Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER PALESTINE

Une victoire du sionisme

· Inprecor n° 376, janvier 1994 · p. 29-31 · 2 388 mots

Palestine et Israël

Le document ci-dessous insiste sur les conséquences négatives de la signature de l'accord d'Oslo sur l'avenir du mouvement national palestinien dans son ensemble et sur le fait qu'il sera impossible aux signataires palestiniens de l'accord de faire éclater le corset des conditions qui leur ont été imposées par Israël et les EtatsUnis. Est ainsi exprimée une position minoritaire au sein de la section de la Quatrième Internationale dans l'Etat d'Israël. Tikva HONIG-PARNASS

' accord israélo-palestinien dont l'élaboration avait été entamé dans le cadre de la Conférence de Madrid, est le produit d'un rapport de force aussi bien à un niveau international et régional qu'entre les différents courants de l'OLP, qui a pesé de tout son poids pour l'acceptation des conditions de capitulation dictées par les Etats-Unis et Israël. Le renforcement de l'hégémonie américaine après la guerre du Golfe, l'écroulement de l'URSS qui a poussé la Syrie dans la sphère d'influence américaine, et l'interruption de la subvention saoudienne à l'OLP, ont renforcé les tendances à la compromission de la centrale palestinienne et des couches sociales qu'elle représente. Ces dernières ont fini par perdre l'espoir de voir se concrétiser une entité politique indépendante et par comprendre, en revanche, qu'elles sont en mesure de réaliser leurs intérêts capitalistes en s'intégrant dans le "nouvel ordre mondial".

"Intégration" c'est en l'occurence l'acceptation de la solution Israélo-Américaine pour mettre fin au conflit Palestino-israélien ainsi que la réinstallation des réfugiés palestiniens dans les pays hôtes. L'ambition que recouvre cette solution est en outre d'assurer les conditions vitales pour la stabilisation des régimes arabes réactionnaires et la perpétuation du contrôle impérialiste sur le pétrole et les autres ressources naturelles du Moyen Orient.

PALESTINE

La conférence de Madrid et l'accord qui l'a suivi, ont aussi pour but de mettre fin à l'Intifada. Cette dernière n'était pas seulement une lutte pour l'indépendance politique dans les territoires occupés depuis 1967, mais intègrait les aspirations de tout le peuple palestinien à la libération nationale et à la réunification sur sa propre terre. Tels sont les objectifs qui ont été fixé à l'Intifada par l'Organisation de libération de la Palestine cependant que celle ci leur donne une expression politique et organisationnelle, ainsi que la dimension d'une lutte populaire, c'est pourquoi nous avons lutté avec la plupart des courants politiques palestiniens pour la reconnaisse de l'OLP par Israël comme unique et légitime représentant du peuple palestinien.

L'espoir réveillé

L'Intifada a réveillé l'espoir dans le cœur de deux millions de Palestiniens réfugiés dans les pays arabes, et a renforcé leur détermination à refuser de s'intégrer dans ces pays. Ainsi l'Intifada renforçait potentiellement le rapport de forces en faveur des masses arabes, et leur capacité de résistance face à leur exploitation par les régimes en place, ainsi que l'exploitation des richesses de leur pays.

L'Intifada a réussi également à bouleverser le statu-quo des 20 dernières années dans les territoires occupés depuis 1967, elle a poussé la politique Israélienne et l'establishment militaire à prendre consience de l'impossibilité de maintenir cette situation de non-annexion et de nonretrait, et à comprendre que la solution politique consistait à accorder aux palestiniens dans les territoires occupés un certain degré de souveraineté.

Il est vrai que la base populaire des deux première années de l'Intifada s'est affaiblie, et cela n'est pas dû uniquement à la brutalité de la répression Israélienne, ou à "l'épuisement des masses". L'OLP de Tunis assume aussi une grande responsabilité, car elle s'est opposée à une stratégie populaire de résistance, ayant pour objectif l'établissement d'une infrastructure organisationnelle économique et politique, dans le but de parvenir à une complète rupture avec les institutions de l'occupation.

A la place d'une Intifada de masse, se sont substituées des actions d'unités militaires contre les soldats et les colons qui tout en mobilisant quelques centaines de Palestiniens, bénéficiaient du soutien moral des masses. Par contre dans la bande de Gaza les confrontations de masse avec l'armée se déroulaient essentiellement dans les camps de réfugiés. Par conséquent, se débarrasser du fardeau de Gaza est devenu l'intérêt explicite d'Israël, y compris aux yeux de plusieurs membres du Likoud. En outre, une grande partie de l'establishment en Israël, est arrivée à la conclusion selon laquelle il est impossible

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de liquider l'Intifada, même sous ses formes armées en Cijordanie, par des moyens militaires. La descente en masse dans les rues pour soutenir la grève de faim des prisonniers politique n'a fait que confirmer que l'Intifada pouvait à tout moment se développer de nouveau tant que l'occupation Israélienne directe continuait.

