Inprecor 1974–2004

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PALESTINE

Diktat ou compromis historique ?

· Inprecor n° 373, octobre 1993 · p. 9-11 · 2 989 mots

Palestine et Israël

Le texte ci-dessous est celui que publie inprecor.fr (saisi, sans erreurs de reconnaissance optique). La numérisation reste la référence : pages 9-11, 9 10 11.

La poignée de main entre le président de l'OLP, Yasser Arafat, et le Premier ministre Yitshak Rabin est certainement une de ces images qui marquent un tournant historique. Mais c'est l'histoire qui déterminera si ce tournant aura été le début de la réalisation du droit à l'autodétermination du peuple palestinien, ou, au contraire, la fin de l'espoir d'une émancipation pour ce peuple martyr, mutilé et dispersé aux quatre coins du globe.

En écoutant les correspondants et les « experts », il semblerait que le dilemme n’existe pas : Israéliens et Palestiniens se serrent la main aujourd’hui pour établir la coexistence fraternelle et pacifique demain. Comme c’est beau ! Comme c’est facile ! Malheureusement, la réalité est beaucoup plus complexe, et les points d’interrogation bien plus nombreux que les certitudes optimistes. Tout se passe comme si ceux qui, hier encore, dénonçaient avec ironie le « déterminisme historique marxiste » et les conceptions qui affirmaient l’« inéluctabilité de l’histoire », avaient, l’espace d’un show de la CNN, retrouvé les accents perdus des disciples de Staline.

L’accord mène inéluctablement à l’autonomie, disent-ils, sûrs d’eux-mêmes, et celle-ci ne peut déboucher que sur un État palestinien indépendant, sur l’ensemble de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Les dénégations virulentes de Yitshak Rabin ne sont que des écrans de fumée visant à tromper sa droite, ou, dans le pire des cas, une erreur de jugement.

Dans un accord visant à mettre fin à cent ans de conflit, il faut faire des compromis, et ces compromis sont toujours le reflet, parfois déformé, d’un rapport de forces entre les différentes parties. Le fait même qu’il y ait un accord israélo-palestinien est le résultat de l’impossibilité par l’État d’Israël d’écraser le soulèvement national palestinien et de continuer à nier l’existence d’un peuple palestinien ayant des droits sur la terre de Palestine, mais aussi de l’incapacité du mouvement national palestinien, après un quart de siècle, de réaliser son droit à l’autodétermination en brisant les structures coloniales et racistes de l’État sioniste.

L’accord israélo-palestinien est le produit combiné des deux événements politiques les plus importants des dix dernières années au Proche-Orient : l’Intifada et la guerre du Golfe. L’Intifada, ce soulèvement extraordinaire des masses palestiniennes de Cisjordanie et de la bande de Gaza, a réussi à détruire le statu quo qui s’était établi pendant près de vingt ans, et à imposer à l’opinion publique israélienne et à la « communauté internationale » de discuter des modalités d’un retrait israélien des Territoires occupés et d’une solution à la question palestinienne. C’était l’Intifada qui donnait, en 1988, au Conseil national palestinien, le courage de déclarer la formation de l’État de Palestine sur les territoires encore occupés par Israël.

Un accord inégal

C’est le nouveau rapport de forces régional et international produit par la désintégration du bloc soviétique et la guerre du Golfe qui, trois ans plus tard, réduit cet État palestinien à négocier, en Administration palestinienne autonome.

Ce que l’on a appelé la « formule de Madrid » est donc le produit combiné de deux facteurs de poids inégal : la montée de la lutte palestinienne de libération dans les Territoires occupés, d’une part, et de l’autre, le renforcement substantiel de l’hégémonie étatsunienne au Proche-Orient, avec, en particulier, l’alignement de la Syrie sur l’orbite étatsunienne, et la réduction massive du soutien financier de l’Arabie saoudite et des pays du Golfe.

Le choix imposé, à ce moment-là, au Comité exécutif de l’OLP, n’était pas simple : « C’est à prendre ou à laisser » avait dit le secrétaire d’État étatsunien, James Baker, aux envoyés de Yasser Arafat. Malgré les conditions draconiennes incluses dans la formule de Madrid, ce dernier décidait qu’il n’y avait pas d’autre choix, et rien ne permettait de laisser penser à une amélioration prochaine du rapport de forces, au contraire : la Syrie annonçait qu’elle irait à Madrid, avec ou sans les Palestiniens, l’Intifada marquait le pas, et l’Arabie saoudite coupait les vivres.

