

Page 29

pour le syndicalisme, dû aux attaques brutales de la part des compagnies et du gouvernement, y compris du Congrès des Etats-Unis, en matière d'emploi et les conditions de travail dans les chemins de fer. Le niveau de conscience des cheminots, en particulier ceux qui se considèrent comme partisans des syndicats, serait en train de changer. Si les travailleurs affichent en général des illusions et des espoirs dans le parti démocrate et sur ce que l'administration Clinton peut faire pour eux, a-t-il dit, les licenciements et la recrudescence des accidents ont provoqué du ressentiment et suscité la détermination à faire grève pour riposter.

Cela a déjà amené quelques changements dans la direction élue du syndicat (certains bureaucrates inamovibles ont été limogés et il y a au moins des têtes nouvelles), et les conditions semblent être mûres pour une résurgence syndicale.

Plus de 33 rencontres syndicales et par branches industrielles se sont tenues : travailleurs de l'automobile, des transports aériens, du bâtiment, de la santé, des transports publics, des services postaux, etc., formateurs et responsables syndicaux, avocats des syndicats, fractions syndicales, associations communautaires pour la reconversion industrielle, solidarité avec Haïti et autres secteurs du mouvement

Une fraction "personnes de couleur" s'est tenue, autour de Ron Daniels, de la Campagne pour un nouveau lendemain, et de Matt McCarten, le dirigeant d'une formation néo-zélandaise appelée Nouveau parti travailliste. Auparavant, une telle fraction n'aurait guère attiré l'attention, les syndicalistes progressistes présents étant plutôt préoccupés par la lutte de tendances. Cette année, elle a connu un véritable succès et a suscité des débats dans les autres ateliers. Certains y ont vu un approfondissement de la conscience et de la compréhension politiques des cadres intermédiaires des syndicats, y compris des absents à la conférence.

Diversité et internationalisme

Juan Gonzalez, le dirigeant de l'Association de la presse à New York et de la grève du Daily News de 1991, a évoqué lors d'un banquet, la nécessité de « réinventer l'organisation du travail ». Il a souligné l'évolution de la composition de la classe ouvrière aux Etats-Unis, qui est sans cesse renforcée par des immigrants venant du "Tiers-monde", surtout du Mexique, d'Amérique centrale et du Sud. L'impérialisme américain s'est approprié pendant un siècle les ressources naturelles de l'Amérique latine, et en cette fin de siècle, les masses paupérisées de l'hémisphère sud viennent aux Etats-Unis dans l'espoir de réclamer une partie des richesses volées. Après avoir analysé les politiques antiouvrières des administrations Reagan et Bush, et leur conséquences aux Etats-Unis et ailleurs, Gonzalez a considéré comme peu probable que l'actuelle administration puisse s'en démarquer au point de faire cesser l'exploitation et l'oppression de la classe ouvrière.

La conclusion évidente était que les travailleurs des Etats-Unis ne pourront s'assurer une vie meilleure qu'en s'appuyant sur l'organisation de leur propre pouvoir économique et politique. Ceci n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd ! Les applaudissements, nombreux et soutenus, laissaient penser que c'était exactement ce que beaucoup étaient venus

Du côté des "Teamsters"

Les intervenants de la commission « Au sein du nouveau syndicat des Teamsters » ont fait l'état des lieux au terme de la bataille ayant permis le renversement de la bureaucratie sclérosée de la confédération géante des "Teamsters" (syndicat desroutiers et travailleurs des industries connexes) - qui compte plus de 1,5 million d'affiliés, dont des milliers travaillent en industrie et dans des entreprises liées au transport routier. Ils ont décrit le syndicat depuis l'élection, l'an dernier, de Ron Carey et la liste de 15 candidats réformateurs à la direction nationale.

