Agir et pas dénoncer
Avec la signature des Accords d'Oslo, quelque chose s'est produite au Moyen-Orient, et quelqu'ait pu être notre évaluation de la situation, elle ne sera pas identique à la réalité qui prévalait avant la signature de l'accord israélo-palestinien. Il est trop tôt pour dire à quoi ressemblera le nouvel ordre et pour déterminer le cadre sociopolitique qui prévaudra dans un an ou deux. Sergio YAHNI et Michel WARSCHAWSKI
P ar contre nous savons que
ceux qui affirment savoir quel sera le sort des des Palestiniens, des Territoires occupés et de l'Etat d'Israël, suite aux documents signés par le gouvernement israélien et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), se trompent et nourrissent des illusions : il y a trop de facteurs inconnus entre les lignes des accords et, surtout, dans les réactions politico-institutionnelles des peuples, de leurs différents secteurs et classes.
Malgré tout, nous devons essayer d'évaluer l'accord et les différentes options qui se présentent, et sur la base de ce jugement, déterminer une ligne polltique qui met en avant les besoins des peuples et leur capacité à agir pour les satisfaire.
L'accord signé à Washington par Shimon Perez et Abu Mazen n'est pas un bon accord, et il ne rend pas justice au peuple palestinien. Abu Mazen, lui-même, serait d'accord avec cette caractérisation. L'accord a été dicté à la direction de TOLP par Israël et l'Egypte, à partir d'un rapport de forces qui n'a cessé de se dégrader depuis 1990. Et ce, même si cet accord est différent de la formule de Madrid, qui avait été adoptée à la veille de la Conférence de Madrid et qui a fournit le cadre de travail pour les négociations israélo-palestiniennes à Washington. Dans ce sens, nous devons analyser l'Accord d'Oslo dans le cadre de notre réponse glo-
PALESTINE bale à la Conférence de Madrid.
Cette dernière a été le résultat de deux développements, l'un positif et l'autre négatif. D'abord l'Intifada, qui a mis fin à un quart de siècle de statu quo dans les territoires occupés, et a contraint Israël, les pays de la région et la communauté internationale à placer la question de l'occupation et de la nation palestinienne au centre de leurs discussions. Ensuite, la guerre du Golfe, qui a souligné et a donné une expression aux rapports de forces régionals, en faveur de l'impérialisme américain et ses alliés, et au détriment du mouvement national palestinien.
Endoscopie d'un accord
La combinaison de ces développements politiques a mis la question palestinienne sur l'agenda du "nouvel ordre" dans la région, quoi que de façon très limitée : en excluant l'OLP du processus, en négligeant le retrait israélien des Territoires occupés et en abandonnant la question de l'auto-détermination. Le mouvement national palestinien n'avait pas le choix : il fallait accepter la "solution" imposée par Shamir et Baker, et ouvrir des négociations avec Israël sous des conditions monstrueuses, ou la rejeter et en payer le prix par un conflit avec la plupart des gouvernements arabes. Après avoir mesurer les conséquences de ce choix, la direction de l'OLP a accepté le diktat américain.
Les pourparlers entre Israéliens et Palestiniens n'ont mené à rien au cours de T'année dernière pour essentiellement deux raisons : le refus israélien d'accepter une période d'autonomie limitée comme une étape vers un retrait permanent et la satisfaction du droit à l'autodétermination palestinien et l'interprétation étroite de la notion d'autonomie" donnée par la délégation israélienne. Pourtant, malgré ces points d'achoppement, le gouvernement du Parti travailliste et du Meretz avait intérêt à la signature d'un accord du fait de la situation dans les territoires et particulièrement dans la bande de Gaza, qui est devenue un second Liban après des années d'Intifada. L'idée de "Gaza d'abord" était une expression de la volonté et du besoin de sortir les forces armées israélienne du bourbier de Gaza, sans céder sur les autres questions.
L'Accord d'Oslo est une victoire israélienne, surtout du fait qu'il soit basé sur une acceptation par les Palestiniens de l'idée de "Gaza d'abord". Qu'est ce que les deux parties ont cédé et obtenu pour parvenir à la signature de l'accord ?
