Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT CANADIEN

Notre camarade, François Moreau (Hébert)

Inprecor n° 373, octobre 1993 · p. 36 · 549 mots

Notre camarade et notre ami François Moreau est décédé le 3 septembre dernier suite à une brève lutte contre le sarcome de Karprosy, une des pires maladies associées au SIDA

Agé de 37 ans seulement, François militait dans le mouvement trotskyste québécois, au sein de la Quatrième internationale, depuis 1975. Depuis 1979, il a toujours été membre de la direction centrale de la section de la Quatrième Internationale dans l'Etat canadien et a participé aux instances de direction et d'élaboration de l'Internationale. Il était membre du Comité exécutif international de l'Internationale.

Economiste de formation et professeur à l'université d'Ottawa, François était un être rare : un intellectuel professionnel voué corps et âme à la construction d'une organisation ouvrière marxiste-révolutionnaire. En dehors de ses écrits militants, François Moreau était l'auteur de trois livres sur l'économie québecquoise et de nombreuses contributions à des revues spécialisées et ouvrages collectifs.

Au moment de sa mort, il travaillait sur un projet encore plus grandiose : l'analyse concrète, chiffrée, de l'échange inégal à l'époque de la décadence impérialiste. Même au niveau de ses écrits les plus théoriques, François n'avait rien d'un intellectuel universitaire impartial, au-dessus de la mêlée. Son but était toujours de « flétrir les fleurs qui couvrent les chaînes de l'humanité, non pas pour que l'humanité n'ait plus de fleurs, mais pour qu'elle se rende compte qu'elle est enchaînée » (Marx).

François a joué un rôle inestimable dans l'élaboration de la ligne et de l'intervention politiques de la section de la Q.l. dans l'Etat canadien, Gauche socialiste/Socialist

Challenge. Les gens qui ont pu militer avec lui savent jusqu'à quel point il était infatigable dans la lutte concrète. Mais il prenait son plus grand plaisir dans un travail inlassable de formation politique et économique de ses camarades. François prenait tout le temps nécessaire pour travailler avec ses camarades syndiqué(e)s sur l'analyse concrète de leur branche, des positions du patronat ou des politiques des directions syndicales. Avec ses camarades jeunes, François ne faisait pas seulement des présentations sur l'histoire et les traditions du mouvement ouvrier révolutionnaire, il participait à l'élaboration d'une compréhension globale de l'exclusion de la jeunesse actuelle et du marché du travail et du système scolaire.

Chiffrer les besoins en garderies, critiquer les politiques gouvernementales, patronales et syndicales en matière d'équité, tout faire pour que les camarades femmes puissent jouer leur plein rôle dans l'organisation marxiste-révolutionnaire qui doit être la leur, tout cela faisait partie de la lutte quotidienne de François.

Cet été. François ne voulait pas qu'on parle de sa maladie, non parce qu'il en avait honte, loin de là, mais parce qu'il craignait que cela ne démoralise ses camarades. Il était très conscient du fait que l'ensemble des mouvements ouvrier et populaire passent par une période très difficile de luttes défensives et même de défaites. A plus forte raison, tenir haut la flamme de la lutte révolutionnaire contre cette société abominable et pour un avenir socialiste s'avère parfois pénible dans la période actuelle.

Mais François avait tort de craindre pour ses camarades. Il nous a non seulement laissé toute la richesse de ses écrits mais avant tout il nous a laissé l'exemple de sa vie mille fois plus réussie que celle de ceux qui ont abandonné le combat et sombré dans le carrérisme individualiste.

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