La victoire du Parti socialiste grec (PASOK) aux dernières élections apparaît comme celle d'un vote essentiellement défensif des travailleurs durement touchés par la crise et par l'ultra-libéralisme du gouvernement Mitsotakis. Mais les partis de droite obtiennent un score respectable (45 %) et les sociaux-démocrates grecs, autrefois chassés du pouvoir pour affairisme, semblent tentés par un "socialisme" à la française ou à l'espagnole. L'article ci-dessous, écrit avant le récent scrutin, revient sur les raisons de l'effondrement de la Nouvelle démocratie et sur la crise de fond qui frappe la Grèce. Andreas SARTZEKIS
Yes pressions pour avancer le
L scrutin, que la Nouvelle démo-
cratie (ND) de Kostas Mitsotakis refusait au départ, étaient devenues de plus en plus fortes au sein de la droite même. En effet, celle-ci traversait une crise profonde et les choix pour éviter une fracture étaient restreints : soit changer de Premier ministre, soit procéder au plus tôt à des élections législatives, pour "limiter la casse" et peut-être profiter de la torpeur de l'opposition. Ainsi, le PASOK revient au gouvernement essentiellement grâce aux contradictions internes de la droite.
Signe du malaise à droite, la visite "privée" de l'ex-roi de Grèce, Constantin Gligsburg, richissime chômeur depuis le plébiscite de 1974 qui avait mis fin au régime monarchique et renvoyé aux poubelles de l'histoire ce complice de la dictature des colonels (1967-1974). De son exil doré, Constantin, qui n'a jamais reconnu les résultats du plébiscite, multipliait récemment les provocations, revendiquant notamment d'anciennes propriétés royales qui devraient relever du domaine public.
L'ancien roi a atterri début août à Salonique, s'appuyant sur les incertitudes juridiques autour de son droit de séjour, et a entamé une visite de "simple" citoyen
GRECE avec sa famille. Cette excursion a offert au courant royaliste, au sein et en dehors de la ND, une dimension sans rapport avec sa maigre réalité : couverture du voyage par une importante chaîne privée de télévision (propriété d'un monarchiste) ; accueil quasi-officiel par des députés de la ND ; rencontre avec un courant orthodoxe fascisant. Le gouvernement a eu un comportement tragi-comique : ordre à Constantin de ne faire aucune déclaration politique (il les a multipliées !), de ne pas débarquer de son yacht, envoyant même deux navires de guerre le "menacer" (il est pourtant descendu se faire acclamer).
La bataille du roi
Cette provocation révèle la gêne de la droite qui a du mal à apparaître moderne et démocrate alors que certains de ses députés s'affichent ouvertement aux côtés d'un personnage massivement hai pour le rôle qu'il a joué sous la dictature. En même temps, les concessions faites à ces élus ainsi que son incapacité à expulser l'ex-roi montrent que, quoi qu'elle en dise, la ND reste liée aux courants les plus réactionnaires de la société grecque. Sa prétendue volonté de réorientation idéologique est un échec total. Autre conséquence du voyage : l'impression d'impuissance du gouvernement en cette occasion. Lui, si prompt à arrêter les militants syndicalistes ou antinationalistes, s'est montré ridicule durant cet épisode, sévère en menaces mais docile face aux caprices souverains
Cette image caricaturale laissée par le gouvernement a provoqué une belle colère du président de la République, Caramanlis, qui aurait même mis sa démission en jeu devant tant de concessions ; là aussi, le désaccord s'est creusé entre Mitsotakis et un président qu'on ne peut pas soupçonner d'avoir des idées de gauche ! La gauche, si elle a pris l'événement au sérieux dans ses déclarations, a fait preuve elle aussi d'impuissance
Enfin, l'"'affaire du roi" a permis de constater l'existence en Grèce, même faible, d'un courant monarchique : certaines régions, comme Mani, au bas du Péloponnèse, ou l'île de Spetses, en constituent de petits bastions. Ce voyage s'inscrivait surtout dans une période d'affirmation d'un courant nationaliste et intégriste orthodoxe qui dépasse largement les frontières de la ND et contribue en partie à la déstabiliser. La première déclaration du "simple citoyen" découronné a été d'ailleurs un hommage à la Macédoine, terre grecque, devenue depuis deux ans
l'objet d'un culte national aussi opportuniste qu'inquiétant, contre les "prétentions" de la République macédonienne (Skopje). Le pays semblant en panne de projet politique, "Kokos", l'ex-roi place lui aussi ses billes...