Le gouvernement israélien a fait trois concessions : en plus de Gaza, il a accepté d'ajouter le petit territoire de Jéricho ; plus de substance et d'autonomie a été donnée à l"auto-gouvernement" palestinien ; le troisième point a été un virage à 180 ° par rapport à l'attitude israélienne consistant à refuser de reconnaître l'OLP, pas seulement vis-à-vis de l'OLP mais aussi du
peuple arabe Palestinien et de son droit à une terre. Même si l'OLP, qu'Israël a finalement reconnue n'est que l'ombre de l'OLP des années 70 et 80, et si elle a perdu beaucoup de sa signification, cela ne diminue en aucun cas la dynamique et la signification politique symbolique de la reconnaissance par Israël d'une organisation qui représente toujours la majorité du peuple arabe palestinien.
En guise de compensation pour sa reconnaissance, et avec l'alibi de Jéricho, la direction de l'OLP a accepté, à une toute petite majorité, de "soulager" Israël de Gaza. Ceci sans aucune garantie du gouvernement Rabin qu'après l'autonomie suivra un retrait total et l'établissement d'un Etat palestinien, et sans que ne soit statué sur des questions majeures comme celle de la souveraineté de l'"auto-gouvernement" palestinien. De plus, la direction de l'OLP a accepté une normalisation unilatérale, et a mis fin aux affrontements, alors que des questions-clé relatives à l'occupation, l'autonomie, les implantations de colonies et les réfugiés palestiniens restaient sans solution et faisaient l'objet des négociations.
Dissymétrie flagrante
Il y a une dissymétrie entre les concessions faites par Israël et celles acceptées par la direction de l'OLP, et Itzhak Rabin peut se féliciter d'avoir pour une bouchée de pain obtenu énormément de l'OLP.
Une des principales réalisations d'Israël a été l'acceptation par les Palestiniens de la normalisation et d'un cessez-le-feu, et ce, avant que les problèmes fondamentaux sources du conflit israélo-palestinien n'aient été résolus. Des questions telles que le droit au retour n'ont recu aucune réponse, l'occupation reste intacte et ce à quoi nous assistons est une normalisation unilatérale, manquant de symétrie et d'équité. Il n'y a rien de commun entre cette normalisation et un "compromis historique"
La normalisation que cherche le gouvernement israélien ne se limite pas aux relations palestino-israéliennes, mais vise toute la région. L'Accord d'Oslo est, sur le fond, une étape importante dans les tentatives de l'Etat d'Israël d'imposer son statut économique dans la région, d'ouvrir de nouveaux marchés et sera utilisé comme un tremplin pour gagner une dimension "internationale" au niveau régional. Contrairement à ce qui apparaît superficiellement, l'essentiel de l'Accord d'Oslo n'est pas dans l'établissement de la mainmise israélienne sur l'économie palestinienne (parce que ce contrôle existe déjà fortement avec l'occupation), il s'agit plutôt d'utiliser la coopération israélo-palestinienne pour lier le marché régional au capitalisme israélien..
La plupart des analyses politiques, dans un sens ou l'autre, sur la question de l'accord lui donnent une interprétation unidimensionnelle ainsi qu'à son application : d'une part, la direction de l'OLP et le camp de la paix israélien et la droite israélienne sont convaincus que l'accord mènera inévitablement à l'établissement d'un Etat palestinien (ce qu'elle pense être la satisfaction du droit à l'autodétermination du peuple palestinien), et de l'autre, l'opposition palestinienne s'appuie sur les arguments médiatisés de l'establishment israélien, pour affirmer que cet accord ne peut pas conduire à un Etat palestinien mais conduira au contraire à un désastre national de l'ordre de celui de 1948.
Nous rejetons cette approche déterministe. Les accords expriment un rapport de force fondamental, mais la façon dont il sont mis en œuvre dépend du rapport de force à chaque étape du processus. L'Accord d'Oslo peut créer une situation dans laquelle le peuple palestinien des Territoires occupés sera en meilleure condition pour mener le combat pour ses droits. Cet accord a suscité dans la société israélienne une aspiration à faire des concessions substantielles, bien au-delà de celles qui sont déjà dans l'accord. Tout dépend du niveau de politisation parmi les masses palestiniennes et, dans une moindre mesure chez les masses israéliennes.
