Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOSNIE-HERZEGOVINE

Ultimatum test du nouvel ordre mondial

· Inprecor n° 378, mars 1994 · p. 3-5 · 2 850 mots

Catherine Verla était le pseudonyme de Catherine Samary, économiste, spécialiste de l'autogestion yougoslave.

Ex-Yougoslavie URSS et Russie Paix et armements Allemagne

Avons-nous vraiment été — et sommes-nous encore— au bord d'une intervention militaire de 'OTAN en Bosnie ? L'engrenage des ultimatums y conduisait et peut demain forcer à aligner les actes sur les discours. Mais la volonté politique était et demeure claire pour tous les gouvernements concernés: obtenir la signature du plan serbo-croate (repris par Owen-Stoltenberg) instaurant le partage de la Bosnie en trois Etats. Catherine VERLA

Quelles qu'aient été et quelles que soient les divergences visibles entre gouvernements occidentaux sur la crise yougoslave, il y a eu rapprochement des discours, partage des rôles et accord pour réinsérer la Russie.

Contrairement à la guerre du Golfe où les médias préparaient l'opinion à une intervention militaire décidée en haut lieu, ce sont cette fois des gouvernements non interventionnistes qui se sont trouvés sous pression de la médiatisation des images d'horreur — la présence des caméras américaine le 5 février sur le marché de Sarajevo a fait basculer l'opinion publique du pays en moins de 24 heures en faveur d'une intervention. Les discours musclés répondant à ces images n'ont pour autant pas changé la logique des gouvernements Ils se sont donc accompagnés d'une intense activité diplomatique pour que tout soit fait afin d'éviter ce qui est explicitement désigné comme "le pire". Même des frappes aériennes visant à sauver la face de l'OTAN en cas de trop visible "mauvaise volonté serbe" s'accompagneraient de la recherche active d'une issue négociée selon la logique des actuels "plan de paix".

L'impuissance et le discrédit des pouvoirs occidentaux dans le règlement de ce premier conflit de "l'après-communisme" sont tels qu'il est pour eux essentiel de nouvel ordre mondial présenter le bilan de ces opérations comme un "recul serbe sous pression de la ferme détermination de l'OTAN". La réalité est autre.

Le bilan paradoxal pour tous ceux qui ont espéré que ce déploiement de muscles serait favorable à la cause bosniaque est qu'il servira plutôt à accélérer le dépeçage de la Bosnie sur base ethnique : la tâche désormais attribuée au gouvernement américain est de faire pression sur ses "amis" musulmans alors même qu'à la veille de l'ultimatum, la Maison blanche critiquait la volonté européenne d'imposer aux musulmans bosniaques la signature de ce plan. L'Allemagne menace de son côté les pouvoirs croates de représailles s'ils poursuivent leur engagement armé en Bosnie. La mise à l'écart récente de Mate Boban (1) est sans doute un effet de ces pressions ainsi que des oppositions exprimées en Croatie à la politique bosniaque de Tudjman. Il est trop tôt pour savoir s'il y a un réel tournant sur ce point : la toute récente proposition américaine de former une "communauté croato-musulmane" avait été rejeté il y a quelques semaines par Izetbegovic lors de ses rencontres avec Tudjman. Elles se heurte au nettoyage ethnique se poursuivant à Mostar.

Défaite

You victoire serbe ?

Les Russes devaient de leur côté exercer leur pression sur leurs alliés serbes Ces derniers accepteraient d'autant plus le projet de démilitarisation de Sarajevo qu'il met les armes bosniaques sur le même plan que les leurs, et placerait la ville sous contrôle de l'ONU (donc aussi des troupes russes). Cela supprimerait-il ou bien confirmerait-il le partage de Sarajevo ou sa situation de ville assiégée ?

Bref, les "serbes reculent" parce que ce recul est formel et que l'intervention russe leur permet en outre de ne pas courber l'échine sous les diktats de l'OTAN — une OTAN qui a elle-même sollicité les bons services de Moscou pour la tirer d'affaire. Ainsi se met en place la configuration des rapports à l'OTAN souhaitée

1) Dirigeant de la "République croate", membre du Parti de Tudjman.

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par le Kremlin : coopération dans la séparation permettant à la Russie de rester (redevenir ?) puissance "autonome" (élément indispensable pour la stabilité du pouvoir russe contre ses opposants patriotes (2)) — et permettant aux gouvernements occidentaux de la réinsérer dans le jeu diplomatique. Cela est d'autant plus réalisable en Bosnie qu'il n'y a pas là d'enjeux directs clairs.

