Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PALESTINE

Paix ou reprise de la lutte ?

· Inprecor n° 373, octobre 1993 · p. 12-15 · 3 450 mots

Palestine et Israël

rythmes et les limites de l'accord, et de créer un état de fait irréversible. C'est le sens de la campagne lancée, à l'initiative de la LCR, par le Bloc de la Paix pour la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens.

Une deuxième tâche, qui incombe à la gauche, est de lutter systématiquement contre toutes les tentatives de délégitimer quiconque ne s'aligne pas sur le parti de Yasser Arafat et la ligne officielle de l'OLP. Le travail d'éducation de la majorité des pacifistes israéliens reste à faire : plus que jamais, reconnaître aux Palestiniens le droit d'être, de dire, de penser ce qu'ils veulent, même si ce n'est pas conforme à ce qu'attendent d'eux les Israéliens bien-pensants.

Donner la parole aux peuples

Parallèlement, il s'agit de promouvoir des initiatives qui traduisent, au niveau populaire, la coopération qui commence à se mettre en place au niveau des classes dirigeantes : rencontres, débats, initiatives communes, soutien de comités populaires, etc. Sur ce plan, tout dépendra, une fois de plus, de la capacité de la gauche palestinienne à sortir de l'état de choc dans lequel elle se trouve, et de saisir les opportunités que la situation nouvelle lui offre, pour relancer une mobilisation populaire, non pas sur des problèmes stratégiques du genre "pour ou contre l'accord", mais pour des revendications immédiates de changement (droit à la résidence, arrêt immédiat des confiscations de terres, contre la répression) et sur la participation populaire dans le nouveau cadre qui se crée. « Nous ne sommes ni pessimistes, ni optimistes. Nous croyons que les masses ont leur mot à dire, et le diront, d'une façon ou d'une autre. »

Cette conclusion, dans la résolution de la LCR, résume ce qui, à ses yeux, doit être les tâches en Israël et en Palestine, pour tous ceux qui ont combattu pour une paix israélo-palestinienne basée sur l'égalité, le respect mutuel et la coopération entre les peuples. Après que les élites ont déterminé le cadre qui leur semble le plus efficace et le plus rentable, il s'agit de donner la parole aux peuples, et ceux-ci ont les moyens de déborder les cadres qu'on va essayer de leur imposer. La droite israélienne le sait, qui dès à présent se prépare à défendre ses intérêts par une stratégie de tension. Il reste à savoir si les forces de gauche sauront faire de même. *

Jérusalem, 30 septembre 1993

La lutte historique entre le projet national arabe et le projet impérialiste sioniste allié à la bourgeoisie commerçante et compradore arabe aborde, avec l'accord "Gaza-Jéricho d'abord", une étape nouvelle sur le front de classe et celui de la lutte nationale. Bien que centrée sur la question palestinienne au niveau politique, cette phase concerne toute la nation arabe. Adel SAMARA *

Cela pourrait être la fin de la

C polarisation sur la cause

palestinienne, puisqu'un grand courant politique palestinien, qui prétend représenter tout le peuple, a renoncé à ce combat ; en d'autres termes, cette cause pourrait perdre son éclat pour devenir un problème à la taille du peuple qu'elle représente.

Cette étape a été marquée par l'initiative populaire de l'Intifada, puis par sa canalisation et sa domestication par la direction droitière de l'OLP (direction de Tunis) qui visait à l'empêcher de créer sa culture, sa direction, et son économie propres, pour que les réalisations de l'Intifada soient mises au service du projet du capitalisme palestinien, intégré et dépendant du projet capitaliste mondial dans la région arabe.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que le capitalisme récolte les fruits de la lutte des classes nationales et populaires, mais il existe pourtant une particularité palestinnienne, à savoir que ce capitalisme a pu renoncer aux droits nationaux d'un peuple sous couvert de le représenter, et sans qu'il y ait pour autant une explosion populaire contre lui ! Ce tournant abrupt pose une série de questions dont, à titre d'exemple : quel sera l'avenir de l'OLP après l'accord ? Quelle est la tactique de la gauche ? Quel est l'avenir des droits nationaux palestiniens ? Quelle sera la carte probable de la région ?

Depuis le milieu des années 60, l'OLP a eu pour slogan la lutte armée pour la libération de la Palestine, ce qui lui a valu une popularité certaine, devenue évidente après la défaite de juin 1967, qui l'a fait apparaître comme une force combattant l'occupation israélienne.