S'il y avait eu des forces politiques soutenues par les masses, et pas seulement des petits groupes détachés des masses, ces forces auraientt pu enrayer le processus y compris en utilisant des activités "terroristes", dans ce cas la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section israélienne de la Quatrième internationale) aurait lutté avec elles contre cet accord et pour en trouver un meilleur. Ceci aurait pu être le signe qu'une alternative existait, parce que les masses ne se mettent généralement en mouvement que dans le cas où il y a une perspective identifiable. Dans ce cas, nous pouvons supposer que la direction de l'OLP n'aurait pas accepté les monstrueuses conditions imposées par le gouvernement israélien.Mais il n'y a aujourd'hui pas de force politique capable de faire échouer cet accord, et aucune perspective alternative ne peut-être indiquée aux masses. Il nous est impossible de démanteler l'accord, principalement du fait des forces limitées dont dispose la
La LCR n'est pas une organisation de politologues, ni de juges de I Histoire. Par conséquent, notre tâche n'est pas de dénoncer cet accord, mais de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour créer les conditions permettant aux Palestiniens de défendre leurs droits, et de diriger ce nouvel accord dans le sens de leurs intérêts. C'est notre tâche principale au sein de la population israélienne, et c'est la voie que nous proposons aux forces palestiniennes qui partagent notre avis négatif sur l'accord, et qui mettent comme nous les masses au centre de leur préoccupations.
Nous ne devons pas dénoncer l'accord, mais exprimer notre manque de confiance dans le gouvernement Rabin et sa disposition à agir vraiment pour une paix israélo-palestinienne basée sur un retrait total, l'égalité et la satisfaction du droit à l'autodétermination. En d'autres termes, nous devons nous appuyer sur le large soutien dont bénéficient les accords dans l'opinion israélienne, afin d'en clarifier les termes pour la frange la plus consciente politiquement, pour qu'elle sache que sans elle, l'accord ne sera pas suffisant pour déboucher sur la paix et pour la gagner à cette tâche. La nécessité d'un démantèlement des colonies et du désarmement des colons, de l'établissement de la souveraineté palestinienne sur Jérusalem-Est, et de modification radicale des termes de l'occupation (en démantelant les unités clandestines, en arrêtant la chasse aux personnes "recherchées", en libérant les prisonniers, en rapatriant les déportés, en libéralisant radicalement la délivrance de licences commerciales, en changeant de politique sur la question de la ré-unification des familles, etc.) sont parmi les éléments les plus importants de notre argumentation.
Bousculer l'accord
La satisfaction de ces revendications ne va pas seulement améliorer de façon radicale la situation des habitants des territoires occupés et renforcer leur confiance en eux, mais va aussi ébranler l'échéancier de l'accord et bousculer ses limites. Nos mots d'ordre devraient être : « une application totale de l'accord implique d'en dépasser les limites » et « la paix est une chose trop importante pour être laissée dans les mains du gouvernement. Nous ne laisserons pas Rabin gâcher les chances
Une autre de nos responsabilités est de convaincre une partie de l'opinion publique, et avant tout sa frange la plus consciente, qu'une vraie paix est une paix entre les peuples et non un accord boiteux entre leurs directions.
Une paix entre deux peuples est un lien plus fort que ce qui peut être conclu entre des directions : elle réclame l'égalité et la vérité. Arafat et Rabin peuvent signer
un accord basé sur une iniquité flagrante, sur l'humiliation et sur l'oblitération du passé, mais la vraie paix exige l'exact opposé : le respect mutuel, l'examen des racines des problèmes, la volonté d'assumer la responsabilité des crimes du passé et la tentative de réparer ce qui demande à l'être en faisant abstraction du rapport de forces.
Les pionniers de l'horreur
Cette tâche nous impose de mener une guerre sans merci à l'approche raciste et paternaliste des idéologues et des politiciens de la gauche sioniste qui jouent une fois encore un rôle pionnier en matière de distillation du poison raciste dans l'opinion publique, qui visent à ménager un soutien populaire à l'accord en s'appuyant sur le sentiment paternaliste israélien qui vident la notion de paix de sa substance.
A l'opposé de cette approche qui fait de la paix un moyen pour obtenir la sécurité, un instrument pour rassurer la majorité juive, nous devons concevoir la paix comme un but, comme une vision de la co-existence basée sur l'égalité et l'insertion dans la région ; nous donnons à la notion de paix un contenu positif, et la présentons comme un pas en avant, et non comme un retour en arrière vers les idées de « joli petit Israël », d'Israël fermé au monde arabe, celui des ashkénazes, celui qui est imbattable. Contre la forte tentation de la gauche sioniste d'utiliser la paix pour la reconstruction du consensus et de l'unité nationale que les différences entre classes sociales, le monolithisme ethnique et racial ne cessent de saper, nous voyons en la paix une ère nouvelle dans laquelle nous pourrons créer de nouveau points de contact et d'unité, non pas entre Israéliens et Palestiniens en-bloc, mais entre les classes opprimées et en alliance avec tous ceux qui ont été exclus des prises de décisions et de la distribution des richesses, israélien et palestiniens ensemble.