La privatisation du téléphone
La privatisation de l'Office du téléphone (OTE), entreprise pourtant tout à fait rentable, a constitué une autre occasion de voir se déchirer la droite. Le gouvernement voulait vendre une partie de l'OTE à une firme étrangère qui aurait la direction de fait de l'ensemble de cette société sous prétexte d'efficacité et de modernisation, et en plein été. C'est aussi à cette saison que le gouvernement avait cassé l'an dernier l'organisme public des autobus athéniens (EAS), infligeant une défaite aux travailleurs après une lutte très dure (et isolée par les partis de gauche).
Les manifestations organisées pour dénoncer la privatisation (avec le soutien des syndicats des banques et de l'électricité) ont regroupé peu de monde, malgré une participation croissante.
Mais les choses se sont corsées à la suite d'un fait inattendu : la tendance syndicale liée au gouvernement a rué dans les brancards, et sa direction a refusé la vente de l'OTE, au nom du maintien des richesses nationales, du refus des licenciements et du risque de voir un jour une société turque contrôler les télécommunications du pays (donc, peut-être aussi les communications militaires !) - cette crainte obsessionnelle de l'ennemi turc" va bien au-delà de la droite.
Un débat public s'est alors engagé, au cours duquel d'anciens ou actuels responsables de la compagnie de téléphone ont démontré que, en quelques années, l'OTE avait nettement amélioré son réseau et qu'en outre, même avec des nuances, la privatisation - sous contrôle national ou étranger — n'apporterait aucune amélioration technique ! Cette affaire ne visait donc qu'à renflouer les caisses de l'Etat, avec peut-être de bonnes combines en sous-main, comme cela s'est déjà produit. Des députés de droite ont ainsi décidé de refuser de voter le projet de loi par opportunisme plus que par désaccord, comme le prouve l'attitude de Miltiadis Evert, considéré comme un sérieux dauphin de Mitsokakis et qui allait se satisfaire finalement du déplacement de quelques virgules. Mais il a fallu que Mitsokakis se démène pour que la discipline de vote fonctionne.
La crise profonde qui frappe la droite grecque est apparue au grand jour : les désaccords ne portaient pas sur le programme économique, mais sur l'autorité gouvernementale et l'homogénéité idéologique. La droite grecque est essentiellement perçue aujourd'hui sous l'angle des scandales et du clientélisme. Le PASOK a perdu les élections pour moins que ça en 1989 ! Rappelons au passage que les anciens et actuels staliniens avaient fait alors campagne pour expliquer que la droite s'était réformée et démocratisée et qu'en conséquence il fallait faire alliance avec elle pour chasser le PASOK gangrené par les affairistes.
Et pourtant, les électeurs de droite devraient reconnaître que "leur" gouvernement a appliqué le programme. Ce dont le félicitait la bourgeoisie européenne, même si elle en veut encore plus, tout comme le ministre de l'Economie, Stephanos Manos : « Depuis dix-huit mois que je suis en poste, rien ne m'a empêché d'avancer, et quand je fais le bilan de mon travail, je pense qu'il est positif » (1).
Le programme, rien que le programme
Le maître mot de la politique économique de la droite a été celui de "modernisation". Débarrassée de tout critère de classe, l'économie grecque était qualifiée d'archaïque, à cause du PASOK, de la bureaucratie (des fonctionnaires en particulier), du manque d'insertion européenne. Frappés alors par les mesures d'austérité du PASOK et désorientés, de nombreux travailleurs acceptaient l'équation piégée : PASOK égale absence de modernisation, scandales et austérité.