Il y avait alors une correspondance, même relative, entre le contenu et le cadre de l'OLP, qui représentait les espoirs de libération et de retour portés par différentes classes au sein du peuple palestinien. Mais des années de lutte ont convaincu l'aile bourgeoise pragmatique de la direction de la centrale, que ses faibles moyens ne lui permettraient pas de réaliser l'objectif de la libération.

La mutation de /'OLP

Ces conclusions ont débouché sur une série de changements programmatiques et tactiques qui ont entraîné une modification complète de stratégie, symbolisée par l'autonomie limitée et expérimentale à Gaza et Jéricho. Des couches sociales diverses sont entrées ou sorties de l'OLP pendant cette période. La centrale a d'abord été le porte-parole de l'idéologie des réfugiés et de leur aspiration au retour, l'aspiration de paysans dépouillés de leur terre — prolétarisés de force et non par l'industrialisation — à retrouver ce qu'ils possédaient. Mais elle est devenue à la longue le représentant des intérêts et des

• Economiste palestinien habitant la ville de Ramallah, en Cisjordanie, militant marxiste indépendant, emprisonné deux ans et demi par la juridiction jordanienne, et cinq ans et demi par les Israéliens.

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ambitions du capitalisme palestinien, plus précisément de ses couches compradorescommerçantes qui cherchent un climat propice à la maximisation de leurs profits. Peu leur importe les conditions de réalisation de ces profits, qu'ils se fassent aux dépens de la terre nationale ou non.

L'envergure de ce capitalisme est bien inférieure à celle qui soustend la conception et l'expérience dominante historiquement de la bourgeoisie nationale productive, dont le but est une véritable indépendance. Son développement est difforme et elle est adaptée à son handicap. Elle n'est donc pas candidate aux investissements productifs et partant, à la lutte pour la protection du marché national.

Ainsi l'OLP a changé et s'est adaptée à la conception israélienne des Palestiniens. Israël cherchait une direction palestinienne alternative aux objectifs de l'OLP, au droit au retour et à l'autodétermination, une direction qui accepte que les Palestiniens des seuls Territoires occupés soient désormais sous le contrôle "seul et légitime" d'Israël. C'est ce qu'accepte la direction de Tunis. Comment cela fut-il possible ? Le cours des négociations peut nous éclairer à ce sujet. Les négociateurs palestiniens représentent en fait les intérêts de trois fractions du capitalisme palestinien et deux sortes d'intellectuels.

1) Le capitalisme bureaucratique de la direction de l'OLP. C'est une couche représentée par l'appareil bureaucratique supérieur de l'OLP, qui maîtrise en quasipropriétaire tout ce que la centrale a collecté auprès des émigrés et des pays pétroliers, au nom de la résistance face à Israël. Cette fraction a exercé le pouvoir sur les Palestiniens et elle a investi à l'étranger, sans avoir besoin pour cela d'un Etat. Quant à la lutte, elle sait depuis les massacres de septembre 1970 en Jordanie qu'elle passerait tôt ou tard par la solution israélo-américaine. Un capitalisme palestinien?

2) Le capitalisme financier de la diaspora palestinienne : c'est un capitalisme d'entrepreneurs, de services et d'intermédiaires. De ces domaines, elle a tiré sa richesse, bien sûr sans indépendance. C'est un capitalisme réellement cosmopolite et c'est l'expression palestinienne de l'essence du capital financier mondial : la nation ou la géographie n'ont aucun sens pour lui. Elles ne sont appréhendées qu'en fonction des profits possibles.

En d'autres termes, le capital financier transféré de la périphérie au centre perd son identité nationale et adopte l'identité du centre impérialiste. Pour cette raison sans doute le capital financier de la diaspora n'a participé à aucun investissement dans les Territoires occupés. Et le mouvement dans ce sens n'a commencé qu'après Madrid. La fidélité de cette couche capitaliste se mesure à l'aune de ses comptes en banque et non des arpens de terres perdus lors de l'occupation israélienne de Jaffa en

3) Le capitalisme de sous-traitance dans les Territoires occupés. Cette fraction dépendante s'est enrichie sous l'occupation, sans l'indépendance. Elle travaille dans des sociétés mixtes (avec le capital israélien) depuis 1967. C'est elle qui a le plus intérêt à pérenniser les rapports directs avec l'occupant, car elle a été la première à échafauder des projets communs avec ce dernier.