L'ex-Yougoslavie a perdu son importance stratégique (Est/Ouest) pour les pouvoirs américains et européens avec le gorbatchévisme et la chute du mur de Berlin. Les incertitudes de l'"après communisme" pèsent sur la nature (la stabilité) des régimes en place dans les républiques ex-yougoslaves comme dans les autres pays de l'Europe de l'Est, rendant encore flous les partages d'influence — et incertains les futurs "ennemis". Cela est également vrai pour la Russie— les hésitations de l'OTAN à son égard en témoignent. Les gouvernements occidentaux savent-ils clairement sur qui s'appuyer pour contrôler le nouvel "ordre" d'Europe centrale, orjentale et Balkanique, alors même que l'Europe de Maastricht n'est pas stabilisée— et que le poids de l'Allemagne unifiée modifie bien des données ?

Il y a certes des zones d'influence héritées de l'histoire et des objectifs partiellement différenciés : l'Allemagne tend à reconquérir par le rapport de force politico-économique ce qu'elle a perdu dans la guerre. Mais les pouvoirs en place ont aussi ouvert les yeux sur la pseudo démocratie de leur allié croate ; ils sont également soucieux, comme le fut Gensher (3) d'impliquer la Russie dans le règlement des conflits européens. La France et l'Angleterre traditionnellement plus proches des pouvoirs serbes voudraient limiter le poids d'une aire d'influence allemande (appuyée sur Slovénie et Croatie)- mais elles ont fait le choix d'appuyer l'alliance serbo-croate pour tempérer les extrémismes de part et d'autres, quitte à sacrifier la cause bosniaque. Les Etats-Unis sont quant à eux intéressés à ce que l'Union européenne ne soit pas une force politique et militaire alternative à l'Alliance atlantique et veulent laisser des portes ouvertes vers la Russie et la Turquie. Vis-à-vis de cette dernière, le gouvernement américain cherche à apparaître comme le "bon ami" des Musulmans bosniaques (et albanais) qui l'aident en retour à placer l'OTAN en meilleure place en Europe. La Maison blanche ne veut pas pour autant perdre ses "boys" sur le terrain de la cause bosniaque : c'est pourquoi elle avait jusqu'alors soutenu (mollement) la levée de l'embargo sur les armes et critiqué les plans de paix européens. Elles ne s'est alignée sur le discours ultimatiste actuel qu'avec la conviction fondée que l'intervention n'était pas voulue par les partenaires de l'OTAN et qu'elle avait de fortes chances d'être évitée.

Les états-majors de l'OTAN ont des réticences à s'engager "sans enjeux nettement désignés". Si les chefs militaires des troupes de l'ONU ont exprimé leur malaise dans une situation de guerre où ils sont supposés "maintenir la paix", ils ont été nombreux à souligner la logique incontrôlable des frappes aériennes, sans engagement militaire massif sur le terrain dans un sens politique à déterminer. Le général belge Briquemont a évoqué le mythe de la "guerre technologique propre" hérité de la guerre du Golfe et "inadéquat au conflit bosniaque". Le référendum des Serbes bosniaques en faveur d'une "république serbe", l'alliance explicite Milosevic/Tudjman pour le plan de découpage ethnique de la Bosnie, l'offensive croate contre les Musulmans et le "nettoyage" ethnique de Mostar dont le sort est pire que celui de Sarajevo, enfin la généralisation des fronts de lutte ont mis à mal la thèse d'un seul agresseur (serbe), simplement "extérieur" Le cynisme de la real-politik a fait le reste.

C'est pourquoi a succédé aux ambiguütés du plan Vance-Owen l'acceptation officielle par le plan Owen-Stoltenberg du partage de la Bosnie-Herzégovine en "trois Etats" sur des bases ethniques.

Dans cette logique là, les "Musulmans" ou les "Bosniaques" sont des gêneurs, devenus responsables de la poursuite de la guerre. Mais est-ce là enfin, un plan de paix?

La question est évidement essentielle pour tous ceux et celles qui se mobilisent contre cette sale guerre. L'opinion est très largement répandue qu'un tel plan pourrait être un moindre mal, prenant en compte les rancœurs et blessures produites par la guerre, le besoin de trouver un compromis qui apporte au moins un cessez-le-feu.

Il s'agit là d'un débat légitime. Disons clairement que ce n'est pas à "nous" (au sen large des militants anti-guerre) de le trancher même si nous pouvons émettre des jugements : signer ou non le plan, continuer ou non à se battre, doit relever du choix des seules communautés concernées. Mais le droit de se défendre et de refuser de signer sous pression extérieure doit être soutenu.

Il n'y aura pas de paix sans solution acceptée —acceptable— par ces populations, toutes les populations bosniaques, toutes communautés confondues.

On peut à cet égard porter un jugement négatif sur deux logiques opposées qui sont toutes deux des impasses : le découpage ethnique de ce territoire mélangémais aussi l'imposition d'un Etat bosniaque "unitariste" qui ne prendrait pas en compte les polarisations ethnico-nationales qui le traversent de l'intérieur.