Le peuple palestinien et son mouvement national ne sont pas unanimes dans leur jugement sur l'accord israélo-palestinien. Comme cela a été dit précédemment, certains le considèrent comme un bon accord alors qu'il est, pour de larges secteurs, un mauvais accord qui aurait mieux fait de ne jamais voir le jour. Ce débat ne se situe pas seulement entre Hamas et l'OLP, ou entre le Fatah et les autres organisations. Il divise le Fatah lui même de la base au sommet, comme le montre l'opposition, au pari d'Arafat par des figures centrales de l'OLP, allant de Mahmoud Darwish à Khaled et Hani El-Hassan, (1). Il y a des raisons de croire qu'en dehors des Territoires occupés, seule une minorité des palestiniens est favorable à l'accord signé par Abu Mazen.
La discussion ne porte pas seulement sur l'évaluation de l'accord ou les danger pour l'avenir des Territoires occupés, mais aussi sur l'avenir de l'OLP et du combat national palestinien. Beaucoup de Palestiniens craignent que l'accord signifie l'atomisation de leur peuple, qu'il fasse de la question nationale un problème local sans cadre unificateur, sans une stratégie unifiante, et sans perspective nationale unique.
Dans les Territoires occupés, il semble que la majorité soit pro-Arafat, mais, à la différence des médias israéliens et internationaux, sans enthousiasme et plutôt à la façon d'un choix forcé : avec espoir et de grande craintes. Hamas, surtout dans la bande de Gaza, a réussi à exprimer une opposition dans la rue, mais celle-ci n'a pas été aussi importante que ce à quoi on aurait pu s'attendre. Les organisations laïques qui s'opposent à l'accord sont presqu'invisibles. On dirait que l'opposition, laïque ou religieuse, est gênée et ne trouve pas de moyen de traduire son refus en stratégie alternative.
Le "monopole" du Fatah
Il y a un lien dialectique entre le monopole du Fatah dans les rues et la confusion qui caractérise les secteurs de l'OLP qui s'opposent à l'accord. Tout se passe comme si les deux Fronts, populaire et démocratique avaient abandonnés non seulement la rue mais aussi les symboles nationaux : le drapeau, l'aspiration à l'indépendance, l'OLP comme symbole et comme organisation (par leur boycott de son Conseil central). Le résultat est que le Fatah et le Shabiba (2) peuvent régner sur la rue et s'approprier le drapeau et l'OLP. Ce monopole ne fait qu'accroître l'aliénation entre les organisations du refus et la "rue", ce qui renforce ainsi leur isolement vis-à-vis des masses.
Dans cette situation, les militants du Fatah ont le sentiment que l'Etat qui est en train de se construire est le leur, et écartent jusqu'à leurs partenaires du parti Populaire et de la Fida (2). Des actes de violence, la plupart du temps verbale, ont fortement marqué la célébration de l'accord, il s'agissait d'avantage de fêter la domination du Fatah que la liberté. La ruée sur les agences de recrutement de la police, qui sont de fait des agences du Fatah et pas nationales, n'est qu'une expression de ce phénomène qui éveille de fortes craintes chez beaucoup de palestiniens y compris au sein du Fatah. On croirait que les autres organisations politiques restent inactives, à l'instar des organisations populaires, des syndicats, du mouvement des femmes, etc.
Les liens étroits qui ont été développés ces derniers mois entre capitalistes Palestiniens et Israéliens ou internationaux, à un moment où rien n'était fait pour exprimer les besoins et les intérêts des travailleurs et des chômeurs, est aussi la cause de préoccupations parmi les Palestiniens et leur avant-garde politique.
