Le résultat des élections du 19 septembre constitue un cinglant désaveu des élites politiques issues de Solidarité et aggrave la crise politique que traverse la jeune démocratie bourgeoise polonaise. Les résultats provisoires font apparaître une nette victoire des partis qui plongent leurs racines dans l’ancien régime (SLD et PSL), une poussée de la gauche (SLD et UP), une défaite des partis liés au gouvernement sortant et un écrasement de la droite catholique.
Les résultats pour la Diète sont les suivants (en % des suffrages exprimés et en nombre de députés) : SLD (gauche post-stalinienne) 20,41 % et 171 ; PSL (paysans post-staliniens) 15,4 % et 132 ; UD (libéraux post-Solidarité) 10,59 % et 74 ; UP (gauche post-Solidarité) 7,28 % et 41 ; KPN (droite nationaliste et populiste) : 5,77 % et 22 ; BBWR (Bloc constitué à l’initiative du président Walesa) 5,41 % et 16 ; minorité allemande 4 sièges (non soumise au seuil de 5 %).
L’alliance électorale des catholiques traditionnalistes qui a obtenu 6,37 % des suffrages est éliminée faute d’avoir atteint le seuil de 8 % prévu pour les coalitions. Les autres partis, dont le KLD de l’ex-Premier ministre ultralibéral Bielecki et la liste du syndicat Solidarité, sont éliminés faute d’avoir atteint le seuil de 5 %.
Les électeurs ont ainsi clairement rejeté la politique néolibérale de restauration capitaliste et les tentatives visant à imposer à tous les oukazes de l’Église catholique. Leur vote en faveur des partis qui avaient plus ou moins clairement défendu les acquis sociaux signifie clairement l’aspiration à une autre voie de développement économique et social, capable de garantir à la fois la démocratie politique et la justice sociale.
Ces aspirations entrent en contradiction avec les programmes des vainqueurs comme avec ceux des vaincus. Tous les partis en effet ne jurent que par la « poursuite des réformes » et le respect des diktats du marché. Tous aspirent à un accord avec le FMI.
Enfin, confrontés à la profondeur du mécontentement social, les appareils politiques hésitent à assumer les responsabilités gouvernementales.
La constitution d’un nouveau gouvernement sera donc laborieuse et ce dernier risque fort de se heurter rapidement à la population laborieuse qui aspire à l’amélioration de son sort.
Septembre 1993