Draconiennes, elles l’étaient, les conditions imposées par Shamir et acceptées par le secrétaire Baker et le président Moubarak : négocier un statut d’autonomie pour cinq ans, sans garantie aucune sur ce que serait la situation après cette période intermédiaire ; aucun engagement du côté israélien concernant un retrait futur des Territoires occupés, alors que les Palestiniens devaient s’engager à un cessez-le-feu immédiat ; pas d’arrêt du processus de colonisation ; l’OLP disqualifiée comme partenaire, tout en ayant le droit de désigner la délégation venant des Territoires occupés. L’accord signé à Washington par Shimon Pérès et Abou Mazen, s’il déborde un peu les limites imposées à la Conférence de Madrid, reste dans le cadre défini par James Baker : Israël s’engage à retirer, en l’espace de neuf mois, ses forces militaires d’une grande partie des Territoires occupés où s’établira une administration palestinienne autonome, en échange de quoi, l’OLP s’engage à tout faire pour imposer la fin de la lutte dans et hors des Territoires occupés, et à reconnaître la légitimité d’Israël.

Les concessions faites par Abou Mazen et son équipe à Oslo sont substantielles : ils acceptent le principe d’autonomie, avant même de s’être mis d’accord avec Israël sur son contenu ; ils acceptent la présence des colons dans le territoire palestinien autonome, avec un statut extraterritorial ; ils acceptent la reconnaissance, alors qu’Israël ne s’est pas engagé à un retrait, même lointain, des Territoires occupés en 1967 ; et surtout, ils acceptent de débarrasser Israël de la bande de Gaza — le seul endroit où la résistance est efficace et crée des problèmes sérieux au gouvernement israélien et à son armée — avant de recevoir le contrôle de la Cisjordanie, sauf l’enclave de Jéricho, que Yitshak Rabin décrit, avec la vulgarité qui le caractérise, comme un « minuscule rien-du-tout ».

Compromis historique…

Hormis ce « rien-du-tout » que représente Jéricho, la seule concession substantielle faite par Israël est la reconnaissance de l’OLP. Il s’agit là, c’est indéniable, d’un tournant majeur pour l’État juif, dont les implications, au niveau de la société israélienne, sont profondes. À travers l’OLP — et ceci apparaît tout au long de la partie déclarative des accords d’Oslo — c’est, avec plus de 50 ans de retard, la reconnaissance d’un peuple palestinien ayant des « droits nationaux égaux » sur la terre de Palestine ; c’est le début d’un processus de « ré-humanisation » de l’entité palestinienne ; c’est la légitimité donnée par le gouvernement israélien aux symboles nationaux palestiniens, aux combattants et aux dizaines de milliers de martyrs de la cause palestinienne.

Mais là aussi le prix payé en échange par la direction de l’OLP est énorme : cautionner la conception israélienne de l’histoire du conflit israélo-palestinien, réduit pour l’essentiel à une lutte terroriste contre la communauté juive d’Israël, sans raison apparente, et surtout sans justification. C’est à juste titre que les familles des martyrs palestiniens se sentent profondément offensées : « Alors, nos fils et nos filles n’étaient que de vulgaires terroristes, tombés sous les balles ennemies dans une lutte qui n’avait aucun sens, aucune valeur ? » À écouter le président de l’OLP et Bassam Abou Sharif, son conseiller et porte-parole, on serait tenté de croire que toute cette lutte n’était qu’un immense gâchis, où les Palestiniens seraient tombés à cause d’un malentendu, ou des erreurs de leurs dirigeants ou, pire, pour s’être opposé à l’existence de juifs en Palestine, sans aucune raison si ce n’est un racisme primaire.

…ou compromis avec l’histoire ?

Lorsque Yasser Arafat et le Conseil national palestinien (CNP) d’Alger de 1988 offraient à Israël un « grand compromis historique », il ne s’agissait pas d’effacer le passé ou de réécrire l’histoire, mais de tourner une page douloureuse, et, ensemble, de reconstruire l’avenir. Pour un véritable compromis historique entre les deux peuples de Palestine, il faut que le peuple israélien et ses dirigeants aient le courage de regarder le passé, ancien et récent, avec honnêteté et, s’il ne peut être réparé, du moins demander pardon ; alors, et alors seulement, les mères palestiniennes pourront, non pas oublier, mais du moins tourner la page.

