Le texte suivant est la version initiale de l'appel AC!, Agir ensemble contre le chômage, qui a servi de plateforme pour la constitution d'un mouvement large et à constituer un espace de débat de fond sur le travail et la réduction immédiate du temps de
Des travail.
DOCUMENT cheurs, retraités... affirment leur volonté commune de se rencontrer, d'échanger leurs réflexions et leurs expériences, de prendre des initiatives, afin de faire naître un large mouvement, capable de s'attaquer vraiment au chômage.
En finir avec la résignation et l'exclusion rage. Pourtant des entreprises dégagent des bénéfices, parfois considérables. Ils ne servent pas à embaucher, bien au contraire.
Quand ils ne sont pas placés sur le marché spéculatif, ils sont investis dans une automatisation toujours plus poussée qui expulse de fait des millions d'hommes et
Tableau 2
Ecart entre riches et pauvres dans les principaux pays développés.
Part de revenu perçue par le cinquième le plus riche
37,5 %
36,2 %
36,0 %
41,7 %
397 %
38,0%
43,1 %
39.9 %
40,0 %
42,2 %
•Tableau tiré du livre Données et arguments pour agir ensemble contre le chômage publié par AC!
En finir avec la résignation es signataires de cet appel, chômeurs, salariés, militants syndicaux ou associatifs, enseignants, étudiants, jeunes, paysans, travailleurs sociaux, cher-
La concurrence internationale fait
Rapport
Riches / pauvres
4,31
4,36
4,56 d'asile...) (2).
5,64
5,67
5,76
7,08
7,53
7,55
7,67 caires qui se multiplient.
6)
de femmes de l'emploi et de la vie sociale
Les progrès techniques devraient représenter un bienfait pour toute l'humanité ; leur utilisation conduit à la régression sociale : angoisse pour les jeunes ; pressions sur les femmes pour leur imposer emplois précaires, temps partiel ou retour au foyer, en dévalorisant encore plus leur rôle social ; rejet des plus âgés et des plus fragiles, mis au rebut comme des outils hors d'usage ; précaires et intermittents sans statut ni. droits sociaux véritables ; immigrés exclus et montée de la xénophobie. Les menaces de licenciement pèsent de plus en plus, même sur les plus diplômés, et le "dumping social" à l'échelle européenne ou planétaire
La répartition actuelle du temps de travail et des revenus est faite de chômage, de précarité... et d'heures supplémentaires. Elle est porteuse d'exclusion, d'atteinte à l'équilibre de la société et à la démocratie elle-même. Pour l'essentiel, elle limite les solidarités aux seuls salariés : ceux qui ont un emploi contribuent aux budgets sociaux destinés à ceux qui sont privés d'emploi, alors que les autres catégories sociales sont le plus souvent exonérées de tout effort de solidarité. Le travail reste, encore aujourd'hui, un lien social extrêmement fort : le chômage est la principale forme d'exclusion.
Il faut continuer à lutter contre les licenciements, pour l'embauche sous contrat à durée indéterminée des précaires (1). Il faut limiter le recours aux heures supplémentaires. Il faut garantir à toutes et tous un revenu suffisant (salariés, chômeurs, RMIstes, jeunes, demandeurs
Mais tout cela ne suffira pas. Nous ne pouvons plus tolérer que se poursuive la mise à l'écart souvent définitive de salariés, de jeunes, de familles entières. Les nombreuses expériences locales qui cher-
1) A l'opposé des contrats à durée déterminée et pré-
2) Les RMistes sont les titulaires du RMI (voir note 1 p.
chent à prendre ce problème à bras le corps ne peuvent, malgré leur richesse, faire reculer cette vague montante du chômage et de l'exclusion. Pour une autre répartition du temps de travail et des richesses
• Réduire la durée du travail : travailler moins, c'est, depuis un siècle, un combat Aujourd'hui, face à l'accélération des rythmes de travail, avec ses conséquences sur la fatigue et la tension nerveuse, une nouvelle étape est nécessaire et peut permettre l'accès pour tous et toutes au temps libre, à la formation, aux loisirs, à la culture. C'est le bon sens : il faut répartir les heures de travail entre toutes et tous, donc réduire massivement la durée du travail.
Cette réduction doit s'effectuer :
- sans aggraver la situation des salariés : beaucoup de sacrifices leur ont été demandés depuis de longues années, et les conditions de vie d'une grande partie d'entre eux sont déjà difficiles ;
- sans intensifier le travail, donc en mettant en place les garanties nécessaires sur les horaires, les pauses, les cadences, les normes, la quantité de travail effectuée
- sous des formes adaptées et négociées selon les secteurs, mais sur la base d'une loi cadre qui fixe à 35 heures la durée légale hebdomadaire en agissant pour que cette durée devienne la durée
- avec embauches correspondantes, pour s'attaquer réellement au chômage
Répartir autrement les richesses
La France est, parmi les pays développés, l'un de ceux où les inégalités de revenu et de fortune sont parmi les plus fortes. Les 10 % de ménages les plus riches ont 28 % des revenus et 54 % des patrimoines. Les 50 % des ménages les plus pauvres n'ont que 6 % des patrimoines !