Pas de fatalité à l'impuissance Le choix est-il restreint à soutenir totalement Arafat et l'accord qu'il a signé ou à disparaître complètement de la scène publique ? Est-ce une certitude qu'on ne puisse rien faire ou proposer d'autre, aux masses palestiniennes qu'une analyse critique de l'accord ? Les organisations de la gauche palestinienne devrait répondre à ces questions, et vite, si elles veulent pouvoir continuer à jouer un rôle dans leur société
Avec toute l'humilité qui nous incombe en tant qu'organisation non partie prenante à ce qui se passe dans les Territoires occupés, même si nous avons beaucoup contribué au travail de solidarité avec le combat national palestinien et cultivé de fortes relations d'amitié avec un grand nombre de militants de tous les secteurs du mouvement national, nous croyons de notre devoir de dire à nos amis palestiniens : « Ne vous coupez pas des masses ! Ne négligez pas la rue ! Même si vous avez raison dans votre analyse de l'accord, le dernier mot reviendra toujours aux masses palestiniennes, ce sont elles qui détermineront s'il aboutira à l'indépendance ou à la faillite. Ce sont elles qui décideront si l'occupation continuera ou si le combat pour la libération nationale s'approfondira, de même qu'elles décideront si vous aurez une société démocratique ou une tyrannie, si la police et les capitalistes dirigeront l'avenir de la société palestinienne, ou si, au contraire, elle sera dirigée par les organi-
Quelle que soit l'évaluation qu'on fait de l'accord, qu'elles que soient les opportunités ou les risques, le rôle des révolutionnaires est de pousser les masses à agir et de les stimuler dans la défense de leurs intérêts de façon à minimiser les risques et à augmenter les chances de succès. Dans ce combat on ne part pas de zéro : un
1) Mahmoud Darwish est un célèbre poète palestinien Khaled et Hani El-Hassan sont des membres fondateurs du Fatah, le courant dominant de l'OLP. Tous trois étaient membres de la direction de l'OLP
2) Shabiba :Jeunes activistes proches de Fatah.
3) Le Parti populaire est l'ancien Parti communiste et Fida est une scission de Front démocratique de libération de la Palestine
peuple qui a donné naissance et a animé pendant cinq ans l'Intifada, un peuple qui a créé, sous l'occupation des syndicats, des comités populaires, des organisations de femmes et à des organisations de bénévoles, un tel peuple ne peut pas être impuissant si on lui offre des perspectives de lutte.
A l'encontre des prévisions les plus pessimistes, l'accord pourrait ouvrir de nouveaux horizons pour l'activité sociale et politique populaire. Ne sera-t-il pas plus facile d'organiser les prisonniers politiques et leurs familles dans une lutte de masse pour la libération de tous les prisonniers ?
N'est-il pas plus facile aujourd'hui d'organiser les milliers de familles qui sont exclues de la citoyenneté dans un combat pour un changement législa tif immédiat et l'abolition des entraves à la ré-unification des familles ? Ne sera-t- il pas plus facile de bâtir la lutte contre l'installation d'implantations juives au cœur de la
Jérusalem arabe ? Pourquoi n'agiriez-vous pas de façon à ce que les gens descendent dans la rue pour exiger des solutions aux problèmes qui touchent tous les Palestiniens, quelque soit leur position sur les accords?
La lutte plus facile ?
N'est-il pas, de même, possible de rassembler tous les syndicats autour d'un ensemble de revendications qui garantiront les droits des travailleurs, ou de coordonner le mouvement des femmes ou les organisations des droits de l'homme dans la future autonomie ? Si la direction de l'OLP rejoignait ces organisations en satisfaisant leurs revendications cela serait très bien ; dans le cas contraire, ces combats renforceront les masses sur la voie de la protection de leur intérêts, vis-à-vis de l'autorité palestinienne naissante.
Nous ne pouvons pas dire si cette intrusion massive des masses pourra modifier fondamentalement le cadre de l'accord, voire certaines de ses parties. Il est probable que plus la mobilisation sera massive plus la direction de l'OLP sera prudente et moins désireuse de faire des concessions, ou de tenter de flétrir les droits démocratiques des masses. Dans le meilleur des cas, la mobilisation installera, une fois encore, les masses au centre de l'arène politique ce qui leur permettra de mettre l'essence de l'accord en phase avec leur intérêts propres. Un cas de figure moins favorable consisterait à réaliser des conquêtes partielles dans les négociations avec Israël sur la nature de l'auto-gouvernement qui sera mis en place. Dans le pire des cas, la mobilisation ne permettra pas d'obtenir quoi que ce soit, mais elle aura servi de leçon d'autodéfense des masses dans leurs relations avec la nouvelle autorité, elle aura dévoilé la nature de la classe dirigeante et constituera une opposition politique autour d'un noyau concrèt auquel les gens pourront s'identifier.