Il ne pourra y avoir de compromis historique entre les peuples fondé sur un compromis sur l’histoire ; tout au plus un accord entre gouvernements, lourd de malentendus et de ressentiments, gros de nouveaux conflits.

L’OLP qu’Israël reconnaît enfin, est une organisation exsangue, au bout du rouleau. Pour certains de ses dirigeants et fondateurs, tels Hani El Hassan ou Shafik El Hout, elle n’est plus qu’une ombre, une carcasse vide de tout contenu. Le pari de Yasser Arafat et de celui qui apparaît de plus en plus comme le numéro deux de la centrale palestinienne, Abou Mazen, est de remplacer l’OLP par un appareil d’État en Palestine, qui, de Jéricho et de Gaza, pourrait continuer à représenter et à diriger le peuple palestinien tout entier.

L’exemple suivi plus ou moins consciemment est celui du mouvement sioniste qui, dans les années 30, a remplacé la direction sioniste de l’extérieur par la Histadrout — structure pré-étatique en Palestine sous mandat britannique — comme centre de décision et de pouvoir pour préparer l’indépendance. C’est une expérience qui a réussi, vu qu’en moins de quinze ans, le sionisme créait l’État d’Israël sur près des trois quarts du territoire palestinien.

Reste, évidemment, à savoir si les conditions sont les mêmes et les rapports de force identiques, ce qui n’est pas l’avis d’une partie importante de la direction palestinienne, y compris dans le propre courant de Yasser Arafat, le Fatah : Shafiq El Hout, ambassadeur de l’OLP à Beyrouth et Mahmoud Darwish, ministre de la Culture au Comité exécutif de l’OLP viennent de démissionner de leurs postes respectifs.

Hani El Hassan, membre fondateur du Fatah et dirigeant historique de ce mouvement est depuis Madrid en dissidence ouverte, les chefs militaires au Liban n’acceptent plus l’autorité des dirigeants de Tunis, et même Abou Lotf (Farouk Kaddoumi), ministre des Affaires étrangères de l’OLP, a voté contre l’accord, mène sa politique, indépendamment des décisions du Comité exécutif. À quoi il faut évidemment ajouter le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique, ainsi que les organisations, moins importantes numériquement, qui se situent hors du cadre de l’OLP.

Les Palestiniens de l’extérieur ne manifestent aucun enthousiasme pour l’accord d’Oslo, qui les ignore superbement, même s’ils représentent la majorité du peuple palestinien, et s’ils ont constitué pendant plus de deux décennies, la base du pouvoir et de la représentativité de l’OLP.

Les réactions palestiniennes

Ce silence éloquent est la base de la critique des adversaires d’Arafat qui l’accusent de tourner le dos aux Palestiniens de l’extérieur, au profit d’une entité politique pour les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ; ce faisant, il détruirait l’acquis le plus important de l’OLP : l’unification du peuple palestinien en une seule nation et un seul mouvement national. C’est ce que certains appellent la « kurdisation » des Palestiniens.

Les Palestiniens de l’intérieur sont évidemment plus divisés, et l’enthousiasme décrit par les médias occidentaux est pour le moins exagéré. Le fait de voir l’OLP reconnue, la perspective d’un retrait proche des forces israéliennes, et le droit de brandir ouvertement le drapeau national pour lequel tant de jeunes sont tombés, ont sans doute provoqué une joie spontanée ; mais celle-ci est modérée par un doute sur le bien-fondé du pari de Yasser Arafat, et l’absence de certitude sur les débouchés de l’accord.

« C’est mieux que rien, et de toutes façons on n’a pas d’autre alternative », voilà ce qu’en substance affirment les habitants de Cisjordanie et de Gaza, à qui se donne la peine de leur demander leur opinion et ne se contente pas des déclarations euphoriques des notables et des résistants de la dernière heure. L’opposition organisée aux accords d’Oslo — le FPLP et le Front démocratique d’une part, l’opposition islamiste (Hamas, Jihad islamique) de l’autre — refuse le cessez-le-feu, et revendique son droit de lutter contre l’occupation israélienne tant que celle-ci continue. Elle vient de former un « Front national islamiste », dont l’objectif le plus important est de se donner les moyens d’empêcher un monopole du pouvoir et de l’activité politique par le Fatah de Yasser Arafat. En effet, tout se passe comme si Israël avait reconnu non pas l’OLP, mais Yasser Arafat et son parti, et octroyé l’autonomie non pas aux Palestiniens des Territoires occupés mais au Fatah.