Dans les mois qui ont précédé l'accord, il était déjà clair que l'effort du gouvernement Israélien pour renforcer la délégation palestinienne et affaiblir l'opposition au processus de Madrid avait échoué. Les indices montrent que l'appel lancé par le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP)(1) pour un "dialogue national" portant sur la démocratisation de l'OLP, l'option Madrid et l'Intifada, avait gagné le soutien de partis politiques comme le Parti communiste palestinien (PCP) ou encore quelques figures publiques comme Haider Abdel Shafi, et d'autres au sein Fatah même. Arafat avait perdu beaucoup de son autorité dans les territoires occupés, y compris parmi les membres du Fatah, ainsi qu'aux yeux de plusieurs centaines de combattants dans les camps au Liban en Syrie et en Jordanie.

La désintégration de l'OLP s'est accélérée et Rabin avait besoin de décider rapidement de choisir entre "un cheval mort" — la délégation — et "un cheval à moitié mort" — Arafat —, il a choisi ce dernier pour signer avec lui l'accord sur l'autonomie. Par crainte d'une détérioration des relations Israélo-Palestiniennes et de la perte de son contrôle sur le mouvement national palestinien Arafat, quant à lui, était tout disposé à faire des compromis sur la base même du minimum qu'il avait interdit aux membres de la délégation pendant les dix rounds des discussions. La reconnaissance mutuelle

Centre OLP et Israël

Il y a deux parties dans l'accord. La première contient les déclarations de reconnaissance mutuelle entre les deux parties et les conditions Israéliennes pour la reconnaissance de l'OLP. Cette introduction constitue le fondement, et conditionne (selon Israël) la seconde partie, qui inclue le plan détaillé de l'accord " Gaza et Jéricho d'abord".

L'Organisation de Libération de la Palestine reconnaît le droit d'Israël à l'existence en paix et en sécurité, déclare renoncer à l'utilisation du terrorisme et de la violence, promet de punir quiconque violera cet engagement et décide de rayer tous les articles s'opposant à l'existence d'Israël de la charte palestinienne. En échange Israël reconnaît l'OLP comme la représentante du peuple palestinien — et reconnaît donc implicitement l'existence du peuple palestinien et de ses "droits politiques" légitimes.

Les trois déclarations : reconnaissance mutuelle, renonciation au terrorisme, et abolition des articles de la charte, concernent le fond du conflit Israélo-Palestinien en tant que conflit opposant d'une part le mouvement sioniste et l'Etat d'Israël qui en incarne les objectifs et, de l'autre, le mouvement national palestinien.

De la lutte de masse à la diplomatie

Par conséquent, la renonciation d'Arafat au "terrorisme", qui n'est pas seulement un engagement pour l'avenir mais également une prise de position par rapport au passé, est une donnée très importante pour Israël car elle enlève toute légitimité aux luttes du mouvement national palestinien. Dans sa déclaration Arafat a nié l'essence même de l'OLP non seulement en reprenant l'opinion selon laquelle l'OLP est une organisation "terroriste" dont les actions de surcroît n'avaient aucune justification. Au cours des années, l'arène de la politique diplomatique s'est substitué à la lutte de masse. En effet l'abandon de la plupart des articles de la charte palestinienne amendée en 1968, ne signifie rien de plus que la renonciation à la quasi constitution de l'OLP qui reflétait sa stratégie générale.

La charte demeure la base qui perment de juger et d'évaluer les changements dans les politiques, approuvées le plus souvent par une majorité artificielle au sein des institutions de l'OLP.

Comme l'avait expliqué le Matzpen (2), la conception de la "lutte armée populaire" défendue par Fatah et adoptée également par l'OLP, signifie que « le mouvement et l'indépendance organisationnelle du peuple palestinien pour la libération de sa terre, sont basés sur la volonté de combattre par tous les moyens disponibles, le pouvoir qui s'oppose à leur libération nationale.»

De la notion de "lutte armée" découle la nécessité stratégique de la lutte révolutionnaire contre le contrôle impérialiste sur la région, et contre les régimes arabes.

Ainsi nous avons soutenu, avec toutes les forces démocratiques du monde entier, l'OLP, car elle représentait un défi à l'ordre impérialiste dans la région, et par son existence même, un catalyseur du mouvement national. L'OLP de part son action menaçait les institutions du régime sioniste colonialiste responsable de la spoliation des terres, de l'occupation, et des guerres, qui sert de point d'appui à l'impérialisme dans la région.

Par les trois déclarations précédentes, la direction de l'OLP enlève toute justification au principe de l'utilisation de tous les moyens de lutte nécessaires. Ainsi, du fait de la signature de l'accord et de l'ajournement de la discussion sur le "droit au retour" et en dépit de la ferme opposition de quelques dirigeants au sein même du Fatah, l'OLP renonce à sa prétention à représenter tout le peuple palestinien, y compris les réfugiés et les Arabes d'Israël qu'elle continue à payer de bonnes paroles.

