Les accords signés à Washington, le 13 septembre 1993, entre le gouvernement israélien et la direction de l'OLP, n'ont pas manqué de susciter un vaste débat au sein du mouvement mondial de solidarité avec le peuple palestinien, reflé tant en partie le débat au sein de ce peuple lui-même. Les termes du débat varient, certes, en fonction du cadre politique dans lequel il se déroule. Parmi ceux et celles qui contribuent à notre presse, et qui ont en commun une critique radicale de l'État sioniste en tant qu'entité raciste oppressive, ainsi que le soutien ferme à la totalité des droits imprescriptibles du peuple palestinien, victime de cette oppression, il y a unanimité pour considérer que les accords de Washington ne représentent nullement une réparation des préjudices historiques subis par la population palestinienne.
Le désaccord porte, toutefois, sur deux questions qui ne sont pas négligeables : 1) Doit-on condamner la direction Arafat pour avoir signé ces accords (tout en modulant la forme de cette condamnation selon le contexte politique dans lequel on se trouve), ou lui attribuer des circonstances atténuantes ? 2) Doit-on considérer les accords comme un premier pas portant en lui-même les éléments de son dépassement vers de nouveaux acquis, en une lutte commune avec la direction Arafat elle-même, ou comme un cadre contraignant en vertu duquel le seul rôle laissé à cette direction est de se transformer en force de répression du peuple palestinien par procuration des autorités de l'occupation maintenue, faute de quoi les accords seront annulés ?
Ce débat, on le voit, oppose des points de vue nettement contrastés. Il a l'avantage, par rapport à d'autres types de débats, de pouvoir être tranché à brève échéance par l'expérience historique. C'est un débat passionnel et passionnant : et c'est la raison pour laquelle nous avons décidé d'y consacrer notre dossier de ce mois, en publiant le point de vue du Bureau du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale, exprimé par Salah Jaber, suivi d'un point de vue différent qui est celui de la majorité de la section de la QI dans l'État d'Israël, exprimé par Michel Warshawski et Sergio Yahni, et celui de la minorité de la même section, exprimé par Tikva Honig-Parnass, qui converge avec le premier. Nous avons voulu montrer, ainsi, que ce débat n'oppose pas, parmi nous, des sensibilités « ethniques », mais uniquement des appréciations politiques différentes entre des camarades qu'animent les mêmes motivations internationalistes. *