L'idée force est que les masses palestiniennes ont besoin d'une direction politique qui soit armée de deux outils stratégiques importants : la politique de front unique et un programme de transition.
Un programme de transition est un ensemble de revendications pour lesquelles nous nous battons (libération des prisonniers, institutions démocratiques, désarmement des colons ou sinon organisation de milices de citoyens armées, etc.), qui répondent à ce qui est considéré comme des attentes de masses, qui ne nécessitent pas que celles-ci adhèrent complètement à toutes nos analyses, et ne sont pas conditionnées par nos chances de gagner sur ces revendications dans le cadre du rapport de force actuel, mais sont considérées comme réalisables, justes et adéquates par les masses. Ce programme doit être un élément du programme démocratique national. Au cœur de ses revendications, il faut qu'il y ait l'exigence de la création d'un organe législatif dans l'autonomie, qui sera mis sur pied par une structure regroupant tous les courants politiques des Territoires occupés.
Les clefs du succès La politique de front unique, la condition du succès dans ce combat, consiste à unifier les "clients" de ces différentes revendications, sans préjuger de leur appartenance ou de leurs analyses politiques. Ceci veut dire que les appels devraient être adressés à toutes les organisations, y compris celles qui sont liées au Fatah, aux syndicats, aux organisations de femmes, et ainsi de suite. Seule une politique de front unique sur les revendications démocratiques pourra susciter une mobilisation massive dans le processus en cours, et amener la direction de l'OLP à ouvrir les yeux sur cette auto-organisation des masses. Seul ce type de politique peut attirer dans la lutte les milliers de démocrates qu'il y a dans le Fatah et dans les autres organisations qui soutiennent les accords, surtout parmi la clas-
La tâche première des militants de la LCR est de se battre pour renverser toutes les entraves à la réalisation des accords. dans le cadre d'une interprétation approfondie. C'est une bataille contre les implantations, pour la libération des prisonniers, contre l'annexion de la partie arabe de Jérusalem et pour un changement radical dans les relations entre Israël et la population palestinienne occupée. Ces combats peuvent rassembler ceux qui voient dans l'accord une brèche où s'engouffrer et ceux pour qui c'est un diktat israélien et une rédition palestinienne. A tous nous disons : «quelque soit votre vision de l'accord, si personne ne s'occupe
des colons et des implantations, si la chasse aux personnes recherchées n'est pas stoppée et si tous les prisonniers palestimens ne sont pas libérés, cet accord est voué à l'échec. Agissons ensemble pour exiger que le gouvernement agisse sur ces questions, parce que sans leur règlement il n'y aura jamais de paix entre Israéliens et Palestiniens».
Tant que durera l'occupation — et les partisans des accords conviendront qu'elle va se poursuivre dans les prochaines années, même si elle change de forme — notre devoir est de combattre les violations des droits humains, à la fois dans les territoires encore sous occupation et dans la zone autonome. Ces tâches, nous continuerons à les mener avec nos amis du mouvement La paix maintenant et avec les autres courants du mouvement de la paix qui seront prêts à y prendre part.
Lutter et informer
Notre seconde mission consiste à diffuser les informations : à révéler les limites inhérentes à l'accord et expliquer ce qui doit être fait pour donner un vrai fondement à la paix israélo-palestinienne. La paix nécessite un regard courageux sur le passé et une disposition à comprendre ce qu'ont été ces "cent ans de conflit", quelles sont les causes qui ont nourrit ce conflit et ce qui caractérisait les relations entre Israéliens et Palestiniens durant ces 100 ans. Il faudra alors soulever la question des expropriations de terres et des déportations, et celle du droit au retour et à l'autodétermination.
La paix exige également un regard courageux de l'avenir avec une vision différente des relations entre les peuples ; des relations basées sur l'égalité, sur une tentative de corriger les injustices, sur la disponibilité à la fusion dans la région arabe — pas comme une tête de pont de l'Occident, mais comme des partenaires avec des droits et devoirs égaux.
Nous devrons à l'occasion nous affronter sans concession aux attitudes paternalistes, au racisme et à l'étroitesse d'esprit de la gauche sioniste, afin de lutter contre les idées de séparation et de nettoyage ethnique et défendre les valeurs de partenariat, de solidarité et de coexistence. C'est ainsi que nous devons rejeter toute tentative d'établir une symétrie entre les colons des implantations et les Israéliens palestiniens, entre des voleurs qui ont du sang sur les mains et des habitants dont le droit à vivre ici est inconditionnel.