Une guerre permanente

On peut prévoir s'il voit le jour réellement que l'Etat "musulman", pris en étau entre des pouvoirs qui le dénoncent par avance comme "intégriste" aura toutes les chances d'être perpétuellement menacé et de devenir intégriste. Chacun continuera à vouloir élargir son territoire pour protéger ses minoritaires ou ses frontières ou bien tout simplement pour gagner un peu "d'espace vital". La formation des "zones de sécurité" que la Force de protection de I'ONU, (FORPRONU) a promis de défendre de façon plus "musclée" ressemble fort à des "réserves d'Indiens" coupées du reste du monde. Outre que leur défense est plus qu'aléatoire vu le manque d'armes et leur encerclement par les forces serbes et croates, le peu d'empressement des Etats de l'ONU à fournir des troupes sur le terrain est une réponse à ceux qui misent sur des "protectorats".

S'opposant à la signature du "plan de paix" de Genève, Tariq Haveric, un des dirigeant du parti libéral bosniaque en prévoit les funestes conséquences pour l'Etat dit "musulman" : «C'est surtout une population villageoise qui regagnera la Bosnie dévastée. (...) En revanche la majorité des médecins, ingénieurs, techniciens économistes ou professeurs d'université qui ont trouvé refuge dans les pays occidentaux,

2) Il s'agit de ceux qui critiquent la subordination du pouvoir d'Eltsine au Fonds monétaire international, et le démantélement de l'URSS.

3) C'est l'ex-ministre allemand des Affaires étrangères qui a défendu une politique de coopération avec l'URSS.

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ne se décidera pas, par pur patriotisme, à retrouver les incertitudes économiques et politiques d'un tel Etat croupion. Or, sans eux, la Bosnie reviendra cent ans en arrière. (...) Nombreux sont ceux qui ont perdu tous leurs proches, qui ont été torturés ou humiliés dans les camps serbes ou croates et qui maintenant que la communauté internationale les trahis, seront porteurs d'extrémisme. Pire : Iztbegovic, en apposant sa signature, dégagera de toute responsabilité historique les instigateurs du génocide des Musulmans : ils pourront toujours affirmer que la communauté internationale leur a donné raison, que la coexistence des trois peuples dans un seul Etat n'a jamais été possible et que la guerre n'aura été qu'un moyen pour obliger les Musulmans à accepter le partage comme une solution que tous, finalement, estimeront logique» (Libération, 20/10/1993).

L'effet pratique de ce "plan de paix" est la généralisation des fronts de lutte en Bosnie-Herzégovine avec 2,7 million de personnes déplacées et réfugiées, 3,5 millions sur tout l'espace yougoslave et 70 000 demandeurs d'asile hors cet espace (Cf, Monde Diplomatique de janvier 1994, dossier réfugiés). Contrairement aux attentes des négociateurs, le plan serbo-croate soutenu par MM. Owen et Stoltenberg produit et produira une instabilité majeure pour tous les Etats et toutes les communautés concernées : d'une part la logique du partage ethnique pousse chaque partie à la guerre permanente pour tenter de rendre viables des Etats qui ne le sont pas : établir des "corridors ethniques" avoir accès à la mer, élargir son territoire afin de pouvoir y accueillir les centaines de réfugiés dans chaque communauté. D'autre part, le nettoyage ethnique se poursuivra partout d'autant plus qu'il est accepté comme base de formation des Etats. En dépit des massacres et des réfugiés, aucune région n'est homogène : il y aura généralisation de situations de minorités opprimées et tendance à la fragmentation à l'infini des Etats existants.

Guerre d'agression ou/et guerre civile ?

Mais l'alternative n'est pas une guerre de reconquête de territoires pour imposer un Etat "unitariste". Tariq Haveric parle de "guerre de libération nationale" contre les projets de Grande Serbie et de Grande Croatie élaborés à Belgrade et Zagreb. La formule ne répond qu'à une partie des enjeux. De tels projets serbo-croates sont effectivement la cause majeure de la guerre (et non pas des conflits inter-ethniques). Mais ils ont gagné des soutiens en Bosnie même. Et l'Etat bosniaque ne peut survivre s'il exclut une quelconque de ses communautés constituantes. S'il est vrai que les forces armées de Karadzic (4) et de Boban ont reçu un substantiel soutien en hommes et en armes respectivement de Belgrade et Zagreb (et qu'une offensive conjointe était en préparation à la veille du massacre du marché), la guerre n'est pas seulement guerre d'agression extérieure - elle est aussi la conséquence des "votes ethniques" qui ont porté au pouvoir en Bosnie même des partis nationalistes. Les travailleurs de Tuzla en Bosnie centrale représentent l'embryon d'une résistance aux politiques réactionnaires de nettoyage ethnique. Quelles que soient leurs forces nous devons les soutenir et les aider à exprimer des logiques alternatives.