La montée du chômage a conduit à un accroissement de ces inégalités. Depuis plusieurs années en effet, ce sont principalement les salariés, qu'ils soient sous contrat stable ou précaire, les retraités et les demandeurs d'emploi qui supportent le poids et le coût du chômage, très directement pour ceux qui sont privés d'emploi et de salaire, mais aussi par le biais des cotisations et des impôts, qu'ils soient destinés au financement des allocations et des mesures pour l'emploi, ou utilisés pour remplacer les exonérations de charges accordées aux entreprises ou le manque à gagner pour la protection sociale.
Pendant ce temps la taxation de la spéculation financière, des profits faciles, des plus-values et des gains en capital, a été progressivement allégée.
Il est possible de financer la réduction du temps de travail tout en préservant le pouvoir d'achat des salariés par :
- la baisse du coût du chômage grâce au recul du chômage lui même,
- une répartition plus juste des gains de productivité énormes réalisés depuis de nombreuses années,
- une mise à contribution des revenus de la spéculation financière et des rentes
- une utilisation plus juste et plus efficace des prélèvements sociaux et fiscaux,
- une redistribution plus juste des richesses produites, entre la rémunération du travail et celle du capital,
- des initiatives pour une réduction coordonnée du temps de travail au niveau
- l'instauration de nouveaux rapports entre les pays riches et les pays pauvres.
Sur toutes ces questions nous nous engageons à animer un large débat public : toutes les propositions doivent se confronter, celles qui proposent les moyens de ne pas diminuer le pouvoir d'achat des salariés comme celles qui pensent nécessaire une réduction des hauts salaires ou toute autre proposition fiscale ou redistributive.
La mobilisation des salariés et des chômeurs pour la semaine légale à 35 heures (vers les 30h) est une condition essentielle pour que le débat soit le plus large possible.
Pour créer des emplois :
changeons de logique !
Il s'agit de choisir un autre mode de production, une autre organisation du travail qui ne repose plus sur les divisions actuelles. Il s'agit de relancer l'économie en privilégiant les activités répondant à des besoins non satisfaits : santé, éducation, logement, environnement, animation de la vie locale, services publics, dans la perspective d'un développement durable qui respecte les écosystèmes, la nature, et les droits des générations futures, au Nord comme au Sud. Il s'agit donc de créer des emplois, et de transformer les emplois des secteurs en reconversion sans licencier. Il s'agit aussi de développer l'accès de tous à la formation tant initiale que continue et de donner toute sa place à l'investissement éducatif. Ces objectifs sont à la portée d'un pays développé comme le nôtre. Il peuvent aussi donner une impulsion à une Europe sociale.
Les signataires de cet appel proposent d'aider à la coordination des initiatives contre le chômage pour constituer un large mouvement, avec trois objectifs principaux : renforcer la solidarité concrète entre salariés et chômeurs, en reconnaissant et en soutenant les organisations de chômeurs, en favorisant leur représentation, et en aidant la création de lieux d'information, d'entraide et d'initiatives communes sur le temps libéré et les créations d'emplois utiles.
• Débattre ensemble, sur les questions de fond que la lutte contre le chômage oblige à poser : comment répartir et aménager le travail ? Comment répartir les richesses et les revenus de façon plus équitable (en France, en Europe, dans le monde) ? Comment faire le lien entre les diverses initiatives qui se mènent en Europe contre le chômage ? Comment repenser le système éducatif pour combattre toutes ségrégations et développer des formations qualifiantes ouvertes à toutes les composantes de la culture ? Comment repenser la place du travail dans la société et imaginer d'autres moyens d'insertion sociale ? Comment ouvrir le temps libre à des activités de solidarité, de connaissance, de créativité, de citoyenneté, qui soient enfin socialement reconnues ?
• Rassembler, agir pour une réduction du temps de travail, et dans l'immédiat d'une loi cadre fixant la durée légale hebdomadaire à 35 heures, avec la perspective de la semaine de 30 heures.
C'est l'action collective qui permettra de définir les voies d'un nouvel équilibre.
Il faut pour cela faire converger les efforts syndicalistes, associatifs, le désir de solidarité, en une grande exigence, pour qu'un mouvement de grande ampleur réunisse salariés et demandeurs d'emplois, hommes ou femmes, français ou étrangers, et tous ceux qui estiment que les limites du tolérable sont largement dépassées. *