Il y a plus que jamais besoin de partenariat israélo-palestinien. Les polices et les capitalistes de deux bords sont entrain de se construire un avenir commun, et veulent ensemble régir le nôtre. Il faut de même et contre eux créer un partenariat entre les peuples, les femmes, les organisations de droits humains. les travailleurs et les militants. Pour ce faire nous ne devons imposer aucune limite : toute coopération qui permettra de faire respecter les droit de l'homme et des peuples sera la bienvenue, surtout si elle se fait avec l'OLP. Dans ce sens nous saluons les activités du Fatah en faveur d'une coopération systématique avec les secteurs radicaux du camp de la paix israélien à la différence du refus des fronts de la gauche palestinienne de tisser des liens avec les forces israéliennes qui combattent l'occupation.
Notre soutien à la lutte des Palestiniens pour l'autodétermination et à leur droit à construire un Etat n'est pas conditionné par l'appartenance de classe de leur dirigeants. Nous soutiendrons l'OLP aussi longtemps qu'il y aura occupation et que l'OLP dirigera la lutte contre cette occupation. Dans le même temps, notre soutien à l'OLP est un soutien critique, et ne nous rend pas aveugles aux tentatives de sa direction de se fondre dans le "nouvel ordre" américain, même si le prix a payer est de se transformer en un instrument d'oppression des Palestiniens pour le compte des sionistes.
Ne pas se tromper d'ennemi
Malgré cela, nous ne devons pas considérer la direction de l'OLP comme ennemie et mener des batailles futures au dépends des combats actuels. L'OLP a signé un mauvais accord avec Israël, mais elle l'a fait en tant que représentant d'un peuple opprimé et qui devra se battre encore longtemps pour atteindre ses objectifs : ceux la même qui ont fait de l'OLP le représentant du peuple palestinien.
Les pronostics affirmant que l'autorité palestinienne sera oppressive sont des pronostics, même s'ils sont fondés. L'occupation n'est aujourd'hui pas finie, le peuple palestinien n'est pas encore libre et l'OLP et sa direction le représente sur le champ de bataille, qui est surtout diplomatique et politique, face aux autorités d'occupation israéliennes.
La LCR sera vigilante sur les tentatives des autorités, voire de secteurs du camp de la paix, de fermer les yeux sur d'éventuelles "éliminations" d'opposants, laïques ou religieux, par les partisans de l'accord. Cette politique de l'autruche, loin d'aider le camp de la paix israélien ou l'OLP à avancer vers la paix, va au contraire renforcer ceux qui pensent que la paix peut être imposée — une attitude dont le produit final sera d'enterrer l'espoir d'une paix entre Israéliens et Palestiniens pour de nombreuses générations.
Nous devons de plus construire en Israël, en coopération avec la gauche palestinienne, une alliance de toutes les forces qui n'ont jamais considéré la fin de l'occupation comme leur seul but, mais qui la conçoivent comme une partie d'une bataille plus générale pour libérer l'humanité de toute oppression et exploitation, pour libérer la région de l'impérialisme et pour affranchir l'humanité de la peur de l'extermination. Nous ne combattons pas l'occupation seulement pour que le drapeau palestinien flotte sur les mosquées du Mont du Temple, ni pour que les autorités palestiniennes continuent le travail des autorités israéliennes ou jordaniennes ou que les capitalistes puissent profiter encore d'avantage des travailleurs des deux peuples.
Nous nous sommes battus pour que sur la terre historique de Palestine soit établi une société binationale, laïque et démocratique dont les frontières soient aussi symboliques que possibles, et pour que les deux peuples, les Palestiniens arabes et les Israéliens juifs, puissent bâtir leur avenir dans la coopération, la solidarité, dans l'égalité totale et le respect mutuel.
Nous nous sommes battus bien avant d'autres pour l'indépendance nationale mais aussi pour la démocratie, le dignité des hommes et des femmes, leur liberté et leur bien-être. Ce combat ne s'arrête pas avec la signature d'un accord, ni avec la fin de l'occupation. Notre vision de la paix coïncide avec celle du socialisme, et il reste beaucoup à faire avec qu'elle se réalise. *
Jérusalem, décembre 1993