Après l'intervalle nécessaire d'un gouvernement d'union nationale (en juin 89), un gouvernement de droite homogène se mettait en place, avec une assez belle marge de manœuvre : depuis lors, tous les mauvais coups portés l'ont été au nom de la "modernisation" (fermeture d'entreprises jugées non rentables, attaques contre le secteur public et vente, souvent à des sociétés étrangères, d'une partie du domaine public, pour tenter de restreindre la gigantesque dette).
En quatre ans, le gouvernement a beaucoup vendu ou voulu vendre : les autobus athéniens, des îles (1), l'office des téléphones, une partie de la montagne Parnassos (avec la plus importante station de ski du pays), la chaîne d'hôtels Xenia (propriété de l'office du Tourisme), un nouvel aéroport près d'Athènes. On prévoit la vente prochaine de la compagnie nationale d'aviation, Olympiaki, la privatisation de la Société nationale d'électricité, DEI, etc. Ce libéralisme à tous crins s'est évidemment accompagné de licenciements "inévitables" même quand, d'un point de vue capitaliste, les secteurs concernés
Il y a aussi eu les fermetures d'entreprises, et en particulier des sociétés publiques jugées non rentables le et les chantiers navals (île de Syros) ont été les plus frappés. Alors, si les dirigeants de la CEE félicitaient Mitsotakis pour son réalisme, la vraie réalité du pays, est devenue effectivement celle d'un pays capitaliste "occidental". En juillet, officiellement, on comptait 900 licenciements par jour ouvrable. Si le nombre officiel de chômeurs déclarés est d'un peu moins de 200 000, d'autres sources l'évaluent à plus de 400 000, pour un pays de 10 millions d'habitants. De véritables poches de misère apparaissent : 40 % de travailleurs au chômage à Syra, capitale de Syros (2) ; des soupes populaires à Laurion, au sud d'Athènes. Le "travail caché" traditionnel ne suffit plus à contenir les difficultés économiques quotidiennes, d'autant qu'en quatre ans, les prix ont véritablement explosé.
Certains n'hésitent plus à dire que le pays a été vendu à l'étranger, pour en faire une réserve touristique. Ce sentiment, d'ailleurs né de l'histoire même du pays. doit être compris par les militants véritablement de gauche qui devront savoir le traduire en mobilisations de solidarité internationale, en une planification démocratique, en la défense critique du patrimoine et la préservation de l'environnement (qui a donné lieu, ces dernières années, à de belles luttes unitaires).
La Macédoine sans la nommer
Même si le tourisme reste le principal secteur de la balance des paiements, dans certains domaines, le capitalisme grec est fort entreprenant et compétitif, et les huit années de gouvernement PASOK ne l'ont pas gêné, bien au contraire, alors que s'ouvrait ou s'élargissait le marché des pays de l'Est (accords récents lors de la visite d'Eltsine) et des Balkans en particulier. Les industriels grecs ont très vite compris le rôle qu'ils pourraient jouer, et ce n'est pas l'annulation judiciaire du contrat de vente de 75 % de la flotte commerciale roumaine à la société grecque Petromin qui infirme cette tendance ! Même dans le nouvel Etat diabolisé de l'ex-république yougoslave de Macédoine, des entreprises grecques sont à pied d'œuvre sans que leurs dirigeants ne soient jetés en prison !
1) Eleftherotypia, 8 août 1993
2) Syros est une des iles cyclades, qui baignent dans la partie de la mer Egée située entre le Sud-est de la Grèce, la Crète et la Turquie.
Le capital de beaucoup des plus importantes sociétés grecques est détenu à 30 ou 40 % par des sociétés étrangères, on voit que l'Etat grec joue un rôle irremplaçable pour favoriser l'implantation de sociétés européennes et américaines dans les Balkans. En retour, la Grèce trouve un point d'appui pour valoriser sa place internationale, en particulier au sein de la CEE, où elle avait jusqu'ici surtout été critiquée, sinon décriée.
Pourquoi la crise de la droite?