Selon eux, le succès est tributaire des capacités de l'opposition à organiser, diriger, éduquer et mobiliser la base syndicale ; et cela requiert beaucoup de patience ! Un des participants a souligné l'importance des prises de décision démocratiques et la nécessité de petits groupes organisés — tels que la tendance Teamsters pour un syndicat démocratique

Selon lui, l'une des décisions les plus importantes de la TDU a été le soutien de la candidature de Ron Carey à la présidence de l'IBT. Rétrospectivement, on s'accorde généralement à penser que Carey n'aurait pas été élu sans le soutien de la TDU. Mais d'un autre côté, où en serait aujourd'hui la TDU si elle n'avait pas soutenu Carey ? Aujourd'hui, l'alliance Carey/TDU contrôle la direction nationale et la vieille garde s'est retranchée dans les nombreuses instances locales de l'IBT. Ces bureaucrates ont déclaré la guerre à Carey et au syndicat international. Il faut maintenant mobiliser la base pour continuer la lutte anti-bureaucratique.

Un syndicaliste de longue date a ensuite voulu insister sur les points faibles de ces luttes : malgré les succès exceptionnels du mouvement de rénovation des Teamsters, les réformateurs ont attendu trop longtemps avant de prendre des mesures contre les couches intermédiaires de la "vieille garde" bureaucratique. Quand, au bout d'un an, les bureaucrates intermédiaires, de mèche avec le patronat, continuaient à diriger les syndicats locaux comme avant, brouillant les revendications, etc., certains militants ont commencé à penser que malgré la victoire de Carey, rien n'a vraiment changé. Il y a un risque de démoralisation, de démobilisation et de désorientation.

Si beaucoup d'énergie a été dépensée en vue de la victoire électorale, et si le crédit en revient principalement à la TDU, il y a eu un relâchement par la suite. Il fallait combattre l'illusion que remporter les élections suffisait, et la TDU doit aujourd'hui fournir une orientation capable de remobiliser toutes les forces qui ont contribué à gagner la première bataille de transformation du syndicat, de continuer à purger le syndicat des fossiles retranchés dans les échelons intermé diaires, qui pratiquent la corruption, se remplissent les poches, travaillent pour le patronat, et refusent de se battre pour les besoins et les intérêts des adhérents.

Voir plus loin

A un niveau plus global, a-t-il ajouté, le besoin se fait sentir d'une direction qui ait une vision claire des modalités de transformation de la société. Le problème ne peut pas être résolu seulement au sein des "Teamsters", du syndicat des travailleurs de l'électricité, ou de tout autre syndicat. C'est un problème de système social. La bataille pour transformer le mouvement ouvrier doit être menée par des gens qui ont une conception radicale, une vision de l'avenir et de la meilleure façon d'organiser la société. Si on doit appeler ces gens des communistes, alors qu'il en soit ainsi. On ne peut pas avoir peur des rouges, a-t-il conclu, et espérer accomplir des changements fondamentaux.

Un autre atelier était consacré à un sujet indissociablement lié à toute stratégie gagnante pour transformer le mouvement ouvrier (et qui en serait une partie incontournable) : la "réforme du système de santé". Le débat a été, comme prévu apparemment, essentiellement animé par des militants associatifs. Deux questions ont été soulevées dans une première sous-commission : « Le Congrès adoptera-t-il une loi officialisant une forme de compétition "dirigée" permettant aux assurances

Page 30

blicains s'accordent toujours pour adopter des législations qui arrangent le patronat. Pourtant, au moment de voter, les électeurs qui refusent de se prononcer pour les républicains et qui n'aiment pas plus les démocrates, sont rappelés à l'ordre : « Si vous ne voulez pas que votre voix soit perdue, vous n'avez pas le choix. Alors choisissez le moindre mal et votez pour les démocrates. »

E. Bernard a incité son auditoire à rejoindre le mouvement pour un parti des travailleurs offrant à ces derniers le seul choix sensé qu'ils aient jamais eu dans l'urne. La logique de son argumentation était si transparente ét son message si persuasif que ses auditeurs semblaient complètement gagnés à sa cause et ont répondu par une standing ovation.

Pour un parti des travailleurs

L'intervenant suivant était Robert Wages, le président international d'un important syndicat de l'AFL-CIO, l'OCAW. Il a ouvert son discours de façon provocatrice, en affirmant qu'il était un bureaucrate syndical, ce qui n'a surpris personne. Puis il a assuré qu'il était différent des autres bureaucrates de l'AFL-CIO puisque son syndicat est le seul à se prononcer officiellement pour un parti des travailleurs basé sur une renaissance du mouvement syndical. Des sondages réalisés par des instituts indépendants confirmeraient ses dires. Les mêmes sondages montrent aussi que les membres de tous les autres syndicats, dans d'autres régions du pays sont massivement favorables à un parti des travailleurs.