La propagande israélienne et les médias internationaux font tout un battage autour des risques d’une guerre civile lancée par l’opposition, et en particulier les intégristes musulmans. Ces derniers ont pourtant déclaré qu’ils ne verseraient pas le sang de leurs frères palestiniens, ce qui n’est pas évident en ce qui concerne leurs adversaires. En effet, à suivre les festivités et les premières préparations de l’administration autonome, on remarque que ce n’est pas la Palestine libre que l’on célèbre, mais Abou Amar et le Fatah ; des dizaines de milliers de drapeaux palestiniens ont été imprimés avec, en surimpression, « OLP-Fatah » ! Même les courants liés au Fatah dans la délégation palestinienne sont ignorés1.

La liste officieuse des postes dirigeants de la nouvelle administration ne comprend que des membres du Fatah ou d’ex-collaborateurs ou éléments pro-jordaniens. Le docteur Haïdar Abdel Shafi, prestigieux et très populaire chef de la délégation palestinienne à Madrid, co-fondateur de l’OLP et indépendant de gauche, se voit nommé sous-directeur des services de santé à Gaza.

Les réactions en Israël

Le meurtre d’Abou Chaabane, cette semaine à Gaza, est attribué par tous les experts à une lutte d’influence interne au Fatah, mais elle laisse surtout entendre que l’attitude du nouveau pouvoir palestinien ne sera pas tendre envers ses opposants.

L’État israélien, en tous cas, ne fera rien pour faciliter l’élargissement de la démocratie dans le territoire palestinien autonome, et se charge dès à présent de former gratuitement ses victimes d’hier, pour tout ce qui concerne les tâches de police et de répression.

La reconnaissance de l’OLP par Israël représente un véritable tremblement de terre pour le public israélien. Les ennemis d’hier deviennent des partenaires légitimes, ceux qui ont été « déshumanisés » pendant plus de deux générations, des voisins avec qui il faut apprendre à vivre. Le drapeau palestinien, pour qui sont tombés des jeunes gens et des jeunes filles flotte librement sur les voitures et les bâtiments, y compris à Jérusalem.

Contrairement aux craintes de Rabin et de son entourage, la grande majorité de la population juive d’Israël est prête à accepter la nouvelle politique du gouvernement, et y voit une source d’espoir, même si cet espoir est atténué par la crainte que cela échoue. Le peuple israélien est fatigué de l’occupation, et la résistance, même si elle marque le pas, continue à entretenir un sentiment d’insécurité et la volonté d’en finir2. L’abstention des députés du Likoud, Meir Shitrit et Roni Milo, lors du vote sur les accords à la Knesset, est symptomatique : le premier est très proche de la base populaire de son parti, le second veut se faire élire maire de Tel-Aviv.

Ils sont tous deux conscients de ce que leur base électorale veut entendre. Plusieurs autres députés du Likoud voulaient d’ailleurs s’abstenir également, mais ont dû plier sous les pressions de la direction de leur parti. Celle-ci a fait un choix suicidaire : s’allier à l’extrême-droite religieuse et messianique dans une politique de rejet total de l’accord.

Euphorie à gauche

Dans les grandes manifestations de la droite (jusqu’à 100 000 personnes), on ne voyait que très peu de gens représentatifs de l’électorat populaire du Likoud ; par contre, les intégristes et les groupes d’extrême-droite y étaient hégémoniques. C’est ce qui explique la réaction désabusée de l’ancienne députée du parti de la Thiya : « Le peuple a perdu la foi. Il préfère la paix et la sécurité à Eretz Israël »3.

À gauche, c’est l’euphorie : pour les militants du Parti travailliste, du Meretz et de « La paix maintenant », l’occupation est finie, et tout ce qui reste à faire, c’est de renforcer le gouvernement et de soutenir toutes ses initiatives. Seul le Bloc de la Paix, un regroupement de forces de gauche critiques du gouvernement, et défendant clairement la perspective d’un retrait total des Territoires occupés, et la formation d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale, défend une politique différente4.