Il était certainement difficile pour le "Parti des citoyens"(5) de trouver des porte-parole défendant une orientation alternative publique : très handicapés par le siège des villes et le manque d'armes — l'embargo sur les armes n'a défavorisé que les forces bosniaques— ces courants étaient en outre divisés entre eux. Une partie a fait le choix de participer au gouvernement soutenant le Président Alija Izetbegovic : comme le suggère Bogdan Useljenicki, c'est dans "l'espoir d'une intervention militaire extérieure" que "ces partis acceptèrent de légitimer le pouvoir d'Alija Izetbegovic et son entourage et de taire les ambiguütés de sa politique" (Libération, 8/11/1993). Pour obtenir ce ralliement, celui-ci tenait malgré tout un discours laïc et favorable à une Bosnie-herzégovine pluri-ethnique— mais non pas un discours mobilisant les populations concernées. On peut comprendre que les choix de le soutenir ait pu paraître comme le seul possible pour les partis non-nationalistes en position d'extrême faiblesse. Mais n'était-ce pas alors contribuer à "étouffer Tuzla", symbole d'une résistance alternative ? Dans les milieux de l'opposition nonnationaliste à Tuzla et Sarajevo, on dit que la "Defense territoriale" de Tuzla qui avait conservé ses armes était prête à libérer Sarajevo dès l'été 1992. Izetbegovic y aurait été opposé. Les conflits demeurent au sein des forces bosniaques :Tariq haveric, dirigeant du parti libéral bosniaque, critique la pratique de l'armée bosniaque en Bosnie centrale : "au lieu d'éliminer le HVO (milices croates) en tant que facteur militaire et de tout faire pour protéger la population civile croate, certaines unités bosniaques procèdent elles-mêmes à des opérations de "nettoyage" en Bosnie centrale" ("Le funeste plan de paix pour la Bosnie", Libération, 20/10/1993). Tout ceci reflète les incertitudes au sein même du camp dit "bosniaque". Les réponses libérales et "citoyennes" étaient-elles d'ailleurs suffisantes pour contrecarrer les logiques désagrégatrices et les peurs dans la "petite-Yougoslavie" (6), comme dans la grande, en crise ? Il ne faut pas taire ces interrogations au moment où plus que jamais la civilisation "bosniaque" du mélange est en péril de mort mérite toujours d'être défendue.

Les premiers sacrifiés sont les bosniaques qui veulent vivre ensemble et en particulier les Musulmans qui n'ont pas d'autre Etat que la Bosnie-Herzégovine, et l'on comprend qu'ils essaient l'élargir les "réserves d'Indiens" qui leur sont attribuées généreusement. mais aucune des communautés n'a gagné à ces politiques : fuite à l'étranger des "mauvais Serbes", "mauvais Croates", " mauvais musulmans", catastrophe économique et "fuite des cerveaux", désertion des jeunes. Les suicides de vieux se multiplient chaque jour en Serbie. Il y a des victimes du froid et de la faim dans toutes les communautés cet hiver. Chaque "camp" se différencie politiquement : c'est peut-être le seul espoir de pluralisme. Mais sans redéfinition d'un projet commun, et sans défaite des politiques de Grande Serbie et de Grande Croatie, rien ne pourra arrêter la désagrégation : le soutien à ceux et celles qui résistent à ces politiques, la défense de leurs droits d'expression et d'organisation indépendante demeurent les axes de base d'une logique alternative à l'échelle balkanique. Il n'y pas de solution purement "bosniaque"' à l'éclatement de la Bosnie.

Un projet d'Etat bosniaque décentralisé en cantons est semble-t-il, actuellement proposé par le gouvernement contre la logique des trois républiques. Il répond à un besoin vital de rapprocher l'Etat des communautés locales habituées à vivre ensemble, afin de rétablir la confiance. Mais est ce possible sans prendre en compte les traumatismes et peurs liés à la guerre, c'est-à-dire sans lien avec la Serbie et la Croatie ? Sans une nouvelle union qui permette aux frontières d'être poreuses et aux communautés ethnico-nationales d'être protégées dans tous les Etats où elles se trouvent , la logique de redécoupage des frontières se poursuivra par la guerre. Mais la reconstruction de liens socio-économiques solidaires assurant le développement de toutes les communautés sera le seul véritable ciment permettant de vivre ensemble, sinon de s'aimer.*

28 février, 1994

4) Dirigeant de la "République serbe de Bosnie".

5) Favorable à une Bosnie-Herzégovine multi-ethnique, ex-communiste, réformiste libéral.

6) Il s'agit de la Bosnie-Herzegovine, Etat multi-ethnique sans nationalité majoritaire.

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