Wages a affirmé qu'il avait été convaincu de la nécessité d'un parti des travailleurs pour l'avenir des syndicats en analysant la plateforme démocrate de 1992. Il s'est rendu compte que le mot "syndicat" n'y était pas mentionné une seule fois. Et d'expliquer, par contraste avec ce qui prévaut actuellement, ce qu'un parti des travailleurs signifierait en termes de bien-être et de protection pour les syndicats, et pour les besoins de la classe

Il envisage une renaissance du mouvement ouvrier contemporain similaire à ce que représentait le mouvement du CIO dans sa période de formation, dans les années 30, c'est-à-dire un mouvement social qui cherche à améliorer les conditions de vie de tous. Avant qu'il ne termine son discours, la salle était conquise. Une "ancienne combattante" du syndica-

2) Ici, "Virginie occidentale" est pratiquement synonyme de santé des mineurs

Page 30

privées de réaliser des profits exorbitants sur la santé ? Ou la volonté majoritaire d'un système de remboursement unique l'emportera-t-elle ? ». Dans cette commission, des militants pour la réforme du système de santé ont exposé leur programme d'action à court et à long terme, y compris en lançant un appel aux syndicats.

Le second "sous-atelier" était organisé par des syndicalistes, dirigé par des dirigeants de l'OCAW, un membre du Syndicat des fonctionnaires canadiens et des militants de l'Organisation pour le droit à la santé de la Virginie de l'Ouest (2). Pour gagner un large soutien et une influence politique sur le sujet, les syndicats doivent défendre le principe de système de santé gratuit et universel et diriger la lutte pour obtenir ces objectifs.

La séance de clôture a commencé par une intervention d'Elaine Bernard dont la seule présence expliquait déjà l'affluence inhabituelle. Elle est très populaire dans la fraction radicalisée du mouvement syndical, issue de la lutte contre la guerre du Vietnam et dont les animateurs sont devenus permanents syndicaux ou dirigeants locaux de leur fédération. Elle est lucide face à la bureaucratie syndicale et explique dans une langue imagée que le gang des dirigeants syndicaux actuels est formé de véritables « lieutenants ouvriers de la classe capitaliste ». Elle explique que cette bureaucratie s'oppose de façon inflexible à l'idée d'un parti des travailleurs aux EtatsUnis et soutient lâchement les démocrates, même lorsque le Parti démocrate défend et approfondit la politique économique antisyndicale des grandes compagnies, parce qu'elle a fait sien le programme politique du patronat.

Elle qualifie ce dernier de « programme conservateur de trusts » conçu pour relancer les profits et paupériser la classe ouvrière. Une partie de ce plan consiste, d'après elle, à faire semblant de croire que le capitalisme aux Etats-Unis repose sur une société sans classes, où tout le monde fait partie de la "classe moyenne" à part les très riches, à peine mentionnés, et les très pauvres, qui ne comptent pas. Elle plaide en faveur d'une reconnaissance sincère de cette réalité politique, au moins de la part de ceux qui prétendent représenter les travailleurs et de ceux qui aspirent à les diriger.

Dans le système bipartiste actuel, les électeurs ouvriers n'ont pas le choix en matière de politique électorale, et cette "vérité" leur est constamment assénée par leur syndicat, leur patron et par toutes les officines gouvernementales et autres fonctionnaires. Ce dogme est défendu avec tant de verve que la plupart des électeurs y croient ; ils se rendent compte que le Parti républicain sert uniquement les riches, et ils ne font pas confiance aux démocrates parce qu'au Congrès, démocrates et répu-

Page 31

lisme a écrit que Wages était devenu son candidat pour les élections présidentielles de 1996 !

Une collecte a permis de rassembler 20 000 dollars. Cela milite en faveur des Labor notes et du mouvement syndical progressiste que ce magazine a créé et sur lequel il doit s'appuyer. Seul un mouvement pouvant subvenir à ses besoins et à ceux de ses publications, en s'appuyant sur la classe ouvrière, pourra se développer et finalement être capable de transformer la société. Tous les présents ont retenu quelque chose de cette conférence, et ont eu l'impression d'avoir été témoins des prémisses d'un nouveau départ du mouvement ouvrier des Etats-Unis.