La droite possédait apparemment de nombreux atouts sinon pour gagner les prochaines élections, au moins pour présenter une image homogène. Or, elle a perdu. Pourquoi ? Sa politique a engendré ses propres contradictions. Pour les patrons grecs, par exemple, le gouvernement, en restant trop timide dans ses efforts de réduction de l'inflation, d'augmentation des recettes budgétaires, de compression des services publics, n'a pas suffisamment aidé au développement des investissements et des exportations. Craignant en outre qu'à l'approche des élections, les traditionnelles embauches clientélistes dans le secteur public ne réapparaissent, les patrons ont mis en garde le gouvernement.
Cette analyse est une bonne illustration des contradictions à l'œuvre, puisque les chefs d'entreprise réclament d'un côté « le contrôle strict des dépenses publiques », et de l'autre voudraient voir augmenter la consommation des ménages. Notons aussi le coup de griffe au passage contre les privatisations effectuées par le gouvernement pour des raisons qui ne semblent pas pleinement concerner les
De plus, la politique suivie n'a pas permis la mise sur rails d'un projet concret "conservateur moderne".
Même si les luttes contre l'austérité ont été difficiles et jamais victorieuses la référence reste la mobilisation des lycéens de l'hiver 1990 et celle de EAS l'an dernier -, le mécontentement a très vite pris des dimensions importantes. Face à la perspective d'une défaite, la droite s'est divisée sur la question classique : comment sauver les meubles, sans être en désaccord sur l'essentiel ? Le choix du gouvernement a été de poursuivre sa politique économique et de faire des démonstrations de fermeté à la fois inquiétantes et dévoilant sa faiblesse.
Arsenal répressif : policiers contre des syndicalistes, procès contre des militants antinationalistes, acharnement contre des anarchistes, tel Epaminondas Skeftoulis, jugé, acquitté et arrêté de nouveau. Recours à des pratiques para-étatiques : énorme scandale d'écoutes téléphoniques contre des personnalités de gauche et de droite, qui font ressurgir les trabouki et autres mafieux.
Une partie des jeunesses de droite, ultra-libérales, sont entrées en conflit avec la ND, trop autoritaire et surtout responsable d'une politique scolaire qui a poussé té, la proclamation d'une nouvelle organisation, Printemps politique, sous l'égide de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Antonis Samaras, dont le seul atout visible est d'être quadragénaire.
Son mouvement, présenté comme l'événement politique de l'année, a pour principale caractéristique de ne se différencier en rien de la ND, mais de faire croire qu'il est différent de tout le monde. Il est surtout pour l'heure le nid de tous les opportunistes, tel le député de gauche Lentakis (rechignant à rendre son mandat).
Bien servi par les médias et financé par des industriels inquiets du discrédit de leur parti traditionnel, ce mouvement pourrait jouer un rôle charnière. Pour l'heure, il essaie de se rendre populaire : deux à trois députés, élus ND, se réclament de Samaras. En réalité, l'avenir de ce mouvement dépendra avant tout de la polisur le nationalisme. Un nationalisme orthodoxe
En apparence, la situation est moins qu'il y a un an et demi, quand tous les militants antinationalistes qui exigeaient le droit pour le nouvel Etat macédonien de l'ex-Yougoslavie de choisir son nom se voyaient arrêtés et condamnés. Ce ne sont pas tant les protestations internationales (insuffisantes) qui ont calmé le jeu que la conviction, de Mitsotakis lui-même, que dans quelques années, tout le monde aura oublié les débats qui ont agité la Grèce, à propos des "menaces" venues du voisin du nord (1,5 million d'habitants).
L'intérêt bien compris de la bourgeoisie grecque est d'établir de bonnes relations avec le nouvel Etat macédonien. Par là même, la politique nationaliste et la répression participent d'une volonté classique : détourner la population des véritables enjeux, dans un climat chauvin de collaboration de classes. De ce point de vue, la réussite a été parfaite : les travailleurs, la jeunesse, sont tombés pour beaucoup dans le piège. Mais la réussite a même été trop parfaite : à un moment donné, le gouvernement a dû freiner pour garantir les intérêts à terme de la bourgeoisie grecque dans la région, et parce que le désordre impérialiste n'a pas besoin d'un conflit supplémentaire dans les Balkans.