4) Les intellectuels occidentalisés et déçus de la gauche dans la diaspora ou les Territoires occupés. La culture de ce groupe est fondée sur l'adoption de l'idéologie bourgeoise capitaliste, particulièrement en ce qui concerne l'entreprise privée, au plan économique. Par ailleurs, sa soumission à l'eurocentrisme le plus vil qui considère les autres ethnies et surtout les Arabes comme arriérés culturellement, lui fait ressentir un complexe d'infériorité face à l'Israélien ou l'Occidental en général.

Jusqu'à la lie

C'est pourquoi ils ont accepté la reconnaissance d'Israël, avec toutes les concessions concernant les droits du peuple palestinien, et qu'ils encouragent l'entrée de l'OLP dans le giron de l'administration américaine. Composante principale de la délégation aux pourparlers de paix, ils sont maintenant les zélateurs de Gaza-Jéricho. Ajoutons-y les intellectuels du Parti communiste (le courant pro-Moscou) qui ont brusquement découvert que l'option américaine était inéluctable et s'y sont intégrés de la façon la plus vile.

En ce sens, les négociations ouvertes à Madrid ne sont qu'une conférence capitaliste permanente (qui ne s'arrêtera pas) visant à organiser la circulation du capital dans la région, par la libération du commerce à l'échelle régionale, en orientant les choix d'investissements sur la base de la sous-traitance et des industries exportatrices, de la fourniture du pétrole arabe, et de l'ouverture des marchés arabes aux produits impérialistes y compris israéliens.

Dans ce contexte, le capitalisme palestinien s'est trouvé un rôle et une place, ou plutôt un strapontin, comme y ont trouvé leur compte les autres bourgeoisies arabes et les bourgeoisies d'Israël et des pays occidentaux en général. Signalons ici qu'il n'y a pas de lien réel entre le projet capitaliste palestinien et la chute de l'URSS, puisque cette dernière n'a jamais appuyé la Charte nationale palestinienne. On assiste plutôt à une maturation des intérêts du capital palestinien pour une intégration dépendante dans une structure capitaliste régionale, et dans les structures périphériques du centre impérialiste.

Blocus économique

La direction de Tunis n'a pas investi dans les Territoires occupés, encore moins pendant l'Intifada, car elle ne souhaite pas que les Palestiniens puissent compter économiquement sur eux-mêmes, position qui leur aurait permis de refuser les projets liquidateurs.

Par ailleurs, les Israéliens ont fait pression sur le peuple palestinien, lui imposant un blocus économique, et on a argué du fait que les monarchies pétrolières auraient suspendu leur aide à la direction de Tunis. L'essentiel reste que tout cela a contribué à enfoncer le peuple des Territoires occupés dans une impasse économique asphyxiante à laquelle s'est ajoutée une répression d'une ampleur inégalée, avalisée par la plupart des régimes arabes et occidentaux.

L'accord Gaza-Jéricho signifie fondamentalement le passage des Palestiniens sous l'hégémonie et la souveraineté israéliennes, en tant que minorité ethnique. Il vise à mettre un terme à la dimension politique et nationale de la cause palestinienne, à mettre fin à sa dimension souveraine et politique dans le prolongement en quelque sorte de la formule de Schultz : « Améliorer les conditions de vie sous l'occupation dans les Territoires occupés. » Cela implique que l'OLP actuelle se soit transformée en parti politique représentant une minorité nationale en Israël et qu'elle abandonne son statut de représentant et d'organisateur des droits nationaux du peuple palestinien.

En supprimant la question palestinienne, toute la région pourra rentrer sous hégémonie américaine.

La séparation entre les habitants palestiniens et israéliens sera accentuée au sens démographique et racial, pour préserver l'Etat "purement juif". Pendant la phase (ou les phases) transitoire, un lien organique sera établi entre l'économie des territoires occupés et l'économie israélienne, qui rendra la séparation économique impossible, ou contradictoire avec les intérêts de forces et classes sociales au sein du peuple palestinien. Ce processus est déjà amorcé. En effet, dans la dernière période du blocus, les territoires occupés consommaient des produits israéliens, alors que la main-d'œuvre palestinienne se voyait refuser le droit d'entrer en Israël.