Alors que l'équipe des Labor notes pliait bagages, un autre petit secteur du mouvement ouvrier organisé s'installait pour une convention de l'UAW sur les négociations salariales. Les participants venaient en bus spécialement affrétés des aéroports ou des locaux syndicaux de Detroit et de la "Maison de la solidarité", l'antre de la bureaucratie de l'UAW. Le contraste entre les sortants et les entrants était percutant : différence de génération et aussi différence de moral. Ceux qui étaient sur le point de s'en aller restaient en groupe, discutant encore de la signification de leur conférence et de ce qui y avait été accompli ; les autres venaient par routine.

Au-delà des différences superficielles, il y avait aussi des différences matérielles. Les participants à la conférence des Labor Notes avaient payé les frais de participation de leur poche, la plupart ont payé leurs frais de transport, même lorsqu'ils venaient de loin. Ils sont venus apprendre et contribuer à leur tour aux travaux de la conférence. Les délégués de l'UAW, eux, savaient que tout était décidé d'avance. Ils venaient faire de la figuration, parce qu'ils avaient été payés pour. Chaque délégué recevait une indemnité journalière, et ses dépenses étaient couvertes.

Il faut cependant signaler les dangers et les difficultés, les défis lancés à la gauche du mouvement ouvrier. Cette conférence n'a fait que jeter les bases pour les affronter, le succès dans la lutte pour une vie meilleure pour la classe ouvrière des Etats-Unis ne sera finalement assuré que par des changement massifs dans la conscience des masses. Lorsque des millions de travailleurs réaliseront un jour que c'est eux, et eux seuls, qui peuvent changer leurs conditions de vie, alors viendront des transformations sociales inédites et inimaginables. Les travaux préparatoires de cette conférence des Labor Notes, auront contibué à ce changement. *

New York, juin 1993 à Jay, dans l'Etat du Maine.

subissait une cuisante défaite au terme d'une grève traditionnelle.

ils s'en tiennent, en revanche, à une stricte application des réglements.

times innocentes d'une lutte syndicale sur laquelle elles n'exercent aucun contrôle.

pas être responsable vis-à-vis des actionnaires.

continue et concerne les marques de sucre Domino, Redpath et GW.

détermination de la base, y compris des non-syndiqués à se battre pour leurs propres intérêts. *

Enrayer le déclin syndical

Parce qu'un boycott international du trust sucrier Tate & Lyle a été organisé, la lutte ouvrière de Decatur dans l'Etat de l'illinois, revêt une importance particulière. Elle utilise de nouvelles formes de luttes au moment où le mouvement syndical vit une crise. Les travailleurs de la société Staley de Decatur entravent la production plutôt que de faire grève dans des conditions de défaite probable. Ils combinent la grève du zèle avec des actions extérieures. Si elle réussit, cette stratégie montrera qu'une altemative aux grèves atomisées est possible. La section locale d'Allied Industrial Workers (AIW) de Decatur, a donc décidé d'enrayer le déclin du mouvement syndical. Le patron de la société Staley a attaqué le syndicat. Staley, une filière du trust du sucre britannique Tate & Lyle, exige des concessions du syndicat, mais embauche aussi de nouveaux employés. La direction a recouru aux services d'un cabinet spécialisé dans la lutte anti-syndicale, puis elle a engagé un nouveau directeur des relations sociales, célèbre pour avoir congédié et remplacé 1 200 grévistes du papier

Pourtant, les 763 syndicalistes savent qu'une grève militante ne suffirait pas. Au même moment, la branche locale du Syndicat unifié des travailleurs de l'automobile (UAW) de Caterpillar

Le syndicat a fait entrer dans la danse ses propres alliés, deux personnalités originales du mouvement syndical et des forces militantes du monde entier. Le premier des deux "marginaux" est Ray Rogers célèbre pour avoir conseillé des grévistes du Syndicat des travailleurs de l'alimentation et du commerce (UFCW) de la société Hormel à Austin dans l'Etat du Minnesota et pour avoir coordonné une attaque des syndicalistes contre l'image de marque de la compagnie; le deuxième est Jerry Tucker, ancien dirigeant local de l'UAW et dirigeant de la tendance Nouvelles orientations. Tucker est passé maître dans les stratégies non-grévistes et prône des formes de lutte du type grève du zèle, où les travailleurs n'aident pas l'entreprise à rattraper ses quotas de production et où