Ce léger recul a en tout cas permis de mesurer l'ampleur du désastre : Mitsotakis a alors été dénoncé non seulement à droite (démission de Samaras), mais accusé de capitulation par une partie de la gauche (PASOK), la quasi totalité des forces politiques restant inflexibles dans le refus d'une dénomination "macédonienne" le nouvel Etat. Et plus globalement, plus profondément, un nationalisme agressif s'exprime aujourd'hui, traversant toutes les couches de la société, et ce à la faveur
La Turquie est montrée du doigt comme l'"ennemi traditionnel" : si le gouvernement et l'armée turcs sont effectivement entièrement responsables de l'impasse chypriote, on présente la Turquie comme la source de tous les maux balkaniques, que ce soit en Bosnie, en Albanie, ou en Thrace grecque, où la minorité turque (officiellement musulmane) est montrée comme potentiellement dangereuse, travaillée par des agitateurs à la solde de la Turquie. Régulièrement, les deux députés musulmans sont dénoncés comme des agents turcs alors qu'ils se réclament de la droite mitsotakienne.
Le second ennemi, c'est bien sûr la Macédoine de Skopje, même si on n'a pas assisté récemment à de grands rassemblements nationalistes. La crise albanaise, lue avec les lunettes antiturques, a pris ces derniers temps un tour qui ne convient pas forcément aux souhaits de la bourgeoisie grecque, que la chute du régime stalinien devrait intéresser. L'origine des tensions actuelles est double et concerne l'Epire du nord, région du sud albanais peuplée en grande partie de Grecs (personne ici ne les qualifie de minorité orthodoxe !).
D'une part, il y a la politique répressive du président albanais, Sali Bérisha, tentant lui aussi de provoquer le réflexe nationaliste, incapable de proposer un développement économique à la population d'Albanie. Il accuse des agents grecs de provocation (expulsion d'un religieux) et réclame au passage la reconnaissance de la minorité albanaise de Grèce (il est difficile de dire si une telle minorité existe. Les Albanais constituaient une grande partie de la population dans certaines régions grecques sous l'empire ottoman).
Du côté grec, il y a bien sûr, la défense des droits de la minorité (scolarisation en grec, résidence, culte). Mais autant cette défense a pu être menée fermement par l'archevêque orthodoxe de Tirana, autant le gouvernement grec a attisé le feu de la haine et de la division : en réponse à Béri-
sha, il a fait procéder à l'expulsion de milliers de réfugiés albanais clandestins, avec des méthodes de sinistre mémoire. S'il y a eu quelques actions de protestation, le gouvernement s'appuyait cependant sur le sentiment d'insécurité qu'a fait naître dans la population la présence de ces réfugiés totalement déracinés, sans structure d'accueil, et que quelques meurtres ont fait passer pour des sauvages inassimilables.
Et dans la foulée, une partie de la droite en est venue à réclamer, au mépris des traités internationaux, l'autonomie de l'Epire du nord. Quelques voix ont suivi du côté du PASOK, même si elles ont été démenties, pour le moment. Sur fond de crise balkanique, un nationalisme très agressif pèse actuellement sur la Grèce.