A l'avenir, l'expérience de Gaza et

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Jéricho en fera deux "portes" vers les marchés arabes. Cela signifie que l'économie des Territoires palestiniens prendra la forme de zones de transit vers les économies arabes. Elle ne sera qu'une simple économie de transit. Il nous est possible de dessiner le scénario économique israélien de la négociation sur la base d'une forme spécifique de division du travail.

1) Israël continuera de concentrer les industries de pointe pétrochimiques et électroniques et sera le centre technologique développé de la région. Le travail et les capitaux seront seulement israéliens et impérialistes.

2) Israël mettra en place (cela a déjà commencé) une série d'industries traditionnelles dans trois zones :

- les zones industrielles dans les frontières de l'Etat d'Israël d'avant 1967 ;

- des zones industrielles conjointes avec le capital palestinien dans les villes

- des zones industrielles (et pas seulement traditionnelles) dans les villes israéliennes de Cisjordanie

Toutes ces industries reposent sur du travail essentiellement palestinien (et peut-être arabe) à bon marché. Israël aura une participation dans les terrains des entreprises implantées dans les

Territoires occupés, leurs bâtiments, leurs machines, leurs capitaux, leur administration et leur

3) L'emploi des habitants des

Territoires occupés dans la propagande, l'information, la commercialisation et le tourisme entre Israël et les pays arabes.

Instruments de domestication

En ce sens les Territoires occupés deviendront un ensemble de cantons dépendants d'Israël et leur rôle fondamental sera de faire transiter pour l'exportation des produits israéliens vers les pays arabes. Cantons disposant d'un "auto-gouvernement" (ou Etat palestinien non-indépendant), ils seront des instruments de domestication sur tous les plans et particulièrement économique. Au plan de la sécurité, ces cantons deviendront des administrations locales palestiniennes dépendantes militairement de l'administration israélienne. Et il existera inévitablement une politique sécuritaire commune entre la direction de ces cantons et les autorités israéliennes en ce qui concerne toute opposition à la négociation ou toute lutte contre Israël.

Malgré la répression étatique israélienne et le blocus économique contre les Territoires occupés, l'état d'esprit des masses populaires palestiniennes s'est retourné contre Madrid et les négociateurs lors des trois derniers rounds. Les opérations militaires réussies du mouvement islamique ont contribué à monter la rue contre les négociations, d'où la nécessité de faire avancer celles-ci afin que les rênes restent entre les mains de la direction de Tunis, d'autant que les partenaires dans la négociation savent fort bien que jamais moment n'a été aussi propice pour faire passer la solution, la capacité de résistance populaire étant actuellement au plus bas. La position des masses

Jusqu'ici, le refus de l'accord Gaza-Jéricho n'a pas pris la tournure de l'affrontement. Si cela peut s'expliquer par les conditions écrasantes vécues par la population, c'est aussi dû à l'inexistence de programme alternatif mobilisateur contre la droite, programme qui aurait dû être mis en œuvre au moins depuis 1982. L'ensemble de ces faiblesses a empêché que l'accord ne conduise à une explosion populaire contre la solution dans sa forme actuelle. Je ne crois pas que cette explosion soit envisageable dans les circonstances présentes, à moins que des affrontements allument la mèche de la guerre civile entre opposants au règlement et artisans, palestiniens et israéliens de ce règlement.

Cette solution conferera à la lutte entre le projet national arabe et le projet impérialiste sioniste un contenu très différent dorénavant. Alors que la cause palestiniennes a été le moteur de cette lutte, la direction a refermé le dossier et est devenue une partie de l'axe impérialiste, sioniste et compradore arabe.

Dans ce nouveau contexte seulement, le conflit arabo-israélien prendra sa dimension véritable. Dans cette situation seulement, on verra s'affronter directement le projet sioniste inaltéré et les peuples arabes, alors qu'au long de la période précédente le conflit se déroulait entre Israël et les armées des régimes arabes. Il reviendra à Israël de perpétuer le blocage du développement économique arabe, de combattre la démocratie, la culture nationale, et l'aspiration à l'unité arabe. En bref, Israël devra, de par sa structure sioniste inchangée, empêcher tout progrès de la Nation arabe. Autrefois, l'Etat sioniste remplissait cette fonction en employant la force militaire et avait face à lui des armées, aujourd'hui il lui faudra affronter les peuples et cette évolution annonce l'importance et la spécificité de la période à venir. Israël soutiendra tout régime arabe pour interdire la démocratie et perpétuer la dépendance.