Résultat : depuis que la société a adopté unilatéralement la demière convention collective, la production a chuté de 32,4 %, selon le vice-président, Patrick Mohan qui a décidé de ne pas se représenter à la direction de la banque Magna, dans l'illinois central : sa décision n'a "rien à voir" avec le boycott de la banque Magna, appelé par le syndicat et "il ne démissionnera pas avant la fin de son mandat le 30 juin". Le boycott continue pourtant. Robert Powers, le président de Staley, siégeait à la direction de la banque First America de Decatur, ceci jusqu'à ce que le syndicat ait étendu le boycott de cette banque régionale au Michigan, à l'illinois et à l'Indiana. Les deux banques et la direction de Staley affirment à qui veut bien les entendre que les banques ne sont que les vic-

La stratégie du syndicat reposait sur une argumentation différente. Les syndicalistes font du porte-à-porte, distribuent des tracts révélateurs de la pingrerie de Staley et de ses pratiques dangereuses pour l'environnement, l'économie locale et la santé physique des travailleurs. Des tracts ont été envoyés aux organisations régionales des syndicats et associations du mouvement social, appellant à un boycott des institutions financières qui ont des liens étroits avec Staley: « Ne déposez pas votre argent dans les banques qui oppriment la communauté ». Les organisations sont appellées à retirer leurs fonds de ces banques et à convier leurs membres et alliés à les suivre, tandis que des lettres d'informations sont envoyées aux directeurs des banques concernées. Le syndicat tente de convaincre ces derniers que le maintien des rapports avec Staley ne vaut pas les risques financiers encourus. Le 5 mai, lors d'une manifestation, il a organisé en marge une rencontre des actionnaires de Magna à Saint Louis. Il a exhorté la direction à couper ses liens, pour ne

Des manifestations avaient eu lieu le 27 janvier à la société-mère lors d'une réunion générale annuelle à Londres. Les travailleurs ont averti les actionnaires de l'impact négatif de leur lutte sur la valeur de leurs actions et sur les profits de la compagnie, supérieurs à 400 millions l'année passée. Plus de 35 syndicats en Europe, Australie et Canada ont apporté leur soutien aux travailleurs . Les AIW ont tenu un meeting à Saint Louis avec des représentants de chacun des syndicats des usines de la Tate & Lyle en Amérique du nord et Dave Watts, président local, attendait des représentants d'Angleterre ou Tate & Lyle tente d'imposer les mêmes réformes, et d'Australie aussi. Stephen Brown, PDG de Tate & Lyle, a démissionné le 1er mars. Le boycott des produits de la firme

Les travailleurs de Caterpillar ont été impliqués très tôt dans la campagne du boycott de First of America, après que Rogers ait révélé que James Wogsland, président de Caterpillar, siégeait à la direction de la banque. Cependant, alors que la décision d'arrêter le boycott n'avait pas été prise, PUAW ne semblait plus vouloir l'appliquer au-delà du niveau local, suite à la démission de Powers. La campagne de Caterpillar n'aurait que peu mobilisé. Des travailleurs se demandent pourquoi leur lutte ne connaît pas le même succès que celle de Staley et pourquoi ils ont appris l'existence des liens entre First America et leur patron par Rogers et AIW et non par leur section locale de l'AUW.

Il n'y a pas de solution miracle pour le mouvement syndical américain et l'issue de la lutte à Staley n'est pas encore tranchée. La détermination, l'innovation dans la stratégie, les compte-rendus réguliers, l'organisation de la solidarité ouvrière tant au niveau national qu'international sont des premiers pas nécessaires pour affronter le pouvoir des multi-nationales. La lutte à Staley, à l'inverse de Caterpillar, a montré qu'une lutte victorieuse ne peut être l'œuvre d'une bureaucratie ouvrière qui craint le pouvoir de ses adhérents, mais qu'elle sera issue de la

Une erreur sur cette page ?