Tout en ayant une approche positive par rapport aux accords, il ne fait en aucun cas confiance au gouvernement israélien, et se mobilise dès maintenant pour des changements réels dans les Territoires occupés (libération des détenus politiques, retour des bannis, etc.) et pour neutraliser les colons et commencer l’évacuation des colonies. C’est sur la base de ces changements réels que se décidera si l’accord est une première étape vers le retrait total des Territoires occupés, ou un ensemble de méthodes qui permettent à Israël de mieux contrôler les Territoires, avec la collaboration d’une partie de l’OLP.

La LCR face au diktat

Dans sa résolution sur les accords israélo-palestiniens, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) israélienne analyse ces derniers comme un diktat imposé aux Palestiniens par les Israéliens, sur la base d’un rapport de forces particulièrement mauvais, tout en ajoutant que les suites de cet accord dépendent des mobilisations futures, en particulier dans les Territoires occupés, que la nouvelle situation peut d’ailleurs faciliter : « L’heure n’est pas à l’euphorie, ni au désespoir. Elle exige à la fois une lecture de l’accord, mais aussi de la façon dont les masses, palestiniennes et israéliennes, vont vivre la nouvelle situation. » Pour la gauche révolutionnaire en Israël, il ne s’agit en aucun cas de tenter de mobiliser contre l’accord, ce qui d’ailleurs n’aurait aucune signification pratique.

Au contraire, il faut s’appuyer sur la volonté de paix qui existe au sein de la population, pour rendre plus difficile toute tentative du gouvernement d’aller en arrière, et pour lui imposer de dépasser les rythmes et les limites de l’accord, et de créer un état de fait irréversible. C’est le sens de la campagne lancée, à l’initiative de la LCR, par le Bloc de la Paix pour la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens.

Une deuxième tâche, qui incombe à la gauche, est de lutter systématiquement contre toutes les tentatives de délégitimer quiconque ne s’aligne pas sur le parti de Yasser Arafat et la ligne officielle de l’OLP. Le travail d’éducation de la majorité des pacifistes israéliens reste à faire : plus que jamais, reconnaître aux Palestiniens le droit d’être, de dire, de penser ce qu’ils veulent, même si ce n’est pas conforme à ce qu’attendent d’eux les Israéliens bien-pensants.

Donner la parole aux peuples

Parallèlement, il s’agit de promouvoir des initiatives qui traduisent, au niveau populaire, la coopération qui commence à se mettre en place au niveau des classes dirigeantes : rencontres, débats, initiatives communes, soutien de comités populaires, etc. Sur ce plan, tout dépendra, une fois de plus, de la capacité de la gauche palestinienne à sortir de l’état de choc dans lequel elle se trouve, et de saisir les opportunités que la situation nouvelle lui offre, pour relancer une mobilisation populaire, non pas sur des problèmes stratégiques du genre « pour ou contre l’accord », mais pour des revendications immédiates de changement (droit à la résidence, arrêt immédiat des confiscations de terres, contre la répression) et sur la participation populaire dans le nouveau cadre qui se crée. « Nous ne sommes ni pessimistes, ni optimistes. Nous croyons que les masses ont leur mot à dire, et le diront, d’une façon ou d’une autre. »

Cette conclusion, dans la résolution de la LCR, résume ce qui, à ses yeux, doit être les tâches en Israël et en Palestine, pour tous ceux qui ont combattu pour une paix israélo-palestinienne basée sur l’égalité, le respect mutuel et la coopération entre les peuples. Après que les élites ont déterminé le cadre qui leur semble le plus efficace et le plus rentable, il s’agit de donner la parole aux peuples, et ceux-ci ont les moyens de déborder les cadres qu’on va essayer de leur imposer. La droite israélienne le sait, qui dès à présent se prépare à défendre ses intérêts par une stratégie de tension. Il reste à savoir si les forces de gauche sauront faire de même.

Jérusalem, le 30 septembre 1993

1Le Parti du peuple, ex-Parti communiste palestinien, et le Fida, fraction dissidente du Front démocratique.

2Voir Inprecor n° 372 de septembre 1993.

3Le Thiya, parti des colons, éliminé de la Knesset lors des dernières élections.

4Voir Inprecor n° 372 de septembre 1993.

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