Sa détermination à faire venir des millions d'émigrants juifs en provenance de différents pays du monde (y compris d'Afghanistan et du Pakistan) impliquera une nécessaire expansion géographique, bien au-delà des frontières de Cisjordanie et de Gaza.

Avec la domination du mode de production capitaliste périphérique, la question nationale ne sera plus une justification pour soumettre le travail salarié au capital, et chaque classe (en tant que classe ou fraction de classe)

affrontera l'autre, tant dans les pays arabes qu'en Israël. Un nouvel espace naturel s'offrira aux luttes sociales, en lieu et place du combat

Mutations profondes

Mais peut-être serait-il plus juste de dire que la Nation arabe va être le théâtre d'une transformation des rapports entre la lutte sociale à l'intérieur et la lutte nationale contre Israël, qui seront menées par les classes pauvres à la fois contre Israël et les

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régimes arabes. Si les bourgeoisies arabes continuent de représenter la version bourgeoise du nationalisme arabe, les masses pauvres représentent le nationalisme potentiel qui n'a pas encore joué son rôle.

Les événements récents indiquent que ce nationalisme arabe caché empruntera le chemin de l'affrontement de classe avec les bourgeoisies au pouvoir et de l'affrontement national avec le capitalisme israélien, qui remplacera en grande partie l'impérialisme dans le blocage du développement arabe et palestinien.

Le rôle de la gauche

La gauche palestinienne n'a plus de programme depuis 1987, c'est-à-dire depuis que le Front populaire est revenu au Comité exécutif de l'OLP, intégration qui s'est faite dans une certaine mesure sous la pression de Moscou. Depuis lors, la gauche s'est ralliée au programme de la droite, comme alliée récalcitrante, qui proteste continuellement, mais qui ne se donne pas les moyens d'élaborer un programme politique propre. La gauche a adhéré au programme de l'Etat palestinien, tel que l'entend la droite, en incluant la reconnaissance d'Israël, de son rôle dans la région et son appropriation de la terre palestinienne.

Depuis lors, la spécificité de la gauche s'est érodée et elle a fini par devenir une composante de l'OLP, qui n'est pas un front unique nationaliste mais une institution sous hégémonie droitière. La gauche a eu à maintes reprises l'occasion d'affirmer son identité propre et d'élaborer un programme alternatif, comme lors de la scission du Fatah en 1982, ou de l'accord Arafat-Hussein de Jordanie en 1985, ou encore dernièrement lors de la Conférence de Madrid, mais ces événements n'ont pas conduit à la cristallisation d'une position tranchée et distincte de gauche. Si une position claire de la gauche est aujourd'hui nécessaire, elle ne donnera pas de grands résultats maintenant.

La gauche doit affirmer que les signataires de l'accord Gaza-Jéricho ne représentent pas le peuple palestinien et que tout signataire ne représente que lui-même, car aucun n'a été élu ou mandaté Ce qui est encore plus important, c'est que la gauche comprenne qu'à l'avenir l'affrontement ne sera pas fait de réactions nationalistes ou sentimentales, qu'elle doit élaborer à la fois un programme social, économique et politique et ne pas se contenter d'un programme de libération nationale.

La gauche doit se battre pour les droits de la classe ouvrière, pour la protection des petits paysans, pour mettre sur pied les institutions de la société civile et démocratique. Seule la gauche peut lutter pour la libération de la femme et pour ses droits.

Un défi à relever

Ce combat qui attend la gauche sera long et la défaite des cinquante dernières années n'est pas un simple accident de parcours, mais une défaite totale. Pour s'en remettre, il ne suffira pas de le vouloir, mais il faudra y travailler de façon opiniâtre.

Il nous reste à ajouter que l'alliance éventuelle entre les forces nationales radicales et communistes révolutionnaires et l'Islam radical dans la région arabe doit rassembler les classes nationales populaires sous le mot d'ordre de boycott total, donc économique, de la nouvelle alliance israélo-palestinienne. Ainsi, les traits et la forme que prendra la lutte dans la région ne deviendront évidents que si s'achève l'intégration des classes dominantes arabes dans cette nouvelle alliance israélo-américano palestinienne. Mais ce qui est d'ores et déjà à l'ordre du jour c'est le front national arabe contre la normalisation. *

Ramallah, 5 Septembre 1993

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