Ce faisant l'OLP a enfoncé le dernier clou dans le cercueil du mouvement national palestinien, et a fait éclater la question nationale palestinienne, en autant de questions locales : question des Palestiniens du Liban, de Jordanie ou de Syrie, etc., comme se fut le cas avec la question natio-

La reconnaissance de l'OLP par Israël ne signifie pas par conséquent celle de l'organisation à laquelle on a dénié toute légitimité, mais plutôt la reconnaissance de la « seule ombre de cette organisation » comme l'a déclaré Shimon Peres. Cette reconnaissance constitue une victoire pour le sionisme. La dimension néocoloniale

Selon les déclarations de Rabin et de Peres, le "sale boulot" des forces de défence Israélienne sera transféré aux Palestiniens eux-mêmes, qui pourront l'exécuter « sans le contrôle des organisations de droits de l'homme et le recours à la cour suprême. » Cependant puisque Israël et l'OLP se méfient d'une police locale composée de gens dont la solidarité s'est forgé

1) Front démocratique de libération de la Palestine dirigé par Nayef Hawatma, et le Front populaire de libération de la Palestine de Georges Habache, sont les deux principales organisations de la gauche palestinienne.

2) "Matzpen" est l'autre nom de la Ligue communiste révolutionnaire ou Matzpen est la section de la Quatrième internationale dans l'Etat d'Israël.

3) Le Shabak est la police politique israélienne.

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pendant l'Intifada, des forces militaires loyales à Arafat viendront de l'Etranger s'additionner aux recrus locaux. La coopération entre la police Israélienne, le Shabak (3) et la police palestinienne diminuera avec le temps.

Le but de l'accord économique est la préservation de la dépendance de l'économie palestinienne par rapport à Israël. Jusqu'à maintenant les relations économiques étaient l'exemple classique de division colonialiste du travail : le centre vendait les produits industriels et la périphérie vendait sa main d'œuvre. Plusieurs clauses dans l'accord viennent consolider cette "coordination" , avec, entre autres, des "projets communs" se basant sur la main d'œuvre palestinienne, les connaissances israéliennes et le financement de la majorité des pays capitalistes.

Toutes les promesses concernant l'ouverture de possibilités de développement économique en Palestine ne sont qu'un rideau de fumée du moment que la majeur partie des ressources naturelles — terre et eau — sont sous contrôle Israélien. Economie de sous-traitance

L'économie palestinienne, outre son rôle de fournisseur de main d'œuvre à bon marché, assurera la sous-traitance pour les compagnies israéliennes qui exporteront des produits "cachers" à destination des consommateurs des pays arabes. Ainsi des relations de type néocolonialiste seront tissées qui remplaceront le colonialisme sioniste Israélien.

Les partisans de l'accord, supposent qu'au stade final des discussions Israël montrera sa "bonne foi" et/ou que les nouvelles circonstances internationales exerceront une pression sur Israël en faveur de l'établissement d'un Etat Palestinien. La question principale est : quel est le degré de souveraineté qu'Israël se prépare à accorder aux Palestiniens?

Les circonstances politiques internationales vont-elles apporter des changements dans le contexte "du nouvel ordre mondial" susceptibles d'exercer une pression sur Israël qui puisse l'obliger à rompre la première partie de l'accord et abandonner sa souveraineté sur Jérusalem-Est et en réalité sur le grand Jérusalem (de Ramallah à Hebron), ou encore à démanteler les colonies ? Qu'est ce qui va changer dans les rapports de forces entre Israël et les Palestiniens, alors que la direction de l'OLP a ouvert la porte de la normalisation des relations entre Israël et les pays arabes ce qui tend à diminuer leurs chances de faire pression sur Israël et sur les EtatsUnis ?

Le démantèlement du mouvement national palestinien et de son arme politique et idéologique par la propre direction provoquera un affaiblissement de l'influence des réfugiés Palestiniens, et un affaiblissement au sein de la diaspora de la gauche Palestinienne, qui représente les intérêts des réfugiés dans l'OLP.

Comment peut-on espèrer un changement des rapports de force, quand la direction de l'OLP devient de plus en plus prisonnière de ses engagements dans le cadre de l'accord, par le biais de l'établissement d'une coordination avec Israël au niveau politique, sécuritaire et économique, de la répression de l'Intifada et de l'opposition, et de l'encouragement de secteurs différents de la population à participer à la normalisation des relations avec l'Etat d'Israël en produisant le relais économique nécessaire qui facilitera le contrôle néocolonialiste Israélien sur la région (voir les nombreuses déclarations d'Arafat).

La poursuite indirecte de l'occupation est la solution idéale non seulement pour Israël mais aussi pour les représentants du nouvel ordre dans la région.

La "bonne foi" d'Israël, ou l'espoir d'une éventuelle pression qui s'exercera dans les trois années à venir sur l'Etat sioniste, n'engendreront au mieux, qu'une entité palestinienne dont la souveraineté sera partagée d'une manière fonctionnelle, permettant à l'Etat sioniste d'assurer la sécurité des colonies et de ses citoyens dans les rues et sur les routes, et de contrôler les ponts qui mènent au Jourdan, la terre et l'eau. L'économie palestinienne exploitera la main-d'œuvre locale dans l'intérêt de la bourgeoisie palestinienne.

Il s'agit bien là d'un Bantoustan palestinien, qui viendra renforcer l'apartheid qui existe déjà dans toute la Palestine. *

Jérusalem, septembre 1993

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