Le courant fasciste en profite, bien sûr: des groupes néo-nazis ont paradé dans des manifestations pour la Macédoine "grecque depuis quatre
Get ont commis des attaques. Mais leur influence (qui passe aussi par les groupes de supporters sportifs) reste à ce jour très limitée. Plus inquiétante est la coïnciden-
D'une part, un patriotisme inquiet et agressif (forme actuelle de la notion traditionnelle d'hellénisme), au nom duquel on "rapatrie" de Crimée des milliers de Grecs qui y avaient toujours vécu (pour les installer en Thrace à minorité turque), et l'on proteste contre le moindre journaliste étranger critiquant "la Grèce". D'autre part, la cristallisation d'un courant chrétien orthodoxe intégriste, incarné par des évêques anciens amis de la junte des colonels, qui a acquis quelques places-fortes et pose de tels problèmes à la hiérarchie religieuse qu'une véritable guerre s'est ouverte, avec slogans, échange de coups et
Au nom de la Grèce
Si ce courant se manifeste en ce moment précis, c'est qu'il y a avec la crise balkanique une offensive quasi officielle qui assimile plus que jamais nation et religion : une interprétation courante de l'éclatement yougoslave, c'est la pression conjointe du Vatican et des islamistes contre l'Eglise orthodoxe. Ce qui explique un alignement grec presque intégral sur les thèses serbes, partagé aussi bien par le KKE (PC) défendant, suivi par une partie de l'extrême-gauche, l'acquis stalinien contre l'agression impérialiste, que par le PASOK et la droite, émus et ravis d'entendre un Milosevic défendre la tradition orthodoxe. Récemment, un rapport des services secrets a été publié dans la presse, qui affirmait tout bonnement que le seul authentique citoyen grec ne pouvait être qu'orthodoxe. Tous les autres, croyants ou pas, ne sont que des demicitoyens. L'information a provoqué une certaine émotion, notamment chez les catholiques et dans la petite communauté juive. Si certaines voix commencent à réclamer la séparation immédiate de l'Eglise et de l'Etat, elles sont cependant
Deux exemples montrent que, pour l'heure, on est en fait à la croisée des chemins : à Corfou, île de la mer ionienne, en juin, la population a réduit au silence le fasciste Le Pen et ses complices européens et a réussi à cette occasion une très forte mobilisation antifasciste et internationaliste, associant travailleurs albanais et polonais. Mais courant août, les habitants de Kefallonia, autre île ionienne, ont invité le boucher serbe Karadzic et voulaient le faire citoyen d'honneur. Combien de temps pourront durer de telles contradic-
Depuis deux ans, le principal souci des dirigeants du PASOK a été d'éviter qu'une trop forte mobilisation conduise à des élections anticipées. Douche froide pour les dizaines de milliers de participants aux meetings qu'organisait jusqu'alors les sociaux-démocrates. Douche glaciale pour les travailleurs de EAS (autobus d'Athènes), dont la lutte résolue l'an dernier avait été largement sabotée par les appels au calme du parti d'Andreas Papandréou. Cette année, il a eu beau jeu, devant la trop faible mobilisation pour OTE (télécommunications) d'occuper la scène en refusant la privatisation. Le PASOK ne voulait que retrouver le pouvoir en profitant de la crise de la droite, mais surtout sans devoir s'appuyer sur une puissante vague revendicative.
Des élections pour rien ? A cette fin, le message délivré est à la fois vrai et trompeur : « Nous avons changé ! » Finis les scandales, doit interpréter chacun. En ce qui concerne le changement interne, rien de plus faux : plus que jamais le vieux leader Papandréou est au-dessus de toute critique, et les voix discordantes
Use sont tues. La question de la succession du leader évoquée il y a quatre ans, risque, ainsi étouffée, de peser encore plus fort dans les mois qui viennent. Et les seules audaces viennent de cadres ouvertement socialdémocratisants !
En fait, le message s'adresse au patronat et à la bourgeoisie européenne : n'ayez pas peur, nous ne ferons plus de populisme, nous serons rigoureux dans l'austérité.
La victoire du PASOK pourra peut-être différer quelque peu les attaques qui seraient immédiates avec une droite victorieuse. Mais en l'absence de luttes de masse significatives, en l'absence d'auto-organisation, les problèmes ne pourront que s'amplifier, et on peut compter sur quelques dirigeants ultranationalistes du PASOK (tel Papathémélis, député de Salonique) pour pousser les travailleurs à se fourvoyer. Ce n'est pas le KKE (Parti communiste), dont le seul but est de se renforcer en tant que parti, qui poussera à la mobilisation.
Alors que cette année encore, les travailleurs ont massivement participé aux grèves générales lancées par les confédérations GSEE (privé) et ADEDY (public). Mais ces journées étaient soigneusement organisées pour ne déboucher sur aucune perspective ! Savoir préparer un réel mouvement d'ensemble, coordonné et laissant place à l'auto-organisation, telle est peutêtre dès maintenant la tâche principale, indépendamment de la date prévue pour les élections. *
Athènes, 29 août 1993